‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple; (volume 2)Chapitre 9 sur 26 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Invasion Aes Barbares. Etablissement des Vascons-AlaTais dans la Navarre française. Conqnéte de la Novempopolanie par les Montagnards. Le Dnché des fiasques et le royaume de Toulouse. Défaites des Vascons sons les Carlovingiens. Bataille de Roncevaux. Chant de Roland.

Les chroniques fixent au premier jour de janvier de Tannée 406 , Tentrée dans les Gaules de cette nuée de peuples appelés sur les provinces de l'empire par le Vandale Stilicon. Ayant vainement tenté le passage des Pyrénées-Orientales, avant. que la défection desHonoriaques leur en eût ouvert les défilés , les Baii)ares , repoussés de ce côté , se répandirent dans les provinces gauloises. Orose » Jomandés , Olympiodore , Marcellin , Idace, Prosper, Isidore» rendent compte des ravages qu'ils y exercèrent ; mais aucun auteur ne dit que les hordes conquérantes eussent pénétré plus loin que TAdour. On lit dans la lettre de saint Jérôme à Âguerruchie une phrase qui forme en cinq lignes le tableau de Cette dévastation des Gaules : « Tout ce qui est compris entre « les Alpes et les Pyrénées , entre TOcéan et le Rhin , a « été mis à feu et à sang par les Quades, les Vandales.,

« les Sarmates , les Alains, les Gépides, les Hérules, « les Saxons, les Bourguignons, les Allemands, lesPân- « noniens. L'Aquitaine , la NoTempopuIanie , le Lyon- « nais , la Narbonnaise , ont été cruellement saccagés , à « rexception d'un petit nombre de villes que le glaive « consume au dehors et la faim au dedans. »

Les Yasco-Canlabres de Soûle et de Labourd ne furent point attaqués du côté des Gaules , et comme Noé dans son arche ils échappèrent au déluge. Les Barbares ne firent mémo pas d'établissement en Novempopulanie. Selon Isidore et saint Prosper , cette province ne fut point comprise dans les concessions faites aux Yisigoths par les chefs de Tempire. Valia n'obtint que la seconde Aquitaine et les provinces d'entre Garonne et Loire. La Novempopulanie , dès le temps de l'empereur Adrien , était une province distincte des deux Aquitaines. De sbrte , dit Marca , que les cités de Béarn et de Bayonne restèrent] sous la domination romaine, ou plutôt dans une entière indépendance. Gette réflexion de l'historien béarnais s'applique avec plus de raison encore aux trob petites provinces de la Gantabrie gauloise.

L'invasion des Barbares ne changea rien à l'état civil et politique des Vasco-Gantabres (1). A cette époque se

(i) L'hisCoriên do Béern, ffarea, prétend qne les Snères scmmirent les €«m- . libres à lc«r obéissance. Celle asserlion^ qui n'esl fondée sur aucune antorilé, étonne de la pari d'un hislorien grave el , en général , consciencieux. Idace nous apprend seulement que le roi Riciaire» ayant épousé la fille du roi Théodore; vonlot signaler son sTénement au trône et fil un pillage dans les Vasconies : « Bechiariu*, accepta in conjugium Theodoredi reps fiUâ, autpicahu • inilium regni , Vasconias deprœdatur, mense februario, > Ce fut là le premier fait d*armes des Darbares contre les Basques espagnols, le seul dont il soit lait mention dans les chroniques, jusqu'aux guerres de le fédération contre les Visigolhs. Au mois de février de l'année 411, Riciaire fît un pillage dans les Yascontcs ; Toilà tout. De là, nous le voyons passer rapidement dans les

rapportent les premières conquêtes des Vascons ou Haut Navarrais qui s'emparèrent de rAlara» voulant, sans* aucun doute , couvrir leurs frontières et se donner une* assiette plus large du côtè de l'Ebre , à la faveur du bouleversement général. Dès ce moment, les chroniqueurs/ notamment Idace , comptent deux Vasconies , en attendant que la migration des Vasco-Alavais eût transporté la même dénomination enNovempopulanie. La proximité de la domination française » qui succéda en Aquitaine w

antres provinces de la Tarraconaise. S'il fallait prendre an sérieux Tassertion d« Marca, on devrait convenir que Rieiaire flt la conqnéte de là Caitabrie^' pea de frais. L'historien béarnais reconnaît que les Saéves tombèrent dès l'ori-, gine dans un tel état de faiblesse et d'obscurité que les noms môme de leurs rois ont été voués A Toubli dans toutes les chroniques.

Les chroniqueurs ont voulu au9si donner aux Trancs l'honneur d'avoir soumis la Cantabrie : • ùuUêbr'mm aliquanda Fnmei poMwferanl. Dus FroMciê « nomine qui Cantabriam, in tempore Francorum, rexenU, tribuUi Francomm « regUms, multo tempore impleverat. Ce tribut, levé au temps des Français, par le duc Fhineion, et payé au roi des Francs par ce seul duc, autrefois, pendant long-temps» reçoit des termes mêmes dt chroniqueur, un air de menterio. qui frappe tout d'abord. Le long-temps {mullo (empore) estâcoup sûr une hyperbole, à moins qu'on ne suppose que le seigneur Francien eût vieilli paisiblement en Gaotabrie, comme un patriarche.

En admettant qu'il exista, il dut être mis en fonctioiis par les rois Childebert et Clotaire, lors de leur expédition dans l'Espagne Tarraconaise ; mais de là jusqu'à l'année 581, époque des premières conquêtes des Vascons sur les Francs, en Novempopuhinie, riatervalle est bien court pour justiâer les expressions vi^gues et emphatiques du chroniqueur. An surplus ce ne serait pas U seule fable qu'il» auraient débitée au sujet de la campagne malheureuse de Clotaire et Childcbcrt.. Victor de Tnrnon y fait combattre cinq rois quoiqu'il n*y en eût que deux ; lur ni les antres n'ont gsn^ de dire quelle en fut l'issue : que les Francs foreot battus par un général du roi visigoth Theudis, sur les bords du Mioho en Galice; qu'ils flrent leur retraite en désordre vers les Pyrénées ; qu'ils achetèrent , à prix d'or, d'un autre général une trêve de vingt4]natre heorcs pendant laquelle^ les rois Childebert et Clotaire regagnèrent la France avec leur avant-garde et leur, bufln ; cnfln que, le lendemain, le reste do rnrmêc ayant tenté le passage des Pyrénées par les vallôcs de l'Aragon et de la Navarre, fut taillé en pièces, massacré, détruit par les Vascons.

celle des Romains , était une menace pour les Montagnards. La confédération , pressée du côté de l'Ebre par les armes de Léovigilde , résolut d'enlever la Novempopulanie et la seconde Aquitaine aux Français. Elle débuta sur les rives de FAdour et de la Garonne par des incursions victorieuses. Ce fut des Vascons-Euskariens que la Novempopulanic reçut le nom- de Va^conie, corrompu en celui de Gascogne par le patois roman. La succession des rois fainéants servit les projets de la fédération montagnarde. Le trône mérovingien de Caribert, fondé à Toulouse , et dont les Vascons s'étaient fait un appui par le mariage d'une fille de leur général avec ce prince » s'était affermi , grâce à leur valeur. A la (in de la première race , les Vascons avaient porté leur nom et la terreur de leurs armesjusqu'à la Loire ; leurs cohortes tenaient garnison dans toutes les grandes villes de la seconde Aquitaine.

Sur la question de savoir si ces hardis Vascons dont il est parlé dans toutes les chroniques, étaient des Enskariens, des Basques, rien n'est moins douteux. Jusqu'à l'arrivée des Euskariens en Aquitaine, Grégoire de Tours donne à tous les peuples d'entre les Pyrénées et la Garonne le nom de Novempopulains. Les rois de France, avant l'intervention des Basques , ainsi que le constate Marca , possédaient paisiblement les villes de Bigorre , Béam , Acqs, Oloron et Bayonne. Ils élisaient les gouverneurs, et nommaient les évoques, que nous voyons se rendre à tous les synodes français , par le commandement des rois Ghildebert, Chilpéric et Gontraa. Ce n'est pas les Novempopulains , assouplis par le joug de la servitude romaine et assujettis sans résistance à celui des Francs, qui auraient tiré Tépée, et arboré l'étendard,

poar susciter aux Mérovingiens belliqueux une guerre de propagande et d'émancipation méridionale. Bien moins encore les peuples de It seconde Acpiitaine , doués d'un caractère plus paisible , auraient-ils entrepris cette lutte inégale , après avoir passé de Tesclavage romain dans celui des Visigoths et des Francs. Ce fut donc la confédération vasco-cantabre qui , du haut des Pyrénées , jeta le gant aux successeurs de Clovis , et dés les premiers pas se signala par des victoires.

L'historien Marca indique quel fut,- au pied des Pyrénées , le noyau de cette fédération dont la propagande occasiona, entre les Aquitains et les Francs, tant do guerres acharnées : « Il est croyable , dit cet auteur , « que , pour assurer leur retraite, les Vascons se rendi- < rent maîtres des racines des montagnes , et des vallées « qui regardent la France , dont les peuples conservent « encore la langue des Vascons espagnols ; c'est à savoir, « de la vallée de Labourd , des vallées de Baztan et de « Basse -Navarre , et de la Seule. » Les historiens du Languedoc disent pareillement que les Vascons s'approprièrent d'abord ce qu'on appelle « aujourd'hui la Basse- « Navarre , le pays du Labourd et des Basques , pays où « ils fixèrent pendant fort long-temps leur principale « demeure , et où leur langue se conserve encore de nos « jours dans sa pureté. »

Le seul point à rectifier dans ces témoignages est celui qui donne à entendre que les Navarrais ou Vascons émigranls firent la conquête du Labourd et de la Seule, en même temps qu'ils s'établissaient dans lu province intermédiaire qui reçut d'eux le nom de Basse-Navarre. Le lecteur n'aura point perdu de vue que les Laj)nrdicns et les SybiUales ( Labourdinset Souletins) existaient sur

lo versant septentrional des Pyrénées bien des siècles avant la venue des Vascons-Alavais. Ces derniers occupèrent seulement la Basse-Navarre, qui était en grande partie déserte. Dès ce moment» les trois provinces cispyrénéennes , renforcées par les milices de toute la confédération , commencèrent contre les Francs leur guerre de conquête et de propagande. Le but des Montagnards n'est pas douteux ; ils cherchaient à rendre la liberté à TAquitaine, pour faire de cette belle et riche contrée dont ils s'établissaient protecteurs , le rempart de leur propre indépendance.

En suivant, les chroniques à la main, les incursions des Basques, tantôt à Bordeaux, Toulouse, Saintes, Périgueux, Angoulémo, Bourges, Glermont, Ghâlons, contre les Francs , et tantôt à Séville contre les Visigoths , on reconnaît facilement que les Vasco-Cantabres dont parlent Sidoine Apollinaire , Grégoire de Tours , Frédégahre, Eginart, Aimoin, étaient les descendants des Cantabres d'Horace , de Juvénal et de Silius Italiens. On voit ce nom de Vasconie, restreint, au siècle d'Auguste, dans les limites de la Navarre espagnole qui a pour capitale Pampolune, s'étendre, au sud du Guipuzkoa et de la Biskaïc , dans la Ribera d'Alava, par l'établissement que les Navarrais y firent aux dépens des Suèvcs et des Yisigotlis. Le R. P. Moret a parfaitement établi ce point dans ses Annales et dans ses Invesligatians savantes. Bientôt après , on suit ce nom de Yasconie , transporté pour la première fois en Novempopulanie par les Bas-Navarrais conquérants , s'étendant d'abord jusqu a TAdour , puis à la Garonne , et finalement juscju a la Loire , avec les armes des Basques cis-pyrénéens.

3Iuis (][uuiid on relaie que les Vascons pussédèrenl lu

Novempopulanie , et prédominèrent en Aquitaine pendant plus de deux siècles , on ne prétend pas dire qu'ils eussent détruit les habitants^ de ces deinc pays. Leur politique était plus libérale. Us rattachèrent les Novempopulains à leur fédération , et , plutôt protecteurs que dominateurs, se contentèrent d'organiser contre les Francs une magnifique guerre nationale , la gutrre du Midi contre le Nord. On ne veut pas dire non plus que durant cette lutte héroïque la langue Eskuara fût seule en usage dans la Vasoonie d'Aquitaine. Les Aquitains purent d'autant mieux conserver leur patois .que les Basques parlaient eux-mêmes , a cette époque , latin et romance, comme ils parlent aiqourd'hui français et roman aussi bien qu'euskarien. Si la langue nationale des Montagnards devint ou non populaire en Novempopulanie, à travers l'agitation des guerres aquitanlques , c'^st ce que nul ne peut dire; les probabilités néanmoins sont pour la négative. VEskuara, repoussé des plaines avec les Vascons par les armes des Garlovingiens , abandonna en dernier lieu les Landes , la Bigorre et le Béam; il se retrouva confiné, comme à l'origine des guerres aquitaniques , chez les Basques de Soûle, de Basse-Navarre et de Labourd. La Novempopulanie avait reçu des Montagnards le nom de Vasconie , corrompu d'abord par les patois romans en celui de Gascougnè: la Gascogne nouvelle resta, au départ des Basques,, ce qu'elle était antérieurement à leur venue, parlant sous la domination française , la langue romajie que les Romains y avaient introduite et qui y fleurit encore de nos jours. Enfin , pour mieux distinguer les Vascons- Euskarions des Gasco-Romans , le» Français donnèrent aux Montagnaid^ le nom de Banques, qu'ils portent

encore. Et comme» au moyeiMge, sous le nom de Vascans les Francs entendaient tous les peuples de la fédération cantabre , aujourd'hui encore les Français désignent par celui de Basques les habitants de la Haute-Nayarre et de la Cantabrie espagnole.

L'auteur de la Statistique générale n'a rien épargne pour obscurcir , avec un brouillard de Garonne , ces données historiques consignées dans tous les écrivains les plus renommés pour l'exactitude et la saine critique : d'autant plus inexcusable dans son erreur qu'il n'a pas le bonheur et le privilège d'être de ces heureux et spirituels Gascons , qtUbus , secundum Scaliger , vivere est bibere, et qui ayant eu long-temps le if en antipathie , ont écrit le plus souvent Crascons pour Vascons ; ce qui leur donne l'air de s'attribuer dans leurs histoires les faits d'armes des Vasco-Gantabres , peuple tout différent des Aquitains-Romans à l'époque dont il s'agit ici.

De ce qu'on ne parle plus Eskuara , ou plutôt de ce qu'on ne voit plus de garnisons vasconnes dans Bordeaux et les villes de l'ancienne Aquitaine, il ne s'ensuit pas que les Euskariens- Vascons n'aient jamais défendu , contre les Francs, Loches , Glermont, Thouars et Bourges. Le système de M. Du Mégo, appliqué à tous les pays de l'Europe, sans aucun égard pour la chronologie et l'histoire, mènerait à un déplorable pyrrhonisme. Prenons pour exemple l'Espagne, où la domination romaine avait popularisé la langue romane représentée aujourd'hui par le catalan, le castillan et le portugais, dialectes congénères s'il en fut. Les Visigoths restèrent maîtres de la Péninsule pendant trois cents ans ; et néanmoins la langue romaine ne se perdit point en Espagne. Faudra-t-il expliquer à M. Du Hége conunent la langue

gothique disparut au contraire de la Péninsule avec la monarchie il'Ataulphe» de Valia et de Roderic? Après les Visigoths, les Arabes -Mnures ou Sarrasins d'Afrique ontpossédé TËspagne pendant huit' cents ans. Et cependant on n'y trouve aucune trace de la langue arabe ou mauresque , tandis que les dialectes romans y sont parlés encore, après avoir résisté pendant onze siècles au contact dépravant de la domination étrangère. Dironsnous sur cela , avec la logique de M. Du Mége , que les Visigoths étaient des Castillans , ainsi que les Sarrasins , et que jamais peuples sortis des vallées de l'Atlas ou des provinces lointaines du Gotland n'ont promené leurs armes et leurs chaînes sur le sol de la vieille Ibérie. Dès lors, quoique la langue romane n'eût point été remplacée pendant le règne passager du dialecte cantabre et la domination protectrice des Vascons, n'allons pas mettre en doute si les Montagnards déployèrent sur l'Aquitaine jusqu'à la Loire » d'un bras victorieux, contrôle servage envahisseur des Francs , le drapeau de leur indépendance.

Les chroniqueurs Austrasiens donnent quelquefois a toutes les Aquitaines jusqu'à la Loire le nom de Vasconie ; mais dans le détail des événements , dans les sièges, dan» les batailles , ils distinguent avec soin ce qui concerne en particulier les Aquitains et les Vasoons. Le continuateur de Frédégaire parie toujours des Vascons comme d'un peuple conquérant dont le siège était au delà de la Garonne au pied et dans le cœur des Pyrénées. Quand il nous montre leurs vaillantes cohortes combattant contre les Francs entre la Garonne et la Loire , on voit qu'il ne les confond jamais avec les Aquitains. S'agit-il de dire que les méridionaux , eiErayés des progrès de Pépin , et

surtout des ravages qu'il faisait» songèrent à lui apporter des propositions de paix; Fauteur a soin de mentionner les Yascons, et après eux les Aquitains de distinction : mais partout TAquitain joue un rôle secondaire , et la guerre nous est montrée comme soutenue par deux seuls rivaux » deux ennemis irréconciliables , le Franc et le Vascon : Dum his et aliis modis Franci ^ Voêcones inter 9e altercarent ! Ainsi luttaient toujours entre eux de toute manière le Franc et le Vascon !

Les chroniqueurs Austrasiens savaient Thistoire de leur pays beaucoup mieux que les compilateurs vMus au monde mille ans après eux. Ils connaissaient, selon toute apparence 9 la valeur des dénominations qu'ils employaient. L'origine , la langue , le costume , les mœurs , Tesprit belliqueux , la célébrité , séparaient le Vascon des Aquitains. Les Francs surtout , qui guerroyaient sans relâche contre les deux peuples , ne pouvaient prendre pour des Périgourdins et des Berriquois les cohortes étrangères venues de la Soûle , de la Basse- Navarre» du Labourd, du Baztan, d'Ahezkoa, de Salazar» de Roncevaux et de Roncal. On est donc mal venu à corriger aujourd'hui après coup, de si loin, le texte des chroniques contemporaines , dans le seul but d'attribuer aux ancêtres des Gascons modernes ou Aquitains-Romans les bits d'armes qui illustrèrent dans l'Europe du moyenàge les Vascons ou Basques cis-pyrénéens. Toutefois , la plupart des historiens modernes , trompés par l'équivoque des mots Vascon, Gascon, n'ont pas manqué de tomber dans cette grave erreur , qu'ils auraient évitée en étudiant les faits à leur source. R est étrange de les voir refuser aux Basques une justice que leur accordent les chrouiqucui*s Austrasiens , créatures damnées de la

famille Carlovingienne , et partageant par conséquent les préventions , la haine violenté qui animaient tous ces grands usurpateurs contre les Vascons. Sous Pépin d'Héristal , Gharles4M[artel , Pépin4e*Bref, Gharlemagne, Louis-le-Débonnaire, Pépin d'Aquitaine, nous voyons les chefe Basques assassinés par trahison, étranglés, pendus avec ignominie et cruauté , brûlés vifs.. Les Carlovingiens traitaient les Montagnards comme une race conquérante qui mettait des barrières à leur ambition , et nonHieulement les empêchaient d'affermir leur empire au delà de la Loire , sur tout le Midi , mais encore aspiraient à replacer sur le trône de France les petits-fils de Garibert derniers représentants de la race Mérovingienne. On n'avait pas encore oublié le temps où , sous la première race, le parti vascon avait des ramifications jusque dans le cœur de l'Austrasie. La guerre des Francs et des Vascons avait en outre ce fond de férocité inséparable de toutes les époques de barbarie. Si la prudence tempérait quelquefois l'esprit vindicatif des rois Garlo* vingiens , ce n'était jamais à l'endroit des Vascons qu'ils montraient leur clémence. En plusieurs conjonctures nous les voyons traiter les Aquitains avec douceur et générosité; ils ne les redoutaient point, et recherchaient leur affection : mais ils ne gardaient aucune mesure avec les Vascons , qu'ils savaient être indomptables , et ils déployaient contre eux toute leur fiireur. Cette politique se montra ouvertement après la prise de Bourges par Pépin :

« L'année suivante , dit le chroniqueur , c'est-à-dire « dans la onzième de son règne , Pépin vint à Bourges « avec la multitude universelle de la nation des Francs ; « il dévasta les alentours de cette ville forte, après l'aveir

« cernée , et établit un blocus tel que personne n'osait « en sortir et ne pouvait y pénétrer. Toutes sortes d'ar- .« mes et de machines de guerre hérissaient la ligne « de circonvallation des Francs. Beaucoup d'assiégés

< furent blessés , le plus grand nombre périt. Enfin , les « murailles ayant été renversées. Pépin prit la ville « et la remit sous son obéissance , selon le droit de la « guerre. Et les hommes que le duc d'Aquitaine avait « envoyés à la défense de la ville ayant été absous par sa « clémence royale , eurent la liberté de retourner chez « eux. » Laissant un instant le chroniqueur Austrasien nous allons faire parler les historiens du Languedoc, qui le traduisent à leur point de vue : « Il n'en usa pas tout- « à-fait de même à l'égard de Chunibert, comte de « Berri , et des autres seigneurs Aquitains qui avaient

< contribué à défendre la place. Il exigea d'eux le serc ment de fidélité , et les fit passer en France avec leurs « familles. • Qui pense-ton que les historiens provençaux désignent par ces seigneurs Aquitains ? L' Austrasien va nous l'apprendre : « Quant au comte Unibert et aux « autres Vascons que le roi Pépin trouva dans Bourges, « il leur fit prêter serment de fidélité , et les emmena « avec lui , donnant ordre de faire marcher à la suite , « pour le pays de France , leurs femmes et leurs «enfants. »

On ne saurait user plus libéralement que les historiens du Languedoc du droit d'interprétation dévolu aux auteurs qui compulsent de vieilles chroniques.

Nous accordons aux historiographes gascons qu'à l'époque de Pépin les Basques étaient seigneurs en Aquitaine ; mais pourquoi les métamorphoser en Aquitains par la suppression du nom que leur donne le

chroniqueur des Francs? Ces erreurs partout introduites n'ont pas manqué de copistes. Et lorsque deux vénérables Bénédictins , favorisés du don de patience pour acquérir une érudition exacte et étendue , faisant en outre profession de renoncement à toute vanité, se permettent des infidélités semblables, quelle défiance ne doivent pas inspirer tant d'histoires écrites par des auteurs d'une érudition et d'une probité tout au moins suspectes ! La monarchie franque avait pris un si haut degré de puissance par le génie terrible et la valeur barbare de Pépin d'Héristal , Charles - Martel , Pépinle - Bref et Gharlemagne , tous princes géants , que les Vascons, dépourvus de cavalerie et bien inférieurs en nombre à leurs ennemis qui marchaient en corps de nation armée , selon l'expression pittoresque des chroniqueurs , ne firent plus que perdre du terrain en plaine , marquant chaque pas de cette retraite héroïque par des massacres horribles et des jonchées de morts. Leur dernière victoire sur les Francs fut celle de Roncevaux. Gharlemagne se vengea de cette défaite par le supplice de Loup ou Lopès III, en vascon Oclum, duc des Vascons. U donna de si bons ordres , disent les historiens du Languedoc , que ce duc ayant été pris fut ignominieusement pendu. Les chroniqueurs Austrasiens n'expliquent point en quoi consistaient ces ordres. U est probable que Gharlemagne, par quelque surprise, se rendit maître de la personne du duc , à peu près comme Pépin avait fait assassiner par trahison Waïflre ou Gaifire, son père, dans la forêt de Ver en Périgord. Rcmistain, grand oncle de Loup III , et avant lui duc des Vascons , avait été également pris dans une embuscade en Saintonge , et suppUcié dans la ville de Saintes dix ans

auparavant. Uno grande partie de la Vasconie gauloise rentra sous robéissance des Francs après la mort de , Loup III ; mais la Bigorre , le Béarn et les trois provinces cis-pyrénéennes, proclamèrent pour duc son fils Adalric. Les chroniqueurs Austrasiens prétendent que cette couronne fut laissée au jeune prince par la commisération et la générosité des empereurs. Il est croyable que Gharlemagne ne voulut pas Ten dépouiller , de peur d'exaspérer les Yascons que la domination carlovingienne» mal affermie dans le Midi, trouvait encore formidables.

Adalric se souvint alors qu'il était petit-fils du duc des Vascons, Amano ou Amand » par son aïeule Gisèle , et descendant des Mérovingiens par son ancêtre Caribert» roi de Toulouse. Il brûlait de venger son père Loup III , son grand-père Waiffre , son grand-oncle Rémistain : les Yascons aimaient leur prince , et partageaient ses ressentiments. A peine futdl en âge de porter les armes , qu'il déclara la guerre au nouveau roi d'Aquitaine, Louis-le-Débonnaire. Il périt en combattant contre les Garlovingiens au fond de la Basse -Navarre, avec Centule son second fils. Quelques chroniqueurs disent même qu^il fut pris vivant et pendu sur le champ de bataille. Son fils aine, Sémégno ou Ximenès, lui succéda à la tète des Yascons ; il laissait aussi un petit-fils nommé Loup Genlule, issu de Gentule mort à côté de lui les armes à la main. L'héritage de ces jeunes princes se trouvait déjà réduit au duché primitif des Yascons, c'est-à-dire aux provinces comprises entre l'Adour et les Pyrénées.

Sémégno avait hérité des sentiments généreux de ses ancêtres ; il ne rêvait que guerre et vengeance. Les

Basqnes, qu'il était digne de commander, le chérissaient. La mort de Gharlemagne et Téloignement de Louis devinrent le signal d'une révolte furieuse des ' Montagnards. Sémégno périt en prince et en soldat, dans une bataille; son fils Garsimire qui fut élevé à sa place sur le bouclier vascon, eut le même sort. Loup Centule, son cousin germain, ramassa son épée sanglante, et tenta de nouveau la chance des combats. Il succomba dans la lutte, et se réfugia chez les VascoDs trans- pyrénéens, dans la Haute-Navarre. On doit dire , pour Texplication de tant de revers qui méritent aussi leur part de gloire , que la guerre entretenue en Espagne par Tinvasion des Arabes - Maures divisait en ce moment les forces de la confédération ; le sang des Montagnards ruisselait a la fois sur les rivages de TEbre et de TAdour*

Les Basques cts-pyrénéens auraient continué cette guerre jusqu'à extermination , si le roi Pépin d'Aquitaine n'eût pris des mesures conciliantes pour y mettre enfin un terme. Les enfants de Garsimire, dont l'un devait être plus tard élevé au trône de Pampelune , s'étaient réfugiés dans la Haute • Navarre. Ils avaient cédé leurs droits héréditaires à leurs cousins Gentulphe et Donat-Loup , tous deux fils de Centule. Mais, disent les historiens du Languedoc, l'empereur accorda seulement i ces derniers, à titre de faveur et de grâce , les pays et les biens personnels que leurs cousins leur avaient cédés; en sorte que Donat-Loup eut en partage le comté de Bigorre , et Centule la vicomte de Béam. €e fut tout ce qu'ils purent recueillir des débris des duchés de Vasconie et d'Aquitaine que leurs ancêtres avaient possédés héréditairement depuis Garibert, roi

de Toulouse, chef de leur branche. Dés ce jour, les Basques cis-pyrénéens changèrent leurs alliances politiques.

Les ducs des Vascons n'avaient été jusqu'à leur ex- Unclion que des chefe militaires électifs; les Montagnards , en les instituant , n'avaient ni sacrifié leur état démocratique, ni aliéné leur indépendance. Il n'appa^ tenait pas par conséquent aux enfants de Garsimire de faire cession de leurs provinces. Aussi , à la dissolution définitive de ce duché célèbre, qui avait eu pour capitales Saint Jean-le-Vieux et Saint -Sever, les pays de Soûle , de Basse-Navarre et de Labourd se firent d'autres destinées , et se tournèrent du côté de l'Espagne. La Vasconie espagnole s'érigea en royaume à la même époque. Le génie belliqueux. des rois de Pampelune, qui poursuivirent avec ardeur la guerre d'expulsion contre les Arabes-Maures , favorisa l'indépendance des Vascons cis-pyrénéens. Les Bas - Navarrais , pour plus de sûreté, rentrèrent dans le giron de la mère-patrie; ils demandèrent à être incorporés à la monarchie de Pampelune , et le furent en effet. Leur province' forma la sixième mérindé de ce royaume. Les Basques de Soûle et de Labourd , commandés par des chefs particuliers , prirent une noble part à toutes les campagnes de leurs confédérés contre les Musulmans ; ils se maintinrent vis-à-vis des Francs dans un état de parfaite liberté. Les rois de France leur envoyaient bien de temps en temps des officiers pour les gouverner et pour lever des impôts ; mais les chroniqueurs disent naïvement qu'ils les massacraient tous : si bien qu'il ne se trouva plus de seigneurs assez hardis pour briguer des dignités qu'on ne pouvait exercer , et qui coûtaient la vie. D'ailleurs ,

le nouveau duché de Gascogne , fondé par Totilo , et dont le cheMîeu se trourait à Bordeaux , devint , sousie règne de Sanche-Mitnrre , un apanage de la famille des rois de Navarre. De cette manière , encwe une fms » les armes des Francs s'arrêtèrent définitivement sur la rive de TAdour , aux mêmes limites tracées par leur première conquête des Gaules, et avant eux par la conquête des Romains.

C'est en vertu de cette liberté séculaire que le for ou code souletin , rédigé sous le règne de François P% offire ce début remarquable : < Par une coutume gardée et observée de toute ancienneté , tous les nati& et habitants de la terre de Soûle sont francs, d'origine libre et frandie , de franche condition , sans aurane tacdie de servitude. Nul n'a de droits sur leurs personnes ou sur leurs biens , et ne peut obliger en paix ou en guerre les habitants de la province à lui Cèdre suite ou escorte. Les Souletins portent les armes en tout temps, pour la défense de leur pays situé à l'extrémité de la France, entre les royaumes de Navarre et d'Aragon et le pays de Béarn. Us peuvent, quand ils le veulent, s'assembler pour traiter de leurs affaires communes , établir tels statuts et règlements qu'ils jugeront utiles ; et ces conventions auront force de loi. Le droit de chasse et de pèche est commun à tous les habitants du pays de Soûle. »

Un autre privilège des Souletins, qui rappelle la domination des Basques en Novempopulanie , les exemptait des droits de foraine pour l'exploitation de leurs denrées et marchandises jusqu'à Toulouse, dans le rayon défendu par leurs ancêtres ; en outre ils jouissment du jMrivilége de noblesse. LesEuskariens , tant de Fk'ànoe qued'Espa-

deb de ee ^

sorte qse daqpie pcie m leîpMar de

jeM, était libre et Hiatee fur set terres, 4

bsroB et roi. Ce pririlége de Doblesiey umobusé cb

France par les cofM|iiéiJiils do sol , défait néeessare-

mtoA èm mnhaè an Nmtom éam celle IfgiiIrtiM

arec succès le Joug de la conquête ;eotaotqae libres, etapparteoant a une race or^ineUeBseiit frandie, sans aocmie tache de senrilnde , les Basques étaient tous gentilshoonnes, sdonrespritdebloiiéodrie;ct8ice prifilége occupe une sî lavge pbce dans les eoutusMs écrites des Montagnards, il fimt y Toir moins un prqugé dicté par Torgueil , que la hante consécration du droit sacré de b propriété, de b liberté indiriduelle et de b digmté de Hiomme.

La domination des Francs in tro du isit b ftodaKlé en Béam et en B^orre. On a lieu de croire néanmoins que les Béarnais-Romans conservèrent une asseï bdle part d'indépendance a b dissolution du dudiè de Yasconie. 11 est certain que le commerce des Yascons et les sang^tes péripéties de b guerre aquitanique avaient retrempé le caractère novempopulttu , àienré par b domination romaine et par celle des Francs de b premiére race. Les fors yascons et cantabriques furent adoptés par les Béarnais durant les siècles où ils suivirent b destinée de leurs libérateurs; ce fîit comme une ^rédemption politique.

La fierté qui resfnre dans le préambule de Tancien

code béarnais prouve qu'au dialecte près, ils étaient redevenus Gantabres, et qu'ils avaient recouvré les privilèges et les sentiments de leur antique origine: « Ce sont ici les fors du Béam , danç lesquels est Mi mon* tion qu'anciennement il n'y avait pas de seigneur en ce pays. En ce temps les Béarnais, ayant entendu parler d'un seigneur de Bigorre , allèrent le chercher , et en firent leur seigneur pendant un an ; mais après , comme il ne voulut pas les maintenir dans leurs fors et coutumes, la courte Béam s'assembla à Pau, et le requit de les conserver dans leurs fors et coutumes ; c& que lui ne voulant foire , ils l'occirent en pleine cour. —Item; après on leur fit l'étoge d'un prud'homme , chevalier d'Auvergne ; ils allèrent le chercher, et en firent leur seigneur pendant deux ans. Alors, comme il se montra trop orgueilleux, et ne voulut pas les conserver dans leurs fors et coutumes , la cour le fit tuer à la tète du pont de Saraûh par un écuyer, lequel le frappa d'un si grand coup d'épieu, qu'il en fut percé de part en part. »

A coup sûr, s'il est aucun .peuple de la Novempopulanie -Romane ou de la Gascogne, que l'on fut excusable de confondre avec les Euskariens-* Yascons , ceseraient les Béarnais, leurs plus proches voisins ; cependant aucun historien de quelque valeur n'a omis de faire la distinction qui existe entre les deux peuples ; aucun n'a eu la mauvaise foi de substituer au type vasco-ibérien le type gasco-roman, qui ne remonte guère plus haut que le dixième siècle. Nous citerons à ce sujet l'archevêque^ béarnais, le docte Marca, autorité d'autant plus respectable qu'il était né à la frontière des Provinces Basque»,», et qu'il était Gascon.

« Les Yascons originaires qui restèrent avec leur ancienne langue : dans les pays de Seule, NaTarre et Lsdbourd, après l'invasion de ce quartier que firent les Yascons -Espagnols, sont nommés communément Bàscos avec l'accent en la première syllabe. Les anciens Novempopulains sont désignés par le terme de Gascoôs avec un accent circonflexe sur la dernière syllabe. Néanmoins l'un et l'autre de ces termes descend également du latin Vascanes. Il y a plus de cinq cents ans (en 1640) que fon gardait la même différence pour distinguer ces nations ; car Guibert , abbé de Nogent, décrivant la guerre de la croisade, loue particulièrement un seigneur nommé Gaston r mais il ajoute qu'il n'oserait 2»surer s'il était de Basconie ou Gasconie, c'est-à-dire, basque ou gascon. Dans la chronique de Hugues , moine de Yézelay , l'un des pays est appelé Gasconia , et l'autre Ba^cUmia. Le synode de Latran tenu sous Alexandre III , Tan il79 , nomme ce peuple BomUos, aussi bien que le pape Lucien ni en ses épitres; et Roger de Hoveden, en ses annales , Basclos. »

De tout temps les auteurs exacts ont mis grand soin à marquer, par des dénominations plus ou moins heureuses, la physionomie des peuples et les grandes périodes de leur histoire. Ces baptêmes dn^nologiques, ayant pour assistants les populations contemporaines, sont d'ordinaire conformes à la vérité. Par exemple , ce nom de Basculi, avec sa terminaison diminutive, pense-t-on qu'il eût été imaginé sans but par les auteurs qui s'en servirent les premiers ? Assurément non ; mais, en pensant à ces hardis Yascons qui descendaient jadis périodiquement et par torrents de toutes les hauteurs

des Pyrénées espagnoles , et faisaient trembler le soi dé TÂquitaine sous leurs pas victorieux , ils cherchèrent ce qui restait en Novempopulanie de cette grande race , après les conquêtes des Garlovingiens. Ils ne trouvèrent que les Ëuskariens de Soûle , de Basse-Navarre et de Labourd, à peine deux cents villages, et quatre petites villes : Saint-Jean-Pied-de-Port , Saint-Jean-de- Luz , Saint^Palais , Mauléon. Frappés de Texiguité du territoire qui déjà concentrait en lui seul tout Féclat d'une si belle renommée historique , les auteurs français n'ayant aucun motif d'amour-propre pour substituer les Gascons-Romans aux Ëuskariens de France , appelèrent ces derniers Bascules ou petits Vascons , enfin

Etablissons maintenant que les Vascons des guerres aquitaniques étaient Ëuskariens, et même qu'on les appelait Navarrais dès le huitième siècle de notre ère. A propos de l'expédition de Charlemagne en Espagne, qui ne fut postérieure que de douze ans à la prise de Bourges par Pépin4e-Bref , on Ht dans la chronique austrasienne, livre 4, chapitre 72 {ad an. 778), le passage suivant: — « Superato, in regione Vascanum, Pyreneijugo, Pampelonem, Navarrorum oppidum aggressus in deditionem accepit. » Joignons à cette autorité celle du poète saxon qui fit en vers latins la vie de Ghorlemagne.

£6 sua maxima cœpil, Agmina per celsos Vasconom docere montes , Qtti, cùm prima Pyrenei jaga Jam soperàsset Ad Pampelonem, qaod fertar nobile castram Esse Navarronim, veniens, id ceperat armis.

Le poète ici nous montre les Vascons de 778 , qui étaient aussi les Vascons de 766 , habitant de hautes

montagnes et les gorges des Pyrénées ; en outre ^ il place la Yasconie dans les deux Navarres, et nous parle de Pampelune conune d'une antique et noble cité de la Navarre. On sait que Gharlemagne , au retour de sa promenade chez les Arabes-Maures, détruisit cette ville de fond en comble , comme Tun des principaux foyers de la guerre que la fédération montagnarde fomentût en Aquitaine contre les Carlovingiens. Il fut puni de cette destruction par la défaite de Roncevaux*

Insidias ei sommo sab ? erlice monlis Tendere Taseoies nusi , nora pnBlii tentant.

Ici les Nwarrais redeviennent Vascons ; ils tentent de nouveau le sort des batailles. La montagne dont parie le poète est celle d'Altobizkar , mnsî appelée a cause de la forme de sa crête élevée qui se termine en dos de mulet. Le combat eut lieu dans Ts^rès-midi, au delà de Yalcarlos, sous le plateau d'Ibagnéta» dans le pré de Roland, plaine riante et ^cieuse qui «e déroule jusqu'à la vallée d'Erro, entre les^ villages de Roncevaux et de Burguetle. Il n'y a pas à le nier ; nous avons ici des Navarrais-Euskariens qui sont Yascons , et des Yascons qui sont Eusi^ariens : à moins que, psff un trait de génie et un tour de force en statistique , M. Du Mége ne transporte Roncevaux, le Yakarlos et toutes les Pyrénées, aux bords de la Garonne , pour £omre battre les Francs de Gharlemagne par une armée de Gasco-Romans ; ce que le sieur Gaillard , en son vivant académicien , n'avait pas manqué de faire.

Les bardes gallois et les bardes «uskariens célébrèrent, dit- on, ce fait d'armes qui eut en Europe un grand retentissement. Le cliaot de Roland donne les détail»

relatifis à CSiariemagne et aux FVancs de sa suite ; eehii des Basques est censé raconter la bataille.

Page 1