‹ Histoire primitive des Euskariens-Basques; langue, poésie, mœurs et caractère de ce peuple;Chapitre 15 sur 18 · EPOQUE ARABE · texte numérisé non relu

EPOQUE ARABE

MM» MAtJRES.

La mort de Roderic, Tabsence de chefs dans le gouverne- 712. ment, réduisirent les Visigoths à l'état de corps sans tête, et amenèrent un découragement total, un complet abattement, la désertion même de la patrie pour la plupart. La division survécut parmi eux à la monarchie ; dans leur consternation ils ne songèrent seulement pas à s'élire un chef. Les massacres de Tarik à Séville, à Cordoue et autres villes hors d'état de résister, et dont il s'empara en courant, porté qu'il était sur les ailes de la victoire, augmentèrent la stupeur des Visigoths. Tremblants, ils acceptéremt sans examen, sans discussion, les lois qu'il plut au vainqueur de leur imposer. Tarik Jugea le moment opportun pour la conquête entière de l'Espagne. Il demanda de nouveaux renforts à Muza, qui lui envoya d'Afrique dix-huit mille Arabes et Bérébères, bon nombre de guerriers de la tribu du Prophète, et plusieurs capitaines déjà renommés. Ils débarquèrent à Gibraltar, où Tarik fut les recevoir.

Muza, convaincu alors de l'impossibilité à laquelle étaient réduits les Visigoths d'opposer de résistance, donna le commandement d*un corps d'armée à son fils Abdalazis. Il l'avait d'abord laissé à Caïrvan, et Abdalazis venait d'arriver avec sept mille chevaux et un grand nombre des belliqueux

Berbères, dont la eonq[uèt6 avait été ii difficile aux tans. Il avait mission de s'emparer des côtes de lallédileninée; un autre général devait occuper celles de TOcéan; etHn se réservait, avec une troisième armée supérieare eDom aux deux autres, la grande tache de soumettre rintérieoréi la Péninsule. Tarik devait être immédiatement soos w ordres en qualité de Lieutenant-général. Muza, arrivé m Espagne, fit publier partout que les villes qui se re» draient seraient reçues à bonne composition ; mais que celte qui auraient la témérité de résister seraient livrées à la di^ crétion de la soldatesque, tous les habitants passés au fil db Tépée, sans distinction ni exception, et tous les biens pilléL Il se mit en marche pour SéviHe, qui capitula au bout d'im mois de blocus, et reçut garnison musulmane. De là, il futi Garmone, qu'il prit en passant^ ainsi que les autres villes «t places qu'il trouva sur son chemin. Il entra dans la Lusitaoie, se rendant successivement maître de Libla, Ossonoba, Béja* Mertolle, et vint asseoir son camp sons les murs de ropuleoto' Mérida.

La défense fut d'abord vive; mais le manque de vivres, b nombre des assiégeants, la certitude de n'être pas secouras» les murmures de quelques habitants, forcèrent bientôt h place à capituler. Les conditions furent le libre exercice iê la religion catholique, et le maintien des lois existant». Maître de cette ancienne capitale de l'Espagne, Muza dirign sa marche victorieuse vers Tolède, cette autre capitale, centre de la grandeur et de la puissance de vingt-cinq roii visigoths. La terreur des armes arabes fit fuir SinderedL métropolitain qui, abandonnant lâchement ses ouailles, fiit abriter sa tète à Rome. Plusieurs ecclésiastiques emportéMi les richesses des églises dans les montagnes de Castille é Léon. Ceux des seigneurs et des palatins qui avaient survéea au massacre de Xérès de la Frontera, jugeant inévitaUe il reddition de la ville, Tabandonnèrent aussi. Oppas, le métropolitain de Séville, beau-frère du traître Julien, traitif lui-même et rebelle à son frère Vitiza; cet évèque dontli chrétienté espagnole rougissait; cet allié, cet ami, ce coopérateur des destructeurs de sa patrie ; Oppas, à la téie

^*ini parti de catalerie arabe» poursuivit ees tristes et infor* Imés débris d'une grandeur déchue,, et les tailla en pièces. D te vengea ainsi du mépris que de nobles hommes lui iraient témoigné ainsi qu'à sa famille /lors de sa trahison.

Les Tolédains flrent une assez longue résistance. Quand dfriva le moment où , absolue nécessité leur devint loi , ils ne se endirent qu'à de belles conditions, et refusèrent les otages [oi leur furent offerts en garantie de Texécution du traité. Ils ['en voulurent d'autres que la parole de Muza, vieillard à la ODgue et blanche barbe, au cœur haut placé, aux généreux Bâtiments. Aussi purent-ils conserver sept églises, avec le ibre exercice de leur culte et de leurs lois.

Pendant ce temps l'armée de l'ouest avait pénétré dans la lartie aujourd'hui nommée Portugal. Elle détruisit Egitanie et hMODoba. Evora, Lisbonne, Visée, Lamego se rendirent; ionimbre ou Goimbre, résista vaillamment, fut prise et près- [06 totalement rasée. L'armée poussa ses conquêtes jusqu'en idice, portant partout le fer et le feu. Abdalazis, avec l'araée de l'est, parcourut, dévasta et conquit ce que nous lésignons aujourd'hui royaume de Jaen, Grenade, Murcie et faïence.

Parmi tant de seigneurs, parmi tous les palatins, les prands qui restaient, un seul se montra digne de ce titre et du nom visigoth qui, trois siècles durant, avait si glorieusement dominé l'Espagne. Théodemir, le fils d'Egiza, qui déjà deux fois avait vaincu sur mer ces terribles Sarrasins ; Théodemir, avec un faible corps de troupes recueilli des survivants au carnage de Xérès, harcelait constamment les Maures aux frontières de Valence ; au point qu'Âbdalazis fut obligé d'appeler Muza, qui accourut à son secours. Théodemir se voyant sur le point d'être complètement enveloppé par des forces décuples, songea à faire un arrangement avec Abdalazis, guerrier brillant et généreux. Les conditions écrites et signées furent honorables pour Théodemir, et avantageuses pour le pays que ses armes avaient protégé : il en conserva le commandement.

L'année suivante, Muza reçut du Galife l'ordre de rendre 713 àlarik la direction supérieure, dont il l'avait dépouillé par

jalouâîe de ses suecès. Muza lui dotina une année à conduire, et se mit à la tête de Faulre. Tarik suivit le cours du Tage, franchit les rochers de Siguenza et Molina, et descen^t vers les plaines riantes et fertiles baignées par TEbre, viat mettre le siège devant Saragosse. Cette ville renfermait, ea outre des principaux habitants de la contrée, une grande partie de ceux que la fuite avait soustraits aux Sarrasins.

Muza se jeta sur la Vieille Gastille, puis sur le royaune de Léon. Il trouva partout une âpre résistance et couvrit le pays de sang et de ruines. Il prit Salamanque et Astorgi; puis, revenant vers le Duero,. il franchit les montagnes et arriva sur les bords de TEbre, pendant que Tarik assiégeait Saragosse. La défense de cette ville avait été jusque-la superbe. Mais Tapparition de Muza et son armée amena uoe composition. Muza savait que de grandes richesses y étaieit entassées, et connaissait son impuissance à résister plus long-temps. Il exigea, en outre des conditions ordinaires, une contribution exorbitante, à payer lors de l'entrée dei Arabes. C'était ce qu'ils appelaient le tribut du sang, au mojea duquel on se rachetait du pillage et du massacre. Force fut à la ville de se soumettre à ces dures conditions. Les trésors, et jusqu'à l'argenterie des églises furent épuisés et remis i l'avide vainqueur^ qui choisit de plus de nombreux otages parmi les enfants des plus nobles familles de la ville et da pays. Muza se retira ensuite, laissant Hanax-ben-Abdala dans Saragosse en qualité de Commandant.

Abdalazis , de sou côté, s'empara des côtes de la Médite^ ranée jusqu'à Tarragone , qui se défendit valeureusement et finit par capituler. De là, le vainqueur s'en fut soumettre la Catalogne. Les restes misérables des Visigoths s'étaient réfugiés dans les montagnes des Asturies , de Burgos et de la Biscaye. Les habitants de Catalogne et d'Aragon s'étaient, eu partie , jetés dans la portion française, mettant la chaîne des Pyrénées entre eux et les Sarrasins.

Muza et Tarik, ayant terminé la guerre, se rendirent i Damas , devant le calife Walib , qui les avait mandés. Ils emmenèrent une grande quantité d'esclaves , dont quatre cents choisis par Muza parmi les otages ; ils emportaient

M86i des richesses immenses , tant pour le oalife que pour «nx^mémes. Pendant leur absence, TEspagne fut gouvernée ttir Âbdalazis , qui s'occupa de régler l'administration de la pstice , et des tributs à payer par les vaincus. Il épousa la ielle Egilone, veuve de Roderic, et fut assassiné en 715, duis une mosquée.

Calat-Âyub, fondateur de la ville de Galatayud , lui succéda par intérim. Le calife nomma Alahor, ou mieux ftlhaur-Ben-Âbderahm el €aïsi. Alhaur passa les Pyrénées- Orientales pour obéir au calife , aloi*s Omar II , successeur le Soliman» qui lui avait ordonné de conquérir tout ce que es Yisigoths possédaient dans l'Aquitaine. Ce général ouvrit a canipagne à la manière habituelle de ces barbares , par ^incendie et le meurtre. Cette manière de procéder jeta une lelle terreur, qu'il suffit à Alhaur de quelques semaines Mur s'emparer d'Elue , Carcasonne , Agde , Narbonne, lésiers, Nîmes; en un mot, de toute la Gaule visigothifae. Les malheureux habitants de ces contrées n'avaient pu présenter ni opposition ni ensemble; sans chefs, réduits à lenrg propres forces, et délaissés par les Français qu'absorbaient leurs guerres intestines. Alhaur prit ses quartiers d'hiver dans les Gaules. Il avait fait un nombre considérable d'esclaves de tout âge et de tout sexe et un riche butin.

Ainsi les Maures complétèrent la conquête de toutes les parties de l'empire visigoth , et achevèrent la destruction de ee peuple, enlevé de dessus la terre par le fer arabe, comme le sable des rives par le vent. Il ne resta rien de cette belle puissance , que quelques malheureux réfugiés , cachés dans les montagnes , trop faibles pour rien entreprendre , trop terrifiés pour rien espérer, trop haïs encore des indigènes pour pouvoir se mêler avec eux, tombés de trop haut enfin pour ne pas être à jamais meurtris de leur chute, ^'est de ces débris, conservés sans mélange par la force de l'aversion générale qu'ils inspiraient , que sont venues les races connues sous les diverses dénominations d'Agots , Cagots , etc.

Cette terrible chute , cette mort violente de tout un peuple, cette totale et subite disparition de toute une nation, ne fut suivie d'aucun regret. Le mépris vint remplacer la

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terreur, la pitié ne put trouver de place ; on enU pM respirer plus librement, lorsque leur joug de fer eût été I par les puissantes mains des Mahométans. Mais on ne it changer de maître, on fut obligé de courber la tâte à» le vainqueur; seulement le glaive était brandi par un A au lieu d'être levé par un Yisigoth. Ce peuple pourtant i été grand ; sa puissance avait été une des principales el plus redoutables de TEurope ; sa politique habile et fil ses armes glorieuses ; son gouvernement sagement ento

Avoir une monarchie élective , une noblesse , un di une armée ; concilier l'exercice de chacune de ces cal ries avec la liberté du peuple; faire mouvoir avec ensea marcher du même pas l'indépendance de l'état , ceXk l'église , celle de l'armée et celle des lois ; assurer à chai des classes de cette société les privilèges de son rang c sa condition, de façon à ce qu'il ne survienne pas d^opj tion entre elles : assurément de semblables résultats ne vent s'obtenir qu^avec l'influence d'une énergique, profi et sage constitution. Au bout de cent vingt-trois ans» Récarède le catholique, les Visigoths, arrivés ariens d*I1 retournent à leur première foi , au catholicisme, l'avaient trouvé établi en Espagne ; et remarquons que minateurs et asservis maintinrent pure leur religion, i nue commune et plus pure même que dans les m églises, qui avaient plus ou moins donné entrée à certi nouveautés dont elles étaient infestées. Le clergé fut général, instruit; et, à quelques exceptions près, resi dehors de la corruption qui gangrena les mœurs de la na Il survit plusieurs ouvrages savants de leurs prélats p un certain nombre fut canonisé.

Les nobles n'abandonnèrent jamais leur droit d'élee qui leur était naturel et découlait de leur qualité milit Plus tard , les évêques leur furent adjoints. Les cob étaient des conseils privés , dans lesquels étaient saonù nées les lois^ dont les rois avaient l'initiative. D^autret eux-mêmes en promulguaient également; mais leur val n'était reconnue que par l'adoption qu'en faisaient en ble le roi, les grands, la noblesse et les prélats. Si h

— ara —

«mlait associer quelqu'un à sa royauté, il ne le pouvait sans lleonsentement des pouvoirs mentionnés; et à sa mort il Mlait que l'héritier présomptif fût de nouveau agréé et con« kné par le concile national.

^ Les rois avaient un pouvoir absolu sur l'armée ; en temps le guerre ils en décernaient le commandement à quelques liefs expérimentés et connus; mais le plus ordinairement la iMnmandaient eux • mêmes. Ils convoquaient les conciles ntionaux quand ils le voulaient» ou le jugeaient nécessaire; b conservaient la suprématie ecclésiastique ; ils faisaient kmpper des monnaies à leur coin, et étaient eux-mêmes souwm aux lois et à la justice , pour laquelle se conserva tonours grande déférence et soumission. Le respect réciproque

10 la noblesse et de la nation pour le roi , et de celui - ci lour ces corps, amenait l'affection des peuples, et fut la Derce du bonheur et de la prospérité des Visigoths. Ils <vaient une belle marine, se livraient au commerce qui les Mrichit , et leur fournit les moyens de bâtir une grande [oantité de villes et de places très • étendues , dont on voit mcore les ruines après douze siècles. Lors de leur arrivée bns la Péninsule , les Arabes trouvèrent une population kirissante, une culture bien entendue et répandue partout, m nombre infini de cités et de villages, même de bâtiments le luxe, dont quelques-uns ont trouvé grâce devant les tor- Aesdes Sarrasins et la main du temps. Quelques-uns appaiMsent encore , qui ne sont pas entièrement ruinés.

Ainsi donc, en résumé, une constitution bien adaptée, ne forte administration , une liberté sage , un commerce Ktif et étendu , avaient rempli l'Espagne de richesses et d'one population nombreuse. Mais ces consécpiences brilkntes du mode de gouvernement que nous avons rapidement esquissé, remplacèrent l'aisance par la richesse; k luxe amena la corruption , d'où sortit la mollesse , qui A grand jour, étouffa le sentiment, la fibre nationale. L'épée mahométane moissonna cette population, comme

11 fikox renverse l'herbe des champs ; et l'on se refuseirait a ^iDÎre les trésors , les incalculables richesses qu'ils envoyèrent à leurs différents califes , sans compter encore ce qui

restait dans les mains des Tainquenrs. Les cafifes n^tniM droit qu'au cinquième du butin. Il est vrai qae , ¥o ViU^i gnement de Damas, résidence des califes, leur part n'ébft pas toujours consciencieusement exacte ; mais« malgré to^^i elle était encore plus forte que jamais conquête ne leur et t ' rapporté. J.j

Ici rhistoire joint à la liste des peuples engloutis din^/ ses profondeurs, encore une puissante monarchie qui, dp^^ aussi , avait grandi par Tépée et ne s'était avancée vers Ytàft pagne qu'après avoir traversé, au bruit de ses saavagi»: hymnes de guerre , Rome pillée et embrasée. Hais il exiriit dans la vie des peuples, comme dans cellede rhomme, te époques distinctes d'enfance, d'adolescence, d'âge viril, te vieillesse , de décrépitude et de mort. L'heure suprême té: également précipitée chez les uns comme pour l'autre , ^ la corruption morale. Les sociétés ont leurs périodes mab» dives, leurs crises intermédiaires, pour passer d'un âge^ un autre ; de même que l'homme a ses crises et ses mafaK dies. Le doigt de Dieu marque l'accroissement, détermiai la décadence , et fixe irrévocablement , dans la clepsyà» éternelle, le terme sans retour de tous les deux. Ces chuteib mystérieusement préparées depuis la naissance des tempi,deviennent tellement forcées que , loin de rentrer dans \t domaine de l'intelligence et des conceptions humaines, m n'est qu'après être tombées que les nations s'aperçoivent (bh danger où elles étaient de crouler. Tout concourt aveugla ment au but du grand Architecte ; les yeux fascinés des pe» pies semblent , comme par fatalité , se détourner du jour. Ils préfèrent le chemin dans lequel ils s'engagent, tout perdi* qu'il est dans les ténèbres d'une profonde nuit ; tout tends de noir, comme la route des tombeaux.

Ainsi voyons-nous deux princes visigoths^ que leur naissance appelle à régner, se concerter avec leur oncle, Is comte Julien, beau-frère du roi leur père , pour attirer dsDi leur malheureuse patrie ceux qui devaient détruire à jamais leur empire, anéantir leur famille, ravager, incendier, piller le pays alors le plus riche, le plus puissant, le plus favorisé du continent. Sur les ruines d'un pouvoir qui s'était auda-

eteusoment mesuré avec Rome ; qui avait fait tomber autour h lui, foulé aux pieds tout ce qui aurait pu entraver son Ibcroissement ; qui tenait en échec la France elle - même, iet autre pouvoir imposant; sur les ruines enfin d*un état pd comptait trois siècles d'existence , et auquel il en avait Ula un tout entier pour Relever à son apogée : ces mêmes innaêlites, ces Maures, ces Sarrasins, comme on voudra les tommer devaient en deux années , asseoir une domination b fer, substituer le croissant à la croix , le coran à Tévan- ;ile , Mahomet au Christ^ dans la catholique Espagne.

Ils devaient établir une domination, non pas éphémère mnme une victoire , passagère et fugitive comme une intorsion; mais robuste, mais stable, mais destinée à vieillir lus que celle qu'elle remplaçait. Ce magnifique empire [ae cent combats et cent années avaient à peine suffi à con- Dlider pour deux autres cents ans ; deux années , un jour, ■oins encore, quelques heures , une bataille est assez pour Wiéantir et pour en fonder un qui dura huit siècles.

En vain voudrait-on ne pas se Tavouer ; les grands ensoi- ]ftements de Thistoire nous le disent assez ; les immuables écrets de la providence sont impénétrables. Quand les sauages enfants dlsmaêl .sortirent poudreux de leur désert loar se ruer sur la Perse et la Syrie ; quel œil assez pénérant aurait su découvrir que c'était là Tinstrument, le fléau, e glaive que la main de Dieu agitait d'aussi loin pour en dbâtîer, en flageller une nation pervertie, corrompue, et létruire un peuple devenu sourd à tous les avertissements fc la religion ; peuple incapable désormais dé remords et ée retour? Et ceux-là même à qui Tintérét le plus puissant et le plus personnel criait de vider leur querelle entre eux d'abord, ensuite de se rallier, ne fût-ce que momentanément, et pour repousser d'un commun accord le commun danger qui les menaçait aussi proche et aussi évident; eeox-là même sont aveuglés au point d'appeler à leur aide Fennemi qui applaudissait à leurs divisions de famille. Ils sont aveuglés au point d'espérer un secours sans conséqaences du barbare qui attendait avec un rire sàtanique le moment de les briser. Ils sont assez aveuglés pour attirer

sur eux , et dans le but inique de senrir leurs haines élnr tés et leurs vengeances particulières» la tempête qoidsfaK les foudroyer, les broyer, sans acception de parti , d^eomai ni d'allié.

C'était encore la même main , la même impulsion pron* dentielle qui avait poussé Vinondation barbare contre Robm» dés que la grande ville eut accompli sa mission civilisatriet et conquérante. Fondée par une poignée de brigands, RooMt» s'était établie par des combats, maintenue par sa politiqoib consolidée par la guerre , étendue par la conquête , poUcéi par son contact avec toutes les nations existantes alors. M» ce contact, auquel Rome devait la civilisation répandot ensuite -au loin par elle avec son code et ses lois ; ce conlaot devint la source de sa démoralisation ; à force de la polir , il Tusa.

Rome avait imprimé à toutes les parties de son vait» empire le mouvement qui devait un jour remporter. Jouet des arrêts éternels , il lui fut interdit de comprendre os qu'elle faisait en insufQant le vertige guerrier aux popola* tiens inquiètes et indociles du nord. Son rôle était rempli; elle devait céder la place et l'avenir à ceux qu'elle avait pr^ cédemment domptés, et qui, à leur tour, recouvrant la coqs* cience de ce qu'ils pesaient dans la balance, allaient reprendre leur attitude de nation. Enfin, et sans que la grande ville pût s'en rendre compte, son heure était arrivée, et elle provoqua le tourbillon dans lequel elle devait disparaître comme dans une vaste et sanglante orgie.

Après avoir tué leur maître > les esclaves enivrés, tooi debout autour des débris du banquet, restèrent un moment» comme effrayés de leur propre audace , à contempler celai qu'ils venaient de terrasser, à se demander l'usage qu'ib allaient faire de leur affranchissement et de leur liberté. Gi mot magique, oublié depuis des siècles sous le poids de b servitude , vint frapper doucement leur oreille. Alors, heiu^ tant du pied le cadavre gisant , les esclaves se partagerait ses dépouilles , et retournèrent chez eux libres et vengés. Long-temps la grande cité, par les seules lois de l'aplomb résista, comme une digue immobile, à tous les flots qui le

aient avec furie. Mais une fois que, perdant son équili- , elle eut commencé à osciller sur son piédestal ; Teffort ant de milliers de bras qui la poussaient, aidé du poids :e corps disproportionné , la renversa en un moment. Et loussière qui la recouvrit en retombant sur elle , Ten- )lit à tout jamais. L'ordre du Dieu des nations, qui avait ï Rome dans sa main , fut accompli. De même encore seul coup de glaive trancha définitivement Tantique moshie visigothe , effaçant jusqu'au nom de ce peuple qui^ Esiite d'une haute puissance , tomba dans le néant. Du ns cette nation conquérante et guerrière mourut les les à la main.

ja corruption morale, le mépris pour les souverains, bli des lois, entraînèrent tant de pouvoirs dans Tabime s fond qui tous les engloutit. Dans ces bouleversements, chutes, ces disparitions de peuples, FEuskarien reste 1 debout , souvenir vivant du passé , témoin des siècles sommés, dont son existence doit attester. i^Euskarien est un autre peuple de Dieu. Immobile det ces monceaux de puissances qui s'accumulent sous ses X, tombées les unes sur les autres comme les morts du mp de bataille; un pied sur ces poudreuses ruines, iiskarien doit à sa pureté constante, à ses mœurs patriarlies , à la franchise de son caractère , à la loyale profonir de sa politique, sa pose de relique sainte des âges mitifs. S'il a toujours combattu pour sa liberté avec per- ;ance, acharnement; c'est qu'il comprenait l'importance sa mission, c'est qu'il se sentait appelé à conserver reliusement le dépôt des libertés du monde , jusqu'au jour l'agrégation des peuples les lui redemandera. 11 a comtu ; il attendra. Du haut de son amphithéâtre de montais, nous le voyons maintenant s'incliner devant l'immua- I volonté, accepter le rôle qui lui est départi de spectaur inamovible des tempêtes qui frappent et pulvérisent les issances , et pendant que les peuples tremblent, regarder, nquille , confiant et ferme , venir les Sarrasins.

HisToiRi DES imm.

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