‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple; (volume 2)Chapitre 8 sur 26 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les Easkariens ne descendent d'ancon des peuples barbares de la seconde invasion: Daces, Pannoniens» Avares, Gépides, Germains, Huns, Siièves, Danois, Vandales, Silinges, Hernies, Saxons , Goths, Bourgnignons, Alains, Quadcs, Francs et Sarmates.

Depuis les guerres cantabriques jusqu'au règne de Léovigilde sur les Visigoths , et de Glotaire II sur les Francs, la fédération vasco-cantabre n'eut point de guerre sérieuse à soutenir. Les Yascons persévéraient

dans r alliance des Romains. Quelques-i}nes de leurs villes, comme Graccuris , Galagurris , Seguia , Iturrizn , Itumberri , Gascantum ou Vascontum, avaient te titre de municipes ; Tarraga était confédérée de Rome ; enfin, les tribus des montagnes navarraises envoyaient toujours leurs milices combattre à la solde sous les aigles romaines. La valeur des Vascons sauva les Romains d^une défaite complète à Gelduba , et conserva la Germanie à Tempire , lors de la révolte de Glodius Givil. Nous devons à Tacite la connaissance de ce fait d'armes.

La domination romaine était dépravante et corruptrice ; elle énerva promptement, non-seulement les Espagnols méridionaux , mais les Geltibériens eux-mêmes. Les Gantabres désespérèrent, alors pour la première fois, de rendre à la Péninsule sa vieille indépendance. Les Romains ne furent plus tentés de menacer celle des Montagnards. Aussi, dés le règne de Tibère, la fédération , réduite à ses propres forces , ne se montra-t-elle plus hostile à Tempire ; elle accepta les faits accomplis, et songea sérieusement à se remettre vis-à-vis de Rome , dans les mêmes conditions qu'à l'époque de la guerre punique, lorsque les insinuations de Gn. Gornélius Scipion, envoyé dans TEspagne citérieure avec une flotte et une armée, détachèrent les Ibères du parti d'Annibal. Les anciens traités de paix furent renouvelés. Les Gaiitabres , qui ne voulaient point laisser perdre dans les générations nouvelles, la science de la guerre et les traditions de la discipline des camps, s'engagèrent à fournir à l'empire, ainsi que les Vascons, un certain nombre de cohortes qui ne démentirent point la réputation de la bravoure nationale. G'est ainsi qu'au temps de Galba nous les voyons combattre , avec les Vascons , pour les Romains ,

contre les Germains et les Bataves. Le vieil étendard de la fédération était porté triomphalement à côté des aigles impériales ; c'était le fameux Labarum; il devait ce nom euskarien, dit-on, aux quatre têtes à longue chevelure qui le surmontaient ; emblèmes des quatre derniers peuples de la fédération montagnarde. A l'époque de l'invasion des Arabes-Maures en Espagne , les Vasco-Vardules, qui étaient l'un de ces quatre peuples , se détachèrent de la ligue, et entrèrent dans l'institution du nouveau royaume de Navarre. La fédération , réduite aux trois provinces d'Alava , de Biskaïe et de Guipuzkoa, arbora un nouvel étendard , surmonté de trois mains sanglantes , avec cet exergue ibérien , Irurak-Bat, les trois n'en font qu'une. Mais jusque là , pendant le déclin de l'empire d'Occident, avant et après l'invasion des Barbares, les Vascons et les Cantabres, alliés aussi fidèles de Rome qu'ils s'étaient montrés ennemis implacables, rendirent aux Impériaux de signalés services dont les Empereurs se montrèrent reconnaissants. Vespasien avait accordé à tous les Cantabres le droit de Latium. Caracalla leur conféra en l'année 242 de Jésus-Christ, le droit de bourgeoisie romaine. Justinien traita les Montagnards avec la plus grande distinction ; il combla de faveurs les chefs de leurs milices auxiliaires. Non-seulement, au cinquième siècle, les Vasco-Cantabres n'étaient point un peuple hostile à l'empire et nouvellement sorti de l'invasion des Barbares, mais, dans ces tristes conjonctures, autant par fidélité que par un intérêt bien entendu de leur propre liberté, ils devinrent eux-mêmes les plus fermes appuis de l'empire chancelant et se montrèrent souvent, comme le dit Orose , plus Romains que les Romains euxmêmes. Pendant près de deux siècles, à dater de Léovi-

gilde , ils concertèrent leurs expéditions avec les Impériaux de TAndalousie et guerroyèrent, presque sans relâche, contre les Visigoths, dansTintérèt de leurs alliés, et surtout au profit de leur indépendance personnelle.

On peut dire de la dernière partie de cette période historique , comme de Fenfer du poète , que son obscurité est moins dissipée que rendue visible par les faibles lueurs des chroniques dues à la plume de quelques moines et évéques chrétiens. A la faveur de ces ténèbres, et à Foccasion des bouleversements dont FEurope entière fut le théâtre , certains détracteurs de mauvaise foi , compilateurs sans renommée et sans autorité , aigris par le levain des jalousies provinciales et des haines politiques , ont essayé de rompre au milieu la longue chaîne de la descendance des Basques, et de couper Farbre séculaire de la généalogie ibérienne. Selon le système qu'ils ont imaginé , la souche de la nation cantabre resterait comme un bronc dépouillé de ses rameaux ; les Euskariens modernes seraient conune des branches qui n'ont ni tronc ni racines dans le sol. Il faut mentir deux fois à Fhistoire , pour dire que les Yasco-Cantabres furent détruits au cinquième siècle, sans savoir ni quand, ni comment, ni par qui. Bien plus, il devient impossible d'assigner un berceau et des ancêtres au peuple qui les aurait remplacés. L'opinion qui fait descendre les Euskariens modernes de l'un des peuples de l'invasion barbare , est toute récente : elle s'est produite au commencement du dernier siècle. Les autorités qu'elle peut invoquer en sa faveur se réduisent à un anonyme castillan , qui appelle les Basques une nation stupide ; à un autre anonyme, D. J. À. G., curé de Montuenga quand vivait ; et enfin à M. Du Mége , auteur

d'une Statistique géfierale des Déparlements pyrénéens : ello est contredite par une tradition constante » et par cent témoignages imposants, accumulés dans un cours de dix-huit cents ans , depuis le siècle d'Auguste.

Nous commencerons donc, en attendant mieux, par réfuter cette opinion accréditée par la Statistique générale : « que Ton pourrait voir dans les Euskariens « ou Eskualdun une tribu des peuples barbares qui « envahirent Fempire romain , ou bien les restes de ces « tribus auxquelles du temps d'Honorius on confia la « garde de Tentrée des Pyrénées. »

Les légionnaires révoltés avec le tyran Constantin , et qui portent dans Thistoire le surnom d'Honoriens ou d'Honoriaques, étaient un mélange de stipendiaires de toute nation; Gaulois, Romains, Bretons, Germains et Goths. Deux généraux espagnols, Dydime et Sévérianus , parents de l'empereur , s'étaient opposés à leur installation dans les Pyrénées-Orientales ; ils furent battus : sur quoi, dit un historien : < Ces Honoriaques estant « demeurés maîtres des détroits et clôtures des monts « par cette victoire , et s'estant depuis rebellés avec leur « capitaine Gérontius , furent , à ce que l'on estime , « ceux qui livrèrent l'Espagne aux Vandales , Alains et « Suèves , et se joignirent à ces nations pour brîgander. « L'Espagne , par l'espace de deux ans, fut ainsi miséra- « blement traitée et oppressée , tant par "les tyrans que « par ces cruelles nations : tellement qu'il ne resta que » les montagnes des Cantabres, à présent de Biskaïe et « de Navarre , en l'obéissance paisible des Romains. »

Nous citons de préférence le bon Mayerne Turquet qui écrivait à Lyon en 1635 , pour mieux conjurer l'ombre du seigneur curé de Hontuenga , et , avec

€Tle, tant d'érudits de contrebande , membres de toutes les sociétés de médiocrité et de flagornerie mutuelle , qui n'écrivent que pour semer rignorance, les doutes , les faux systèmes, les opinions futiles , la sottise et l'erreur.. Mayerne se trompe , il est vrai, en disant que les Gantabres do Navarre et de Biskaîe restèrent, à Tépoque des prouesses des Honoriaques , dans l'obéissance paisible de Fempire; c'était alliance qu'il fallait dire : maison ne peut prétendre à trouver dans des histoires générales, l'exactitude rigoureuse des annales particulières des petits peuples rédigées par des écrivains nationaux. Il suffît à notre thèse d'établir qu'à cette époque , précisément , la paix des Pyrénées-Occidentales ne fut point troublée. Impossible, par conséquent, de battre la campagne historique en plus triste équipage que l'auteur delà Stalistique générale, lorsque d'un ramas de légionnaires de nations diverses , il prétend faire la souche du peuple euskarien ; lorsqu'il prend l'Orient pour l'Occident, et place au rivage de l'Océan, des cohortes qui étaient aux bords de la Méditerranée ; lorsque enfin il massacre à coups de plume, et remplace par cette horde de pillards, précisément le seul peuple de l'Espagne qui, de l'aveu de tous les historiens , n'eut à souffrir ni de leurs brigandages , ni des attaques des Barbares auxquels ils s'étaient associés.

Tous les historiens, à leur tète Marca, autorité grave dans la question , en parlant des Honoriaques et des Barbares , ne donnent pas le moindre jour au soupçon qu'ils eussent pénétré dans les provinces basques : — « Constantin , dit Marca , entre dans les Gaules , se rend « maître des Espagnes , commet la garde des Pyrénées « à ses soldats , qui étant corrompus par les Vandales ,

« prinront parti avec eux ; lesquels s'accomodèrent enfin « avec les Espagnols et se cantonèrent» sçavoir» les « Vandales et les Suédois en la Galice , les Âlains en la à Lusilanie et en la province Carthaginoise » et les Van- « dales surnomés Silingues en la Bé tique. »

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