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infiniment plus élevée dans le principe , formait entre la Méditerranée et l'Océan une longue montagne unie, terminée en dos de mulet. Ce talus immense présentait, suivant eux, sur chaque flanc, de grands creux ou réservoirs, de profondes blessures , d'où les eaux se frayant un passage , conformément aux lois do pesanteur et de résistance , auraient tracé , creusé , élargi toutes les vallées des Pyrénées , en donnant à ces montagnes les formes pittoresques que Ton ne saurait voir sans admiration.
Ces savants géologues avaient observé que les parois de chaque vallée s'élèvent en amphithéâtre, par gradins horizontalement nivelés; ils en conclurent que ces similitudes étaient Touvrage des eaux, et que chacune des hauteurs où ils les avaient observées avait primitivement servi de lit aux torrents. Je respecte trop la science pour me moquer de cette conclusion; mais je ne saurais l'admettre . Voici près de cinquante siècles que nos rivières n'ont guère change de volume, et qu'elles roulent encaissées dans les mêmes rochers ou sur des sables dont le niveau ne s'est point abaissé d'un demi-pied : pour descendre d'une hauteur de deux cents toises, il leur aurait fallu des myriades de siècles, en dehors de tous les calculs de la géologie positive. — 11 est difQcile de comprendre comment les deux côtés d*un courant auraient pu laisser sur les parois de chaque
- xij vallée des formes et des eontours identiques; comment les terrains auraient également résisté ou cédé à Faction des eaux. Celte prédisposition du sol prouverait seule une loi uniforme de soulèvement et de création y suffisante pour expliquer Tarchitecture régulière des montagnes , sans recourir à la chute des eaux et à des courants imaginaires. Si Ton réfléchit qu'en certains endroits les vallées ont plusieurs lieues d'ouverture et que leurs plates-formes horizontales sont séparées par des distances considérables. Ton doit aussitôt supposer des fleuves immenses et permanents, à la place des réservoirs primitifs. Où placerons-nous dés lors leurs sources inépuisables? Sera-ce dans les crêtes les plus décharnées, ou dans les cataractes du ciel? Car il ne faut rien moins qu'un fleuve par vallée. Resterait à concevoir la variété de leurs directions en sens contraire, et leurs croisements inextricables; de manière à creuser les grandes vallées qui sont parallèles à la chaîne centrale, et les vallées rectangulaires qui se prolongent des deux côtés, au nord et au midi, régulièrement disposées comme les côtes de l'épine dorsale ou les arêtes de certains poissons.
Admettons un instant le tissu de contradictions et d'impossibilités physiques qui compose le système de Palassou ; faisons crouler avec lui la moitié des Pyrénées, après avoir élevé jusqu'au ciel leur cime pyrami-
- xiij dale; déchaînons mille courants désordonnés, sillonnant au hasard cet amas de décombres et de ruines : qui ne s'attendrait à voir les eaux, à la suite de ce bouleversement complet, laisser derrière elles, sur leurs traces, Taffreuse image de la confusion et du cahos? Tout au contraire, de Taveu de Palassou luimême, à ce laborieux enfantement succèdent, comme par magie, une harmonie parfaite, une admirable régularité; la plus riche incarnation terreuse revêt symétriquement de ses couches variées le squelette granitique des montagnes ; elle arrondit par de moelleux contours les rameaux capricieux, les jets fantasques de la stratiGcation, et se pare au dehors de la végétation la plus brillante.
Une question mal posée est toujours mal résolue. Avant de rechercher les causes de l'excavation des vallées, il fallait se demander si l'excavation a eu lieu réellement, et si les vallées n'existent point par le seul fait de l'exhaussement et de la disposition des montagnes. Je distingue deux sortes de vallées : les unes naturelles, résultant de deux montagnes parallèles, qui font angle à leurs racines ; les autres géographiques. Quelques-unes de ces dernières sont formées, dans les Pyrénées occidentales, par une division de la chaine-mère , et conservent la même direction sur une longueur de dix a quinze lieues. Les autres
grandes vallées sonl rectangulaires et se trouvent renfermées entre les contre-forts ou chaînons latéraux qui s'élancent vers les plaines. 11 en est de ces ramiQcations granitiques, comme des branches des arbres : Tangle qui les rapproche au point de leur bifurcation commune s'élargit à mesure que les chaînes secondaires se prolongent, en perdant graduellement de leur masse et de leur épaisseur, de manière à n'élever, à la proximité des plaines» que des collines fuyantes et de légères ondulations. Les montagnes , rattachées les unes aux autres comme: des anneaux, se rapprochent et s'écartent tour à tour, d'un chaînon à l'autre ; elles forment ainsi, de distance en distance , des étranglements et des bassins , d'où les rivières, se précipitant par cascades, marquent dans leur chute les degrés de l'inclinabon du terrain, jusqu'au niveau des plaines , où TEbre , la Garonne et rOcéan reçoivent le tribut de leurs eaux.
Les Pyrénées orientales présentent la même configuration, avec plus de symétrie et de régularité. 11 est tout simple de croire que les courants d'eau, ayant peu changé de volume ^ depuis le commencement de notre Teinfps géodésique , n'ont feit qu'obéir à la disposition du terrain et suivre invariablement le lit naturel qui leur était tracé. Bons géognostes, échelonnez d'abord les montagnes, et les vallées ne vous manqueront pas ;