CHAPITRE X
bt VEskam* et de ses npporU itcc les bnott ^ ilUlie.
La langue Edsuara^ qui est pour les Basques la preuve et le sceau de leur or^e, exaltée par les écrivains nationaux avec un enthousiasaie qu'elle justifie sous beaucoup de rapports, a été l'objet des attaques les (d«s indécentes de la part de quelques auteurs castillans. Mariana lui-même , tout en reconnaissant la haute antiquité de l'idiome, en parle comme d'un jargon sauvage et sans règles. Nos détracteurs eussent volontiers iperellé Dieu, la nature et les sociétés primitives, d'avoir osé créer, sans être de T Académie royale de Madrid, une langue originale dont ces messieurs ne comprenaient point le mécanisme. La prévention était si forte que Larramendi' ayant dressé quelques tables de conjugaison euskarienne , se fit un titre de gloire d'avoir triomphé de la difficulté, et il intitula lastueusement son œuvre ; L'impo êsi ble vaiucu / 11 est juste de dire qui
- 1Î5 celte époque les bases de la grammaire générale n'ayaient point encore été posées par les métaphysiciens du premier ordre , et les philologues profonds qui ont éclairé la matière » d'un jour si vaste et si brillant. Les hallucinations d'Aslarloa et de ses continuateurs donnèrent une direction extravagante à des investigations auxquelles Larramendi n'aVait pas fait franchir les bornes académiques. Depuis Larramendi on arrive jusqu'à la Dmertation sur la langue Basque de l'abbé Darrigol , sans trouver sur ce sujet intéressant un seul ouvrage qui puisse être consulté avec sécurité. Enfin Darrigol parut, philologue d^intelHgence profonde, d'érudition exacte et variée , qui le premier , dans cette dissertation honorée du prix Yolney, marqua d'une main assurée les fondements de la grammaire euskarienne. On ne peut reprocher à cet opuscule que l'inexpérience et l'incorrection du style; il n'en est pas moins une œuvre de haute conception , qui a mérité h son auteur une place distinguée parmi les bons philologues. Malheureusement notre siècle , amorcé par les livres d'imagination et de poésie romanesque, est dédaigneux de controverses savantes. On a beau lui apporter des idées saines et fortes , des vérités fécondes ; si la variété de la composition ne pique le lecteur, si le charme et la perfection du style ne l'attachent , un bon livre même sera peu goûté. Aussi la seule oBuvre excellente que la philologie basque eût encore produite , la Dissertation de l'abbé Darrigol, couronnée par llntstitut de France, a été vendue au poids dans les rues de Baydnne : Fœdum etiam intèr Barbares !
Sur les rudiments établis par Darrigol furent publiées les Études grammaticales , pour lesquelles un jeune et
intrépide voyageur nous fournit des Prolégomènes savants. Nous creusions dans la mine ouverte. Pour la première fois fut publié un tableau complet de la conjugsdson euskarienne, en dialecte souletin; cadre préparé pour recevoir les variantes des autres dialectes» ainsi que les conjugaisons syncopées dont les Gantabres font le plus grand usage. Le mécanisme de la conjugaison euskarienne est aussi simple que régulier. Il était forcé dans un idiome qui supplée aux articles et aux prépoûtions par un mi^nifique système de déclinaison , et qui , au moyen de quelques pronomînati& entrelacés dans la conjugaison et de quelques infle]dons représentatives des articles, fSût entrer dans le verbe rexpression de tous les rapports logiques qui peuvent exister do sujet aux attributs. U résulte de ce système grammaticd que si, au premier coup d'ceil, les richesses du verbe euskarien semblent féeriques» elles sont néanmoins toutes indispensables et d'une nécessité usuelle ; c'est un luxe d'utilité. L'unité du verbe donne a la grammaire cantabre le dernier sceau de la perfection. Sous ce rapport, l'Europe savante l'a déjà proclamé, nulle langue connue ne peut entrer en parallèle avec l'euskarien. Mais nos philologues trans-pyrénéens sont dans une grande illusion de ne pas reconnaître que la Véritable supériorité de l'euskarien est dans sou système gmm* maticaL Chaque langue mère et primitive, dans le sens que nous attachons à ce Qiot, a des richesses étymologiques qui lui sont particulières; entre toutes, elles se partagent la révélation des mystères du passé , et cinq ou six rayons lumineux sont les seuls qui distinguent l'ibérien dans la synthèse des idées patriarcales ç tout le reste lui est commun avec rhébreu, le sanscrit, le
grec, le latin, le celtique, le slavon, les langues américaines et celles de T Afrique.
Les cabalistes ou docteurs jui& ont écrit les premiers que riiébreu avait été la langue du premier père. des hommes, la langue d'Adam dans le Paradis terrestre. Les prêtres cantabres, & leur tête Astarloa, ft'appés d'admiration pour la perfection grammaticale de YE$kuara» ont revendiqué lie même honneur pour la langue des Ibères. Mais si Astarloa et ses continuateurs sont excentriques et absurdes en ce point , ils ne le sont pas plus que les écrivains juifs les plus célèbres, les plus vénérés dos Pères de TEglise chrétienne et les ptttt doctes hébraîsants des siècles modernes; car tous ceé derniers ont glorifié la langue ihébraîque , comme les apologistes cantabres ont exalté ïEshuara^ conune Olaûs Rudbeck divinisa la langue suédoise. Astarloa et ses continuateurs ne sont pas ridicules d'avoir voulu opposer aux séphirols cabalistiques et aux mystères de l'alphabet hébreu les merveilles cachées de l'alphabet euskarien : c'est par les fausses routes qu'ils ont suivies, par le vice de leur méthode conjecturale, arbitrafare, leuff érudition bâtarde, leur enthousiasme confiant, qu'ils ont encouru le discrédit dont la science européenne leisi a frappés. La haute philologie est encore aujourd'hui au point où Tastronomie se trouvait dans les idées de Copernic; l'école qui doit créer la physiologie du langage universel est encore à fonder. La théorie du verbe est , au point de vue intellectuel , ce que la théorie de Id lumière, les phénomènes de l'optique et des couleurs sont dans l'ordre physique . Et pour aborder œs questîoiili mystérieuses^ qui exigent une érudition complète «i parfeiitement sûre, une sagacité supérieure , une in^i^
ration riche et féconde, Tinspiratiim du génie; pour répandre à pleines mains la clarté dans les ténèbres historiques de Babel , il faut des esprits d'une autre trempe que celui d'Astarloa et de ses continuateurs.
II n'existe aucune conformité entre le Tocabulaire basq[ue et celui de la langue hébraïque. Les mots tzal et fMkhel, signifiant une ombre et un bâton, sont à peu près les seuls qui offrent une similitude réelle. L'unité hébraïque ekhad, en sanscrit efca, se trouye combinée dans le nombre euskarien onze , formé de amar , dix , et de eka exprimant l'unité , ameka. Parmi les rapports granunaticaux de l'euskarien et de l'hébreu, il en est d'insignifiants pour le philologue, qui, dérivant de l'unité philosophique du langage humain , sont communs à une infinité de langues. Il en est d'autres plus remarquables, dans la tendance prononcée de l'hébreu vers la synthèse grammaticale, que VEskuara réalise dans sa perfection idéale , dans sa plus vaste et ravissante shnplicité. L'hébreu, par exemple, distingue les deux genres dans sa conjugaison ; l'inflexion varie, suivant que la parole est adressée à un homme ou à une femme. Il se rencontre même que l'hébreu se sert comme l'euskarien de la terminaison féminine n /na. Mais l'euskarien , qui n'a pas de genres grammaticaux , ne distingue pas seulement les sexes ; il marque aussi les divers degrés de familiarité et de respect dans les formules de sa conjugaison modèle. Bien plus, il maintient toutes ces distinctions allociitives , alors même qu'il fait entrer dans le verbe des rapports de première et troisième pemontie et des ré^gimes indirects. Les inflexions varient etk ootre dans chaque dialecte. Cette variété et cette profusion de richesses se trouv^nt dans tous les temps et dans tous
les tnodes de la conjugaison , avec un art dont on ne Voit de trace dans aucune langue connue. Sons ce tapport encore, l'hébreu ne saurait soutenir le parallèle. Neanmoinsia conjugaison hébraïque est formée ^elon les règles de la synthèse grammaticale ; elle se rapproche par là de la conjugaison cantabre. Gùttô conformité de système a produit des analogies secondaires que la logique granimaticale rendait inévitables , confime celle qui consisté à fedre entrer les pronoms , lie que relatif ti certaines conjonction^ dans les inflexions du verbe unique. Les régies qui prescrivent de placer Fadjectif après le nom et d'adjoindre au substantif dédiné toutes les prépositions, à Tétat de suffixes. Sont obscffvées dans l'eûskarien et lliébreu d'une manièhe analogue ; inais de telle sorte qu'en ceci , comme en tout, la langue ded Ibères conserve sur celle de Moïse une incontestable et remarquable supériorité.
Qu'on ne nous dise pas si/l*tout que les patois gascol*omans et la tangue basque aient entre eux aucune ressemblance', Tls différent par la vocalisation autant quô par le système grammatical. Si les patois, en dehors deft latinismes 'signalés , ont quelques teilnes conmiuns avec le basque, c'est à fce dernier qu'il faut en f apporter l'origine : le seul doute qui ptiiiSSe partager à cet égard les philologues est celui de savoir s'ils tes ont eWprunlés a la langue ibérienne, dans le moyen-^e, ou si cette partie de leur vocabuldre ne se serait pas conservée dans les mêmes provkices, dès l'époque reculée où la langue euskarienne florissail dans la Novempopulanie ; le Toulousain, le Langnedoîc,hitN'ovence, et daMi» lotit* la t^éninsule espagnole.
Un lait notable par les inductions qu'illbûffnit, c'^
qu'on trouve dans Titalien vulgaire beaucoup de mots euskariens que le latin n'avait point recueillis. Les mêmes mots se conservent dans les patois romans comme en Italie. On a la certitude qu'ils ne proviennent ni des Barbares , ni du grec , ni du latin. VEskuara les possède de toute ancienneté. En faut-il davantage pour établir que le long séjour des Ibères en Espagne , dans le midi des Gaules, eu Italie, avait pu seul répandre avec tant de profusion ces expressions de la langue patriarcale , conservées de siècle en siècle par la tradition du langage populaire. Relativement aux Gasco- Romans, on peut objecter assez spécieusement qu'ils ont pu les recevoir des Yascons du moyen4ge ; mais quant aux Italiens, ils n'ont pu les reti^nir que de h même langue ibérienne, répandue en Ausonie avant l'irruption des lUyriens et celle, des Rhètes, qui acheva de détruire en Toscane la famille ombrique et parsema l'Italie de peuples hyperboréens.
Le latin et le basque peuvent être comparés sous les deux points de vue de la vocalisation et du système grammatical. Les remarques grammaticales doivent se borner, pour nous, à dire qu'avant sa transformation classique , le latin se servait de la grammaire analitîque ou méthodique , comme tous les dialectes de l'ancienne ItaUe. Ces dialectes congénères étaient l'étrusque, le sabin, lecampanien, l'ombrien ,^ l'osque, le volsque, le marse, le bernique, le samnite, le lucanien et le brutien. La transformation classique du latin semble s'être bornée à une aspiration incomplète vers la synthèse grammaticale, dont YEMuara est jusqu'ici le type le plus parfait parmi les langues connues, mais ptf&it dans toute la fprce du terme et dans le sens le plus
absoiu. Dans celte lutte de la méthode celtique avec la synthèse îbérienne, le latin fit à la langue des Aborigènes des emprunts d'un ordre spécial , dont notre cadre ne comporte point Texamen. En outre « il s'appropria quelques terminatives et quelques formes de déclinaison :
Anra-tura , Urhes^tura , Dorure .
Boni-tas , Otirtas [mna ) , La Bonté .
PecuniO'gus, AberaUm, Riche.
Terri-ius , Arrûtu , Terrifié , pétrifié.
Athore-tum, Aritze-ta, Pépinière.
A qua-ri-us , . Urkorii-a , Porteur d'eau .
Parmi les variantes de la déclinaison latine , il n'y a que les datife enî qui soient terminés selon la grammaire ibérienne. Cette dernière emploie la particule at, ad, comme suffixe ou postposée , tandis que les Latins en firent une préposition volante. La préposition latine cum, avec, a aussi de l'analogie avec la finale ibérienne H, kifi, qui a la même signification. C'est la seule prépùsition que lé Latin ait essayé de postposer, à l'imitation âé la déclinaison s jiithétique ; encore ne Ta-t-il (ait qti'6i!elépt%>httéllément Éât quékjaes pronomiïiâtife.
Mé-cvm, Ene-kin, avec moi.
Te-cum, JîfrôJMn, avec toi.
Se-cum , Bere'kin, avec soi-même.
Nobis-cum , * Gure-kin , avec nous.
Vohis'CU'm , Zùe-kin , avec vous.
Quo'cum , N'aure-Jiin , avec qui , lequel.
Il aura sulffi au lecteur judicieux des exemples qui précèdent pour s'apercevoir que le basque et le latin sont bien éloignés d'avoir le même vocabulaire. Jl existe cependant entre eux upe certaine commun^ji/é
^ TSi de termes onomatopéiqaes on d^empnmt ; mais 9 nous faodrait des sanranls plus Tersés que M. Da Mége dans les aiitM|mtés éinisi|ijies et leur TérilaMe or^ine. On appelle :
Un berceau
Cumœ ,
Kkwymë.
Une tour
Tmi$.
Dam.
Une oie
An$er,
AmUen.
La poêle à frire
Sariago,
Sarikaghijfma,
Une pierre calcaire
Lapis,
Lapilz.
Le piment
Piper.
Phiper,
Le jonc à cordes
Spartmm,
Etpmio.
La lieue
Leuea,
Ltàmm.
Le saucisson
Lucamica,
LiàmAÊ.
Une cape ou crête
CuoiUus ,
Kukula.
Le chant du coq
Cucunre,
Kukurnku.
Un torrent
Tarr-ems,
Tomr-miêta.
Lldentité des mots onomaiopéiques , de ceux qui expriment par imitation les dioses bruyantes ou sonores» ae mérite pas qu'on s*y arrête; il y a, dans foules les lanpies, de ces âmibtudes illusoires dont les philologoes ne tiennent pas compte au point de vue des origjiies et de rhisloire. Le latin et le basque ont imité le roulement d'une chute d'eau par le radical torr , iourr, inspiration naturelle qui aurait pu venir à deux peuples antipodes ; puis le mot onomalopéique a été modifié selon le génie granunatical de chaque langue. Le radical latin a reçu, à l'état de suffixe, le participe ens, étante qui est, pour signifier littéralement tout ce qui est Unr, grondant , un torrent. VEskùara lui a adjoint plus savammetit Une autre désignation de Tean , ou , oii , égal^nent bnomatopéique , et, par la termina tire sta, déjà consacrée dans
d'autres mots a peindre les flaquemenls de Teau, il est parvenu à imiter le bruit sonore et la chute de|^ torrents, tourrousta. L'unité de Thomme» comme espace intelligente et raisonnable » a tracé , ppur la yariété des dialectes du langage univeo^el , un cercle d'harmonies imitatives dans lecpiel toutes les langues rentrent à leur manière. On ne doit donc pas s'étonner de rencontrer des consonnances frappantes et multipliées dans* ce va^te concert de dialectes exprimant tous les mêmes idées et les mêmes objets.
Les Ibères et les Latins donnaient le nom de sparlum, esparto, à une sorte de jonc. Les Romains en faisaient des cordages , et les Bnrsques modernes en font encore des sandales de corde. Voilà un de ces mots* dont l'origine sera éternellement douteuse. Celui de ItAaïnka, par lequel on désigne le saucisson chez les Basque», est au contraire italique ; e'est dans la vie des camps , en bivouaquant sous les aigles , a Rome , que les guerriers vascons firent connaissance avec ce comestible appelé en latin lucanica , parce qu^il venait de Lucanîe et que le saucisson de cette province avait de la réputation parmi les gastronomes de Tantiquité. Martial a dit, dans ses Epigrammes :
Filia picense venio lucanica porcae.
Mais le poivre ou le piment, qui servait à assaisonner le saucisson de Lucanîe, portait en latin le nom de piper, qui est euskarien. De pipi, petit, fut formé dans cette dernière langue \e mot pipita, pépin; et de pipit-er, pépin ou gramite qui brûle, qui pique la langue, les Ibères firent le nom du poivre et du piment. Cette dernière étymqlogi^ est ^u lésuit^Lfunramçndi; et plût
à Dieu que toutes celles qu'il a hasardées fussent aussi fondées que celle-là. Malgré tout , il y a dans le latin , comme il y eut dans l'ancien étrusque, une foule d^etpressions dont l'origine ibérienne est fecile à prouver. Clitons le nombre deux, bi, biga. Le cantabrisme de ce mot est prouvé par une série de formations, dans lesquelles il est employé avec une profondeur de signification qui atteste leur originalité. Dans quelques - unes de ses applications , il révèle le principe constant de dualité qui a présidé à la structure harmonieuse de tous les corps , depuis les plantes jusqu'à l'homme.
Bi, biùs
Bi{amar^),
Bi-garr^na,
Bi-gherrenekaric ,
Bpetan,
Bimirtan, biratan,
Binaka, birazhn,
Biahorea,
Bide,
BiiZu-)
Bia{ZurU')
Bilrdm,
Bùhia,
fiirotza,
BnlarrQ,
Biz-karra ,
Bih
Bifibils
BUho,
Deux f le deux.
Douze*
Deuxième.
Deuxiémenienl.
Deux fois.
Chacun deux fois.
Deux à 4eux.
Division , tumulte.
Cl^min.
Pont.
Echelle.
Sillon.
Toute graine.
I^cœur,
Le menton.
Le dos ^ réchine.
Réunir , ramasser.
Rond , assemblé smr soi .
Les cheveux » 1^ ch^vçlure .
La manière uniforme et absolue dont Ta ïatague
cantabre se sert du mot bi pour exprimer toutes lés idées , tous les rapports , même les plus éloignés , de dualité , ne peut laisser le moindre doute aux yeux des philologues sur Torigine ibérienne de ce nombre. La même chose n'a pas lieu dans le latin, qui exprime la dualité par le radical celtique duo (ainsi que le grec), notamment dans les mots dtw, dnodectmus, duodeni, duplex, dwplicare, dnbitares duellum, etc. Et ce qui achève de prouver la vérité de notre assertion, c'est que le duo étrusque se retrouve dans tous les dialectes celtiques et scythiques d'Europe et d'Asie , qui sont congénères avec le latin: en grec, dyo; en iriandais, dcc; en celto-breton et gallique, daou; en sanscrit/ duafam ; en indoustani, duaS; etc. Le seul latin classique s'est emparé du nombre bi, emprunté à l'ibérien {HÎmitif : les Romains en firent biga, pour désigner un char attelé de deux chevaux, et le même mot se conserva dans Pitalien vulgaire , où il signifiait un petit chariot à deux roues. Ce nombre radical était si facile à combiner avec tous les modifiants , pour en fiure des adjectifs complexes, que les Latins s'en emparèrent comme il a été dit, et en firent quarante-cinq composés^ celtibériens dont le dernier , dans l'ordre alphabétique , est bisultor. Nous avons relevé, dans un opuscule, entre une foule d'erreurs de Court de Gébelin, celle qui fait venir ce surnom du dieu Mars, du nombre bi, deux , et du radical celtique sal , sauter , bondir, lequel se changerait en ^7 et sul pour la commodité de l'étymologie. '
Le nombre bi , en premier lieu , n'est point celtique ,' et le mot soi, sauter , n'entre pour rien dans la composition du surnom bisuUor, qui signifie vengeur deux fois.
^ 156 fl fbt donné pour la première fois à Mar» par Tenipereur Ai^nsle, qui dédia un tein[de an dieu de la guerre sous cette inrocalion, en mémoire des deux Tengeanees ipi'il avait exercées^ Tune contre les meurtriers de César, Tautre contre son cmnpétiteor Antoine :. il ne pouTait pardonner à ce dernier Tontr^e de n'avoir pas Toola épouser sa sœur Octarie. Kous faisons cette remarque i rintention des philologues aTeuInreux , pour établir que la vaste érudition de Tauteur du Mamde primitif ne suffisait point encore à le préserver d*erreur. Et pourtant, auprès des Du Mége et des Pieopiien qui courent. Court de Gèbelin était un puits de science. • Reste que le latin classi^e , postérieur de plusieurs, siècles au long séjour des Euskariens en Italie, est lui^néme , à quelques égards, un dialecte celtibérien. Si l'on scrute la mythologie latine , dons tout te qu'elle n'a point emprunté des Grecs et en dehors de tout ce que les Grecs^ eux - mêmes ont pris des Indiens et des Egyptiens , oa ne trouve que des mythes celtibérien dans la religion des Gorybantes. Tous les mythologues ont reconnu , dans le Janus étrusque , le Jaoïk on Jatm- Çoâio des anciens Ibériens et des modernes Cantabres. Le chef des dieux latins , Ju^ter^ porte lui-même un nom celtibérien ; car si le mol jdi^r âgnifie la paternité en sansorit, en send ou vieux persan , en latin « en gallique » en un mot, dans tous les dialectes celto* Scythes^ le mot lao,^ écril comme un symbole radieux et trinitaire au frontispice des cosmogonies anciennes, fut originairement euskarien. Les Basques s'en servent encore pour désigner soit la dirinité, soit l'autorité du chef de famille ; ils en ont même fait un titre de l>ojit^ssc. En étudiant, au point de vue physiologique, les
harmonies les plus mystérieuses de la parole humaine» on arriva à définir k nom divin à peu prés comme içs doctes héhraîsants. Les formes paraboliques dont ces derniers se sont enveloppés en écrivant leur théorie des qualités et des propriétés divines» ne peuvent être que de sublimes ténèbres pour d'autres que pour les initiés ; inconvénient inséparable de tout langage conventionnel qui n'îest pas fondé sur la sfmplîcité de la nature. Le Lexican cndialisticum , raillé dans un long article de TEncyclopédie voltairienne» n'est pas assurément un guide à suivre pour pénétrer dans ces études occultes ; mais Tesprit qui a inspiré cette appréciation appartient à Kécole sceptique , dont la méthode était de chercher le bon sens^ en dehors de la tradition, et de tuer la foi au détriment de la science ; c'est celui d'un philosophisme étroit, destructif de toute interprétation satisfaisante de la vénérable antiquité.