CHAPITRE Xn
Parallèle de la langoe Basqoe et des patois gtsco - romans.
M. Du Mége et son disciple, M. Pierquien de Gembloux, nient à kt langue basque son ancienneté et son originalité. Ils prétendent que les langues et les patois romans lui ont fourni une bonne part de sa nomenclature. Et conmie VEskuara n\ été et n'est avoisiné que par le castillan» le béarnais et le gascon, c'est à ces trois dialectes que Ton doit rapporter les emprunts qu'il aurait faits à la dérivation latine; ces emprunts sont imaginaires. L'euskarien ne doit presque pas de termes aux langues romanes , et leur en a fourni luimême un grand nombre. La langue ibérienne ayant prédominé en Novempopulanie jusqu'à la conquête des Romains , il était impossible que le nouveau patois ne gardât aucune trace dé Tidiome primitif. Les relations entretenues dans la suite par le voisinage, et devenues plus étroites pendant les guerres carlovingiennes , durent aussi contribuer à introduire dans les patois gosco-romans bien des mots de la langue montagnarde.
Néanmoins la disparité des deux langages est si profonde dans tout le reste, que le Basque et les patois sont en contact depuis dix- huit siècles, sur toute la ligne frontière des deux pays , sans qu'ils se confondent jamais et sans cpi'il en soit résulté un dialecte mixte.
Que M. Du Mége et ses disciples daignent y faire attention : la philologie est, de toutes les sciences , celle qui exige le plus d'études comparatives, le plus de profondeur et de sagacité dansTesprit. Les langues sont la révélation de tous les procédés de Tintelligence humaine ; elles recèlent, à titre de prémisses, toutes les richesses de l'idéalité , tous les éléments de la logique et de la poésie. L'étymologie des mots et la définition des idées sont des opérations de l'entendement tellement délicates et difficiles que les anciens, à le.ur tète Platon et Ariatote , pensaient que les dieux seuls étaient capables d'y réussir. L'étude laborieuse des langues est loin d'être suffisante-» sans' ime inspiration , ou , si l'on veut; une fidculté d'un ordre spédd. Que doiUil donc en être, lorsqu'à l'absence de cette précieuse faculté l'on joint une rare ignorance des chose» dont on a la prétention d^écrire magistralement; et que pour comble on se m^e de philologie historique.
En ceci, grâce à un peii d'attention, nous avons surpris le secret de la méthode .de M. Du Mége. Il a lu à la page 4 , du premier volume du Dictionnaire trilingue de Larramendi, au mot castillan Aberes : « ABERES, « fortune, richesse, vient diiBaakuencebfrefe, troupeau, « bétail; et anciennement lès richesses consistaient en « troupeaux, et pour cela nous appelons les riches « abeiatsac , conmie le latin les appelle pecumosos de « Tpeciis, Ainsi, ce mot ne vient point de aher ou haver. »
M. Du Mége n'a bit que retourner la propcàlion de Larramendi , puis recourant au petit vocabulaire basque de Fleury Lécluse , il y a pris, dans le même ordre alphabétique et avec la même orthographe vicieuse , pour en attribuer Torigine au patois gasco-roman , tous les mots en abé qui suivent :
Statisque , 2°" VOL. » PAGE 200 :
Aberastasuna » Richesse^ \
Âberastea»
S'enrichir , <
i Viennent d'aber.
Aberastua,
Enrichi ,
> mot roman
Âberax,
Riche, pécunieux»
\ qui signiGe
Abere,
Bétail,
/ avoir.
Il serait difficile de fiiire de rérudition à moins de frais , et de prendre plus exactement le contre-pied de la vérité. La conséquence à tirer serait que les Ibères n'avaient jamais possédé de bétail, ni imaginé de mot pour désigner ce premier trésor de l'homme , avant la formation des patois romans; c'est «à* dire avant que la conquête de César eût introduit une latinité corrompue en Novempopulanie. 11 n'est pas prouvé, malgré Larramendi, que le mot castillan obères, fortune, vienne du basque tAere, bétail ; mais il est évident que le mot euskarien obère, bétail, ne saurait {Hrovenir du mot roman aver, avoir. Et voyez comme la Statistique montre le bout d'oreille, maladroitement; elle s'est bien gardée de citer le mot latin hobere, dont le roman n'est qu'une corruption : plutêt le patois toulousain ou béarnais que la langue de Plorus, de peur de faire remonter les Euskariens, par cet emprunt, d'ailleurs supposé, à ces fameux Cantabres et Vascons que M. Du Mége ne
veut pas absolument leur donner pour ancêtres. Sans nous appuyer de Tautorité de Larramendi » qui n'est pas toujours sûre» il nous suffira d'un petit parallèle entre le basque et le latin sur Tex pression des mêmes idées pour faire comprendre en quoi ils difiërent, quoique semblables en tout ce qui constitue les règles d'unité du langage humain.
Elf LATIN.
Pecunmus.
Riche , Vient de pecunia.
Pecunia^
Argent , Vient de pecus.
Pecuf,
Bétail, Vient de l'onomatopée pe^.
Peccare,
Pécher , Vient de pecus.