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et vous serez dispensés de vous creuser la tète pour expliquer le mystère de leur excavation.
La chaîne des Pyrénées semble se plonger a Test dans la Méditerranée; elle se perd à Fouest dans rOcéan, à la pointe de Figuier, prés Fontarabie. Ces deux terminaisons ne sont qu'apparentes. Les Pyrénées orientales se rattachent aux Alpes par la montagne Noire et les Gévennes. Les montagnes occidentales , qui aboutissent à la pointe de Figuier, sont une branche latérale , un contre-fort de la grande chaîne ; elles s'en détachent au fond de la vallée du Bastan, prés d'une antique abbaye , avec le mont Atchiola qni donne son nom basque à ce chaînon. De là» les Pyrénées , traversant le Guipuzcoa et la Biscaye, se partagent en deux ramifications principales, dont l'une se prolonge jusqu'au cap d'Ortégal , en Galice , el l'autre jusqu'au cap Finistère. Les Pyrénées ne sont donc point isolées dans la structure du globe terrestre, comme l'observation superficielle * pourrait le feire croire d'abord; elles appartiennent, en réalité géodésique, à cette large ceinture de montagnes qui » de l'ouestsud-ouest à l'est-nord-est , embrasse tout TancieB continent, jusqu'aux confins de l'Asie : elles se posent presque transversalement dans ce système granitique; en formant avec le méridien un angle d'environ ii2*.
La base granitique des Pyrénées s'étend de l'est-
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sud-est à Touest-nord-ouesl, avec des proéminences qui sont plus considérables et plus régulières dans la partie orientale de la chaîne. Rarement le granit perce les couches qui l'enveloppent et se montre à la crête des montagnes. Il est indubitable que sa direction souterraine et ses formes primitives ont déterminé Tarrangement et la direction des roches diverses et des couches qui lui sont superposées. Les partisans du système neptunien avouent leur impuissance pour expliquer cet ordre de création : le résultat de leurs observations et de leurs travaux se réduit à la description des strates et des terrains, ainsi qu'à leur classement et à leur nomenclature. Un autre fait qui, pour eux, reste incompréhensible, c'est Texistence des roches contournées et les figures bizarres qu'elles affectent ; tantôt roulées en spirale , en croissant ; tantôt légèrement ondulées comme une chevelure, ou pressées les unes contre les autres en couches minces, comme les feuillets d'un livre : phénomènes qui prouvent la mobilité la plus capricieuse dans les jeux variés de la stratification.
Ramond compare les Pyrénées à une mer soulevée par l'orage , écumante, effrénéd qu'une force magique fixerait soudain dans une parfaite inunobilité, et dont l'agitation se peindrait encore dans ses ondes subitement pétrifiées. Mais le lecteur sentira que l'Océan,
— xvij — pris ici comme terme de comparaison poétique , ne saurait être regardé comme le créateur des montagnes; il faut chercher dans un autre élément la cause de leur fluidité primitive et de la consistance qu'elles ont prise, en se refroidissant tout à coup. Le même principe doit expliquer la direction uniforme du granit , des strates^ des bandes et des couches terreuses « ainsi que Tordre de leur superposition, suivant, leur essence plus ou moins fusible; enfin leurs formes apparentes et leur tendance à se développer en pyramide .
Les Basques , héritiers de la civilisation des Ibères^ voient dans le feu central du globe le principe créatif et Tagent rénovateur de la terre : ils lui donnent le nom de Soughe , Feu ou Serpent ; ils l'appellent encore Leheren (Lehen-heren), Premier • dernier. Ce mythe, emblème des luttes de la nature , est le même que le Leherenus , le Dieu de la guerre des anciens Novem* populaniens. La géologie ibérienne enseigne que les cataclysmes terrestres sont périodiques et universels : les Devins euskariens avaient même découvert le chiffre de ces imposantes rénovations, dans leurs rapports avec la rotation diurne du globe , sa course annuelle autour du soleil, et les précessions équinoxiales qui sont le résultat de ce double mouvement ; ils assignaient à la croûte terrestre une épaisseur moyenne de quinze lieues , dont l'Océan occupe à peine le vingtième . Les
— xviij — calculs modernes confirment la cerlilude de la scienèe primitive, et de la géognostique transcendante des Enfants du Soleil.
C'est le feu central , le Grand-Serpent , qui soulève les montagnes ^ et préside aux merveilles de leur structure intérieure, en rejetant les matières les plus fusibles à la surface. Parfois TOcéan , comme un voile à mille plis , cache cette création mystérieuse ; et les montagnes, après avoir long-temps séjourné dans son sein , apparaissent tard , chargées des singulières dépouilles de Télémenl au sein duquel elles prirent naissance. D'autres fois, les montagnes suipssent par enchantement , sur des continents unis et spacieux , et les éruptions répétées du lac infernal groupent rapidement leurs masses titaniques. Les Pyrénées appartiennent à cette dernière classe. Une montagne située prés de Salinas, en Guipuzcoa , est le seul point de la chaîne occidentale où l'on ait découvert quelques coquillages fossiles incrustés dans du marbre bleu veiné de spath.
La formation des Pyrénées fut secondaire et partielle, dans la grande ^ceinture granitique du globe terrestre : elle se conçoit par une traînée volcanique, dont le cours aurait successivement semé , comme dans un sillon, les proéminences souterraines du granit primitif, et dont les feux croisés auraient disposé régulièrement, à droite et à gauche , les chaînons et les contre-forts rectangu-
laires. Cette éruption du feu créateur parait s'être effectuée d'orient en occident: en effet, les Pyrénées ont plus de régularité dans la partie de Test; elles y sont en même temps plus élevées, puisque à quinze lieues de la Méditerranée leur chaîne acquiert déjà quatorze cents toises d'élévation , et ne se maintient à la même hauteur qu'à vingt -cinq ou trente lieues des cotes de rOcéan. Les montagnes occidentales sont plus arrondies et plus basses ; leur pente est plus douce ; les tremblements de terre s'y font sentir avec moins de violence : les sources minérales qui jaillissent de leur
seiB possèdent moins de calorique; les substances
alumineuses , ferrugineuses ^ pyriteuses, et les gaz , s'y combinent en plus petite quantité que dans les eaux de l'est, plus renommées et plus efficaces.
Qu'il me soit permis de citer la cosmogonie des Basques , sauf à expliquer plus tard l'allégorie savante des mythes ibériens , et à déchirer le voile mystérieux qui cache le sens réel et positif de ces fables poétiques.
Leheren-Saughe dormait , roulé sur lui-même , dans le lac intérieur, l'étang de feu ; sa respiration profonde faisait mugir les échos de l'Enfer ; Tœuf-monde qui lui sert d'enveloppe semblait prêt à se briser aux mouvements convulsifs qui agitaient le monstre durant sa léthargie. Enfin l'ange du Iao laissa tomber, dans
l'Océan , la soixanliéme goutte d'eau de sa clepsydre qui marque les Temps; il proclama la fin et la consommation des siècles, et sonna des sept trompettes d'airain. A ce signal Leheren, le Grand-Ouvrier de Dieu, se réveille en sursaut dans ses cavernes , ouvrant sept gueules béantes d'où sortent les volcans : en dix jours il consume et dévore l'ancienne terre, et de sa large queue, plus adroite que celle du castor, pétrit la terre nouvelle dans les eaux du Déluge ; puis , son œuvre achevée , le dragon , semblable au ver soyeux qui bâtit sa prison, se roule de rechef sur lui-même, et se rendort, bercé jour et nuit par quatre génies , en attendant le réveil des siècles et l'aurore du Temps nouveau,
Cependant , une multitude d'hommes et de femmes, effrayés de la chute du monde , s'étaient réfugiés sur les montagnes; ils furent changés en pierres: cette métamorphose dura dix siècles, après lesquels ils furent rendus à leur forme première par le chant divin d'un oiseau lumineux. Leur postérité repeupla, durant le premier âge , l'Afrique , l'Espagne , l'Italie et les Gaules : elle dispersa ses colonies en Orient , jusque dans la Perse, qui reçut d'elles son nom primitif d'Iran. Les patriarches occidentaux s\appelaient Euskariens; l'histoire des Barbares les désigne sous la dénomination de nice du Soleil et de V Agneau : ils reconnaissent pour leur ancêtre le sublime Aïlor, le premier né des Voyants.
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Bien long-temps avant la formation du peuple juif et les servitudes honteuses qui devaient faire expier si durement à ce ramas d'esclaves fugitifs leurs prétentions à la nationalité , le surnom de peuple de Dieu s'appliquait originairement aux seuls patriarches du Midi : il rappelle le théisme que professaient les Euskariens antiques, sans symboles^ sans sacrifices» sans prières et sans culte. La tradition générale rend, en effet , témoignage que la religion naturelle fut Télément moral de la sociabilité des premiers hommes et de leur union politique en républiques fédérées, suivant la multiplication progressive des tribus.
Le langage astronomique des Euskariens reflète avec poésie les mœurs simples et agrestes de ce peuple pasteur. Le titre d'enfants de l'Agneau , que l'tiistoire leur assigne , s'explique par le mot Cfunirien , commun aux dialectes de l'Inde , de la Perse et de l'Ibérie espagnole, pour désigner tantôt un agneau, tantôt le soleil. Agneau céleste , qui traverse chaque année , en triomphateur, ]es douze bergeries zodiacales du firmament. Les Indiens appellent encore le soleil Arghi, mot savant dont le dialecte espagnol se sert pour désigner la lumière; tandis qu'il applique à l'astre qui est la source de toute lumière le mot Eghia, signifiant , au sens moral, civilisation et vérité : c'est par allusion à l'harmonie naturelle réalisée dans le développement de leur société;
— xxij — c^est en mémoire de la vérité divine virginalement incamée dans leur Verbe improvisé, que les Euskariens, peuple du Iao, nés durant le premier âge sous le ciel brillant du Midi, s'appelaient^ à juste titre, Enfants de la Lumière et de V Agneau.
Les Euskariens s'établirent en Espagne vingt siècles avant l'irruption des Celtes ou Tartares : ils franchirent le détroit d'Hercule, sur de légers canots décrits par Strabon; ils les dirigeaient à force de rames avec une adresse et une rapidité surprenantes , et ne craignaient point d'entreprendre de lointains voyages. — 11 n'est plus possible de révoquer en doute les relations commerciales que les Indo-Africains entretenaient, à cette époque , avec les Américains du sud : elles furent interrompues par l'invasion des Celtes ; mais les souvenirs de l'Amérique , bientôt effacés dans l'esprit des Barbares^ se conservèrent chez les Basques pyrénéens et dirigèrent les expéditions maritimes des Montagnards au moyen âge. On leur doit la découverte des Canaries, en 1393, par Içs Guipuzcoans. Quelques historiens assurent même qu'un de nos excellents marins, appelé Jean-de-Biscaye ^ ou de Cantabrie, révéla le premier l'existence de l'Amérique à Christophe Colomb; il est du moins certain qu'il accompagna Ce célèbre navigateur.
Les Euskariens débarquèrent sur les côtes de l'Andalousie; une de leurs tribus se répandit le long de
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l'Azèche, ou Rio-Tinto des modernes Espagnols» qui coule entre la Guadiana et le Guadalquivir. Les eaux de cette rivière sont d'une couleur blanchâtre ; elles possèdent une propriété corrosive qui dessèche la verdure et rend ses bords arides : les Euskariens lui doA« nèrent le nom d'Ilher ( Fleuve brûlant ) , que Pline a traduit par Utium. Ce nom d'/b-er fut appliqué, dans la suite » avec la même justesse , au grand fleuve des Pyrénées, etThi^toire ne tarda point à Tadopter pour désigner TEspagne et ses habitants primitifs. La plupart des provinces fédérales de Tlbérie reçurent leur nom de la ville qui en était le chef-lieu : Luzeta ( Longue* ville ) , Lobeta ( Ville du Sommeil ) , Olheta ( Ville des Genêts)^ etc. , d'où Lusitanie, Lobétanie, Othétanie, Karpétanie, Qrétanie, Gerrétanie, Bastétanie. Ces provinces conservèrent leurs noms, durant Fâge ancien, après l'invasion des Celtes et les établissements des Phéniciens, des Grecs, des Carthaginois et des Romains: la Péninsule , au contraire , perdit le sien , et reçut en échange celui d'Uispanie , dont l'origine est inconnue. La haute Bétique, arrosée par l'Ânas, avait été appelée, en euskarien , Bethurie ( bethi, toujours, — Wp eau) , par allusion aux fleuves et aux rivières qui fertilisent l'Elysée espagnol. Plusieurs noms de villes, tels que Urza, Urgoa, Il-m-ghi, Anazthorghi, Iphazthurghh Irithurghi, Ithurriasko, Urbkka, Urbion, expriment
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Faboudance des eaux ; et la posiliuu géographique de ces antiques cités euskariennes s'accorde avec leurs noms significatifs. Les mêmes dénominations, répétées de distance en distance vers le nord de la Péninsule, indiquent assez bien la marche des tribus ibériennes. Salduba (Ville du Cheval)» qui fut la Carthage des Betikoans , fut transportée aux bords de l'Ebre par un essaim d'émigrants : les Romains donnèrent à cette colonie le nom de GaBsarea-Âugusta » dont la langue romance a fait Saragosse. Iriihurghi {F oniàine-\ Aie) et Iriberri (Ville-Neuve), grandes cités de laBétique, se retrouvent à l'extrémité opposée de l'Espagne , où cette dernière reçut le nom de Chako-IUiberri (Villeneuve du golfe , ou sinus ) ; elle dominait la côte sur laquelle les Grecs-Phocéens, fondateurs de Marseille, bâtirent plus tard Roses et Emporia.
L'invasion des Goths , qui dévasta si cruellement nos contrées méridionales, peut seule fournir une image de la grande migration des Celtes ou Tartares. L'invasion hyperboréenne est toujours suivie de guerres séculaires ; elle apporte avec elle un système oppresseur, qui a pour but ou d'exterminer par le sabre les populations indigènes , ou d'anéantir, au moyen de leur fusion avec la race conquérante, leurs lois, leurs mœurs, leur langage ot jusqu'au souvenir de leur nationalité. Que restct-il aujourd'hui du monde romain détruit par
les Golhs?... Peu de chose, et dans quelques siècles, rien. Si l'on réfléchit que les hordes celtiques , retenues dans renfance sociale et dans leur rudesse native par les influences d'un climat ténébreux , précédèrent d'environ trois mille ans les nouveaux Barbares; Ton coin* prend aisément qu'après un âge et demi de dévastations, de guerres et de bouleversements politiques , les Basques pyrénéens, grâce à Tabri de leurs montagnes tutélaires, aient résisté, seuls, en Occident, aux chocs terribles qui déracinèrent les tribus euskariennes sur le sol fertile où elles s'étaient paisiblement multipliées lors de la renaissance du genre humain.
Les Celtes , maîtres des Gaules , firent leur entrée en Espagne par les Pyrénées orientales , et côtoyant les mers, tracèrent, dans leur marche conquérante, le vaste demi - cercle que la Péninsule décrit depuis SokO'IUibéris jusqu'au cap Finistère, anciennement cap celtique ou des Arlabres. Les hordes barbares pénétrèrent dans les provinces de l'intérieur, en remontant les fleuves , conducteurs naturels de leurs mouvements stratégiques. Les Ibères aragonais opposèrent une vivo résistance aux Tartares : Diodore de Sicile raconte qu'à la suite d'une guerre sanglante les deux peuples conclurent un traité de paix et ne tardèrent point à se confondre. La province habitée par cotte peuplade mixte reçut le nom de Celt-Ibcrie , et les
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Ëuskariens purs donnèrent au dialecte aragonais celui à'Erdarada , qui désigne une langue imparfaite et mélangée.
Le passage des Celtes le long de la Méditerranée parait avoir été rapide ; leurs établissements se trouvent en plus petit nombre de ce côté que sur la côte occidentale , où la terminaison germanique briga sert à faire reobnnaitre les villes ibériennes qui reçurent le joug des conquérants : Arriko-briga, Zezenbriga, Miru' briga ^ Lakobnga^ Nerto-briga, Zeto^briga, Langobriga^ Mandobriga ^ Larabriga , Kanimbriga ^ Deobrigas Talabriga, Koteobriga, Zeliobriga, Nemeiobriga, Bolobriga. — La plupart des villes ouvrirent leurs portes au vainqueur, et» craignant d'irriter par une résistance impuis^ santé la férocité naturelle aux Barbares, acceptèrent sans murmurer leur alliance et se confondirent avec eux. Parmi les nombreuses tribus qui se livraient exclusivement a la vie nomade et vivaient sous les tentes, hors de Tenceinte des cités, beaucoup furent exterminées ; d'autres, qui se trouvaient à la proximité des mers , échappèrent à la mort , en s'exilant de la terre natale. La tribu des Silures débarqua sur les côtes du pays de Galles , où Tacite reconnut en eux les descendants des Ibères ; mais les Gallo-Bretons , repoussés eux-mêmes de Fintérieur de TAngleterre, par les Pietés, les Jutes, les Saxons, les Danois, les Normands,
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détruisirent entièrement ces montagnards , vers le cinquième siècle de l'ère chrétienne. Les Euskariens, auxquels TEcosse dut son nom primitif d'/beme» éprouvèrent le même sort; ceux que la Sicile avait accueillis ne purent s'y maintenir en GOrp$ de peuple; un nombre considérable de ces fugitifs trouva dans les montagnes de la Corse un asile plus sûr. Le philosophe espagnol Sénèque écrivait à sa mère, de l'exil , que les Corses portaient Thabillement cantabre et parlaient encore la langue primitive de FEspagne , altérée par le mélange du grec et du ligurien. — La plus nombreuse des colonies ibériennes parvint jusqu'au Caucase et fonda le florissant empire de l'Ibérie asiatique , dont Arghiri , Arthwize et Aphanize furent les principales villes. L'Ebre et l'Araxe, dont les noms se conservent encore chez les Basques pyrénéens, arrosaient le territoire des Ibères orientaux : Pompée soumit ce peuple au joug dont il avait menacé vainement les républiques de la Navarre.
L'itinéraire suivi par les Goths , dans leur conquête de l'Espagne, retrace fidèlement la marche des anciens Celtes; comme leurs devanciers, les. nouveaux Barbares s'emparèrent d'abord de la Cel-, tibérie. Les Vandales Silinges, côtoyant la Méditerranée, se jetèrent dans la Bétique, qui tire d'eux son nom moderne d'Andalousie; les Alains se ren-
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dirent maîtres de la Lusilanie qui sappelle désor mais Portugal ; les Suéves s'établirent dans les As turies et la Galice. Mais ù Tarrivée des Goths TEspagne, veuve de ses populations primitives, n'offrait plus qu'un mélange d'anciens Celtes, de Phé niciens, de Carthaginois^ de Persans et de Grecs que les Romains tenaient attachés à la même chaîne et que la même servitude avait confondus. Le ter ritoire des Aborigènes euskariens se bornait, à cette époque, aux vallées de la Cantabrie et de la Navarre. Varron lui conserve exclusivement le nom d'Ibéric, en lui assignant pour étendue là cinquième partie de la Péninsule. Le docte romain comprenait sans doute dans cette déUmitation les provinces celtibériennes récemment détachées de la fédération cantabrique, dont elles avaient suivi la destinée et partagé la gloire , jusqu'à leur asservissement déGnitif sous l'empereur Auguste.
Les Aborigènes, en s'établissant dans les Pyrénées occidentales, mirent le feu aux sombres forêts qui les couvraient. Posidonius, Diodore de Sicile et Strabon parlent de cet embrasement; ils ne manquent point d'ajouter à leur récit des circonstances fabuleuses, dignes du génie puéril des Grecs. Ces auteurs content que Tardeur de l'incendie ayant fondu les métaux que les Pyrénées recelaient dans leur sein,
l'or et l'argent se firent jour par mille crevasses, et coulèrent en ruisseaux. Le mot Pyrénées, d'origine grecque, rappelle, dit-on, ce grand incendie. Suivant d'autres philologues, il désigne la foudre qui frappe si souvent les sommets escarpés des montagnes; peut-être fait-il allusion au feu créateur et à la fable des Titans.
Le sol vierge des montagnes déployait un luxe désordonné de végétation parasite. Les Pyrénées conservèrent long-temps leur parure sauvage, et les produits monstrueux que la nature brute développe dans ses premières créations. Les Basques eurent à se défendre contre les attaques d'énormes serpents, qui sortaient périodiquement des parties les plus humides et les plus profondes des forêts . A quelle famille appartiennent ces hydres pyrénéennes? Le continent européen^ dans une autre ère géodésique , n'auraitil point été situé sous une zone plus chaude, et le changement de climat, suite des cataclysmes, n'aurait-il point fait perdre à ces dragons leur vivace énergie , tout en leur laissant la grandeur et les proportions de leur espèce? Les chroniques nous apprennent qu'au moyen âge les Pyrénées n'étaient point encore purgées de ces hâtes cifrayants,. et que les chevaliers de la montagne employaient, a les poursuivre et à les combattre , les intervalles de loisir
que leur laissait la guerre des Maures. J'ai raconté ailleurs la victoire de Gaston de Beizunce sur le. dragon d'Irubi : un fait analogue s'est reproduit^ au seizième siècle, dans la vallée de Soûle» où Téouyer de la maison de Çaro réussit à tuer un de ces monstres. Le chevalier prudent attira le reptile hors de sa caverne, au moyen d'un agneau vivant attaché a l'entrée» pour servir d'appât. Il avait disposé sous l'innocent animal une sorte de machine infernale qui fit explosion au moment où le dragon furieux se roulait sur sa proie. De Çaro qui avait eu le courage de mettre le feu à la traînée de poudre, s'enfuit le visage souillé par le sang et la terre qui rejaillirent sur lui ; l'idée qu'il était poursuivi , jointe à l'horreur qu'il éprouvait, précipita sa course. Il avait franchi le seuil de son castel» et se trouvait devant sa fenmie, lorsqu'il perdit la respiration et tomba mort, sans avoir pu proférer une seule parole. Je n'entends point garantir l'exactitude de ces détails, dont quelques-uns auront été sans doute dénaturés en passant par la bouche du peuple; mais il serait difficile de mettre au rang des fables des faits attestés par les chroniques, et racontés journellement sans autre teinte de merveilleux que la poésie des traditions populaires.
Les habitations des Basques, éparpillées le long
-milles rivières» sur le penchant des collines et dans la profondeur des bois; la richesse de la végéta* tion, la variété des sites, Taspect pittoresque des montagnes, cultivées aujourd'hui jusqu'à leurs sommets; un air dévie, de liberté, de plaisir, animant tous les paysages , et la magie des souvenirs bistoriques , forment des Pyrénées occidenlales une contrée des plus intéressantes. Le climat y est tempéré, mais très- variable. Le voisinage de l'Océan communique à Tair une agréable fraîcheur, que le Souffle brûlant du Solano {Hegoua) remplace à l'approche des équinoxes et des solstices. Les vents d'est et de nprd-est s'y font sentir rarement; ils rendent l'air plus frais et plus pur, et font briller le ciel du plus vif éclat pendant la sérénité des belles nuits d'autonme. Le vent du sud-ouest interrompt la sécheresse de l'été par de violents orages qu'il apporte sur son aile; les sommets des Pyrénées qui leur servent de conduits électriques, concentrent leurs explosions rapides; la foudre éclate sur les rochers insensibles et frappe les déserts, tandis que l'ondée chaude et brillante fertiUse les vallées. L'orage gronde et se dissipe en quelques heures ; mais il est quel* quefois suivi de jours pluvieux. L'automne est presque toujours magnifique dans les Pyrénées ; les hivers^ quelquefois trés-rigpureux, n'y manquent point
— xxxij — de beaux jours ; les longues pluies n'y régnent qu'au printemps, cette saison se termine quelquefois par des gelées tardives et piquantes , elle est troublée par des orages précoces» dont Thiver lui-même n'est point exempt. La nature a rassemblé dans les Pyrénées occidentales toutes ses richesses ; elle y multiplie ses oppositions et ses contrastes^ en mêlant à la fois les saisons et les climats; la température y est exposée aux transitions les plus subites ; souvent, au déclin du plus beau jour, Thorizon se couvre d'un voile sombre, la pluie tombe toute la nuit, et le matin le soleil se lève resplendissant dans un ciel redevenu serein : image de la beauté qui brille d'un nouveau lustre après avoir séché les pleurs qui Tinondaient.
La végétation des Pyrénées n'est pas moins riche et variée ; elle peint le climat, avec sa mobilité, ses contrastes, ses couleurs fantastiques^ ses mille nuances qui tantôt se fondent harmonieusement, tantôt ressortent vives et tranchées par leur opposition. Les brusques accidents du terrain et la différence des expositions rapprochent toutes les espèces, tous les genres; on y voit croître les plantes aquatiques à côté des plantes alpines^ et de celles que produit un sol aride et calciné: — les saxifrages, la campanule, le canillet moussier, l'aconit, les superbes liliacées ; les ellébores»
' — xxxiij — les valérianes, les tithymales, la gentiane, Torigan, la gernoandrée, Feuphrasie, le souchet long, la tormentille, la sensitive, la clématite, le calament, la petite sauge et la grassette des Alpes, la digitale pourprée, la mandragore, l'arnica. — La Flore des Pyrénées occidentales cite, avec distinction, parmi ses amants les plus studieux et les plus infatigables, Tournefort, Palassou, Picot die Lapeyrouse et Ramond. ' La classe des mammifères qui disputent à Thomme le séjour et la possession de nos montagnes est fort nombreuse. Sans compter le lynx devenu rare, et la martre qui se cache au fond des bois. Ton y rencontre récureil(f/rcAatnofc), la belette {Àndereïger), le hérisson {Sagarroî)^ le blaireau [Hazhou), le lièvre {Erbi), la loutre {Uhaîn). Le loup et le renard, hôtes viiuriens et destructeurs foisonnent quoique leur tète soit mise à prix. La chasse du sanglier (Bassurdè) dédommage le Basque des dégâts que cet animal fait dans tes plantations de maïs. La famille précieuse des ruminants fournit le cerf [Orkhatz) , le daim (Oreïn), le chevreuil {Bassahuntz), le bouquetin devenu très-rare, avec ses grandes cornes noueuses, repliées en arrière; Tizard on chamois, joli animal, dont la petite corne droite se termine en crochet pointu ; sa lèvre supérieure est légèrement fendue,
il" n'a point de larmier comme les cerfs et les
antilopes, et sa conformation le rapproche de la chèvre.
Dans Tabsence de plus formidables quadrupèdes. Tours {Ilartz) est le roi de nos forêts et de nos montagnes solitaires; Tours noir frugivore y est plus commun que Tours brun carnassier; Tun et Tautre ne se montrent, le jour» que pendant la belle saison; le premier se nourrit de mûres» de raisins sauvages et de fraises parfumées, qui tapissent, jusqu'à la fin dq Tautomne, les rochers exposés au midi. Son r^l le plus friand consiste en un miel grossier , coulant en ruisseaux Icf long des fissures de quelques roches pyramidales, où les républiques d'abeilles se sont établies séculairement , par milliers d'essaims , sans craindre que jamais la main de Thomme vienne ravir dans leur patrie inaccessible les trésors de leurs ruches trop pleines.
Le grand aigle, brun fiiuve, est le plus remarquable des oiseaux sédentaires .de nos Pyrénées; il vit solitaire et taciturne, bien différent en cela du petit aigle criard, au plumage gris de fer, tacheté de noir et de blanc. Le nom du roi des oiseaux [Arrano) indique, en langue basque^ son habitude de se percher sur les rochers les plus sauvages; c'est là qu'il établit son aire et règne
en souverain. Tous les oiseaux fuienl les sites que Taigle fréquente; seule, plus étourdie ou plus confiante, la spipolette s'y montre pendant Tété ; elle vient becqueter, sur les gazons décolorés, la terre fraîche qu'une variété de taupes fauves rejelte, en creusant ses galeries, à la proximité des glaciers. Je fais remarquer que la langue basque désigne le lierre et le hibou par le mot huntz ; sans doute parce que le lierre s'attache aux vieux troncs d'arbres et aux masures qu'habite l'ennemi du jour. La même expression caractérise, chez les Basques, l'homme stupide dont l'esprit est plongé dans les ténèbres, par allusion à l'oiseau nocturne qui jamais ne voit rayonner le soleil et reste aveugle à sa lumière; les Grecs et les Romains faisaient, au contraire, du hibou, consacré à Minerve, le symbole de la prudence et de la raison. C'est que les Grecs et les Romains, enfants de la Nuit, étaient des tribus celtiques; les Euskariens, race méridionale et solaire, comprenaient Iput autrement que les Barbares les clartés de l'intelligence et la vie lumineuse de la création. Ainsi Ton retrouve^ jusque dans les plus petits détails du langage, le génie particulier des deux grandes races humaines et le caractère essentiel des deux verbes qui se disputent d'âge en âge le monde social !
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Les Pyrénées, situées entre la Méditerranée et l'Océan, sont un point de repos naturel pour les tribus d'oiseaux voyageurs qui dirigent leurs migrations annuelles tantôt vers le nord, tantôt vers le midi; la chaîne occidentale, moins élevée et moins aride, attire de préférence ces hôtes passagers , que la diversité de leur instinct, de leur chant et de leur plumage, rend si intéressants a obsei*ver. Les chasses auxquelles les montagnards se livrent avec ardeur fournissent un trait de plus aux scènes magnifiques que Tami de la nature ne peut se lasser d'admirer. Dès le printemps, les hirondelles de mer remontent AQS rivières, qu'elles effleurent d'une aile rapide, suivies par les goélands, les mouettes, les coupeurs d'eau dont le nid repose sur les rescifs de l'Océan; la huppe se montre bientôt à la pointe des bruyères qui commencent à verdir, et chante, en hérissant les plumes de sa jolie crête; le coucou devance, dans les bois, la naissance des feuilles, et fait entendre les deux notes de son couplet monotone, répété par les enfants du village et par l'écho. L'été vient et, de retour, le brillant loriot défie les merles par des sifflets joyeux et cadencés; la nature se réveille et s'anime ; les forêts ont repris leur verdure, et la grande voix des Pyrénées^, élevant ses harmonies, proclame la saison d'amour. Les vautours.
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eiilés par l'hiver, rentrent en foule dans les montagnes : le barbu prend un essor puissant, avec ses larges ailes , dont Tenvergurë dépasse celle même du grand aigle ; Tarrian à tête chauve descend dans les profondeurs des ravins et plane sur les eaux. Avec l'automne arrivent les mûriers, les bec-figues, les étourneaux^ les grives^ les cailles; tandis que, sur les genêts dorés et les buissons jaunis, les rossignols, les linottes^ les chardonnerets, et toutes les familles d'oi* seaux chanteurs, volent par troupes nombreuses, s'appellent vivement et s'assemblent, puis redoublent en chœur des refrains d'adieux , pour aller chercher au loin un autre printemps et d'autres amours.
La colombe océanique {Urzo), le ramier bleu , qui joue un si grand rôle dans la cosmogonie ibérienne, arrive dans les Pyrénées en septembre. Les naturalistes regardent ce bel oiseau comme la souche des pigeons domestiques ; rien n'égale la rapidité de son vol bruyant; il est impossible de se faire une idée du fracas qui accompagne ces oiseaux, lorsqu'ils s'abattent par milliers dans les grandes forêts de hêtres,: hôtes inoifensifs, devenus le symbole de l'innocence et de U douceur. Us vivant de faine; leur chair fournit alors un manger délicat, et les chasseurs leur apprêtent mille morts. La chasse la plus amusanle se fait avec
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deux grands filets tendus à l'extrémité d'un vallon; le choix du site et Thabiteté des chasseurs concourent à la rendre plus ou moins heureuse; les produits en sont assez lucratifs pour fisdre de chaque pantière une propriété importante et privilégiée. L'épervier et le hobereau sont les seuls oiseaux de proie que le ramier doive craindre; la vitesse de son vol le met à l'abri de tous les autres. L'épervier s'élance de terre perpendiculairement » et se renverse sur le dos pour saisir sa victime , qti'il frappe de son bec tranchant et de sa poitrine osseuse ; les ramiers, instruits par l'instinct, évitent son atteinte en abattant subitement leur vol. L'idée de la chasse aux filets est fondée sur cette observation. Les chasseurs se postent sur les collines , dans un rayon de demi-lieue, à portée des filets, armés de raquettes blanches , dont la forme imite un épervier ; leurs yeux perçants ne se détachent point de l'horizon, où d'imperceptibles vapeurs leur font reconnaître chaque volée de ramiers, plus de vingt minutes souvent, avant son approche. Ils s'avertissent mutuellement par des cris et des signaux, lancent leurs raquettes avec tant d'intelligence et d'à-propos^ qu'ils manquent rarement de faire prendre aux ramiers la direction fatale ; l'instant solennel de leur triomphe est celui où les timides oiseaux, se pressant en colonne.
d'un vol étourdissant que précipite la terreur, donnent tête baissée dans les filets qui tombent pour les envelopper. Tous les ramiers pris vivants sont vendus, mis en volière, et garnissent la table du Basque pendant Fhiver. Ceux que Ton sert en au< tomne sont tués à coups de fusil , et n'en'Sont, dit-on, que meilleurs. On se sert , pour les attirer, d'appeaux vivants auxquels on a crevé les yeux. Les Basques, peuple noble et gentilhomme, chassaient encore, au temps d'Henri IV, les ramiers au hobereau , et toute espèce de gibier au faucon {aoutare). Le perfectionnement des armes à feu a fait abandonner ce ditertissement, interdit au peuple dans toute la France, sous peine de mort, et réservé aux plaisirs de la noblesse et des rois, chez les Barbares.
La venue des oiseaux voyageurs dans une contrée est déterminée par la maturité des fruits dont chaque espèce se nourrit. Les uns arrivent, aux Pyrénées, à l'ouverture des moissons; les autres dans la saison des vendanges. Les grues {kurloo) forment l'arrièregarde de la migration; mais dirigeant leur vol audessus des régions que Taigle fréquente en été , ces discaux passent sans s'arrêter, à moins que le mauvais temps et les brouillards ne dérangent leur ligne de bataille et ne les forcent à descendre. Le héron, la sarcelle, le canard sauvage, l'oie sauvage, l'outarde
et la cigogne séjoumeol dans les Pyrénées, une parlie de l'hiver.
Il est un oiseau voyageur plus fameux ei plus rare : c'est le cygne sauvage , que sa petitesse distingue du cygne domestique, et que la conformation singulière de la lirachée-artère et du bréchet classe * parmi les oiseaux chanteurs. Les observations faites par Mongez a Chantilly ne permettent plus de dou* ter que les anciens furent véridiques dans la tradition du cygne qui chante. Picot-de-Lapeyrouse en a disséqué quelques-uns : ils n'apparaissent dans les Pyrénées que de siècle en siècle, durant les hivers les plus rigoureux.
L'imagination des Basques, aidée par la réminiscence confuse des pays que les premiers Euskariens ont habités , n'a point manqué de peupler les Pyrénées d'êtres mystérieux et bizarres, qui servent de lien superstitieux entre la création matérielle et visible, et le monde fantastique des larves et des esprits. Le plus populaire de ces mythes pyrénéens est le Seigneur-Sauvage [Bassa-Joan), sorte de monstre à face humaine, que le Basque place au fond des noirs abîmés , ou dans la profondeur des forêts. La taille de Bossa- Jaon est haute , sa force prodigieuse ; tout son corps est couvert d'un long poil lisse > qui ressemble à une chevelure; il marche debout comme l'homme.
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un bàtoQ à la inaia^ ek surpasse les cerfs en agilité. Le voyageur qui précipite sa marche dans le vallon, ou le berger qui ramène son troupeau , à rapproche de Torage, s'entend-il appeler par son nom répété de colline en colline; c'est Basses Jaonl Des hurlements étranges viennent-ils se mêler au murmure des vents, aux gémissements sourds des bois, aux premiers éclats de la foudre ; c'est encore Bassa-Jaon ! Un noir fantôme, illuminé par Téclair rapide, se dresse-t-il au milieu des sapins, ou bien s'accroupit-il sur quelque tronc d'arbre vermoulu , en écartant les longs crins à travers lesquels brillent ses yeux étincelanis; Bassa-Jaon! La marche d'un être invisible se fait-elle entendre derrière vous, son pas cadencé accompagne-t-il le bruit de vos pas ; toujours Bossa- Jaon!
Le Basque raconte , au coin du feu , la rencontre qu'il eut avec le Seigneur-Sauvage, pendant qu'il était jeune, et qu'il menait la vie des bergers; il dit l'heure et le lieu , dépeint le paysage et n'hésite point à convenir de sa frayeur partagée par son auditoire enfantin « qui écoute le récit du grand-père avec la plus avide curiosité. C'était par une nuit obscure, une froide nuit d'hivep les vents sifflaient à travers les branches des arbres , les brouillards s'étaient abaissés, la neige tombait blanche et glacée; le berger^
revenant des hautes montagnesr» chemina seul jusqu'à minait. Il fut contraint de s'arrêter dans les bois; Tépaisseur du brouillard lui dérobait sa route; il s'arrête ; un tronc d'arbre , coupé à la hauteur des branches» s'élevait devant lui, tout blanc de neige. Le montagnard distrait le frappa machinalement de son bâton ; soudain le tronc , en apparence inanimé » bondit terrible, la neige qui le couvrait tombe comme un voile» et laisse voir au berger immobile de terreur» Bossa- Jaott rugissant comme un lion , l'œil ardent et le crin hérissé!... Le narrateur du coin du feu raconte cet incident étrange avec un ton dé vérité persuasif, et laisse croire adroitement qu'il est le héros de l'aventure ; il tient le fait de son père , qui le tenait de son aïeul... On pourrait ainsi remonter deux cents générations » jusqu'au temps du séjour des Euskariens en Afrique; car le Bassa-Jaon des Basques, c'est tout simplement l'orang-outang, qui fournit aux anciens Egyptiens et aux Grecs la fable des Sylvains et des Satyres.
Ce nom de Bossa- Jaon , donné à l'orairg-outang par les Euskariens , exprime avec une sorte de naïveté l'étonnement mêlé de frayeur qui s'empara de l'Aborigène» à la vue d'un animal si seipblable à l'homme. De nos jours encore , les nègres de la côte s'imaginent que le mutisme des grands singes est une ruse de leur
— xliij — part, afin de se soustraire a la tyraonie des blancs et aux pénibles travaux de Tesclavage. L'Euskarien , meilleur observateur, ne tarda point à reconnaître dans rOrang-Outang un être dépourvu de raison , privé de la parole , et inférieur à Thomme social , de toute la distance qui sépare la réflexion intelligente de Taveugle instinct. Il consacra cette découverte par la fable du Forgeron et du Bassa-Jaon , dont la forme puérile cache cette moralité philosophique : le Seigneur-Sauvage est une brute, un animal, un singe; et l'homme, un homme^, l'être excellent, intelligent, Gu^iz-on!
Il ne faut point rejeter indistinctement, comme apocryphes ou fabuleux , les récits des Basques , sur les apparitions de Thomme des bois, dans les Pyrénées occidentales. On trouve dans ces montagnes de vrais sauvages, et leur existence, quelque inexplicable qu'elle soit, n'en est pas moins avérée. Des ouvriers qui travaillaient pour la mâture , en 1790, dans la forêt d'Iraty, observèrent à plusieurs reprises deux de ces individus : Le Roy, qui dirigeait leurs travaux , raconte ce fait intéressant dans un de ses mémoires scientifiques. L'un des sauvages, jeune femme aux longs cheveux noirs, toute nue, était remarquable par des formes élégantes , par des traits réguliers et bçaux , malgré l'extrême pâleur de son visage; elle s'était approchée des travailleurs et les regardait scier, les
arbres , d'un air qui témoignait plus de curiosité que de crainte ; les paroles que s'adressaient les ouvriers excitaient visiblement son attention. Enhardie par le succès de sa première visite, elle revint le lendemain à la même heure. Les ouvriers avaient formé le dessein d'en faire leur prisonnière « s'il était possible d'y réussir sans lui faire de mal : l'un d'entre eux s'approcha d'elle en rampant , tandis qu'un de ses camarades parlait haut, en gesticulant vivement, pour captiver l'attention de la jeune sauvage ; mais au moment où le bûcheron tendait le bras pour lui saisir la jambe , un cri d'alarmç , parti du bois voisin , avertit la fille de la nature du piège qu'on lui tendait; elle ût un bond d'une agilité surprenante, et s'crîfuit vers la forêt avec la rapidité de l'éclair; elle ne revint plus , et l'on ignore le sort du.couple sauvage.
La grotte de Baizola, en Biscaye , a la réputation de nourrir dans ses entrailles toute espèce de monstres. Il y a quelques années , les habitants d'une maison voisine entendirent, durant plusieurs nuits, des hurlements prolongés, qui semblaient appartenir à une voix de femme. La bonne humeur malicieuse , qui anime, dans les provinces méridionales de la France , les Loups- Garoji^ et les Ganipotcs de village, ne pouvait avoir aucune part à ces cris nocturnes. Plusieurs jeunes gens firent une battue, à la faveur d'un clair de lune
magnifique , et le premier objet qu'ils aperçurent, à l'entrée de la grotte, flit un noir fantôme à visage humain, qui se précipita dans la caverne, en répétant son hurlement sinistre.
Le nom significatif de Baizola équivaut à Forge ténébreuse. Ce vaste souterrain , divisé en une multitude de compartiments et de galeries, parait avoir été, dans Torigine, quelque riche mine de fer exploitée par les anciens Gantabres; il est situé à l'extrémité d'un vallon isauvage , au milieu duquel s'élève un rocher pittoresque , naturellement taillé en arcade, appelé Jenfil- Zubi , Pont de la Mort. L'entrée de la grotte , pratiquée dans le roc vif^ conduit à un vestibule spacieux et «ombre , où viennent aboutir toutes les issues du labyrinthe : les eaux que le rocher distille rendent le sol huniide ; il est parsemé d'ossements , dont quelquesuns sont humains : la persuasion dés paysans est qu'ils appartiennent à des pei*sonnes dévorées parles serpents. La voûte du noir portique est tapissée de chauvessouris; accrochées par milliers, les unes aux autres, comme les abeilles qui se pendenl en grappes dans leurs niches : leurs cris et le bourdonnement de leurs ailes frappent d'abord l'oreille du voyageur à son entrée dans la caverne; mais, à mesure qu'il avance, des murmures sourds et profonds, des sifflements aigus, des roulements lointains se font entendre par toutes les
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bouches du souterrain. Par moments , Ton dirait des gémissements humains , semblables aux cris que les verges des furies vengeresses arrachaient à leurs victimes ; d'autres foie , des bruits forts et cadencés imitent le battement d'une forge et les lourds marteaux des cyclopes tombant sur Tenclume d'airain. Il est des jours et des saisons où ces bruits formidables redou* blent et se répandent au dehors : l'imagination des paysans les interprète de manière à augmenter la terreur qu'ils inspirent; ils peuvent avoir pour cause la chute des torrents intérieurs et les compressions du vent dans les cavités sonores du souterrain.
La grotte de Balzola n'est point la seule du même genre que l'on trouve dans les provinces basques ; il en v existe, au contraire» un grand nombre : elles servaient , anciennement de refuge à la population des vallées contre l'invasion ennemie ; les guerriers de la montagne eux-mêmes, quand la victoire avait trahi leur valeur, s'y renfermaient quelquefois, pour en sortir invincibles. La Basse-Navarre possède une de ces profondes cavités , capable de contenir plus de dix mille combattants; une colline masque son ouverture; la Tawr du Diable, qui lui sert de couronnement, est bâtie d'ossements humains et de crânes; la couleur du ciment pétrifié par les siècles atteste qu'il fut détrempé dans le sang . A ces monuments terribles se rattachent
— xWij — de tragiques souvenirs : quelques-uns datent de la guerre des Basques contre les Romains; il en est qui remontent jusqu'aux premières luttes des montagnards contre les Celtes.
Le Basque , depuis son établissement dans les Pyrénées, n'a rien conservé d'invariable que la divine langue et la liberté origmelle de ses ancêtres; le long séjour des montagnes- a puissamment modiûé son être physique. Les influences d'une autre terre et d'un autre ciel ont fait perdre au Cantabre le teint brun et la chevelure frisée que Tacite attribue aux anciens Ibères ; sa taille , primitivement petite , a grandi jusqu'à se rapprocher de celle des géants» enfants du nord. L'âme euskarienne a subi , dans le cours des siècles» la métempsycose d'une incarnation nouvelle ei, pour ainsi dire, locale; mais ce changement» plus extérieur qu'essentiel» n'a point détruit les formes et les harmonies caractéristiques qui font de cetle race l'un des beaux types de l'espèce humaine.
La défense et la culture lie leurs vallées occupaient laborieusement les Basques et les privèrent bientôt de la richesse et du loisir» tqui leur auraient été indispensablés» pour entretenir» au sein de leur petite confédération guerrière» la civilisation lettrée des Ibères. Les mages de la république solaire {JaonAztiak) ne furent plus » dans les Pyrénées , que d'ignorants astrologues et
— xlfiij — de misérables sorciers : ils n'en conservèrent pasmoins une réputation acquise à meineur titre ; les Romains, au temps de Septime^Sévère , les comparaient encore aux devins de la Hongrie et aux prophétesses Scandinaves , savantes filles de la Voluspa. La poésie cantabre , privée du secours de l'écriture, n'eut plus d'autre écho que l'improvisation inculte des bardes, et leurs chants fugitifs , aussitôt oubliés. Les Basques perdirent jusqu'à l'intelligence de leur langue; cet obscurcissement de la lumière sociale favorisa l'établissement du polythéisme dans quelques villes de la Navafre , et par suite de la religion catholique professée aujourd'hui par Tuniversalité des montagnards. Le soleil des f ayants s'éteignit à leur horizon , pendant l'ère de sang et de ténèbres; l'influence d'un génie mauvais relâcha les liens de la fraternité primitive, changea les conditions du devoir, isola le dévouement, et bannit l'amour.
Les Basques ne purent , toutefois , se dépouiller de la prééminence essentielle qui résultée de leur origine ei d'une indépendance héréditaire : ils restèrent sujpérieurs à tous les peuples de race celtique , par les lois, les mœurs , les usages qa'iU tenaient de la nature , et par la haute sagesse qui les inspirait dans tous les détails de la vie pratique. Leur établissement dans les Pyrénées fut une prise de possession prompte et complète, comme devait êlre celle d'un peuple que trente
~ xlix — siècles de civilisation non interrompue avaient armé de toutes pièces , pour combattre et vaincre la nature la plus rebelle. Les Basques» en arrivant dans les montagnes » étaient agriculteurs consommés : leurs femmes s'étaient acquis une célébrité européenne dans Fart de fabriquer les toiles, de tisser la laine, et de varier les couleurs des étoffes par la teinture et la broderie. Tandis que les Gaulois et les Geltibères se rangeaient à demi nus sous les drapeaux d'Ânnibal , les Gantabres jetaient sur leurs épaules d'élégants et riches manteaux; ils se couvraient d'armes étincelantes dont la ciselure augmentait Téclat. Le sabre gaulois, mal trempé, pliait à la moindre résistance , se tordait à tout coup; le Barbare était réduit à le redresser chaque fois , dans la méléê , en exposant à la fureur de Tennemi son corps de géant, nu jusqu'à la ceinture , sans autre défense qu'un tatouage bizarre et des hiéroglyphes grossiers. Le glaive cantabre , adopté par les Romains , était , au contraire, d'un travail parfait, d'une forme savamment calculée , et le fer le plus dur n'était point à . l'épreuve de son tranchant. Horace a vanté le bouclier rond des fantassins navarrais; leur hache d'armes offrait dans l'airain une fusion de métaux dont le moyen âge a perdu le secret. — Les Basques sont aujourd'hui Iq seul peuple de l'Occident qui réunisse
distinctement , sans les confondre , les deux couleurs
bien tranchées , les deux aspects saièiants de la physionomie générale de l'humanité : la civilisalien primiliTe des patriarches méridionaux , et le génie goerrier des Barbares hyperboréens.
L'irrupiion des /Celtes dans la Péninsule ibértenne et rétablissement des tribus euskariennes au sein des Pyfénées occidentales, comroencéreni pour les M<nilagnards un deuil séeolaire, rendu plus sombre et plus exalté par une série non interrompue de guenres avec les peuples dominateurs de la Péninsule ei des (attiiles : Celles , Carthaginois , Romains , Viaigolhs et Maures. Je ne parlerai point des luttes plus réoenles que la Mie présomption de la monarchie castiUane devait engager à sa honte contre Tindépendanee des enfants d'Aitor et la gloire de leurs républiques fedé* vees •
L'invasion des Barbares avait substitué, dans tout le midi, Tescbvage à la liberté prifliitive, riniquité de la guerre et de la conquête a la divine justice, le code politique des tyrans an droit des nations. Le mouvement bnmanilaire s'eflhelua déaonnais du nord au midi , en dehors de ses voies nainrdies de lumière el de paix. L'indépendanoe des Basques ne les empêcha point de sentir le contre-coup du renversement social qui fit perdre à Thomme son harmonie et sa loi , dans Tétat de peuple et de Famille :
les Moniaguards devinrent un peuple soldat, et TadoptiûJD de quelques lois empruntées aux Barbares fut pour eux une nécessité impérieuse , une condition de force et de résistance.
Déjà sous les Romains, derniers représentants de l'invasion celtîcjue, la législation des Yascons avait subi quelque altération : l'arrivée des Goths détermina sa déèadence et les lots martiales des Barbares furent votées sous le chêne patriarcal de la fédération euskarienne, dans toute leur brutalité sauvage. Le code souletin renferme un singulier tarif des coups et des blessures ; tant pour un coup de javeline, de hache , de pique » de lance , de dague ou de poignard ! La quotité de Tamende variait suivant la gravité des blessures : des jurés-experts étaient préposés pour sonder leur profondeur, mesurer leurs dimensions. Quiconque serait curieux de voir la marque d'un sabre navarrais plongé , jusqu'à la garde , dans une poitrine d'homme , la trouvera dessinée exactement sur une page du code souletin. Ces lois gothiques introduisirent jpanni les Basques les vengeances de femille à fiunille , telles qu'on lés observait à la même époque chez les montagnards écossais, avec les rivalités et les inimitiés féroces des clans et des tribus*.
Le d^i légal, le duel, et le jugement de Dieu, usités en Navarre et chez les Yascons cis-pyrénéens
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durant tout le moyen <àge , ne fui*eni adoptés qu'au quinzième siècle par les Biscayens ou Cantabres proprement dits. La loi de Guernika porte que le Jaan, ou seigneur de la république , devait <l^sister au duel , en s'asseyant au pied d'un arbre. Les duels par procureurs et champions étaient surtout en usage dans les démêlés de province à province. Un ancien traité conclu entre le vicomte de Béarn et la junte de Soûle, arrête que le^ Souletins, prévenus de vol ou de meurtre conmiis sur le territoire gascon , auraient la faculté de purger Taccusation par le duel ou par le serment, à leur choix. La superstition des Montagnards redoutait l'épreuve du serment qui devait être fait la main sur l'évangile ou sur une châsse de saintes reliques : ils préféraient soutenir leur innocence l'épée à la main. Le traité mentionné décide quà V avenir tels combats auront lieu sur le territoire de Béarn, et que les Basques n^y viendront jamais ph$s de cinquante pour accompagner leurs champions : tant la fougue indomptable et l'impétuosité de nos montagnards inspiraient de terreur aux Gascons! Ces détails ne paraîtront point insignifiants aux lecteurs qui font leur étude de i*echercher dans les mœurs et dans les habitudes d'un peuple la trace de ses destinées historiques et des influences sociales qui ont modifié son caractère dans la succession des siècles.
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La perfidie et la cruauté du Scythe fureut souvent contagieuses pour Tibère pyrénéen, et les vices des Cagots ternirent plus d'une fois ses antiques vertus. Il est pour les nations un milieu humanitaire , comme pour l'homme un milieu social, et le mouvement irrésistible d'un même tourbillon entraine les individus et les peuples. Qu'importe que ce principe soit empreint d'une sorte de fatalisme , et que sa portée philosophique renverse toutes les notions de la morale vulgaire , si pour tout autre que le prêtre et le sophiste . il a l'évidence et la certitude d'un fait? L'homme familial vit dans sa tribu , sa nation , son peuple, comme le peuple vit dans l'humanité, comme le genre humain vit en Dieu, moteur suprême, universel; et la création réagit dans une échelle descendante, du grand tout aux individus, par cercles harmoniques. Certainement, les phases humanitaires sont générales , soit en bien , soit en mal ; elles se succèdent par grands âges. La société n'a que deux manières d^ètre ; et c'est du Nord que lui viennent toujours , avec l'invasion , la tyrannie , la gueiTe et le meurtre , le babélisme du langage et les ténèbres de l'esprit.
Le Basque, c'est l'homme du Midi, le patriarche ibérien revêtu de l'armure du Barbare, depuis les invasions du Nord. L'Aboripène pacifique, une fois
acculé xlans les Pyrénées occidentales, envisagea sans pâlir ses nouvelles destinées; il acquît au plus haut degré l'instinct guerrier de ses oppresseurs; extrême en tout, il les surpassa par son audace, comme il les surpassait en lumière, noblesse et vertu. La nécessité, le désespoir, et le droit naturel de la défense lui mirent les armes à la main : l'ivresse du sang égara maintes fois son courage ; mais ses excès même étaient justice et vengeance, car Tagression né venait pas de lui. — Un poète en qui respire tout entier le génie de Rome étrusque, de Rome conquérante et souveraine, Lucain, ne dît-il point que les Ibères pyrénéens étaient devenus l'horreur et répouvante de l'univers? Avec quelles fièr«s couleurs le chantre de la guerre punique , Silins- Italiens, trace le portrait de ce Cantabre, fils aîné de l'Ibérie, que ni la faim, ni la soif, ni les ardeurs de l'été, ni les frimas des hivers, ne peuvent abottre, et pour qui tous les travaux, tous les périls deviennent une occasion de gloire. La faroudie valeur des Montagnards^ proposée à l'admiration des peuples, devint un sujet d'exagératioVis et de fables. On racontait ù Rome que les guerriers de la Gantabrie, arrivés à l'âge qui blanchit les cheveux et rend la main débile, grimpaient sur les rochers élevés, cnlonnaienl au soleil couchant leur hymne
im mort et s'éUnçaient dans les précipices, pour terminer une existence devenue insupportable dès qu'elle n'était plus ccmsacrée à la gloire et aux combats.
Indépendamment de ce3 traits sublimes qui compo* sent aujourd'hui sa physionomie nationale^ le Basque montre les goûts et les instincts communs à tous les peuples montagnards. Il porte jusqu'à l'idolâtrie l'amour du pays natal, d'autant plus exclusif généralement que les objets auxquels il se rapporte sont pkis déshérités par la nature ; le séjour de ses montagnes a pour lui un attrait que rien ne saurait balancer, des chmrmes dont rien ne peut détruire bx magie ; les sueurs que lui coûta leur culture, le sang dont il les arrosa tant de fois, les rendent pins chères à son cœur, et ce sentiment exalte s'accroît encore par la passion dominante de Tindé* pendance et de la nationalité. -«^ Poar étudier le peuple basque avec fruit dans les situations diverses de la vie sociale et bien comprendre . le dname piiiiosophiqtie de son histoire « il ne faut jafliats penrdre de vue les trois aspects que présente le rayonnement de sa physionomie noble et poétique: AlK>rigène de race solaire, indomptable soldat, montagnard civilisateur et prédestiné.
Les Basques, si l'on eu excepte tes habitants des côtes de la Biscaye et du Labounl français , qui
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s'adonnent à la marine, sont un peuple agricole et pasteur. Le bétail fait leur principale richesse et Ton remarque que, dans leur idiome patriarcal, le mot abetaisiia^ désignant le riche, signifie en définition,
> possesseur de nombreux troupeaux. Les Basques n'élèvent point de bœufs, les vaches tirent la chari*ue dans les vallées ; celles que Ton laisse errer
~ en grand nombro sur les montagnes sont petites, agiles et presque sauvages; les chevaux que Ton y trouve sont également vifs et robustes , mais petits. La belle race que les écuyers navarrais entretenaient avec tant de soin durant les guerres contre les Maures, est aujourd'hui perdue ou à peu prés.
Les années de paix qui se sont écoulées pour les Basques, depuis ces luttes glorieuses, ont porté leurs fruits. La culture, si riche dans les bassins des vallées, a poursuivi ses conquêtes jusqu'aux sommités les plus âpres ; elle lève ses tributs sur les plus petits
' lambeaux de terrain , les moindres rubans de verdure que lui disputent les rochers : les pentes les plus escarpées offrent des champs cultivés ; il serait impossible d'y tracer des sillons au moyeu de la charrue. L'instrument dont les Montagnards se servent pour labourer porte le nom de laïa : c'est une grande fourchette de fer, à poignée de bois , dont les deux dents
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peuvent avoir de seize à dix-huit pouces de lougueur sur trois ou quatre pouces d'écartement. Les femmes et les filles prennent la même part que les hommes à ce travail qui se fait à reculons , et le lata dont leurs mains sont chargées n'est ni plus petit .ni moins lourd. Les travailleurs, de tout sexe se rangent en file , tenant un laïa de chaque main ; ils les rapprochent de manière à laisser aux bras la force et la liberté nécessaires; puis, courbés sur les reins, tous frappant sur la même ligne en cadence, soulèvent et retournent profondément un même banc de terre, avec une fatigue et des efforts dont il est facile de se faire une idée. — Ce- rude exer* cice contribue à donner aux Basques une largeur de poitrine et d'épaules qui, jointe à la taille svelte et à l'agilité proverbiale du montagniurd, imprime a sa démarche un caractère de majesté sauvage ,. de sou* plesse et de vigueur.
C'est surtout en parcourant les vallées pittoresques de la Biscaye et du Guipuzcoa, que le voyageur, levant la tète et les yeux, s'étonne d'apercevoir sur des hauteurs en apparence inaccessibles , ces rangées de travailleurs qui s'abaissent, se relèvent, retombent avec un mouvement fort et mesuré. Il ne peut s'empêcher de recpnnaitre a cet aspect le peuple le plus laborieux de l'Occident, et s'émerveille de ce que de jeunes filles aux formes élégantes
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^et souvent frêles puissent soutenir » à demi nues, dans ce pénible exercice, la longueur et le poids du jour. Enfin, au coucher du soleil, le travail cesse, les rangs sont rompus et les latas jetés à terre. Au même instant les notes joviales d'un fifre aigu et les battements d'un tambour de basque se font entendre ; et mieux que le repos , ce bruit magique a dissipé de la fatigue jusqu'au souvenir. Les groupes s'animent aussitôt ; jeunes filles et garçons se donnent les mains, pour exécuter des rondes agiles sur les plates • formes des rochers. Aux chants des vierges se mêlent les cris éclatants des montagnards; souvent la nuit a déroulé ses ombres jusque sur le penchant des vallées , les danseurs ont disparu dans son obscurité , que le petit tambour de fiée et le galoubet de lutin envoient aux échos leurs sons prestigieux. — Quelque observation de ce genre aura dicté- la phrase spirituelle de Voltaire , où ce brillant poète voulut peindre les Basques d'un seul trait, en les ippetant tin petit peuple qui saute et danse au haut des Pyrénées.
Les anciens Gantabres se livraient avec succès à Texploitation des mines de fer; ils suppléaient au manque de machines hydrauliques par l'action du feu : Pline et Sttabon ont confusément déi^rit les procédés qu'ils employaient. Les Basques modernes ne se mon-
~ Ux trent ni moins assidus, ni moins habiles dans ce travail. La seule province de Biscaye possède plus de cent quarante forges et martinets qui sont en mouvement jour et nuit. La mine la pins riche que l'on y trouve est celle de Somorostro; elle est commune et semble inépuisable , quoique l'on en retire » année moyenne, un million de quintaux de minerai. -^ C'est dans les vallons les plus sauvages, où Ton ne découvre aucune trace de culture , où les troupeaux s'aventurent raremont, que le^ fiDrges sont établies , au milieu des forèli qui doivent fomnir le charbon nécessaire à leur exploitation : les ateliers des cydopes occupent les paysages les plus agrestes ; les animaux farouches, inquiétés per le génie de l'homme, jusque dans leurs retraites les plus reculées, peuvent a peine y cacher leur frayeur; le bruit retentissant et mesuré des lourds martinets des usines s'y mêle sans cesse au roulement des cascades, aux cris des aigles et au murmure solennel des forêts. Les cotes de la Biscaye et du Guipuzcoa présentent d'autres scènes. J'ai dit que la cliaine des Pyrénées s'écarte brusquement du golfe labourdin , et se dirige vers la Galice en traversant la Gantabrie : les monta* gnes qui se déroulent du côté de TOcéan s'abaissent à mesure qu'elles approchent du rivage ; le terrain devient sablonneux et découvert, et se teitnine par une bordure de rocliers pittoresques , contre lesquels
la iner vieot tautot s'endormir riauie et paisible, tantôt se briser avec fracas. Laredo, Lequeytio, Bilbao, Deva, Gu^taria, Saint-Sébastien, le Passage, sont les plus considérables des ports qui jalonnent la ligne des cotes. Les Basques qui les habitent sont hardis navigateurs » excellents marins et , dans Toccasion, formidables corsaires. Si je voulais peindre Tactivité , je choisirais pour sujet du tableau les ports de la Biscaye ; une circonstance qui surprend les voyageurs, c'est que les femmes s'occupent du chai^ement des navires et font le métier de porte*faix. On éprouverait quelque peine à les voir supporter de lourds fardeaux , si f eur démarche légère , leurs dialogues spirituels débités avec ta plus grande volubilité et leurs rires folâtres n'annonçaient que la fatigue ne saurait les accabler. J'ai vu souvent deux jeunes filles, à la taille svelte, les deux mains sur les hanches, soutenir sur leurs tètes le même ballot, sans rompre l'équilibre, et marcher coquettement de front, d'un pas léger cl cadencé. La journée se termine par des danses. Les étrangers ne reviennent pas de leur admiration , et trouvent singulière une vie bien simple. Dans tout pays où l'homme cherche le péril , la femme se livre gaiement au travail : les Basquaises sont familières avec l'un et l'autre.
Hélas ! les siècles paisibles qui suivirent l'expulsion
des Maures ont achevé leur cours dans nos montagnes. Les peuples de TOccident s'agitent, les convulsions révolutionnaires se succèdent avec rapidité. Les derniers jours de la tribulation ont vu se lever Tastre de sang , et les luttes de Tindépendance ont recommencé pour les enfants d'Aïtor! Quel sera ton destin, ô peuple de V Agneau ? La race antique du Soleil doit-elle , par une merveilleuse transfiguration , s'élever à un nouveau rôle social, une grande mission d'avenir? Ou bien , Tarrèt fatal seraitril prononcé contre la nation des Voyants? Ses dernières tribus doivent-elles bientôt emporter dans ta tombe les mourantes clartés des civilisations ibériennes et la sainte image de la primitive liberté? — Les jours ne sont peut-être point éloignés où les guen-iers des vallées , décimés par le sabre des Gagots, s'en iront errants sur les rochers, sans autre asile que les forêts sombres et les grottes souterraines où nos ancêtres se réfugiaient au temps ides Barbares, avec leurs armes sanglantes et leurs drapeaux lacérés ! . . .