‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple; (volume 2)Chapitre 18 sur 26 · CHAPITRE Vm · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vm

Les Easkariens ne sont pu d'origine celUqoe.

Il n'y a pas eu peut-être en archéologie de question plus obscurcie par la controverse que celle des origines ibériennes. On dirait que les antiquaires se sont fiiit un jeu puéril d'inventer chacun ea l'honneur des Basques une descendance particulière, sans se préoccuper de la véritable. Quelques-uns veulent que les Ibères fussent d'origine celtique. Cette opinion, contredite par Diodore de Sicile , Mntial , Sénèque, Joséphe , saint JérAme» et bien d'autres , sans qu'on en trouve la moindre Irace dans les auteurs de l'antiquité , est de tous points insoutenable. Tout le monde sait aujourd'hui que les Celtes, dont les Gaulois faisaient partie, étaient un peuple conquérant sorti des steppes du Nord. La tradition biblique leur donne pour ancêtre Aêchenaz^ tandis que Thobel est le père génésique des Euskariens. Supposer gratuitement que les Ibères fussent une tribu celtique, arrivée la première en Espagne par les défilés des Pyrénées ; chercher à ce nom d'Ibère une étymologie dans quelque dialecte gète ou tartare , serait une hardiesse que les doctes d'il va deux siècles pouvaient se permettre dans les jeux de leur érudition conjecturale.

^ 105 mais qui ne serait pas tolérée par la critique sévère et la philologie savante que les progrés de notre époque font présider aux investigations de Thistoire.

Les linguistes se sont tant escrimés sur la géographie ancienne de TEspagne , qu'un homme sérieux n'oserait plus Taborder; elle n'offre pas une seule dénomination qui n'ait donné lieu à plusieurs interprétations uniquement fondées sur la vanité et la prévention de leurs auteurs. Âstarloa et ses disciples ont voulu trouver partout de Teuskarien; les Hébraisants et les Celtes ont mis du celte et de l'hébreu partout. Voila en quoi ils différent les uns des autres. Ils ont erré par des sentiers différents, mais pour aboutir aux mêmes rêveries, aux mêmes extravagances. Ni les uns ni les autres ne se sont occupés de la chronologie historique, pour distinguer avec ce secours les fondations particulières à chaque peuple.

S'agit-il du mot Ihèref l'un le dérive du celtique iber, signifiant au delà; l'autre AeVhéhteu heber , signifiant émigrant, fugitif. Voilà de singulières concordances et de belles étymologies, en vérité ! Surtout n'en demandez pas les preuves ; elles n'en ont point. Autant vaudrait les faire dériver de la langue laponne ou de l'iroquois ; et on y réussirait sans beaucoup de peine , attendu que la vocalisation universelle étant formée de cinq voyelles principales et d'autant de modifications articulatives , toute syllabe a un sens , exprime ou signifie quelque chose dans toutes les langues de la terre. Pour un d'Iharce Bidassoet, le mot Espagne ne vient pas du nom latin ffMpanta , mais du mot euskarien ezpagna^ lèvre. Pour un autre , il vient du roi Hispanus , lequel n'a pas plus réellement existé que le très-célèbre roi Sanissidé-

mus de Sicile, dont îl est parié dans le ronuoid'Antomua Diogenés. Le père Fierez , autarité révérée , fiût venir le même nom de Feriental 9pan^ qui signifie lapin ; à quoi Ton ajoute , pour renforcer Tétymologie » que les lapins anciennementfoisonnaient dans la Péninsule. Cependant, et avec raison , on se moque de Zuniga ou d'Erro , qui font venir Sagonte deTeuskarien sagau, souris; mais on trouve très-raisonnable le père Fierez, qui, sans plus de fondement, tire d'un lapin oriental le nom de l'Espagne . C'est que Fierez, Yélasquez^ et tous les autres de la même école , avaient l'avantage de pouvoir rendre leurs sottises vénérables , en les hérissant de syriaque , de chaldéen et d'hébreu, sans parler du grec, fit voilà ce que peut sur les Occidentaux le prestige de l'oriental. Le plus petit mot chadaîque ou syriaque est comme un fétiche radieux devant lequel l'humble lecteur se prosterne avec respect. Fort heureusement que le dix-neuvième siècle a cherché à l'archéologie des bases plus solides.

Quiconque possède la moindre teinture de philologie comparée , reconnaîtra qu'il n'existe pas un seul trait de similitude entre les dialectes euskariens et les langues d'origine gétique ou celto-gauloise. Ceci , au surplus , est un fait avéré depuis Strabon. Ce géogrsqf^he rapporte que les Aquitains, placés par César entre les Pyrénées et la Garonne , difTéraient des Gaulois et des Celtes, et ressemblaient, notamment par leur langue, aux Ibères trans - pyrénéens, c'est - à - dire aux Vascoilantabres. Une conclusion à tirer de ce témoignage, c'est que la langue euskarienne, conservée à l'époque de Strabon par les neuf peuples d'Aquitaine , n'était pas celle des Gaulois et des Celtes.

Strabon nous apprend» au livre premier de sa Géographie , comment et a quelle époque les Grecs commencé* rent à avoir quelques notions sur les peuples de l'Europe occidentale. « On les appela, diUil, Celtes et Ibères; « quoique , à Torigine , Tignorance où Ton était sur Tétat « de ces populations les eût fait confondre toutes les « deux sous la même dénomination. > Plus tard, les auteurs grecs, mieux instruits, firent, en ce qui touche les Ibères, la distinction que Strabon lui-même établit, et qui est marquée profondément dans les passages cités de Diodore de Sicile. Mais ce qui parait à peine croyable c'est que pendant le dix-huitième siècle , en France , les auteurs regardassent les Basques comme pariant la même langue et ayant la même origine celtique que les Gaulois armoricains ou Bas-Bretons. Telle est l'opinion consignée dans V Encyclopédie , qui, dans un autre endroit, assimile aux Bohémiens les Guipuzkoans , si jaloux de la pureté de leur sang et de leur noblesse nationale. Pour des gens qui étaient en quelque sorte sur les lieux, les Encyclopédistes étaient de frivoles observateurs. Remarquables comme écrivains, et par un beau talent littéraire puisé aux sources grecques et latines , ils étaient ignorants sur beaucoup de choses. Grâce à l'Encyclopédie et à ses longs articles, il restera peu de choses a dire sur Tart incontestablement utile de bien ferrer les chevaux ; mais la classification des peuples selon leurs idiomes et leurs véritables origines, était un travail réservé à la science du dix -neuvième siècle.

Il ne fallut rien moins que la guerre des Pyrénées- Occidentales en 95 et les écrits de Lalour-d'Àuveigne, pour mettre en discrédit l'erreur établie, Ce grand soldat

Plaute eût transcrit ces dix vers puniqaes à rorîentale , sans voyelles. Il se servait de l'écriture romaine ; le rôle était destûié à un acteur qui devait rapprendre de mémoire et le réciter en public. U y a dcmc toute probabilité que Plaute le transcrivit en toutes lettres, et que les copistes n'eurent aucune occasion d'altérer ou de corrompre le texte phénicien, puisque phénicien il y a.

Sur cela le Révteend Père Bartholomée » carme déchaussé de Biskaïe, fut frappé d'une idée. U se mit en tête de trouver du basque , à défaut d'hébreu, dans le fragment carthaginois. Il remania le texte à sa fantaisie, et en composa deux variantes euskariennes qui ont pour moindre défaut d'être barbares et inintelligibles. Le savant jésuite Larramendi se fût joliment moqué de cet abominable baragouin dont gémit le bon sens; il ne mérite pas de Cadre crier les presses. La seule traduction qu'on en puisse faire donne l'idée du monologue décousu d'un fou parlant à d'invisibles fantômes. Fort heureusement voici venir de Toulouse un professeur d^ grec et d'hébreu, le nieur Flmiry Lécluse, son P€mulu$kh main, Il vient, il arrive, e^tout d'abord organise^ une académie, et qu'elle académie! de savants cantabres , et quels savants I Ils ne savment même pas deux dialectes de leur langue matemeUe. Un maître de danse est consulté. Ua saltiiplbanqtte qélèbre disait, Qw de choses dan^ un menuet! Que de choses dans un fragment punique I Le moine avait proclamé que le biskaîen pourrait bien être du pur carthaginois : le maître de danse n'hésite point ; il déclare en un tour de pirouette que le phénieiea de Pbute est du pur guipudioan,B(Migri^iwaiit un petit

corrigé qu'il ajuste sur-le-champ de Tair du inonde le plus radieux. Moret» o Larramendi, Oîhenart, et toi» grand critique, illustre enfant de la Navarre, Quintilien , eussiez-vous imaginé d'avoir de pareils successeurs littérsdres dans votre noble patrie, et dans le siècle le plus éclairé qu'ait eu encore la civilisation européenne ! Il n'y manquait qu'un Irizar y Moya. Nous ne citerons pas le corrigé du Yestris montagnard, ni sa traduction bouffonne. L'académie cantabre de Fleury Lécluse nous permettra aussi de priver les contemporains et ia postérité, du compte -rendu de ses décisions. Le résultat fut que le continuateur de La Bastide publia un méchant Manuel de la langue basque, en tète duquel il plaça en grec, comme un professeur de grec qu'il était» la devise hautaine de Gésar: Je suis verni» j'ai vu, et le reste. U mérita à cette occasion , de la part de M. Du Méige, un brevet d'illustration, et le témoignage d'avoir soulevé sans succès un débat important. Ainsi finit la comédie. Et il resta prouvé que ces Slustres personnages savaient le phénicien, en l'an de grâce 1826 » beaucoup mieux que Plante lui-même, qui écrivait ses comédies deux cents ans avant Jésus-Christ.

Le fragment en question n'en est pas moins précieux pour nous, en ce qu'il nous fournit la preuve évidente qu'entre le basque et le phénicien il n'exnta aucune conformité même lointaine : il n'est pas besoin de la traduction hypothétique de Plaute ou de Bochart pour se convaincre qu'il serait infructueux d'y chercher un sens euskarien. Les textes incompris sont conune les correspondances chiffrées des diplomates; il y a des méthodes pour en deviner le secret. Donnes dix lignes

et les Aragonais, à l'imitation dea Vasco-Gantabres, qui avaient enchaîné à leur drapeau fédéral toutes ces belliqueuses populations. A en juger même par quelques passages de Silius Italiens, les Callaiques et les Asturiens étaient fort éloignés de suivre la Religion patriarcale , puisqu'ils pratiquaient la divination par le feu » les entrailles des victimes et le vol des oiseaux » ainsi que les sacrifices barbares des Gaulois et des Geltes. Les funérailles de Viriathe célébrées en Lusitanie peuvent servir à prouver que les Barbares conservaient encore le culte druidique, et selon toute apparence aussi la langue qu'ils avaient apportée du Nord. Aussi, les Yasco-Gantabres doivent être regardés comme les seuls vrais Ibères , les seuls Euskariens qu'il y eût à cette époque dans l'Espagne Tarraconaise ; adorateurs du Jaon-Goâcoa, le Seigneur suprême, le Dieu des anciens Patriarches, ils avaient en horreur la folie et les abominations du polythéisme. Les Aragonais, les Asturiens, les Galiciens, lesGeltibère»parlantle dialecte erdarien , idolâtres sous beaucoup de rapports, muaient au culte épuré de la Religion cantabrique, et aux solennités de la néoménie, quelques-unes des supersti-^ tiens cruelles particulières aux tribus de la race blonde. Les Lusitaniens, Geltibères comme eux, on peut-être Geltes sans aucun mélange de sang ibérien, parlaient la langue galloise et suivaient la Religion des druides.

En dehors de ces trois nationalités, ibérienne, celtibérienne et celtique, il ne se trouvait dans la Péninsule que des colonies phéniciennes, carthaginoises, grecques, et romaines : ce qui revient à dire qu'à l'époque de Strabon, indépendanmient de ribérien.

du oelUbérien etdugallîque» on parlait en Espagne, phénicien, grec el latin. A ce sujet, il est curieux de voir comment M. Du Mége bat la campagne à la suite de Yélasquez.-^« Velasquez nous paraît avoir établi « d'une manière solide que les langues des anciens « Espagnols, étaient en grande partie les langues grecque « et phénicienne, ou, pour parler plus exactement, des « dialectes de ces deux langues. Ses observations sur « les étymologies des mots espagnols, c'est-à-dire sur a les noms des plus anciens peuples , des villes , des « régions , des montagnes, des promontoires, des héros « et des princes de l'Espagne, et sur les autres mots « espagnols que les auteurs nous ont conservés, parais- « sent démontrer que tous ces mots tirent leur origine « du grec et de l'hébreu, et qu'ils appartiennent par « conséquent au grec et au phénicien. » (1 )

Nous avons précédemment réduit à leur juste valeur, toutes ces exagérations sur l'importance des colonies ^ecques et phéniciennes en Espagne. Le grec et le phénicien n'ont jamais été les langues dominantes de l'Espagne ancienne ; il est douteux que le grec, et quel grec encore ! se fût conservé sur le littoral de la Méditerranée , seule partie de la Péninsule où il aurait pu jeter quelques racines. A ne parler ici que de ces Grecs; dont Dieu nous délivre, les^^ traces philologiques sur lesquelles Vélasquez a cru devoir se guider , sont trom^ penses et illustres. Les progrés de la philologie contemporaine , nous permettent à ce sujet une réflexion que Vélasquez ne pouvait faire au milieu du dix-hiiitîéme siècle '. c'est que les Grecsi, les Etrusques , le^ Latins^

(1) SMiitique générale, pa^ i27.

- 114 ~ les Gaulois de Vére ancienne, étaient tous Celto- Germains , ayant la m^e origine et parlmt divers dialectes du même idiome hyperboréen. Les transformations classiques du grec et du latin, de l'hébreu et du sanscrit, n'eurent pas le pouvoir de changer le corps primitif de ces langues. Aussi les philologues remarquent - ils do grandes affinités de Yocalisation entre l'ancien gallique, le latin, le grec, le zend ou vieux persan, Thôbreu, et le sanscrit qui, quoique euskarien dans sa partie liturgique, est justement qualifié de dialecte indo-scythe ou germanique. Partant de là , comme les tribus galliques et celtibériennes ont occupé les quatre cinquièmes de l'Espagne dmrant Tère ancienne , il n'est pas surprenant qu'à forcé de refdmdre les noms celtiques et celtibériens , on leur ait fait subir une métamorphose , et qu'on ait fini par les faire ressembler à des noms grecs. Le procédé , d'ailleurs , est vicieux , et nous n'admettons pour bonnes que les étymologies des noms par eux-mêmes clairs et significati&, qui n'ont aucun besoin d'être manipulés ni triturés par nos archéologues prestidigitateurs. Nous posons ici comme fait, qu'il n'y a peu^être pas, dans tonte la géographie ancienne de l'Espagne , dii noms qui soient réellement et purement hellémqa^; Quant à ces rois, princes, demi -dieux et héros de l'Espagne celUbérienne , auxquels Yélasquez et H. Du Mége donnent une origine grecque , ils ont raison pour tous ceux qui n'appartiennent pas en même temps à la mythologie des Celtes^ La plupart de ces perscmnages fabuleux, Habis, Gargoris, Hispanus, Géryon, n'ont jamais existé que dans l'imagination des conteurs grecs et dans le livre falsifié de Bérose. Il est dés lors tout

simple qu'ils aient reçu des noms grecs ou celtiques ; les Ibères n'ayant pas eu la moindre part à toutes ces fabulations , entièrement étrangères à l'histoire primitive de la Péninsule. L'âge patriarcal» tout occupé de créations grandioses » âge de sens et de raison » nourri de vérilés utiles et sublimes, ne se repaissait point des folles chimères qui firent irruption avec les Barbares du Nord dans la société idolâtre du second âge.

Les Celtes une fois exclus de cette foule de nations que M. Du Mége établit en Espagne à une époque trèsreculée , il ne reste plus que « les Ibères Orientaux et « sans doute aussi les nations qui habitèrent primitive- « ment les côtes de l'Afrique. » Cette conjecture de M. Du Mége est un trait de lumière , une perle dans te fumier. Oui, sans doute, il Seiut compter parmi les plus anciens colonisateurs de l'Espagne, les habitants primitif de la côte africaine. Il serait par trop bizarre dépeupler la Péninsule avec des nations qu'on y fait aborder des quatre points cardinaïux, et d'oublier la race antique qui n'était séparée de l'Elysée espagnol que par un détroitde deux lieues de largeur. La conjectnrei empruntée par M. Du Mége a tant de poids dans les balances du sens commun qu'en admettant que l'Espagne ait été primitivement déserte , le premier point à éclaircir par un antiquaire serait de découvrir quel peuple a le plus anciennement habité les côtes de l'Afrique. Il se trouve que- ce peuple était précisément celui des Euskariens.

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