‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple; (volume 2)Chapitre 25 sur 26 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

IW b TériuMtt Origiae des Rtsqies.

Uu (lass^ de Pline, mal interprété, a bit naître ropimon que les Ibères étaient originaires du Caucase. Cet auteur « sur la foi de Mareus Varron, parie des peuples qui entrèrent les premiers en Espagne. Il cite d.'iJH>rd Wa Ibènes et les Perses, el i leur suite les

Celtes, les Phéniciens et les Grecs. Mais, outre que ce passage de trois lignes a tout* Tair d'une interpolation » PUne se borne à dire que les Ibères furent les premiers colons de la Péninsule espagnole; il ne résout point la question de priorité entre les deux Ibéries occidentale et asiatique.

Les anciens géographes , il est vrai » placent un peuple florissant d'Ibériens dans cette partie de Tancienne Arménie que nous appelons aujourd'hui Géorgie , entre la mer Caspienne et la mer Noire. Les deux principales villes de cet empire » illustré de nos jours par la muse tragique de Crébillon, étaient AHhani4:e et Aphanice, dont les noms comme ceux de TEbre et de l'Araxe se retrouvent encore chez les Basques pyrénéens. L'Araxe navarrais prend sa source dans la montagne d'Aralar » longe la vallée de Larraûn » et par celle d'Arraiz se jette dans le Guipuzkoa. Strabon, au livre deuxième de sa Géographie , parlant des Ibères orientaux, place dans leur territoire le fleuve Aragns : — « A6 Artnenia angustiœ mnt ad fluvios Cyrum et Aragum. » Le martyr Euloge parle dans une lettre d'un fleuve du même nom , qui coule en Navarre : « Aragus fluvius oriens, rapido ciirsu Seburum et PampUonam irrigans , amni Cantabro confundilur. » Veut-on des homonymies géographiques plus curieuses encore? Joséphe, citant Jérôme l'égyptien auteur des AnliquitéH phéniciennes , ainsi que Mnaséas , et Nicolas de Damas, rapporte qu'au déluge l'arche s'arrêta en Arménie, au haut du mont Gordet. La plus haute montagne d'Alava porte le même nom ou plutôt un nom formé du même radical Gara , élevé , d'où le dialecte a fait Garde , caché , c'estrà-dire mis en réserve dans un lieu élevé, inaccessible. Prés de ce moal

Cordei , en Arménie , Ptolémée place la ville de Seltia ; la dernière peuplade des Vascons, ^e cite le même géographe, est celle de Seltia. Il serait &cile de multiplier les rapprochements de ce genre. Des Pyrénées au Caucase » Pompée fit la guerre aux deux peuples , qui appartenaient indubitablement à la même race , et parlaient la même langue Eskuara, dont on trouve des traces brillantes dans les vallons caucasiques.

Les Anciens regardaient les Ibères conune une population autochthone dans la Péninsule hispanique, jusqu'à Silius Italiens qui les appelle indigènes. Telle était aussi la conviction de Denys TAfiricain , suivi par Eusdiathe et Nicéphore Galixte. Dans son poème sur Tétat de Tunivers, Denys raconte que les Ibères orientaux avaient originairement habité les Pyrénées et que leur établisse* ment au Caucase leur coûta une guerre sanglante contre les Hircaniens. Ce sont les mêmes Ibères espagnols que Strabon, au livre I.*' de sa Géographie, nous montre s'avançantau delà du Pontet delà Golchide. L'immense majorité des tribus ibériennes se trouvant répandue, dès les temps les plus reculés , au sud-ouest de l'Europe , il est rationnel de croire , sur la foi des autorités citées , que les Ibères asiatiques descendaient des Ibères pyrénéens. Il faut bien que l'antiquité des Ibères en Europe remontât aux époques primitives, à en juger par les discussions soulevées sur ce point entre les histo^^ riens grecs. Ephore, auteur élégant et consciencieux» Philistus, non moins instruit, ayant attribué aux Ibères sicaniens l'origine des premiers habitants de la Sicile , Hmée révoqua en doute cette mtgratioii, et sa plus forte preuve fut d'établir que les Ibères éluent autochthones. Il faut entendre par là que les Siciliens

^ 165 ^ étaient aHàsi anciens dans leur pays que leurs frères les Ibèrëi dans la Péninsule espagnole ; car il est hors de doute que les uns et les autres étaient de la même race patriarcale, etquHls eurent pour uniques représentants dans la suite des siècles les Euskariens cantabres et vascons , les anciens Basques* Le passage déjà cité de Sénèque dissipe à cet égard toutes les incertitudes. On appelle Tulgairement indigènes» ou aborigènes d'un pays, les^ hommes qui s'y «ont multipliés les premiers , et dont les descendants , {mr le laps des siècles , ont perdu la mémoire de rétablissement de leurs ancêtres. Parmi les peuples réputés autochthones^ il n'en est point qu'on puisse affirmer être nés avec le sol on l'histoire et les tràifitions nous les montrent primitivement. Tel est le cas des Ibères hispaniens.

Des écrivains dignes de foi nous apprennent que le nom à'Ibérie fut donné à l'Espagne, par les Grecs, du nom du fleuve Ibère, aujourd'hui Ebre. Les géographes anciens placent une tribu d'Ibères proprement dits, sur les bords du rio Tinto ou Azèche, enire la Guadiana et le Guadalquivir. Les eaux de cette rivière sont d'une couleur blanchâtre ; elles possèdent une propriété corrosive qui desséche la verdure et rend ses bords infertiles. Les Euskariens lui avaient donné en conséquence le nom d'Iba^o , ou Ihafhero , fleuve chaud , brûlant, dénomination que Pline semble avoir voulu traduire par Vriumi Festus Âvienus prétend que ce fut libère andalous ou bélhicoan qui donna à la Péninsule le nom d'Ibérie. Si son assertion était vraie , ce serait uïie présomption que les Euskariens, venus d'Afrique, avaient peuplé la BéfT(}tie en premier lieu. L'Ebre , plus tard , côtoyé par les colonies euskariennes, fut design^ par le même

- 1G4 qualificalir Ibatero, également tipproprié à la tiédeur de ses ondes. De même le village d'ibero, i deox lieues ouest de Pampelune, et divers autres sites de la province cantabrique durent ce qom à la chaleur des sources qui les baignent.

Il ne faut point croire que nos Aborigènes eussent pensé à donner à TEspagne le nom d^Ibérie , et qu'ils s'appelassent eux-mêmes Ibères ou Sétubaliens. Depuis leur origine jusqu'à nos jours , leurs tribus , assises patriarcalement sur une foule de provinces qui embrassaient un immense territoire , ne donnèrent jamais à la patrie générale un nom destiné à devenir historique. Ces hommes sages et pacifiques , distingués de tous les autres peuples par leur origine, leurs mœurs et surtout par leur magnifique langue , ne désignaient les contrées qu'ils occupaient que sous le nom immuable de Pays euskariens, Eskual-Herriac. Cette dénomination collective est la seule qu'ils aient employée, selon l'agrandissement ou la réduction de leur territoire borné aujourd'hui aux sept provinces que les derniers des Euskarîens occupent dans les Pyrénées-Occidentales.

Les questions d'origine sont difficiles à résoudre, surtout quand il s'agit de peuples très-anciens , à moins qu'on ne se borne à tirer de la Genèse et de la tradition des Juifs toute la philosophie de l'histoire. C'est une tache ardue que celle de restaurer 1^ titres des or^ines primitives , et il n'y a peut-être pas sur la terre un seul peuple en faveur duquel elle ait été remplie d'une manière satisfaisante. Comme il existe des rapports d'origine entre VEskuara, les langues indoustaniques , le vieil égyptien et quelques dialectes de l'Amérique méridionale , jl est un point sur lequel nous éviterons

de nous prononcer ; celui de savoir si les patriarches qui, des côtes de rAfrique, passèrent en Espagne, venaient d'Orient ou d'Occident. Arrêtons -nous à ce qui est hors de contestation. Les Euskariens n'étaient ni de la race blanche du septentrion» ni de la race noire africaine : on peut donc les regarder comme une race intermédiaire qui , de l'Indoustan , se serait répandue en Occident, ou qui, peut-être échappée au naufrage de la vieille Atlantide , aurait envoyé des régions de l'ouest ses colonies vers l'Orient. Les Ibères primitifs, selon le portrait que Tacite nous en a laissé , avaient le teint cuivré, les cheveux bouclés; caractères qui signalent une race américaine autant qu'asiatique. Quoi qu'il en soit. Orientaux ou Atlantides, les Euskariens , avant de s'établir dans les deux Ibéries , semble^ raient avoir précédé l'arrivée des Ethiopiens et celle des races blondes dans la haute et la basse Egypte. L'extension des peuplades nègres , vaincues à leur tour par les hordes blanches , détermina peut-être la migration des Euskariens pour l'Inde et l'Espagne , la Perse et les Gaules , l'Italie et les iles de la Méditerranée. D'après la géographie primitive de l'Afrique , selon les Grecs, on ne peut douter du long séjour que les Euskariens firent dans toute la partie septentrionale de co continent. C'est de là qu'ils se rendirent dans la Pétiin-' suie espagnole , en traversant le détroit sur de long» canots d'écorce d'arbre ou de cuir : flottes sauvage^ mais rapides, dirigées à la rame et dont les Espagnols se servaient encore au temps de Brutus pour des navigations lointaines. '

Au siècle d'Auguste, indépendamment des Ibère» pyrénéens ou Vasco-Cantabres, il y avait encore quelques

- i66 tribus indigènes dans la Bétique, où nous ne voyons point que les Celtes eussent pénétré. Du moins la carte ancienne de TAndalousie, raceptk^n fisâte du paya des Celtiques, dont parie Pline, a'ofiDre-t*elle aucune viUe importante que Ton puisse donner aux Celtibéres; tandis que le reste de FEspagne, entre les deux mers jusqu'à TEbre, était couverte de leurs fondations. Strabon rapporte que les Ibères de la Bétique conservaient encore de son temps divers poèmes et des reciimls de lois mises en vers , dont ils gisaient nemonler rorigîiie a six mille ans. Cette data que les Béttûkoana aa^ignaient à leur littérature semble, au premier coupd'œil, apocryphe , selon la chronologie enseignée de nos jours dans les écoles : elle est néanmoina en concordance aveo la chronologie hébraïque, suivie par les premiers Pérès de TEglise. Le aavant Abbé de La Ghannoie, dans son AnUquUé des Temps rétflblie, a restauré victorieusement la chronologie primitive : il compte jusqu'au Christ un intervalle historique de plus de cinquantenseuf siècles ; chiffre hien mieux d'accord avec le syncluroiiiame 4e toutes les chronologies de. rantiquité, que las cabmla d'Ussérius et de Tournemina.

Tous les commentateurs qui ont assigné aux peuples anciens des généalogies patriarcales tiréea de la^Genèse, et, parmi ces commentateurs, les plusiULvants et les {dus e^cts, Azias, Gaspard Sanchez, Hontanua» SaUaiMii, Debrius, et à leur tête saint .JéBÔme M l'historien Josèphe , donnent aux Ibères d'Orieiit at d'âccMlant le même ancêtre , qui est Thobel ou Thubal. Les écrivains catholiques sont unanimes sur ce point ; car ce ser^t à leur sens une hérésie que de voir dans les Patriar^es plutôt des personnifications nominales des pramîers

peuples de la terre, que des chefs de famille. Selon ces aoteurfi, en l'année 460, après la fondation de la tour de Babel, deux mille ans seulement avant Tom chrétienne, Thubal, Tun des sept fils de Japhet, fila de Noé, vint s'établhr dans les Pyrénées-Occidentales avec ses enfants, qui peuplèrent d'abord les montagnes et s- étendirent ensuite dans les plaines de la Péninsule et de la Gaule, à mesure qu'ils se multiplièrent. Les autorités invoquées à l'appui de cette version sont, d'abord, Josèphe en ses Antiquités juives, et saint Jérôme dans ses Commentaires sur la Genèse et les prophètes. Les auteurs qui l'ont adoptée sont innombrables : on cite, entr'autres, l'historien d'Avila, Femand Mexia, Florian Ocampo, Jean de Gironne et le célèbre Roderie de Tolède. Ce pieux et savant archevêque affirme que les Thobelliens ou Sétubaliens^ conmie il les appelle, après avoir parcouru, seulement par curiosité, plusieurs contrées du globe, fixèrent leur choix sur la Navarre et les provinces basques. Mexia va plus loin, et dit que les Sétubaliens fondèrent en arrivant quatre villes , Saragosse, Calahorra, Tarragone et Pampelune.

Selon cette tradition, lesEuskariensne seraient arrivési en Espagne que deux mille ans avant l'ère chrétienne. Comment accorder cette date avec celle de soixante siècles que les Ibères turdétans assignaient sous Auguste à leur littérature ? fort aisément : au moyen d'un passage^ de Xénophon qui dit que l'année des Ibères , comme celle des Egyptiens, était ordinairement de quatre mois, rarement de douze; c'est ainsi que Larramendi a mis en concordance ces deux pointe chronologiques.

Si quelques écrivains religieux de notre époque,, notamment M. Du Mége, n'ont point admis Torigino

— Mft ^aâpÊèema Ibères, b snde dobcI lirer de leiB oaicji ^Hômi, t'i {■praénnMBt, el arec I

ilocles deiandov : c'eil-à-

question un système

lire de b Genèse par les

pMMPi par les Pèies de Vé^Êtt yen b seule qui oïl, lil aatorilé acadènaque ; lions arons cra bi^e pboe à ses

■ne résore serapnlense et bpinsfrnidei Kons a dmell o nt avec les Rih i i <f s qne les I

premiers; et les pins aodens colons de b ffpninrnif esfuçnole. Nous disons ensnite qne ce penpie n^élaâ ni hyperiioreen , ni de race nèpre; dcu. poiiis bcnes à pron¥«r. En b^enr de cens qni nteetlenA rcnslenn

possihililè d*une origine occidentale, e*esLà-dne indoamèffîcaine. Ibns cette hypothèse, ruamnf diBs lontes ]e$ antres , il reste tm jonr^ ètahfi qne des ptnp l u de nce ensKMienne ont nanne* a nne ef4M|ne ■Honqne des pins l een l ew , le «d an ert de rEnrape, lenaid de lAUqne et llndonstan. En prànitive^ nons nons sitinunes retiré 4 «MIS dèchirar le r^e qni le conrre : ce sera heanconp de pooTtHr dire ce qn^ cnt ctè par b ligne, b rel^sion « b srtence « bsavt^, b poKliqne. les kas et lea nannrs« La resnnw nsMoée à cci écnt ne nans

-^ 169 permettait pas d'aller plus loin. L'origine des tribus euskariennes doit être placée dans les mystères dos créations génésiques et dans le sein de Dieu. *«»'

Leur histoire > comme celle de tous les peuples dont la souche s'abreuye à la source du Temps, conmience par des fables poétiques. La mythologie grecque n'est qu'un conte puéril, inventé d'hier, deyant ces allégories radieuses, si semblables aux fables indoustaniques. C'est que la même ciTilisalion illumina de ses clartés divines , dans les trois continents, une même nation et des milliers de tribus de même origine : c'est que le même soleil , le même Arghion, appelé du même nom dans mille dialectes congénères , avait vu les Patriarches du Midi déployer leurs tentes et allumer leurs feux dans toute cette twte étendue de terres qui portèrent primitivement le nom à'India^ en y comprenant la bordure septentrionale de l'Afrique, jusqu'à l'horizon où se lève pour nous le Vesper.

L'Arabe et le Juif se vantent d'être issus, par IsmaSl et Jacob, du patriarche Afrrofii ou A6falkim : les Ibères font remonter leur origine au patriarche Aïtor ou AUjoren, dont le nom en langue euskarienne signifie exactement comme en hébreu, père grand, élevé, ou père de la multitude. L'Arabe et le Juif ne possèdent qu'un livre chacun, dans lequd sont cachés, sous un sceau mystérieux , les premières traditions des ancêtres, les oracles des anciens jours. Au {rapport d'Aristote , le Grec et le Romain n'étaient que des enfants dans la grande famille des peuples : derniers nés dans l'ordre des races humaines , la voix de la tradition avait expiré dans un écho lointain , sans frapper leor oreille ; ils étaient d'une q;norance absolue sur toutes

DES

ËUSKÂRIËPIS - IBÈRES.

AITOR. - LEGENDE CANTABRE.

Les Yarddes. Ghérékix. La fête de la pleine Inné. Le Barde improf isalcar^

Lara , barde cantabre , le même dont te poète Silius Italicus fait un portrait si brillant dans son épopée de la guerre punique , appartenait à la tribu des Euskariens Yardules ou Guipuzkoans , également renonunée pour la vaillance de ses guerriers et l'habileté de ses jeunes hommes dans la mimique , la danse , le chant et Tim^ provisation. Lara, à peine âgé de trente ans, avait été proclamé la fleur des guerriers et le prince des bardes. Les Yardules étaient orgueilleux de le posséder, et les autres tribus de la fédération euskarienne#Mns même en excepter les Souletins, ne connaissaient point

de rÎTol à ce dmilwg imaowàfmttlÊt. Niiis aToos cité dans le Urre des Oriymet la descriplioo que £ùt Silius de san combat avec SdpiMi. Noos aroin dit aussi que vers la fin de la guerre dllalie , el voyant qa*Annibal ne saTail pas pit^ler de la victoire, b eodedémÎMi cttlabiîqiie «fait itufsé dUEésel s^était léconcifiée momeiilanéinent arec Rome.

La coDcfatsion de la paix fïit rrllfcfyr diei les Montagnards pondant b IHe de b pfeine famé, qoî durait trob jours, et qui re^t de b cnrooslance une seAennilê înaocoatmnée. La prenûère mit était C(«t$aerèe a b commémoration de rkisloîre nationale , fiàle par des bardes qui se sBocêdaîest sur une estrade au {àed du diéne de b libeifé. Ht une dènMçation i Tttsage pnlài|aé » les TÎeilbids de b tribu

I le cèMfMMt d*oec«far seul FaKcmUée

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pour mieux fixer raUention du lecteur sur le barde dont nous allons transcrire les paroles , nou» dîrew quelques mots de Yûfète qui était suivi pour la distr» bution des places dan^les assemblées de ee genre. Sus des banquettes circulairement disposées, et dans uà vaste demi-cerete ou croissant , dont le chétie superbe occupait la partie centrale avee Festrade ouîitbéilre dont nous avons parlé, s'assireni les vieillard», et k leurs pieds, sur des banquettes graduellement meiM élevées, les femmes avancées en âge , les veuves , puis les femmes mariées, enfin les jeunes filles et tins les enfiints de la tribu. En face de oette nombreuse partie de rassemblée, lea^imnmes, 4ous guerriers ou milicieiis depuis dix-huit jusqu'à soixante ans, se tenaient debout^ occupant l'espace isrlermédiaîre où devaient s'exécutef au son des galoubets et des tambourins, ainsi qu'an bruit d'un chœur de chants, les danses du second et du troisième jour. Cette double harmonie fit tressaillît * tous les échos de la nuit dans le vallon de Ghérélwj quelques instants avant l'arrivéeileliara : son apparition fiit saluée d'we acclamation universelle; bientôt il s'établit un profond silence.

Le barde , guéri de ses blessures , s'était préparée son rôle. Il portait en ce moment une longue Jbad^ blanche , qui lui descendait à la eeinture. Il s'étaitiooiffé d'une mitre brillante, et avait drapé sur ses épaules la

riche dalmaliqse, qui élail le principal \èUmnA îles mges et des derins, dans b féptààiqm Aériewie. El lonqoe, d^nn pas grare el mjgitm'in» H s^aranca josqo'an bc»d de son estrade, appuyé sur une brandie de chêne encore garnie de son fisnfllage, debout, prêt a pr en d r e la parole, à la clarté de la pleme lone qui njonnâl sor tout le paysage, ao scintilleinent argenté des broderies symbofiqaes qui omaienl le costnme da barde trarestî en TÎeillard, chacun reconnut Tinu^e d'Aîtor , le grand ancêtre , le patriarche , le père de b race indo-Âtlantidei el le premier né des Euskariens.

Aussitôt le barde étendit son bras droit horizontalement devant lui , et tourna vers l#|iel son visage que b réflexion du clair de lune 6t paraître rayonnant. L'attention était à son comble. DAs le silence prestigieux qui régnait autour du chêne et sur les montagnes , on ne distinguait que le murmure fugitif des brises sur les feuillages et le murmure plus affiûbli encore des torrents lointains , accompagnement mystérieux de la ▼oix du barde, prêt à évoquer sur TOcéan des âges, les générations englouties et les siècles awumulés dans les profondeurs de Toubli^U ouvrit la bouche, et les premières paroles qui en sortirent furent comme les premières notes, les premiers accords qui tombent avec les doigts de Tartiiite , sur un clavier harmonieux. . .

— « Le temps fuit , le torrfnt voyage, Teau du fleuve

poursuit son chemin. Mon peuple, dès son origine, fut semblable à un grand fleuve qui fait éclore sous le ciel les Urésors de la fécondité terrestre. Aujourd'hui mes tribus ne sont plus que des gouttes limpides filtrant dans le creux d'un rocher , et que le premier souffle de Torage semble devoir tarir. Gela devait être; Dieu Ta voulu : Dieu, le seigneur d'en haut, le IcumGoikoa. Ses mains jetèrent en profusion les étoiles dans les champs d'azur, comme le laboureur qui répand les grains à poignée le long des sillons, et la lumière, à sa voix , s'élança de la nuit éternelle. Mon peuple, sorti de ' la nuit, eut aussi son jour éclairé du soleil. Que nous reste-t-il de cette ^tendeur éclipsée ? une nuit sans étoiles. Mais la lune , dont les phases servent à mesurer les semaines et les flM)is, réfléchit doucement la lumière du soleil, caché derrière les mondes. Ainsi, dans la nuk de notre faiblesse , la mémoire des vieillards et le génie des bardes sont le miroir où se reflète pour nous la gloire si lointaine des premiers jours. » ^^

Ici, Lara fit une pause. Il reprit. El jamais, sur le théâtre d'Athènes, au milieu d'un peuple passionné pour les charmes du rhythme et de l'euphonie, acteur déclamant en mesure les vers du plus musical et du plui^ harmonieux dès poètes n'égala la douceur et récMit sonore de la voi#de Lara , récitaiit une légende primitive aux Gantabres assemblés. Chaque strophe , chaque

période, accomp^née d'un geste noble et d'expression, reeeraii de celte mnniqiie sjfj B le et [Httoresque une rie singulière, vne ebrlé frappante, une force en quelque sorte magique que la lettre morte d'un livre ne saurait remplacer.

« La serre de Taigle est forte , b griffe dn lion royale et terrible ; mais la main de lliomme, soit quVlle oone avec la diarrue le sein de b terre no wiici èi e , soit qu'elle brandisse dans le combat la badie d'airain, Tépée d'acier, soit qu'elle tisse avec dextérité le lin et la soie en étoffes légères , soit qu'elle tire de b barpe des accords savants, — b main de lliomme est un instrument plus parfait, une araie^ invincible. Elle a dressé les pjramides dans le désert, soumis au finein le coursier indompté , et courbé sots b rane les flots orageux de la mer. Cest par elle que lliomme a vaincu, subjugué {Bet) tonte la création , désormais esclave de sa royauté générique ; et c'est en mtoioire de oe grand triomphe que , dans la langue sacrée de mon peuple , b main de lliomme est appelée HeAum, Edeua, c'est-jhdire viciorieuse et dominatrice.

< (Test en tendant la main que lliomme demande et

•mpplie, Ed:a. Cest avec la main qu'il offre et qu'il

donne , Ed^en. Un sourire accompagnéi^d'un geste de

b main exprime la*tatisGiction ; eC c'est ainsi que

l'homme rend grâces , qu'il Atit un remerttment , Edser.

La main est Tauxiliaire de la langue, et sa signification expressive était inséparable de Tidiome primitif. Le signe parle aux yeux , tandis que le son frappe Toreille ; tous les deux se font entendre à Tesprit. Quel autre peuple posséda dans un degré plus parfait que le mien rinspiration de la parole et l'accord du geste avec la pensée ? Cet art éloquent de la mimique , ces mouvements calculés des bras, des mains et des doigts, accompagnaient et, au besoin, suppléaient le langage articulé : ils iurent appelés Eskuara, c'est- a- dire la science du geste, Tart de parler avec les mains. Le même mot servit à qualifier Tidiome primitif de mon peuple , appelé lui-même TEuskarien , Eshualduna!

• Les hommes de ma race , diversement désignés dans la langue des Barbares, portent ce nom distinctif, bégayé sur le berceau du genre humain ; leur origiQ|^ remonte plus loin que Tinvention de la firole et du geste : FœH des devins et des prophètes , scrutant les mystères des créatÎMs génésiques, ne sait voir ma r^ice que dans le sein de Dieu. Qu'importe que le fleuve antique soit desséché , et qu'il reste à peine quelques gouttes pures du noble sang dont tant de peuples sortirent. Tant qu'il restera un Ibère pour lever la maifl^ devant le dieu d'Aïtor , en invoquant son nom si^linie dans la langue Maée , il sera foiiié à dire : « Le' père « de mes ancêtres fut illustre parmi les premiers nés de

H ilo In terre ; l'homme de notre race fut le premier « fiancé de la nature sauvage , le premier triomphateur « de la création , Eskualduna ! »

« Le plus ancien des peuples qui ait habité après nous la Péninsule espagnole, fut le peuple des Celtes. Les fables enveloppent leur origine et leur histoire. Un monstre , un cyclope fut leur aieul , et leur père un géant farouche appelé Geltus, dont les deux firéres, Illyrus et Galla, achevèrent, après lui, la conquête de l'Europe. C'est du Nord , c'est de la région du froid et des ténèbres que vint la race infecte des géants. Nos petits enfants les appellent Tartaro, lorsque dans les veillées d'hiver, écoutant le récit de l'âge écoulé, nous les voyons se presser avec terreur contre le sein maternel et trembler comme la feuille des bois, au soutenir de la férocité des Barbares.

« L'EuslArien et le Celte jouissent de la même antiquité ; mais l'avenir ne confondra point les deux races. Mon peuple a été le créateur de la lumière sociale , de l'harmonie et du bien : le peuple de Celtus n'a inventé que la guerre, il n'a semé que des ruines; ses œuvres ont été l'iniquité, les massacres, la supersti- ^on et le mal. Il se plaît à mêler ses cris sauvages au hurlement des loups : comme eux, dévorant et destructeur , on le ttrit errer par banides dans l'ombre dé la nuit. I^e hibou est, dans son esprit, le symbole de

la sagesse» et de la prudence des guerriei*s qui dérobent leur marche et surprennent leur victime à l'improviste ; tandis que l'oiseau du lierre est, dans la poésie de mon peuple, Temblème de l'ignorance et de la stupidité. Ainsi, le Nord et le Midi sont en lutte. La gloire des hordes blondes, comparée à la nôtre, est comme Taurore boréale , qui se montre dissipant à demi les ténèbres , et ne peut entrer en parallèle avec la clarté diaphane et le soleil ruisselant d'un jour méridional.

« Quatre choses distinguent TEuskarien du Celte : la langue , la religion , les mœurs et les lois.

« Le Celte parle un idiome âpre comme les frknats au milieu desquels il prit naissance. Ses lèvres congelées ne l'ont point enrichi de ces inflexions labiales qui rendent si suave le verbe euskarien. Le celtique est une langue de peuple enrhumé , dans laquelle sonnent^ sans fin des articulations nasales , des sifflements aigut comme la bise qui £ùt gémir les sapins du: Nord , des gloussements sortis des profondeurs d'une poitrine oppressée et d'un gosier contracté, qui ne produisent la voix qu'avec effort. Les mots y sont nébuleux; ils n'expriment que des rapports feux ou incertains ^ semblables aux vains fantômes que l'illusion du regard crée , en se jouant , dans le voile grisâtre dont le ciel hyperboréen enveloppe ses paysages mélancoliques. Le verbe euskaiien, au contraire, n'a que des mote

d'iine coolexUire large et CMâle. Sa phrase logique se déroule comme un fleuve harmouieux qui pousse ses eaux limpides et réfléchit tour à tour , en passant , les aspects du ciel et les tableaux changeants de ses rivi^ges. Ses aspirations, ses gutturales , ses lettres fortes, ont toujours pour but Timitation de la nature et Texpresùon des rapports savants. Chacun de ses mots translucides , qui concentre une pensée, est comme les gouttes prismatiques de rosée qui se suspendent, vers Taube matinale, au calice des fleurs.

« Quand Thomme et la femme de la race euskarienne eurent été placés par la main du créateur , dans les jardins terrestres , ils se regardèrent avec amour; et la femme dit à Thonmie : ~ C'est vous qui êtes ma force, vous le inâle , celui que mon cœur choisit : Zu eue orra ! £t depuis lors, le mari de la femme est appelé SetUuxrra dans la langue sacrée. L'homme et la femme se donnèrent la main , Eshua ; et dans le ravissement de cette union charmante , ils s'écrièrent On, c'est bienl c'est bon ; rien n'est plus doux. Et le mariage depuis lors est appelé Ezhuantza ^ ddHB les tribus; c'est-à-dire l'acte par lequel deux amants s'agréent poiur époux, en se donnant la main. On servait aux nouveaux mariés du miel , Ezti, symbole des plaisirs parfaits ; d'où la fôte des noces fut appelée EzteSa. Quel peuple , à côté de l'Euskarien, fut mieux inspiré de la nature et mit

à ses premières institutions plus de charme et dé simplicité ?

« La main triomphante de Thomme fut désignée par un dessin liiéroglyphique qui représente le nombre cinq» en même temps qu'il sert a délinéer une main ouverte, V. Or ce nombre harmonique renferme toutes les propriétés du son, qui vibre par quintes dans tous le9 corps mis en état d'ébranlement. Et le cinq fut appelé, en conséquence, son ou voix , Boz : d'où dérive le mot Bozlario, exprimant la jubilation de l'homme qui chante, l'allégresse de toute incarnation dont le verbe sonore exprime le bonheur. L'hiéroglyphe de deux mains unies, X, ou des dix doigts de l'homme, devint le chiffre du nombre dix, appelé chez les adeptes égyptiens Mariage, et parmi nous Amar, c'est-à-dire mâle et femelle , comme producteur de la génération des nom» bres, par additions décimales. Deux main^ entrelacées expriment l'amour et l'amitié. Voila pourquoi chaque tribu de la nation euskarienne a sa main sculptée au-dessus de l'étendard national , en signe d'alliance et de fédération. Une devise est écrite sur ce Làbarum; elle proclame que les mains euskariennes (X) n'en font qu'une. Bat. Ce nom de l'unité , Bat, a produit le mot Batkia, qui déQnit la paix par la même idée; pour mieux faire entendre que de la conformité la plus parfaite des intérêts, des sentiments , des opinions, des pensées et

des Tolontés, naissent le bon ordre , la loi parfiùte, la douce concorde et lliannonie sociale , dans Tanité de la véritable civilisation ; fiûble image de Tordre éternel établi par Dieu dans Tunivers.

« Ainsi, la victoire de Thonmie sur la nature sauvage et le nom rationnel de mon peuple primitif, les phénomènes de la parole, la science du geste, Tamour, le mariage , les générations des êtres et des idées , les lois de rharmonie musicale, celles des nombres mathématiques, reçurent leur consécration dans le même signe génésique, qui est la main , emblème aussi de grandeur et de magnificence. Quel autre peuple sur la terre, comparable au mien, sut mettre plus de justesse, de profondeur et de sublimité dans son langage et dans ses conceptions ? »

En cet endroit les yeux du barde inspiré rayonnaient d'un feu magique; sa main gauche était abaissée vers la terre, sa main droite montrait le ciel. Un murmure d'approbation s'éleva de toutes les parties de l'auditoire. Lara s'interrompit un instant; il semblait attendre qu'un nuage flottant dans les airs eût voilé le disque de la lune , et jeté sur les montagnes son ombre noire, pour continuer le parallèle entre le peuple civilisé /lu Midi et le peuple du Nord ténébreux.

• Il ne faut point juger les Celtes qui firent sur nous la conquête de TEspagne d'après leurs descendants,

que des alliances avec mon peuple firent appeler GeUîbéres , ni d'après les Gaulois , dont les mœurs se sont adoucies par le commerce des Grecs et de nos frères d'Aquitaine , quoique les Gaulois et les Celtibères con« servent encore les traits les plus saillants du caractère et de la physionomie de leurs ancêtres. Il faut prendre le Celte dans son berceau hyperboréen , pour se faire une juste idée de ce qu'était le Barbare à l'époque de ses premières invasions dans le Midi. Voici son portrait fidèle. L'homme du Nord est remarquable par sa haute stature; il est véritablement géant. Le sang rougit et colore d'une teinte ardente ses blonds cheveux épais: ses yeux d'un bleu verdâtre, où se lisent des pensées farouches , imitent la couleur de l'Océan rembrunie par les reflets d'un ciel orageux. Le Barbare marchait tout nu durant le premier âge , avec sa peau comparable eH blancheur à la neige , ou à la robe de l'ours amphibie qui fréquente les côtes des mers glaciales. Il vécut longtemps errant du produit de sa chasse , poursuivant la lance à la main , jusque dans les forêts des Gaules , l'élan et le bœuf sauvage qui s'y étaient multipliés. Son ardeur inquiète et l'extrême mobilité de son caractère impatient l'empêchèrent de se livrer à la vie pastorale ou au travail des champs ; il aima mieux verser le sang et subsister de rapines , que de suivre à pas lents un troupeau paisible, ou que d^altendre au bord des

guareU les finiils tardifs don! la terre paie les sueurs du laboureur. Il se fitdone voleur audacieux, déifia la pensée mauraise, -le génie cruel qui T^itrainait à la guerre, et ne rêva plus que des conquêtes.

« Rien différents les hommes de notre race , surtout avant leur établissement dans ces montagnes; avant que le droit légitime de la défense et la triste loi de la nécessité les eussent portés à sacrifier au dieu des batailles, comme le Baribare envahisseur. Naturellement inofienfflb et pacifiques à Tégard des autres peuples , ils ne s'étaient montrés hardis que dans leurs efforts pour subjuguer la nature, entreprenants que dans les créations sociales dont le bienfait est devenu rhéritage de Thumanité tout entière. Leur taille était petite, leur force moyenne; l'action du climat méridional avait bouclé et bruni leur longue chevelure et rendu leurs visages cuivrés. Nos jeunes filles étaient fiéres quand les bardes comparaient leur beauté à celle de la péehe dont la peau dorée a reçu du soleil le parfum et les teintes rosées qui annoncent sa maturité. Les Euskariens , les Ibères, répandus sur les continents les plus fertiles et les plus fovorisés par la nature , ont été les premiers pasteurs et les premiers laboureurs, durant Tâge des Patriarches.

« Pour moi , dit le vieillard , quoique le premierné des Ancêtres, je n'ai point vécu dans Tàge anto-

diluvien , et je n'ai point assisté aux merveilles des créations de Dieu : j'ignore Tlnstoire de mes aïeux , car rinvasion des flammes et le déluge des eaux, qui furent pour la terre des hommes une seconde création , ont séparé ma vie des âges antérieurs. La naissance de rhomme , sur les continents que j*ai vu détruire, appartient à un éloignement inaccessible aux traditions , sur lequel je n'ai gardé que des souvenirs vagues et confus comme les songes. Le dernier de la race antique, le premier du siècle nouveau , je porte comme mes pères le nom de patriarche : souche d'une postérité phis nombreuse que les étoiles du ciel , Touragan dévora mes aïeux sur toute la surface de la terre ; il en échappa bien peu. Les bardes comparent ce petit nombre aux olives qui restent sur Tolivier après la récolte , aux grappes , qui pendent des pampres jaunis et dépouillés, après que la vendange a été faite. Ce sont eux , c'est moi que les générations appellent les parents par excellence , les grands parents ; vous remarquerez que le mol askazi, consacré à la parenté dans notre langue , est la même chose que askoazi, c'est-à-dire semence originelle ou du commencement. ^

« La tempête fut violente et terrible ; elle dura une année , dont les mois furent des siècles. L'orient du ciel fut détruit, et nul ne sait où était placé l'occident du vieil âge ; car le soleil resta pour nous invisible , derrière

le pavillon ténébreux de vapeurs qui nous dérobait le firmament. Les signes qu'on y voyait paraître nous traçaient d'effiroi. Où étais -je pendant ces jours de tumulte et de destruction? J'étais caché, c'est-à-dire ^vé {Gordatu) sur des hauteurs inaccessibles. Je m'abritai sous un roc foudroyé {Arri), et cette cime tutélaire fut mon arche (Arkha). L'aigle venait se percher sur mon rocher, avec des cris plaintifs; je l'appelai Arrano : le lion tremblant se couchait à mes pieds , en gémissant cooune un petit chien. On vous a raconté , dans une fable, qu'à l'aspect d'une horrible Goigone les hommes et les animaux se changèrent en pierres : c'est moi qui ai vu, dans ces jours d'épreuves, tous les êtres de la création desséchés par la terreur : voilà pourquoi j'exprimai par un même mot {Arritu) l'idée de rhomme pétrifié , changé en pierre , ou frappé d'épouvante; comparaison éneigique que les Barbares ont traduite à la lettre pour *en faire une fable. La frayeur extrème^onne un glas mortel, un tressaillement, un frisson qui court sous la peau ; elle fige le sang dans les veines et frappe les êtres vivants d'une stupeur qui leur Ole jusqu'é la faculté de se mouvoir et de parler : telles sont^ en effet, les images qu'expriment dans ma langue les mots consacrés à la crainte et à l'horreur. Mes lèvres tremblantes restèrent long-temps muettes; la parole était morte eu moi : j'exprimai le silence

par un mot ( Hz • il ) qui signifie l'anéantissement de la parole.

« Il est raconté dans une fable qu'un prince fut changé en bête pendant un temps ; que ses ongles lui crûrent comme des griffes, qu'il se couvrit d'un long poil; ce roi de la fiible, c'est moi. Aujourd'hui vos champs cultivés se couvrent dé moissons dorées; et pendant les beaux jours des républiques euskariennes, ribérie était devenue le grenier de l'Europe : elle était représentée dans les médailles sous l'emblème d'une belle femme aux fortes mamelles, tenant des gerbes de blé dans ses mains. Biais ËBÛtes attention au mot Alha, que vous employez pour désigner la pâture, et au mot Allwr, par lequel je désignai les champs; vous comprendrez que le premier champ de mon héritage fut un terrain inculte, où, selon la lettre de la fable , je paissais l'herbe comme un bœuf.

« Une autre fable raconte qpHé le premier honune et la première femme vécurent de rosée sur une haute montagne, pendant le déluge; mais ce n'est pas rosée {Ihits) que les Barbares auraient dû lire dans nos po^es sacrés, mais bien ihize, gibier : en effets je vivais aussi du gibier que je pouvais atteindre , et de chairs crues et saignantes que je déchirais de mes propres mains.

« Une allégorie vous a été encore racontée qu'au haut d'une vaste montagne une foule innombrable avait

fubi Feffet d'une incantation séculaire, sous la forme de rochers et de pierres dont tout le sol de la montagne était parsemé. Un jeune héros choisi par le destin, guidé par la rotation d'une boule qui courait devant lui , et par le chant divin d'un oiseau lumineux , parvint au haut de la montagne : il trouva, sur la branche d'un laurier plus haut que les cèdres, le phénix tenant dans son bec un rameau d'or qu'il prit; et, soudain , le charme étant rompu , les générations métamorphosées reprirent leurs formes premières et proclamèrent pour roi leur libérateur. Il a été raconté aussi qu'après le déluge par l'eau et le feu , le premier homme et la première fenmie jetèrent derrière eux, en fermant les yeux , une grande quantité de pierres dont il sortit des hommes et des femmes. Ces allégories , qui amusent parmi vous Tavide curiosité des petits en£wts, et que les petits enfants eux-mêmes comprennent , se rapportent aux Patriarches descendus des cavernes et des rochers , ainsi qu^à la fondation des sociétés nouvelles après le déluge. Pénétré de reconnaissance pour Tarche qui avait été notre asile, frappé de la conservation de ces Joutes montagnes échappées au naufrage du vieux monde , je consacrai l'idée de leur durée séculaire, en donnant le même nom Mende, Mendi, aux siècles et aux montagnes.

« Ce n'est donc pas sans motif que mes petits enfants

in'appellenl l'ancêtre des montagnes, ArbassoaAe père descendu des hauts lieux, Aitagoia; et la compagne de ma solitude, la mère des tribus, Amagoia. L'ardoise argentée , la tuile à la couleur gaie et voyante , couvrent vos maisons blanches , heureuses peuplades des vallons pyrénéens ; mais le nom Hegatcha, que portent vos toits» Fut imaginé pour le rebord de la roche escarpée qui me servit h)ng- temps d^abri. Les portes de vos habita* lions sont tirées du chêne ; celles des riches et des chefs , parsemées de clous dorés , qui les rendent plus solides, ressen|d)lent, par leur peinture, à des battants de bronze ; mais la porte hospitalière où la jeune femme, couronne de son mari, suspend des guirlandes de fleurs , le jour du solstice, conserve encore le nom d^Athea, signifiant le tas de pierres que j'amassais pour cacher et pour fermer l'entrée de la caverne où nous vivions comme dans un sépulcre ténébreux.. Et durant la nuit profonde qui couvrait le ciel, inondé des torrents de pluie qui tombaient par cascades des nuages pressés , nul sentier ne conduisait à mon repaire, nulle clarté ne guidait mes pas , en instruisant mes yeux : je cherchais à tâtons ma porte , Athéa , je la trouvais pas instinct ; et j'appelai Athuna^ cet instinct né de l'habitude, qui dirige l'homme dans l'obscurité , et lui fait trouver sous sa main les objets qu'il ne voit point. Ma compagne ne me quittait pas. Quand les cris de notre premier-né

- 1»2 égayèrent Técho de ma caverne humide , la mère ne voulut point me permettre d'aller à la nourriture ; ce fut cette femme forte qui se chargea de pourvoir à notre subsistance , tandis que j'étais dans le lit de peaux , réchauffant, sur ma poitrine velue, le fruit de nos amours : tant elle avait peur de ne pouvoir le défendre , et que quelque bêle féroce attirée par ses vagissements , ne vînt le dévorer entre ses bras. Les enfants de ma race , pénétrés de respect pour les vicissitudes qui ont marqué la carrière de leur aïeule ont conservé des usages commémoratifs que les peuples dei^.race étrangère trouvent singuliers , parce qu'ils n'en connaissent pas l'origine. Ainsi, quand une jeune mère quitte son lit de douleur et d'enfantement , l'époux prend un instant sa place , auprès du nouveau-né , comme si l'aspiration d'une haleine virile et du souffle paternel devait communiquer la force à cet être frêle et chétif , doué d'une impressionnabilité magnétique. Les enfants de mon sang n'ont point adopté les cérémonies cruelles et superstitieuses introduites par les Celtes dans leurs funérailles. Les Barbares brûlent les vivants sur les bûchers des morts ; ils enterrent dans la tombe d'un guerrier ses chiens, ses chevaux, ses esclaves et ses armes, comme s'il devait s'en servir pour chasser et combattra dans un autre pdonde ; ils taxent d'athéisme la religion toute spirituelle de mon peuple , et d'impiété

- 1«5 hi pompe modeste de nos funéraUles. Cesl moi qui ai introduit Tusage de transporter les mort» au haut des montagnes ; c'est là que tous les Patriarches eurent leur s^ulture, souvent dans les grottes mêmes où ils vécurent dans la tristesse et le deuiL J'appelai la tombe Hobia, le meilleur lit, le lit du grand repoa, par oppo aîlion au lit du sommeil, dans lequel tant de rêves funestes agitent rhomme , et où il trouve moins de joies que de douleurs. Le règne des ténèbres, la nuit consacrée au sommeil, fut appelé /{ona« le bon repos des êtres; et la mort naturelle Iltza, le grand sommeil ou la grande nuit. Aujourd'hui, dans de hautes prairies, chaque peuplade a sa région des morts, Ilherria; la fleur ,àe» trépassés {lUilia) mêlée à la rose odorante, croit sur chaque monument de la cité des tombeaux : mais TEuskarien se souvient toujours que ses aïeux nus, affamés, presque sauvages , vécurent et moururent dans leurs cavernes. Dans cet âge , pour lui plus prospère^ chaque chef de fiouaiiUe s^intitule laon, seigneur dans SSL maison , comme Dieu dans l'Univers : des châteaux spacieux, des palais commodes, Jaoreghi^ servent d'habitation aux en&nts de celui qui entrait en rampant comme un ours dans son antre solitaire.

« Les animaux qui m'avaient suivi en foule dans l'arche des montagnes avaient dépouillé leur naturel craintif ou féroce. Ce n'est que dans l'excès d'une feim

pressante qu'ils songeaient à se nuire. Hors de là , la stupeur commune qui avait frappé tous Ijbs êtres doTant les bruits fomiidables des éléments Conjurés, dans ôetle lutte suprême de la nature, endiainait Tappétit des plus voraces et le naturel des plus peirvers^ Les serpents glissaient inoSensife entre mes pieds ; la gazelle et le tigre fuyaient de front dans le même sentier, sous des torrents de pluie, au fracas non interrompu de cent tonnerres. Ne soyez donc pas étonnés si plus de vingt expressions ont été consacrées à la foudre dans la langue des Patriarches. Il îaxA avoir été témoin^ comme moi , de ce spectade étrange pour s'en faire une idée. Il faut avoir vu les quadrupèdes, les oiseaux, tous les êtres livants de Tancien monde, et Tbomme Im^même»

s'abriter, s'entasser, se presser par masses, et comme en troupeaux, sur quelques points resserrés^ dans quêkpies forêts , sur les flancs et au haut des montagnes épar- .gnées par l'ouragan. Il faut avoir entendu, comme moi, hurler, rugir,. sifiEler, gronder, glapir ou se plaindre des millions de voix à la fois ; lorsque dam le frac» assourdissant de tous ces cris divers exprimant sur les notes les plus stridentes , les plus horribles , la souffrance , la faim ou l'effroi , rien n'était perdu , pas même le bourdonnement des insectes mêlés en tourbillons parmi les nuages. Voilà ee qu'était une forêt pendant te déluge : du mot (Mm, qui signifie un cri, je lui donnai

-isole nom d'Ofhan , donnant à entendre que tous les bruits de la création animée, tous les cris delà nature vivante» s'y trouvaient rassemblés dans rhorreur sublime d'un immense et triste concert.

« Cependant leg^obe était en travail , livré à Taction du feu puissant qui dort aujourd'hui dans ses entrailles. Ce feu , alors » faisait éruption pair mille volcans qui s'ouvraient de toutes paris. La terre était malade et fiévreuse. C'est en vertu d'une analogie frappante que , même à propos de l'homme et de toutes les incarnations vivantes, je définis la fièvre un feu, une incandescence, SuJcar ; puisque su désigne le feu , gar la flamme , et ^^ erre, la combustion. Le malade, celui en qui le prina»pe et la source de la vie sont desséchés par un%i interne et dévorant, fiit appelé Eria, et la fisdblesse fiévreuse et maladive de l'homme ErbaUazim. La mort devint à mes yeux la consomption , la combustion finale de l'être. L'incendie terrestre dévora des millions d'êtres, des peuples innombrables, des continents entiers. En mémoire de ce grand événement, et pour consacrer les vérités d'observation conçues par mon esprit, j'appelai la mort violente Erioa, c'est-à-dire l'incendiaire. Fidèle à celte grande idée , je définis le chagrin un mal qui mine en brûlant, Errea; et la tristesse Suxua, c'està-dire un feu qui dessèche les cœurs. Les montagnes, à l'éruption des volcans, faisaient entendre des bruits

formidables; je disais alors qu'elles commençaient à brûler {Errekasten) ; depuis lors nous appliquons le mol erastea au bruit de toute chose qui gronde. Par un renversement syllabique, j'imaginai le mol Ai-erretzia, qui, dans sa valeur radicale, signifie commencer à brûler, et, dans le langage usuel, se mettre en colère, en fureur, par allusion à la fureur des flammes dont le progrés irrésistible forma le grand incendie. L'embrasement produisait un bruit particulier, comme un tonnerre incessant mêlé à des vents furieux et au grondement d'une mer courroucée : ce rugissement continu , profond, de rOcéan de feu secouant avec une rage indicible ses nappes frémissantes, ses dévorants tourbillons, je l^xprimai par le mot Erre-otsa , qui signifie la voix du feu , et s'applique à tout grand bruit. Des tourbillons d^une fumée noire et suffocante, Khé, sortaient des flancs entr'onverts de la terre, et leur irruption rapide dénotait la furie de l'élément destructeur : de ce souvenir vient le mot Khechu, appliqué à la colère de l'bonune et h celle des éléments. Puis, quand les flanmies, violeminent poussées par les vents, s'épandaient au loin, a cette image du feu envahisseur, j'imaginai le moi Erasotze, qui exprime les idées d'attacpie et d'invasion , d'où encore £rafiii/9t, appliqué à une pluie d'âauou de feu qui tombe avec violence. La terre tressaiUante , en flammes, me paiDt comme en démence , dans le désordre afli?eux où

je la voyais se débattre > et je ci*éai le mot Erlu>^ qui s'applique à la démence des éléments, des animaux et de rhomme. Enfin, quand Teffort de l'embrasement eut réduit en cendres les montagnes avec leurs roches granitiques, les continents avec leurs cités ; les pays et les royaumes s'écroulèrent, s'abîmèrent dans le: lac de feu. Voilà pourquoi le mot Er-or-i, signifiant au sens^ radical ce qui est brûlé entièrement, exprime l'idée de toute chute, le mouvement de toute chose qui tombe et s'écroule. Tel fut le grand incendie que j'appelai Sukol'^ dia. Les terres habitables, les jardins de l'homme à venir ^ les pays, les contrées qui attendaient mes tribus , étaient sortis de l'embrasement comme sort du four du potier, après la cuisson, un élégant vase d!argile; je les. appelai Erriac , ou ce qui a été brûlé ; d'où les sept pro*. vinces de la fédération vasco-cantabrique s'appellent; aujourd'hui dans ces Pyrénées , EskuaUErriac: Du feu m, et de la flamme gar^ je dis que la terre était restée pure^ Garhi, comme l'or purifié par le creuset,, et bkinchd , Suri» comme la laine des agneaux retirée du lavoir. Au feu , dont la piqûre brûle et tue commO; celle du i»erpent, à la flamme, qui fait jouer ses langue ardentes, comme des dards sortis de la gueule d'un dragon, à l'élément igné, Su> subtil, inaltérable, je; consacrai le serpent, SulUas le pluis vivace et le plus> rusé des animaux ; le dragon fut appelé StigtUiM. Aintii

- i98 le grand lac de feu , que l'œuf-monde renferme dans sa coque terreuse, porte naturellement un nom allégorique qui signiGe également grand feu, grand dragon, grand serpent , et il est raconté dans nos fables que le (k'and- Serpent , avec ses gueules qui représentent les volcans , naquit d'un œuf, qui est TŒuf-Monde, Tœuf terrestre. Il est appelé lehen, le premier, et Aereti, dernier; c^estràdire encore dévorant, destructeur : c'est le noir Surtur des Celtes qui doit un jour embraser les mondes : c'est le Leheren, première puissance delà terre, dont la superstition des Aquitains nos voisins , jadis nos frères , a fait un dieu de guerre et de destruction.

« Du radical gar, désignant la flamme, je fis encore le mot garai et garaStzCy qui exprime Tidée de la supériorité et de la victoire ; enfin garratz , signifiant toute chose invincible et terrible.

« Après le triomphe du Dragon^ l'élément liquide qui humectait le sol des vieux continents, fut absorbé dans les laves; les mers, le grand Océan lui-même^ furent desséchés comme une goutte jetée dans une fournaise ardente , et la force du calorique transforma cette masse en vapeurs immenses qui s'élevèrent dans le ciel à des hauteurs inaccoutumées, d'où cette vaste tenture de nuages amoncelés réfléchissait les lueurs sinistres et l'éclat rougissant de l'incendie inférieur. Puis, l'armée des nuages se dirigeant sur l'aile des vents comme une

volée d'oideaux tén^ireux , yer9 \^ végians pràiQrvées . des flammes ou refroidies après leur purification» les vapeurs coudensées par la frdeheur de Tatmosphère se résolvaient en cataractes de phiie. D'autre part» le Ut océanique soulevé par les secousses des volcans formait comme des écluses, par où les eaux cherchant un niveau s'écoulèrent sur les terres le^ plus basses ; et de cette sorte eut lieu le grand déluge des eaux que les {Ittskariens occidentaux appelèrent Uhaldia, et que Iqs Euskariens de Tlndoustan appelèrent t/^a/^ora» dans leur dialecte. Je l'ai vu, enfants de ma vieillesse, vous qui n'assistiez point avec votre père a ce jugement du Très-Haut, à jcet ouragan rénovateur des ($uvrps divines : du sommet de l'arche dans laquelle, je floltais sur les débris d'un monde anéanti, long-tçmps j'ai vu la terre habitable couverte d'eau et de limon, ressemUer à un lac dormant : je l'appelai Lo-ourra, qui rend cette imago. Au temps venu, les eaux se retigrérent ; les mers et l'Océan retrouvèrent le nouveau lit qui leur avait été préparc. A la sombre tempête du déluge je consacrai un oiseau noir, le corbeau qui se nourrit de cadavres, emblème de mort et de destruction. Au règne océanique, à l'eau qui a la; faculté de s'élever en vapeurs dans le bleu firmament, je consacrai un oiseau de sa couleur, qui est le ramier. Et la colombe, Ourzo , reçut le même Qom que l'eau , our , danç tous

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ta bordf l'olmer, enàÀèaae de h poix ^ h h eolanbe pril sas toI, !*< raR-co-del brilb iv IVnioa. cC le aoldl dètoOê, Lsesnt-oashoBides. te cowha ddiièrF h barde rOcéaa occidental : fappebi alers am corne lenrîe, Tarc-en-cîel.

c ol or ée* de h rîdie peinlnre que le lolci é m mt k h i^erdore, anx fleors et anx frnils. Je leconnK. â h tranqnfllilé de h terre etibsmailééBCÎel, FaiBore d*oB joor pacifiqoe, et dn temps destiné i b ^ién de

« LTodharien» dcs cendn des oMinta^nes on fl se tînt crdié pendait le àfèioft, prît sa place an soiei; i se dioisît me demeure paiiont où on joor doos et : hn dîspeiiBait sa bmîére et ses trèsofs. Anssî « notre langœ, les idées de résidence, de demenre, dlidbîtalioD, 5*esprinient«eUes parle mot ffoo, fy — ft ât.

qui signifie un lieu on il y a un bon jour , un bon soleil. Ces demeures riantes, au sein desquelles les tribus èê ma race firent leur première halte, étaient fleuries comme un parterre, Terdoyantes comme des jardins. (Test de là que, pour désigner les jardins cultivés qui entourent leurs habitations, mes enfonts des Pyrénées n'ont reçu de moi que le mot Baratze, qui signifie en définition un lieu de halte, un lieu agréable où Ton se repose. Et la même définition conrient dans toutes les langues orientales au mot Ptmâis^ désignant un jardin. Le GynUe^ ou paradis des Scandinaves, n'est autre chose que le Midi. La Bétique espagnole, où les Euskariens ont reçu des Grecs un nom historique , a été le paradis terrestre, le plus beau, le plus fertile et le plus déficieux jardin des Ibères.

« La nécessité de Teau, Tinconvénient de devoir la chercher au loin , soit pour les usages domestiques , soit pour rirrigation des champs, nous fit choisir la proxi^ mité des fleuves et des rivières , pour bâtir nos maisons qui formèrent plus tard des cités florissantes. Et comme les sources des eaux sont placées fréquemment dans les montagnes, entre les rochers, arri, beaucoup de nos villes primitives portent ce radical dans leurs noms; le mot olha , qui désigne les manu&ctures et les bergeries; s'y rencontre fréquemment, ainsi que le mot zitbi[ signifiant un pont: mais l'eau , our, la fontaine, Uhaurj

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les murs que mes mains ont bâtis; ils baignent leurs dievaux de guerre dans les rivières dont Teau murmurante servit à Tablution des petits enfants de mes tribus. Et j'ai dit, dans Tamertume et la résignation de mon cœur, avec les bardes : Le temps fuit, le torrent voyage, Teau du fleuve poursuit son chemin; les montagnes seules sont immobiles, mais leurs cimes sont frappées de la foudre comme chaque siècle dans Thistoire par les décrets éternels !..

« L'Euskarien, comme le Celte et le Nègre, avait été placé nu sur la terre. Le mot appliqué k cette nudité signifie naïvement que les jeunes honmies ne cachaient point encore les organes du sexe. Une fiQd)le atteste que les larges feuilles du figuier furent le premier voile dont la pudeur couvrit cet endroit du corps ; aussi cette feuille, dans quelques-uns de nos dialectes, a-t-elle donné son nom au nombril. L'épithéte garri (rouge), que nous attachons toujours à Tidée de la nudité complète, rappelle que la peau de mes premiers enfants étai^plus rouge et cuivrée que celle de leurs descendants, aujourd'hui . que l-influence de climats plus tempérés et plus froids en a insensiblement effacé la couleur. Les premiers vêtements reçurent le nom de Pilda, qui signifie assemblage. Les feuilles des arbres, les peaux des bêtes , composaient ce bizarre et sauvage accoutrement. Des lianes tressées nous servaient de

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brodequins, comme Tindique le moi Abarha, qui s'est conservé. Pour tailler les fourrures, avant de les coudre avec de grosses épines {Orre-atz), nous les déchirions à belles dents ; c'étaient les premiers ciseaux fournis par la nature ; c'est à leur image que furent confectionnés les ciseaux d'acier dont se servent les couturiéres des montagnes ; et le nom de la bouche, avec ses dents déchirantes {Ahoisturra) s devint aussi le nom des ciseaux, en souvenir de leur invention et du premier âge dans lequel nous travaillions à l'établissement des arts utiles. Alors encore , nous puisions l'eau dans le creux de la main pour étancher noire soif ; et la partie intérieure de la main reçut le nom de A/k>-tfr, signifiant expressément qu'elle porta l'eau jusqu'à nos lèvres. La première écuelle de bois,, façonnée avec des cailloux tranchants, s'appela A^pila, comme le cormier qui nous en fournit la matière. L'homme n'apnt pas l'odorat infaillible des animaux pour discerner les aliments qui lui conviennent, et n'ayant d'autre guide à cet égard que les perceptions, obtiises du goût, les:«è^es de la meilleure hygiène nous coûtèrent long- temps à établir; nous fûmes souvent imprudents dans le choix et la préparation des aliment3. Il en résulta, des fièvres épidémiques dont la tradition a conseryé le souvenir, et qui moissonnèrent leç tribus ibérienne^. Je qualifiai la peste par le principal symptôme de cette maladie , et je

rappelai UMêrri, de deux mots qui signifient des vomissements fréquents , des déjections répétées.

« Ayant la culture des céréales, le hêtre > le chêne vert, le noyer, nous fournissaient leur fruit d'où nous tirions de l'huile et une farine propre & feire du pain. Aujourd'hui les femmes cantabres pétrirent la farine de gland avec du lait ; elles y mêlent du beurre et du miel, et en font des gâteaux si agréables au goût, que les gâteaux de pur froment ne leur sont point préfé^ râbles. C'est ainsi que le chêne {Aritza) reçut, entre tous les arbres, un nom qui signifie l'arbre de vie, l'arbre nourricier. Nous en fîmes, dès l'origine, le symbole de la vie , de la gloire et de l'indépendance de notre race. Et de même qu'il nous fournissait la nourriture dans les temps primitifs, de même ses rameaux puissants ombragent aujourd'hui la réunion des anciens du peuple, des sages vieillards {Bikaarra) : assemblées \ augustes où l'équité rend ses oracles , où le pur amour de la patrie dicte les résolutions qui règlent les destinées des. tribus. Ainû se trouve expliquée, par notre histoire, la fable d'un peuple issu d'une forêt de chênes qui rendaient des oracles.

• Les porcs, attirés par l'abondance du gland, s'étaient multipliés dans cette Péninsule. La Turdétanie en était pleine lors de notre arrivée , et c'est à eux que cette province doit le nom que nous lui donnâmes. Nous

- ao7 les trouvions couchés en troupeaux dans les mares des forêts. €et animal » si utile et si méprisa, reçut de Teau le nom de Ourde, pour indiquer qu'il aime à se plonger dans la fange, au bord des lacs et des étangs. De Tommatopée bé, je fis le nom de la vache {Behi) et celui de toute espèce de bétail {Abéré). Les troupeaux faisaient la richesse des Ibères ; et dans Tidiome patriarcal, le mot riche {AberaUfu) signifie celui qui possède de nombreux troupeaux. Vous voyez, dans un jour serein^ Tastre roi du firmament fournir d^Orient en Occident sa course géante , et a sa suite , dans la même directiion, pendant les nuits silencieuses, s'acheminer l'armée céleste, les étoiles brillantes éparpillées dans le champ d'azur, comme d'innombrables agneaux au lainage éblouissant , conduits par le berger solaire : plus nombreux encore , nos troupeaux , dans l'âge pacifique^ campaient autour de ma tente et parcouraient alternativement du midi an nord, et du nord au midi, les plaines ibériques.

« L'agriculture, dans les tribus qui ne se bornèrent point à la vie pastorale, prit un essor rapide dès que le laboureur eut trouvé , dans les animaux domestiques , ses auxiliaires naturels. Notre langue atteste que , dès l'origine , mes tribus ne s'adonnèrent point à la paresse de quelques autres peuples ichthyophages , nomades, ou chasseurs , que ce genre de vie attache encore à l'état

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tauvage dans les îles et au-delà de l*Océaii oecîdeiilal. Une (able rapporte que le chrf de mon peuple enfonça, * ,, dans le sein de la terre, un poignard dont la lame était d*or, symbole deragricolture. En effet, nos Républiques agricoles, semblables au chên^ qui leur est constcré, jetèrent de profondes racines dans le sol nourricier. Toutes les périodes du jour , tous les repas marquerait, far leurs noms significatifs , les alternatives du travail des champs. Qu'est-ce que le matin , Gai-iza ? c'est le lever de Thomme et de la création , le moment où le seigneur de la maison, le Patriarche, Etchdio^Qana, le chef , Buruzagkia, le Puruza de nos frères mdieqs, c'est-à-dire la tète, le directeur des travaux, se levait le premier en appelant ses enfants et ses serviteurs. Durant Fépoque sauvage, qui fut de courte durée pour les Aborigènes de mon peuple après le déluge, nous allions de grand matin, gotz, à la pâture, alha, sous les arbres, dans les champs, alhar; le mol ,Ga$salhatzea exprima le repas du matin. Mais après la fondation de la société policée , le déjeûner fut appelé A^ria , ou repas du commencement des travaux ; je dîner Baraskaria, ou repas qui suspend les travaux. Après ce repos , si nécessaire au moment où la chaleur du jour acquiert sa plus grande intensité, et quand le soleil avait pris sa marche déclinante vers Thorizon du soir, jie laboureur attelait ses bœufs et reprenait la charrue : en

- «9 conséquence » ce reste du jour fut appelé Arra^hae-aUta, c'est-à-dire l'époque du travail repris ou recommencé « Au crépuscule de la nuit, le bétail était ramené dans les étables ; les brebis étaient conduites des pâturaf^ dans les parcs des bergeries. Cette beure coïncidait avec le lever de la planète Jbrillante qui donna son nom d'Hespérie a l'Eqpagne des Ibères. Le Ye^er fut par nous appelé Arthizarra, l'étoile de la brebis ou plutôt du berger.

< Nous ne savions point encore extraire le fer des entraill^^ de la terre. De tous les métaux , l'or seul nous était connu ; il devint le symbole dô cet âge beureux. L'ardeur du grand incendie en avait couvert la terre ; les fleuves de l'Ibérie le roulaient en paillettes brillantes dans leur sable. Le feu nous senait airavailler ce métal ductile , le plus beau de tous ; il nous servait aux usages les plus vils, et la tradition conservée parmi les Celtes , que les Ibères avaient leurs socs de charrujes en or tout pur , est véritable a la lettre. Uélaa ! la cupidité insensée des étrangers nous envia la boue brillaot^flue nous foulions aux pieds, et pour nous la ravir, ils qûrenl nos villes en cenàres et livrèrent mon peuple à un long massacre. La sagesse de nos vieillards avait prévu cette catastrophe ; «mais trop lard ils proscrivirent l'usage de l'or. Celqj qu'on possédait ou qu'on ramassait était jeté

à la mer ou dans les précipices des montagnes. Pei^dant

vingt siècles , les Ibères n'en ont pas gardé la valeur d'un grain de sable ; les monnaies et les médailles scmtties du moule de nos fondeurs, sont toutes en sergent; en^ancienne loi de proscription» qui bannissait en même temps de nos Républiques Tinsaliable avarice, est^ioore en vigueur chez mes tribus des Pyrénées. Quant à Vor. il reçut dans la langue sacrée le nom de Ourhe, de Teau our^ parce que nous le ramassions en abondance daus le sable des rivières. Nous ne le cherchâmes jamais au fond des mines : la sagesse et Thumanité de nos vieillards n'ont point permis quedes hommes nés {|»Qr res* pirer en santé un a\r pur et jouir de la lumière du ciel , eussent la folie de ti^ensevelir vivants dans les entrailles noires et humides de b terre , pour en arracher au prix de soeurs mortelles le funeste métal, première cause desinVasions étrangères et de nos plus grands malheum. « L'eau fut appelée Our, d'un mot imitalif qui pdnt à Toreille le renflement des vagues, leur murmure sourd et continu, leur fluctuation intsffiasable ; image datçmps moBile qui mesure la durée des êttes, et que lesr âtrea emportent avec eux. Le Nil dont nos^ tribus habitèrent les rivages, avant d'en être expulsées par la race cour leur de suie^ au nez aplati, à la laine frisée> nous servît à compter les années agricoles, par ses débor4ramUs périodiques^ Aussi le nom de l'année dans notep langue, ùurthe, signifie- t-il inondation. L'étoile brillante dont le

lever précédait le débordement du fleuve égyptien, celle-là même que les Noirs ont appelée après nous le Grand-€hien, était remblême poétique du chien qui, à rapproche du péril , aboie avec des yeux flamboyants. Ce n*est point par hasard que le chien du berger a été appelé par nous Zakour, et chez les tribus indoustaniques Koukour, d'un mot qui signifie avant-coûreur des eaux. C'est lorsque nous commençâmes à dénombrer les années par les inondations du Nil que nous inventâmes rhorloge d'eau » la clepsydre ; et^u nom de l'eau elle fut appelée Neaurri , qui signifie en même temps toute espèce de mesure. La parole cadencée , le vers poétique, le mètre du barde improvisateur, s'appellent ainsi hiiz neaurtu. L'eau de la clepsydre tombant goutte à goutte, d'un compartiment dans un autre, marquait par son écoulement total une heure déterminée. Toute Teau de la clepsydre signifia ^heure en général, OrefM. L'heure précise, ou l'intervalle du temps écoulé, s^appela naturellement detumria s tenoria , c'est-à-dire Teau qu'il y a, l'eau qui reste; puisque l'intervalle actuel ne pouvait se déterminer que par la mesure ou la hauteur de l'eau au moment cherché. Avant d'avoir ihienx exprimé les idées de l'espace géométrique et des distances, je les rendis par l'idée du temps nécessaire pour les parcourir, etje ramenai cette idée à là clepsy(ke comme à sa source : j^empruntai à cet instrument

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ingénieux les Icrnies qui expriment la proximité et le lointain. Ourbil, prés, tout proche > se déûnit par la proximité de l'heure, quand l'eau, our, était réunie, bil , dans le récipient de l'horloge ; la définition contraire s'applique à Ouroun signifiant l'éloignement. La petite quantité, Aphourra, la fin et la terminaison des choses^ Ourhentzia, sont aussi des idées que j'exprimai toujours par des allusions tirées de la clepsydre. De combien d'expressions heureuses l'horloge d'eau n'enrichil-eUe pas ^ptre langue si naturellement, si sayamment figurée, La'goutle tombant par secondes ridait la surfi^ |iR^pî4^ du récipient, en y tr^içant de3 cercles ; le cerceau s'appela Kourkour; un circuit, un tour, /ft^our. Ces cercles de l'eau, our, répétés fréquemment,^u^*^, et.se multipliant comme des rides; je fis le mot Uzzour^ qui désigne toute espèce de plis, et particulièrement les rides du front de l'homme. L'eau ainsi ridée brisait les rayons de la lumière, se chargeait d'ombres mobiles et perdait s^ transparence ; de bels, noir, et (^e owi» je fis le mot £e/«oun, qui rend avec poésie la contraction des sourcils et les rides menaçantes du front courroucé de l'homme et du Uon. Après avoir rempli la clepsydre, ou après la cessation des gouttes, Teau limpide présentait une surface unie où je me mirais : j'imaginai sur cela les mots Idauria, Itchoura , qui expriment Tjmage^ la ressemblance, I9 physionomie. Dans l'eau agitée de

la clepsydre , je vis une image des pensées tumultueuses ^e donnent le trouble et l'émotion de l'âme : et je créai une belle expression , Our-idouritu , qui signifie ému , troublé , et dans sa définition , rendu semblable à une eau agitée. Les veilles et les travaux des pères sont comme la rosée ; ils font éclore des fruits immortels que les enfants goûtent en héritage , et rien n'égale la joie de l'homme primitif qui , placé au sein d'une nature marâtre , enrichit de découvertes ingénieuses le trésor des arts dont s'enorgueillissent à peu de frais les sociétés instruites et fortifiées à l'aide des siècles. Pourquoi ne l'avouerais-je point ? la première clepsydre que je plaçai dans ma demeure , auprès de ma couche , pour marquer les heures de la nuit, chassa le sommeil de mes yeux : j'écoutais la goutte sonore tomber en mesure avec un bruit harmonieux ; puis quand ma paupière s^appesaiitit un instant, le bruit qui frappait mon oreille, dans les perceptions vagues, indistinctes, de ce demi-sonimeil , se transforma ; une vision prophétique surgit dans mon esprit troublé, deux spectres, deux fantômes, le Nègre, l'homme blanc, s'approchaient de mon Ht à pas comptés, ils tendent leurs mains terribles, je veux crier, je me réveille en sursaut. Ma compagne dormait paisiblement à mon côté, mes enfants dormaient aussi dans leur berceau ; une petite lampe rayonnait doucement sur les parois des murs, en éclairant cette scène paisible : cl la

goutte d'eau tombait enoore; tombait toujours,, comm^, les siècles tombent goutte à goutte dans la clepsydre infinie, dans TOcéan sans rivages de TEternité. Et alors, par les idées de cette goutte d'eau frappant comme un pas d'honmie, en mesure, jç désignai le pas de Thomme par le mot Ouraihs, qui signifie le pas, ou le bruit de Teau. Et marchant au bord des fleuves, dont les vagues s'élevaient , retombaient en cadence , et comme en mesure avec mes pas , je reconnus que Tanal^gie dont je m'étais servi était doublement juste et fondée en raison. Et je chantai pour la première fois , comme un barde : Le temps fuit, le torrent voyage, l'eau du fleuve poursuit son chemin vers le profond Océan, réser^ voir terrestre de l'une des clepsydres de Dieu. L'image du fleuve arrêté dans sa course» ukha-our, me fournit le mot Ukhauru, exprimant l'immobilité. Enfants de mon sang et de ma pensée , écoutez une prophétie que mon expérience du passé lègue 9 Favenir : quand le fleuve arrêtera son pas cadencé , qusm^ ^ torrents cesseront de couler, et que» dans les vallées , les sources amoindries élèveront les premières vapeurs occasionnée? par la fièvre du feu interne qui travaillera le globe; ce sera un signal» et la preuve que la derni^e goutte de la clepsydre génésique aura marqué la fin du Temps. Alors, courez au plus haut des montagnes, faites- vous une arche ; le dragon déchaîné ,ne tardera pas à rugir

dans le puils de l'abime, et le jugement du Très^Haul ne sera pa^ loin. »

A ces dernières phrases , la voix du barde ; accompagnée d'un geste théâtral et pittoresque^ prit un éclat puissant : rassemblée fut saisie, et plusieurs des vieillards assis sous le chône se levèrent à demi , avec un cri de surprise et d'admiration. La pensée du barde s'était élevée par un prompt et sublime essor, a cette menace prophétique. L'évocation de la dernière heure du monde représentait les tableaux les plus capables d'inspirer cette terreur tragique qui est le triomphe dé l'art ; et Lara , le chantre habile de la Gantabrie , ne l'ignorait point. Tous les regards interrogeaient l'horizon, conmie avec la crainte d'y apercevoir quelque signe effrayant » toutes les oreilles étaient tendues ; mais le calme le plus majestueux régnait sur les montagnes ; la lune , semblable à la lampe nocturne d'Aîtor, à l'heure silencieuse des visions/ rayonnait dans un ciel sans nuages» au milieu d'une légère vapeur blanchâtre et floconneuse, qui voilait son disque sans l'obscurcir. On entendait distinctement le bruissement des feuillages soufi la brise de la nuit, et le murmure sonore des cascades et des torrents lointains; preuve que la clepsydre t^rrestre avait encore bien des siècles à laiaser tomber dans son réservoir océanique.

« Déjà le laboureur avait trouvé dans les animaux

domestiques ses auxiliaires naturels , et l'agriculture, dans les tribus qui ne se bornèrent point à la vie pastorale» avait pris un essor rapide. Il fallut, sans tarder, régler Tordre des travaux sur celui des saisons ; la marche des corps célestes dut être étudiée avec une attention sérieuse , et cet ordre d'observations nécessita la fixation des nombres et Tinvention des règles de la numération. Un fil, ari, nous servit en principe à mesurer les dimensions des corps, d'où vient le mot Iz^ari, signifiant toiite mesure géométrique. Des entailles faites à des branches de bois vert reçurent les premiers nombres de nos calculs , et comme le couteau n'était point encore inventé, les dents en faisaient l'office ; aussi, l'entaille faite avec un instrument tranchant conserve-t-elle toujours le nom de Ozka, qui vient de orzka , et signifie un coup de dent. Nous comptions sur les doigts, et les premiers chiffres représentatif des nombres lie furent rien autre chose quelle dessin hréroglyphique des doigts et des mains: I, II, m. Les animaux euxmêmes ont instinctivement la perception du nombre trois ; nous crûmes donc pouvoir écrire ce nombre avec trois doigts , sans craindre de foire un signe côn^leie ; puisque la perception instinctive et nàtm*elle ratiféile à l'unité les signes qui ne dépassent point le nonïbte trois. Quatre doigts ou qnati*e unités auraient occasionne dé la confiision ; pour écrire le nombre quatre avec le moins

de signes possible » nous nous servîmes du chiffire IV, c'est-à-dire la main moins un doigt, ou cinq doigts moins un ; car le chifire cinq n'est que le dessin ou trait hiéroglyphique d'une main, V. Ainsi les unités 5u les doigts placés à droite ou à gauche du cinq et du dix, suivant qu'il fallait augmenter ou diminuer leur valeur, complétèrent le système de nos chiffres écrits. Les dix doigts des mains nous donnèrent un système de numération par additions décimales, système naturel préférable à tous les autres. Le nombre dix fut appelé en conséquence Atnar, c'est-à-dire mâle et femelte, comme créateur de la génération des nombres; d'où les Barbares lui ont donné le surnom de Mariage. Et les jongleurs égyptiens ont été d'autant mieux fondés à surnommer le nombre dix mariage , que dans la langue sacrée le mot eskinm-tze se traduit par l'union deis mains. Aussi, le chiffre dix, X, n'est-il autre chose parmi nous que le dessin hiéroglyphique de deux mains renversées et unies au même poignet.

< Ce sont les Ibères qui ont créé en Occident la science du calcul. Mes petits enfants aguerris dans leurs luttes contre les Barbares, depuis leur établissement dans les Pyrénées , ont porté les armes contre la dominatrice des peuples, ils ont combattu Rome en Italie > et nos bardes instruits ont reconnu sur les monuments et les temples idolâtres , les chiffres primitifs que les

brigands de Romulus appellent romains, quoiqu'ils appartiennent à récriture des anciens Ibères.

« Les régies du calcul une fois connues , des observations attentives nous découvrirent bientôt les lois qui président aux phénomènes céllestes. La présence et Tabsence du soleil sur Thorizon marquaient naturellement les divisions du jour et de la nuit, dans Tordre du travail et de tous les usages civils. Du nom du soleil eguski, ekhi, celui par qui l'homme voit, le jour fut appelé Egona, c'est-à-dire la période remplie par la bienfaisante clarté. L'idée de la privation de la lumière, Gabia, servit à qualifier la nuit. Le règne des ténèbres ou de l'obscurité fut appelé Hona^ c'est-à-dire la douce mort, ou le bon repos , le bon sommeil des êtres. Le crépuscule du matin et du soir, l'aube , l'aurore, le lever et le coucher du soleil , reçurent des appellations qui ne sont intéressantes que par leur justesse et par la poésie de leurs définitions. La marche du soleil, embrassant un cercle de saisons plus étendu , sembla plus propre à représenter les principales périodes de i'année civile ; la lune dont les^évoiutions sont de plus courte durée, divisées en phases régulières, nous apparut comme un flambeau régulateur des semaines et des mois. En ce sens elle fut appelée Arghizana, lumière-mesure, lumière qui sert à mesurer le temps : et de la concordance des cycles lunaires avec les années

solaires dut résulter la perfection du calendrier civil et de notre chronologie. Des obélisques , Pilar, c^estr à-dire un assemblage de briques élevées en cdonnes sur les places publiques et même dans les solitudes » servirent de gnomons horaires aux Patriarches; les lignes qui s'y trouvaient marquées et la projection des ombres nous faisaient reconnaître les heures, selon les saisons.

« L'observation attentive nous découvrit que la clarté de la lune, daw son disque peu rayonnant, manquait totalement de chaleur. Nous fûmes amenés à conclure que cette clarté n'avait point de foyer propre et vivifiant dan9 Tastre dont elle émanait; et pour caractériser sa nature immobile, dormante et glacée, la lune fut appelée Illa^ d'un mot qui exprime tout à la fois dans notre langue l'immobilité , l'engourdissement et la mort. Cette première remarque sur la nature de la lumière lunaire réfléchie mr la terre, où elle semble dinrmir sans réchauffer , fit penser que, vu i'éloignement de ce grand éclat, il était impossible de l'attaribuer à un effet de phosphorescence. Dés lors, I'éloignement plus grand des étoiles et la faiblesse des lueurs sidérales ne permit reat pas de douter que la lune ne réfléchît la lumière du sol^, dont les gerbes, malgré l'immobilité apparente de son gbbe enflammé, lancées avec une force et une rapidité qui étonne la pensée , dans les plaines de l'air,

attestent un tourbillonnement puissant. Les bardes, dont le langage recherchait les images poétiques conmie celui des sages devins aspirait à une exactitude savante et rigoureuse , appelèrent la lune Ilarghia , c'est-à-dire lumière dormante , ou morte , ou lumière qui s'éteint et brille dans les ténèbres de la nuit.

« Nous avions constaté dès le commencement que la lumière passagère de la lune croissait et décroissait jusqu'à s'obscurcir complètement, après avoir tracé un disque plein et brillant, sans radiosité. Nos devins attachèrent le plus vif intérêt à examiner l'apparition de la lune nouvelle ; ils virent que le croissant tournait ses cornes lumineuses vers l'Orient et formait un fragment de cercle régulier , jusqu'à Rentier développement du disque de la pleine lune ; et ce double fait démontra jusqu'à l'évidence que la lune , déjà recontîue pour un corps opaque, était en môme temps une planète de forme ronde. L'œil perçant des devins redoubla d'attention , leur esprit de pénétration , et une vérité nouvelle fut découverte. Puisque la lune ne pouvait avoir d'autre cause d'illumination que le soleil , ils conclurent que dans les périodes où elle reste ténébreuse , elle doit se trouver placée entre la terre et le soleil, de manière à ne nous présenter que sa partie non éclairée. Les devins raisonnèrent sur cela , que, puisque , pendant la lune noire , son interposition né

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