‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple; (volume 2)Chapitre 5 sur 26 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les Basqnes , Vascons , oa Cantabres , s'ippeilent entr'eax EtkuMim. Us donnent i lenr territoire le nom général de Eskual'Herria , pays des Enskariens. Considérations snr la Bomenelatnre géographiqn^ ancienne et moderne de ce pays.

Les Basques pyrénéens se divisent en sept prindpales familles ou tribus : Souletins , Haut - Navarrais , Bas- Navarrais, Labourdins, Guipuzkoans, Alavais et Biskaîens. Des sept peuplades qui composent aujourd'hui cette nation mystérieuse , dont l'origine a tant préoccupé les antiquaires , quatre — les Labourdins , les Guipuzkoans, les Alavais, lesBiskaiens — appartiennent à la famille cantabre. Les tribus de la Haute-Navarre espagnole et de la Basse-Navarre française représentent plus partîculiérement les anciens Vascons. Les Souletins euxmêmes sont de race vasconne ou navarraHIe , à moins que des inductions savantes tirées de leur dialecte particulier, ne permettent de les regarder comme un reste

lies Ibères qiii habitèrenVpnniilivement la Novempopulanie ou Aquitaine de César.

Les Basques parlent une langue qu'ils appellent Eskuara, EtÂskera, Uskara^ suivant les dialectes : d'où les montagnards s'appellent entr'eux Eskualdun^ Euskeldun, Vskaldun, à Texclusion de toutç autre dénomination ,ceHe«ci âtaat.fe seule uatèë enti^ nationaux; ri tel point que les Basques illettrés ignorent encore pour la plupart qu'à aucune époque de l'histoire leurs ancêtres aient été connus sous un autre nom que celui d'Euskaricns. Eskualdtm, en définition basque, signifie rhomme ou le peuple qui a , qui possède ou qui parle l'idiome Eskuara. Les Basques désignent en leur langue par le mot Eskualkerri, pays de l'Eskuara ou des Euskariens , toutes les provinces du territoire qu'ils occupent entre les Asturies , la Vieille - Gastille , TAragon , le Béarn, et la Gascogne française.

Ce furent les Romains, dit le vieil Isidore, qiii donnèrent à l'antique Navarre le nom de Vasconie , par allu£iion aux pâturages qui sont l'une des richesses de ses YaHées. Les mêmes Romains donnèrent aux provinces de Guip^uzkoa , d'Alava et de Biskaïe , le nom de Cantabrie , du nom de la ville de Kantua et du Qeuve Ebre. La même chose arriva pour les noms particuliers des peuplades et des villes de la région euskarienne , ([W fntepl tous chapgés. Les auteurs grecs et latins ima^ ginérent une nomenclature appropriée aux Iwgues doi^t ils.se servaient : ou , voulant reproduire à leur guise les dénominations indigènes , ils les défigurèrent au point de \ef rendie méconnaissables. Il ne faut donc pas imiteir les archéologues de mauvaise foi qui ont,ai!ecté de voir 4ai)^, 1^ l^if^^çjji^.att^nt dep^Mp^^.dUilë

les Montagnards ont porté de noms exotiques dans Thistoire.

Il est tout simple que les Ëuskariens aient reçu, 8clonlcs temps, divers noms dans la langue des peuples qui les ont avoisinés. Cela était d'autant plus forcé pour les auteurs anciens , qu'ils ne pouvaient réussir a plier selon le génie, de leui's langues celtiques et boréales les inflexions larges et les désinences rebellement expressives de la langue cantabre, idiome pour eux singulier, dont la vocalisation ingutturale n'a d'analogies que dans les langues indo-africaines et celles de l'Amérique méridionale. Néanmoins, les modernes ont en ceci un avantage : c'est que nos langues actuelles, à la faveur des artmes et des prépositions , peuvent énoncer un nom propre de ville ou de peuple , sans trop le déformer. Mais les Latins, par exemple, chez qui tous les noms déclinables- étaient assujettis à la variété des cas , se trouvaient plus réellement embarrassés devant les dénominations étrangères qu'une contexture et une terminaison excentriques rendaient rebelles au génie de leur déclinaison. Pline trouvant chez les Yascons cispyrénéens le nom de Ziberoa, en fit Sybilla, et il appela les Basques Souletins Sybillates , ne pouvant se résoudre à écrire Ziberotarri, Zïberotarrienm. Frédégaire et les chroniqueurs de son époque firent de Sybilla Stifro/a^ d'où est venu en Français le nom de Soûle. Jusqu'ici pourtant, il n'y avait point de difficulté insurmontable ; mais comment les uns et les autres s'y seraient- ils pris pour désigner en latin les habitants des deux versants de la vallée souletine, les Val-dextriens et les Val-^nestriens? Auraient -ils essayé de décliner les dénominations locales, et de dire Ibar-eskugn, Ibar-echkcrtarri?..

Ceùl été 1)ien pis encore s'its eussent entrepris de latiniser des noms comme Zorroî-sartzdiO'harri-zabala. Le géographe Pomponius Méla(l) s'exprime ainsi sur les noms des rivières et des peuples de la Gantabrie. « Il « y a, dit-il, chez les Gantabres un certain nombre de « rivières et de peuplades dont il est impossible à notre « oreille de retenir les noms bizarres et inconcevables.»

Pomponius Mêla, quoique Espagnol de naissance, devait ignorer la langue cantabre. Il était né sur la côte de r Andalousie, aMenlaria, parmi ces tribus méridionales dont Strabon a écrit qu'elles étaient devenues entièrement romaines par le langage et par les mœurs. Il n'est donc nullement surprenant que Pgm^nius Mêla , élevé dans les lettres grecques et latines h l'extrémité de la Béticpie , eût grand'peine à retenir les noms géographiques des pays euskariens. L'entente parfaite de leur signification composée est un secours également nécessaire à la mémoire de l'intelligence et à celle de l'oreille ; surtout quand il s'agit de ces dénominations significatives, et en quelque sorte périphrasées, qui sont si communes dans la géographie basque.

Sous ce rapport, la géographie des provinces euskariennes n'a point changé depuis Mêla. Elle n'est pas moins bizarre et inconcevable pour les Gastillans et les FVançais de ce siècle que pour les Romains et les Grecs du siècle d'Auguste. Il en résulte qu'aujourd'hui, comme alors , sa nomenclature est presque partout double; c'est-à-dire que les villes des provinces basques ont deux noms, l'un roman et l'autre euskarien. Ce qu'il y a de plus remarquable -en ceci , c'est que les

(t) Geogmph.,L,tn.

Basques eux-mêmes, tant les Français que les Espagnols , sont les premiers à se servir des dénominations exotiques, quand ils font usage des langues étrangères. Pour les mêmes villes qu'il appellera invariablement, dans la langue nationale , Elo , Gares , Irugne, le mémo Navarrais dira : Manlréal , Puenle -de -la- Reyna , PampUma. La capitale de la Vasconie avait eu beau recevoir de Pompée un nom brillant et euphonique ; elle conserva parmi les Montagnards celui d'irun ou Bmneville, qu'elle portait avant ce grand homme , et qu'elle garde encore aujourd'hui. Lies chartes des anciens rois de Navarre font foi que , malgré la consécration historique du nom de Poi^peiopolis , le Utre d'Ironensis était donné à cette cité en 968. La ville d'Olite rebâtie après une victoire du roi visigoth Suintila , remportée sur les Navarrais dont il eut tant de peine à réprimer les incursions guerrières, fut appelée par son ordre Ologito. Les Navarrais adoptèrent cette dénomination pour les langues gothique et romaine ; mais Ologito , bâti en 622 , devint dès lors, pour les Vascons, Erriberri, ou le pays nouveau, la ville nouvelle : dénomination qui rappelle deux antiques cités de l'Espagne primitive.

Le passage cité de Pomponius Mêla explique suffisamment pourquoi les auteurs de l'antiquité , en admettant qu'ils fussent à même de connaître la nomenclature véritable de la géographie euskaro-cantabrique , ce qui est assez improbable , évitèrent de s'en servir. Strabon , de son côté , faisant la description des mêmes provinces de l'Espagne septentrionale, a bien soin d'avertir (1) qu'il est sobre de dénominations , craignant de rendre

(1) Geograph., L UL

sa narration rebutante et barbare , avec toutes ces nomenclatures et explications : « A moins , ditril » que quel- « qu'un n'aime à se réjouir quand lès noms de PlétaUf »re8» de Bardiètes, d'AUotriges , et d'autres encore « plus barbares, étonneront son oreille pour la pre- « miére fois. » Quand on songe qu'à l'époque de Stra* bon» marquée par la sombre tragédie des guerres cantalmques , et long - temps après , la Biskaïe fut pour les Romains un sanctuaire aussi redouté qu'impénétrable » on n'est point surpris que les géographes contem*» porains eussent donné aux tribus .cantabres des noms falsifiés ou purement conventionnels. Aussi est -il trèsdifficile de marquer avec précision les limites respectives que les anciens Cantabres, Pésiques, Origévions, Garistiens , Goniasques ou Gonisques, Autarigons ou AUotriges, Vardules, Bardiètes ou Bardiales, occupaient dans le périmètre des provinces de Rioxa, Buréba, Alava , Biskaïe , et Guipuzkoa.

Les relations que les Vascons entretenaient avec les Romains, dès le temps de Gn. Gomelius Scipion, per** mirent jusqu'à un certain point à ces derniers de feire avec moins d'inexactitude la nomenclature des cités et des populations de la Navarre. On a essayé (1) de faire la carte comparative de cette province, pour l'ère ancienne et moderne. On y est parvenu , beaucoup moins par la similitude des dénominations que par les confrontations géographiques, et par les positions de

(1) Luc de Tuy. Moret, Investigations. André Scott, Notes sur Pomponius Mêla. Zurita , Notes sw VUméraire â^Antonin. Lud. Nonnius. Gastaldus. J. Noiet. Florian Oc&mpo. Garibay. Ab. Ortelias. Villanueva. Larramcndi, Dissertation sur l'ancienne Canlabrie. Oïhenart, Notice sur les deux Vasconies. Ant. Beuter. Amb. Morales. Sandoval. Tarafa. Casauboo. Danville, etc., etc.

quelques peuplades et de (pielqtte^ cilés prilÀcipales, dans Ptdlémée t Straboti, Ptkie » Pomppniw MMa/ Dmb les Araceli/ Afoeelitam y en a l^eommi les- habitants de Hiiarte - Araipiil ; ^lans ïeê liimAertitani, les habitante d'Uumberri , en oasUllan Loimbiers. Le nom de l'antrque hurriza , sîtnée prés de la valtêe an Bastan » se traduit on euskarien par Fontaine- Ville. On Toit paiement que le nom de Grtu^ris signifie dans la même langue*, ville de Graeehus. Cette dernière étyihelogie » a part son évidence philologique , est d'autant plus inattaquable que , selon Tabréviateur de Trogue Pompéte , la cité dont il s'agit, jouissant du privilège dos municipes, avait été long-temps sous le patronage de Sempronius-Gracchus, préteur de TEspagne cilérieure; elle s'appelait antérieurement /rî^/mr^ Au ou Ville-Fontaine. Calahorra, appelée par les anciens géographes Calagurris , a conservé jusqu'à nos jours le mémo nom , s^ns altération notabljB. Ergavia que le docte Oîhenart place u la proximité de Milagro , à l'endroit où la rivière Arga se jette dans l'Ebre , dut peut-être son nom à ce torrent. Cette ville n'existe plus : elle fut détruite pendant la guerre des Arabes-Maures; mais on peut dire sans témérité que V Ergavia de Ptolémée était la môme que celle d'Erga, assiégée et reprise en 11 44 par le roi Sanche de Navarre. La célèbre Tarraga, que Pline dit avoir obtenu seule le titre de confédérée de Rome , située sur la rive de l'Arga, s'appelle aujourd'hui Larraga. Ala^ona^ que l'itinéraire d'Antonin place à seize milles de Cœsarea-. Augusta , sur le chemin de Tarrazone , est évidemment la moderne Alagon. Les Carenses de (Mine sont aussi, sans le moindre doute, les habitants de Garés ou Carès» en castillan Puenle - de - la - Reyua. Hais

Sœtia» Muscaria » Gascantum , etc. » etc. , sont des dmds grecs ou latins qui né paraissent point pris des ibères. Quant aux habitants de la NoYcmpopulanie, ou Aquitaine d'entre Pyrénées et Garonne, Strabon rapporte qu'ils ressemblaient aux Espagnols leurs voisins, et parlaient ibérien plutdt que celte ou gaulois. On doit le <»'oire, quoique, par les raisons précédemment déduites, les noms des neuf principaux peuples de cette province (Garunmiens, Gocosates, Vocates, Elusates, Tarusates, Sibursates, Âusciens, Goriles, Précianes et Tarbelliens) n'aient point d'affinité apparente avec la langue des Euskariens-Ibéres. Nous étendrons la même réflexion à la géographie de la Celtibérie et de la Lusitanie, selon les Grecs et les Roniains.

Page 1