‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple; (volume 2)Chapitre 6 sur 26 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

CoQp d'œil sar les Ibères pyrénéens , depuis Tarritée des Phéniciens en Espagne, jusqu'à la chute de l'empire romain.

Les Ibères ou Vasco-Cantabres Euskariens formaient, suivant le témoignage de Yarron, l'un des cinq peuples que les Romains trouvèrent en Espagne lorsque leurs légions y entrèrent pour la première fois. Jusqu'à Brutus , surnonuné le Gallaïque , les Romains ne fréquentaient point la côte occidentale de l'Espagne : ils ne la connaissaient point et ne lui avaient donné aucun nom particulier. A celte époque , d'après l'irréprochable Polybe qui est ici notre autorité et notre guide, les Grecs et les Romains par le nom d'Es-

pagne » entendaient seulement la côte orientale de la Péninsule* La Bétique reçut du Vesper le nom d'Hespérie, selon Alphonse de Carthagène; et ces deux dénominations ne servirent que beaucoup plus tard à désigner toute TEspagne en général. Pour ce qui est du nom d^Ibérie » le plus ancien et le plus vénérable que là Péninsule ait porté , ce ftirent les Grecs qui » les premiers , en firent Tadoplion. Festus Avienittr prétend que les Aborigènes espagnols furent appelés Ibères , non , ditril , de ce fleuve qui baigne la frontière des Vascons indociles, mais de la rivière Ibère, appelée aujourd'hui Tinto ou Azèche , entre la Guadiana et le Guadalquivir. Mais le bon Festus est seul de son avis (1), contredit par Pline, Denys l'Africain, Solin, saint Jérôme , Isidore , et Alphonse de Carthagène. Soit le fleuve ou la rivière, et peut-être tous les deux, firent donner aux Euskariens antiques , par les Grecs , le nom d'Ibères.

Il ne s'agit point encore de nous former une conviction sur les anciens Ibères. Il nous suffit, quanta présent, de savoir que les auteurs grecs et latins désignent sous cette dénomination les Vasco - Cantabres Euskariens : les montagnards y avaient droit , d'abord comme péninsulaires , et en second lieu parce qu'elle dérivait d'un fleuve célèbre dont la source était dans leur territoire, et auquel ils l'avaient appliquée euxmêmes les premiers selon toute apparence ; en troisième lieu , parce que s'il y eut jamais de vrais Espagnols , de véritables Ibères, ce durent être les Euskariens,

(1) Pline, L. III, C. III. Denys l'Arricain, Description de la Terre. Solin, in Polyh.. C. XXVI. Hyeronimus, in Escch., C, XXVIL Isidor.. L. H, ElymoL, C. IL Alph. Carlh., Biirg. Episc., oie., etc.

-iode préféi^efice aux Gallo - Celtes , aux Phétiioiens^ aux Cai^thaginoîs , aux Grées et aux RenaîM .peuples o»ldnisateurs ou conquérâiito qui eurent tMis un autre berceau que la Péftinsule espagnole. Sénèque^ né en £»> pagne, et bien instruit des antiquités de sa pairie, regardait les Cantabres, dont il connmssait la lai^e, comme le type le plus remarquable de la vieille nattona^ lîté îbérienne (1).

Quoi qu'il en soit, on ne nous contestera pas du moins que les Vasco-Cantabres n'aient été les premiers habitants des Pyrénées-Occidentales. Ils s'y établirent en incendiant les forêts qui couvraient les montagnes. Les traditions locales, ainsi que les noms de divers sites <H. peuples, Zibero, Zuharat Sîihaste, Zugarramurdi , Gêrmendi , etc., etc., perpétuent la mémoire de cet embrasement général : Diodore de Sicile (2) en parie avec les exagérations familières aux auteurs grecs. Il raconte que Texcessive chaleur de rincendic fit couler en ruisseaux l'or et l'argent que les Pyrénées recelaient abondamment dans leur sein. Un fait digne de remarque, c'est qu'au temps de Strabon encore , les Euskari^is et les Celtibères , qui n'avaient pas d'espèces monnayées , ne commerçaient que par des échanges , et payaient le plus souvent en paillettes, en lames ou en lingots d'or et d'argent, les marchandises qu'ils achetaient. Les Phéniciens furent les premiers qui se présenteront dans leurs vallées pour nouer avec eux ce commerce d'échanges : il leur procura des richesses fabuleuses ; et c'est à

(1) De Consol, ad Uclviam, C. VIU.

(2) Mcnior<int pcr multos dies inccndio conlinuô grassaDtc , magnam argcnti copiam exsudasse, adcù ut rivuli passim «rgcnli puri diminarent. < L^ V.)

cette occasion que l'histoire grecqné mentionne {K)ur la première foi» les Ibères pyrénéens .

Strabon (1) notas apprend que les EuskarîMs n'^tretenaient point de relations avec les autres Espagnols. Selon cet auteur» la vie des Montagnards était assez pauvre et misérable , surtout comparativement au luxe qui régnait à Rome soits Auguste et Tibère. « Ils mangent , dit ce géographe , du pain de gland doux , pendant les deux tiers de Tannée, ne boivent que de Teau ; ou quand , par hasard» ils se procurent du vin » il est promptement consommé dans de joyenx banquets auxquels sont conviés les parents et les amis. Le beurre et la graisse leur tiennent lieu d'huile pour la préparation des aliments. Ils font leurs repas , assis autour d'une table circulaire , les vieillards et les dignitaires de la République occupant les places d'honneur. Pendant le festin , les jeunes gens chantent en chœur et exécutent des danses. Dans quelques âpres vallées, les Montagnards couchent à terre sur des lits d'herbes et de feuillages. Ils n'ont point de monnaie nationale , et leur commerce ne consiste qu'en échanges. Leur législation punit de mort les grands crimes. Les coupables sont précipités du haut d'un rocher. On traîne les parricides hors du pays pour les lapider. Les femmes cantabres portent des habits florides et brillants ; les hommes sont vêtus de noir. Ils laissent fémininement retomber sur leurs épaules les boucles d'une longue chevelure , vont toujours nu • tête , même en guerre , dans les batailles , et combattent avec Tépéc et le bouclier. Pendant les nuits de la pleine lune ,.

(1) Geograph., L ///.

Cellibôr^s à l'est, los Asturiens ot les GaUaiques a Touest, et au midi toute la Lusitanie ; elles s'étendaient même jusque chez les Celtiques de la Bétique et les populations ibériennes qui couvraient encore le littoral de cette province malgré les établissements des Phéniciens. La fédération cantabrique opposa une vive résistance aux conquêtes des Carthaginois. Ce fut dans la première guerre punique que les Euskariens commencèrent à mériter le titre de vieux ennemis de Rome que leur donne Horace. Silius ItaHcus, dans sa gazette épique, a tracé d'eux un portrait brillant, qui prouve que les Montagnards , par leur bravoure , leur endurance , leur agilité sans égale , leur adresse , et la bonté de leurs armes, s'étaient déjà acquis une renommée européenne (1).

Cantaber ante omnes hiemisqoe, sstasqne, famifqoe Inviclus, palinamquc ex omni ferre Libore.

Nirns amor popnlo , qaum pigra incanoit etas , ImbcUes jaradudam aonos pranrcrtere saxo :

Nec Titam sine Marte pati ; qiiippe omnis in armis Lucis causa sita, et damnatum ?i?ere paci.

En foule se mêlant aux troupes africaines , Voici de Toccident les peuplades lointaines.

A leur tête apparaît le Cantabre guerrier , Qui sait de chaque lutte enlever un laurier.

A la faim , au soleil , aux frimats indomptable , n trouve sans combats la vie insupportable :

Au point que ses vieillards , par un sublime effort , Quand leur bras s'affaiblit , se lancent à la mort , Du sommet d'un rocher au fond d'un précipice ; Car la guerre est sa vie , et la paix son supplice.

Los Euskariens combattaient armés à la légère. Ils avaient pour armes défensives, dit le Géographe, un

{i)sa., i. u, v.ixoix.

faisceau de nerfs fortement tissus (e«Jku(a)» ou un petit bouclier rond {erredola) attaché avec des courroies sans agrafes. Leurs armes offensives étaient le javelot, la pique , la hache , et une épée de leur invention {ezpata), large, pointue, à double tranchant, l'épée ibérienne dont Polyhe faitTéloge, que les Romains adoptèrent, et qui frappa de terreur les Grecs la première fois qu'ils se virent menacés de ses coups terribles. Du reste , point de cuirasse ou de vêtement à l'épreuve : la culotte du Vascon, échancrée au côté extérieur, laissait le genou à découvert ; des jarretières , aux bouts flottants , retenaient ses bas avec coquetterie ; il portait des sandales de chanvre ou des brodequins de peau de chèvre : et pour compléter son costume de guerre , une ceinture autour des reins , la chemise aux manches larges et tombantes , un petit manteau de serge noire sur les épaules , une résille de soie autour des cheveux. Ce léger équipement prouve la confiance extrême du Basque dans sa prestesse , son agilité , sa vigueur , une habileté supérieure dans le maniement de l'épée et de la hache d'armes , une intrépidité rare et un parfait mépris de la mort dont peu de peuples ont donné l'exemple.

Vasco insuetus gales. . . .

Cantaber et gale® contempto tegmine Vasco. . .

Effiilget cetrata javentus Cantaber ante alios , nec tedm tempora Vasco. . .

Ac juvenem quem Vasco levis , quem spicula densus Cantaber urgebat lethalibus eripit annis. . . .

Le même poète , dans son seizième livre , consacre

une page au combat de Scipion contre Lara le Gantabre.

Pour ne ppint abuser de^. citations textuelles, nous

nous bornerons à donner In traduction de ce passage , due à la plume d'un poète national.

Par son grand cœur , à peine un seul dans cette armée ,

Un guerrier se montra digne de renommée ,

Et son nom doit passer à la postérité ;

Le Cantabre Lara , que son agilité ,

Sa taille de géant , sa force musculaire ,

Auraient suffi pour rendre un terrible adversaire ,

Même sans aucune arme au milieu des combats.

Le Barbare agitait une hache à son bras ,

L'arme de son pays ; et près de lui détruite.

De ses concitoyens lorsque tombait l'élite ,

Lorsque leurs bataillons reculaient entraînés ,

Tout seul il remplaçait ses frères moissonnés.

Attaqué par devant , il est fier des blessures

Qu'au front de l'ennemi prodiguent ses mains sûres ;

Si de droite ou de gauche arrive l'assaillant ,

Il oppose son fer en rempart tournoyant ;

Quand par derrière enfin le menace l'atteinte

Des vainqueurs irrités , alors aussi , sans crainte ,

De sa hache en arrière il dirige les coups ;

Pressé sur tous les points , redoutable sur tous.

Le frère du consul invincible , lui lance

Un javelot brandi de toute sa puissance ,

Qui va déshonorer sur le front du guerrier

Ses longs cheveux flottants , son unique cimier ;

Mais le trait rencontrant la hache qui le pare.

Dévié de son but , se relève et s'égare.

Ce choc a de Lara redoublé la fureur :

Il bondit , et jetant une vaste clameur ,

Abat sur son rival son arme si pesante :

Les deux camps ont frémi : sous la chute écrasante

De la hache barbare , on entend du Romain

Résonner et mugir le bouclier d'airain ;

Mais du Cantabre , hélas , que l'audace est trompée !

Pendant qu'il ramenait son bras, un coup d'épée

Tranche sa main , qui tombe arec son fer chéri.

Sitôt que ce rempart des vaincus a péri ,

On voit fuir dispersés les soldats de Carthage ;

Ce n'est plus un combat , ce n'est plus qu'un carnage.

Il résulterait du texte latin que quelques-uns des Ganlabres portaient un casque à panaches.

Scipio conlorqueDS hastam , cudone comanles Decassit crines ; namqne altiùs acta cncnrrit Cuspis , et elata procul est éjecta secnri.

Mais, sur ce point, Silius, souvent infidèle dans les détails historiques , n'est point une aulorité qui mérite confiance. 11 y a plus, c'est qu'il se trouve précisément dans ce passage une variante de texte [cudone cornantes decussit , ou disjecit crines) , qui semble aussi bien appartenir à Stace. Nous ne prétendons point ici mettre en opposition les manuscrits et les lecteurs, Pomponius avec Ruperti, Yillebrune avec la belle édition Panckoucke et M. Greslou ; mais nous n'hésiterons point à conclure , dans le sens de la vérité archéologique , que la circonstance du panache abattu par le javelot romain , est un détail d'imagination qu'il faut moins attribuer à l'érudition qu'à la fantaisie du poète.

Les Basques conservent encore un chant d^une belle et noble simplicité , composé sur les conquêtes d'Annibal en Italie. On doit en faire honneur à l'un de ces bardes improvisateurs, que chaque génération produit en foule chez les Euskariens , dont chaque génération admire la verve facile et brillante , et dont les générations suivantes oublient les noms , tandis que leurs couplets, fruit d'une inspiration subite, animée par la danse et le chant, se. perpétuent de siècle en siècle dans la mémoire du peuple, recueil vivant où sont enfouis tant de souvenirs

^ « gloneiix, laat de Iradîliou faniBorteles. On ne fomporm pat sans inlérèt h poésie de SfliiB à eelle d*on barde ineoniiii de Cantabne. Il est bon d^arertir que, dans presque tootes les romarces basqoes, le» amaDls sool dfaiignét low Tailégorie de deux étoiles» de deux fleurs, ou de deux oiseaux, que llmproTÎsalenr fui dbloguer. Ici , c*esl b bien-aimée d'un jeune fuewner^ qui s*adre»e , tourterelle plaintire , à son fianré , parti de nuit pour b guerre dltalie :

TdMin khantaisye clguu ,

BisuasthebisI

Hirel

Nie eztîal aitzatoi.

Exor«ûc,cx]

Nie eziial igvailen

Noan ehitzaiUn orhîtzen f

« Oiseau, chanteur admirable, quelle puissance te retient captif loin de moi ? Depuis long-temps je n^entends plnsle son de tafoix mélodieuse. Pour moi , il n^est point dlieure , iln'esl point de moment, que ton image ne se présente a mon sourenir attristé. •

A cette apostrophe, le barde se met en scène , et répond a b jeune fille , sans autre transition :

• Un soir , passait au pied de nos montagnes Fétrai^r , ▼enu d^Afrique avec ses soldats étrangers. A dit a nos ▼ieilbrdset a nos pères , que leurs fik sont bravée ; ee qui est b vérité. U dit encore qu'il ne nous cherchait point, mais nos ennemis, les Romains.

• Et alors nos jeunes hommes s'écrièrent : Annibal , si tu ne ments points , si tels sont tes projets , nous nous mêlerons à tes soldats étrangers, nous mardierons devant eux et devant toi. C'est en vain que les Romains ont

voulu soulever les Gaules contre nous ; nous te suivrons au bout du monde.

« Et nous partîmes à Theure où les femmes s'endorment tranquillement, et sans réveiller les petits enfants assoupis sur le sein de leurs mères. Et les chiens fidèles » pensant qu'à notre ordinaire nous reviendrions avec l'aurore, n'aboyèrent point.

« Bien des jours, depuis lors, bien des nuits ont passé ; et nous ne sommes pas revenus, vaillants Euskariens, au jarret souple, au pied léger. Nous avons combattu pour l'Africain. Nous avons traversé le Rhône , plus furieux que l'Ebre , nous avons franchi les Alpes , plus droites que les Pyrénées,

« Vainqueurs partout , nous sommes descendus , comme un torrent, dans la belle Italie , où l'on trouve encore des campagnes fertiles , des dtés dorées , des femmes attrayantes ; mais tout cela ne vaut pas nos montagnes , nos mères , nos sœurs , et nos fiancées.

< Ils disent qu'avant un mois nous entrerons dans la ville des Romains, et que nous puiserons de l'or à plein casque. Moi je leur réponds : Je ne veux pas. C'est assez. J'aime mieux revenir dans les montagnes et revoir enfin ce que j'aime. Mon pays est loin , le temps est long. »

Après avoir rendu compte en ces termes de la campagne que les Gantabres firent en Italie , à la suite d'Annibal , avant-garde fougueuse de sa grande armée , frayant les chemins, et, dans toutes les batailles, se réservant l'honneur de porter les premiers coups ; le barde termine sa chanson héroïque par une allocution directe à sa bien-aimée, et dans cette réponse il revient à l'allégorie dn premier couplet.

« Oiseau, joli chanteur « chante doucement II n'est

pas né à ce monde trautrc infortuné que moi. J'avais une bien-aimée , ci je quittai la vallée natale : à ce souvenir, mes pleurs qui coulent ne sVrètent point (1). »

Vers la fin de cette campagne mémorable , dans laquelle, dit Polybe, la bravoure des Espagnols auxiliaires de Garthage eut la plus belle part aux brillants succès d'Annibal , les Basques changèrent de parti et firent alliance avec les généraux de Rome. La fédération cantabrique rappela ses milices qui combattaient de Tautre côté des Alpes. Trois cents des principaux Montagnards furent chargés de ramener leurs compatriotes en Espagne , et de les conduire a Scipion (2). Les Euskariens et les Geltibères exigèrent des Romains la même solde que des Carthaginois , et furent, dit Tite- Live , le premier peuple étranger que Rome admit , à ce titre , à Thonneur de combattre sous les aigles. La défection de la ligue cantabrique détermina la chute des Carthaginois en Italie. Les Yasco - Cantabres contribuèrent puissamment à leur expulsion d'Espagne. Les

(1) Les critiqnes attriboent le chant d*Annibal é qnelqae poète da xvn» siècle : à vrai dire, pour notre part, nous ne connaissons en texte, de cette improrisation, qne deux couplets; nous nvons cité le premier, voici le dernier :

Tchùri khantaiale elgerra Klianta ezac eitiki ; Mundu hountan malerousic Eztue sorîhu ni bcHti.

MaUeûobat vkhen eia Phartitu nintçan herrili, . .

Nigarrez ari nis bethi.

(2) Celtibemm juventatcm eâdem mercede que pacta cum Carthaginiensibos erat, Imperatores romani ad seperduxerunt, et nobilissimos Hispanos supra 300 indè in Italiam ad sollicitandos popnlares qui inter anxilin Annibalis erant. miseranU Tir. Li? ., Deead. ///.. L ///, !V ei K.

Cantabres ne tardèrent point à répudier la nouvelle alliance qu'ils venaient de contracter avec Rome. Le berger Viriathe, échappé seul, presque» au massacre de vingt mille Lusitaniens lâchement égorgés par une trahison Je Galba , avait juré de venger son pays et de le préserver des fers. Les Cantabres suivirent constamment, pendant quatorze années, contre les Romains, les destinées de ce grand homme. L'assassinat de Viriathe fut suivi du siège de Numance; de cette ville qui, suivant Texpression de Gicéron, fut avec Garthage Tune des terreurs de Rome , et ne put être renversée que par la main du même Scipion qui avait mis Garthage en ruines. Plus d'une fois , durant ce siège mémorable , les Gantabres envoyèrent des secours aux Numantins leurs confédérés. La terreur qu'ils inspiraient à l'ennemi était si grande , qu'au seul bruit de leur approche faussement répandu, on avait vu le consul Mancinus éteindre à la hâte les feux de son camp et , dans le silence d'une nuit obscure , prendre la fuite avec ses légions. Dans cet intervalle , les Vascons ou Navarrais^ paraissent n'avoir pas rompu les traités faits avec Gn. Gornélius Scipion ; mais ils suivirent le reste de la fédération cantabrique dans la guerre de Sertorius. Gomme Annibal et Viriathe , ce partisan célèbre fut redevable de sei? plus beaux succès a la valeur des Geltibériens. Les Vasco-Gantabres , surtout, lui donnèrent mille preuves touchantes de leur dévouement. Immédiatement après son assassinat par Perpenna , un guerrier vascon , le chef des cohortes de Galahorra , en Navarre , se sacrifia à la mémoire du grand général que les confédérés avaient suivi comme un libérateur de la Péninsule : il se poignaida sur un bûcher , à la vue de toute la popu-

lation de la ville; et cette inscription latine fut gravée sur la tombe du héros :

Diis Manibus

QuiMi Sertobh

Me BREBiavs Calagorritanus

DEVOVI ,

arbitratus .

Religionem esse,

EO 8UBLAT0

QUI OMmA

CUM DUS IMMORTAUBUS

Page 1