EN ESKUARA
AberaU'Uusun
• Richesse» Vient de
ÀberaU ,
Riche, Qui vient de
Ahere,
Bétail , Qui vient de l'ono-
matopée béé, d'où
Abre,
sier des bêtes.
Le parallélisme est parfiBÛt dans les deux idiomes ; la même chaîne d'idées et d'analogies se trouve exprimée dans les deux vocalisations ; le point de départ est le même, c'est la même onomatopée béé, péé. La définition de la richesse selon VSdouara et le latin nous reporte à l'âge de Saturne, l'âge pastoral où les troupeaux formaient la richesse des Ausoniens et des Ibères. Maintenant si l'on veut en quatre mots savoir la différence qui existe entre le vocabulaire d'une langue véritable et un patois de dérivation , on verra que dans te gasco-roman et le castillan lui-même , la chaîne philosophique des définitions et des idées se trouve rompue
aussi souvent qu'ils prennent leurs mots à des sources différentes. La même chose a lieu en français.
Riche Riche, Rico.
Pécune Diner , Dinero.
Bétail Betet , Bestia , Ganado.
Péché Pecat, Pecado.
Passons du gasco-roman à cette langue castillane que d'immortels chefs-d'œuvre ont à peine tirée de la classe des patois. Oïhenart cite pour les trois premières lettres de l'alphabet , un grand nombre de mots que VEskunra lui a fournis. M. Du Mége se sert d^Ôïhenart comme de Larramendi pour prendre Tinverse de son affirmation; il signale, comme empruntés du castillan par VEskuara, les mêmes mots qu'Oïhenart a désignés comme apnt été pris de l'E^ftoara par le castillan : tant il est dans la nature de son ë^ft de n'être jamais dans la vérité, etâecotrômpretoùt ce qu'il touche ! Larramendi a fart le dëpouilletnent du vocabulaire castillan , par ordre d'origines. Il résulte de son travail , susceptible d'être épuré, que le basque serait après le latin celle de toutes les laïigués qui aUrait ibumi le plus de termes au castillan. Sur un total de 13,365 mots, le latin figure pour un contingent de 5»385 et l'£«fctMira pour 1,951 radicaux. Larrameadi- tiré de !ce fait «me induction en laveur de la primordiàlité et de l'universalilé de l'euskarien dans toute la! vieille Espagne. La conclusion serait rigoureuse pour l'ère primitive si les Navarrais et les Biskaîens n'avaient pas si puissamment contribué à l'expulsion des Arabes-Maures, si leurs colonies n'avaient» repeuplé au moyen -âge diverses l>arties du pays reconquis. On sait que du huitième au
Jixiéme , siècle , la Gaslille ou les Gastilles , comme le mot roman le dit lui-même n'étaient qu'une ligne de petits . châteaux-forts élevés par les Euskariens à la frontière de leurs provinces pour servir de barrière aux incursions des Arabes-Maures. Les armes de Gastille rendent témoignage de cette humble origine ; on y voit une tour crénelée. La main des Basques éleva cette première forteresse, et ce fut leur vaillante épée , ceHe des rots d'Oviédo, de Pampelune» qui en firent le fondement d'une menarchie devenue plus tard si : considé* rable qu'elle rêva un instant rempire universel. La langue romane ou castillane , reléguée, en principe dans TAragon, Asturies, Léon et Galice, c'est-à-dire dans les limites de l'ancienne fédération vasco-cantabre , ne s'établit d'une iimnière stable dans les plaines que vers le onzième siècle; ella s'étendit au Midi .avec les conquêtes des armes chrétiennes sur les Musulmans. Et comme les Basquais étaient l'âme et le centre de cette noble croisade eiitreip^ise autant pour le triomphe de la liberté de l'Espagne gue.ponr celui du catholicisme, on conjecture que duis.cetintervaille de près de huit^siècles marqué par une ^roite fraternité d'armes, les Castillans, nation toute nouvelle , reçurent dans leur Bomance bien des mots! euskariens, eomme'ils admirent dans leurs provinces désertes éjptéh la victoire plusd'nne colonie du peuple montagnard. On voit dans Jes lettres de Gil Ferez, quela.langue cantobre, . dialecte vardule ou guipuzkoan, se conservait encore au seizième siècle, dans les principautés de Yalverde et d'Alcontras , faisant partie de l'ancien royaume sarrazin de Tolède.
U ne faut pas perdre ceci de vue, que la langue euskarienne fut bien antérieure au polythéisme, que les
Ibères n^embiassérent point ; antérieure aux guerres sociales qne l'invasion des Celto-Scytkes întrodaisit àam le monde. Noos reeonnaîssons de bmioe foi ifoe dans leurs longues relations arec les Celtes, les Gaulois, les Romains, les Visigoths, les Francs, les Anèes-lbnures, dont ils ont parlé les langues selon les époques, les Vsfôco-Cantabres leur ont emjvunté un certain nombre de mots, de ceox-Ui sqrlout qui eipriment Tidée des choses inconnues dans les cmlisalions patriarcales. Ainsi il n'existe en basque que des termes étrangers, grecs, latins, hébraïques, pour dire : roi, reine, empereur, impàatrice, royaume, empire, province, sujet, vassal, esclave, serf, guerre, prince, CMite, baron, duc, cachot, misère» bomrreao, génie, diable, ange, prêtre, sacerdoce» évèqne» blasphème, sacrilège, purgatoire, enfer, paradis, etc., etc. La langue cantabre, en ce geare, est d'une pauvreté radicale dont elle ne rougit'pas le moins du monde. Si Ton vent se fiiire une juste idée de son originalité et de sa richesse, il faut voir avec qwdle pompe , quelle harmonie et quelle variété merveilleuse d'expressions elle caractérise les idées et les êtres qu'elle trouvait à sa portée a l'époque lointaine de sa fimnation. M. Du Mége a-t-il pu penser sMeusenent que les Ibères qui avaient mis le feu aux fwèts diluviennes des Pyrénées eussent besoin de recourir au mot latin arhor pour désigner un arbre ? Non , car ils avaient le mot zuhaifêm, zuhiatza, zuaritza, signifiant la matière combustible par excellence , et en outre ils se servaient d'un nom particulier pour chacune des acceptions que le mot hois reçoit en français : un bois sauvage, hoêso; un bois de futaie, oihm^; uq bo» taillis, cjkors^; le bois de char*
pente, zti/iomti; le boU travaillé, zur; le bois à brûler, egur; le bois mort, kishil, etc.
Ils n'avaient que faire de recourir au mot roman respuesta pour en faire arrapostu, quand ils avaient ihardeUia , pour qualifia la réponse de la voix humaine, après avoir exprimé ses divers cris de la manière la plus savante :
Une criaillerie.
Khereillu.
Des cris confus ,
Karrasta.
Un cri d'apppel ,
Othu.
Un cri de réveil ,
Des.
Un cri d'alerte.
Hela.
Un cri lamentable.
Aûhendu.
Un cri d'horreur.
Orroko.
Un cri de douleur.
Marraka.
Un cri larmoyant.
Marraska.
Un cri étouffé.
Marruma.
Un cri d'afDiction ,
Hetagora.
Un cri d'alarme.
Deïhadara
Un cri hurlant.
Uhuri.
Un cri rugissant.
Marrobia.
Un cri de joie ,
Zinkha.
Un cri de rire.
Irrintzin.
Un cri gai.
KikissaX.
Une acclamation.
Hozenghu.
Un cri collectif.
Dundura.
D'où M. Du Mége a«tril tiré que les Basques eussent besoin du mot castillan raiU> pour déugner un rayon de foudre? Le mot est vif, éclatant, comme le phénomène qu'il représente : il n'est pas surprenant qu^il ait frappé les Montagnards , et qu'ils l'aient adopté , tnirtoat avec
raffectalion qu'ils mellent quelquefois ù prouver la connaissance qu'ils ont des langues erdariennes. Etaitrce pauvreté ou pénurie de l'idiome national? Comptons bien : le français , le castillan et le gasconroman ont chacun trois mots de dérivation latine pour exprimer réclair , la foudre , le tonnerre ; en voici vingt-trois d'un usage vulgaire, que le seul Eskuara emploie encore aujourd'hui chez quelques tribus réduites qui comptent moins d'un million d'âmes de population : anastarria , ognaskarra, ostikaria, sunUsta, chimûta, tchilimista, ehorzuria, ihurtzuria, irourziria, ùmsturia, ozpina, orzantza, orria, kalema, ilhunghia, uhulghia, artiga , Oilotsa, ostotsa, artyia, durunda, turmota. Et dans cette magnifique nomenclature de la foudre et de l'éclair, si riche en définitions poétiques, se trouvent harmonieusement exprimés l'électricité, les carreaux, les éclats terribles, les tourbillons, les roulements sonores, les murmures sounlset lointains, l'auréole sinistre et les vêlements ténébreux du génie des tempêtes.