DEUXIÈME PARTIE
UES iiRABES-llAtJIIKI^
Pendant qu'Alhaur complétait la destruction de Tcmpire TJsigoth par ses conquêtes dans les Aquitaines, un homme surgissait dans le silence des montagnes, au sein d'une population libre et vierge de toute domination étrangère. C'était Pelage, le fils de Favila tué par Vitiza, le cousin du malheureux Roderic qui s'était, par sa fuite chez lesVaseoDS, soustrait à la mort que lui destinait le voluptueux tyran. Avant d'aller plus loin dans les faits, il est urgent de jeter un rapide coup d'oeil sur la topographie du pays.
Deux régions, Doyerry et Burenza, sont couvertes par une chaîne de montagnes qui, se détachant de la ligne pyrénéenne, s'étend vers l'Ebre par Estella, Los Arcos et Viane; etcouvriint le flanc septentrional de la Navarre, se lie aux contreforts dol'Alava, delaBureba et des anciens Cantabres; ceux-ci sont désignés aujourd'hui par le nom de montagnes de Burgos. Séparant les Asturies dos plaines du royaume de Léon, leur continuation pénètre en Galice, et s'avance vers rOcéan occidental. Dans celte mémo direction se trouve la majeure partie de la prévôté d'Olite, coupée par l'âpre et grande chaîne d'Alaïz, et d'autres contreforts qui s'allongent jusqu^aux villes de Sainte -Marie d'Uxue et Saint-Martin de Uns. Dans cette portion sont les vallées de Roncal, de
Salazar, d'Aïzcoa; celles d'Eiro, de Bastan, de Vertii- Arana, les cinq villes qui vont du sud au nord, regardant vers la France, et se rapprochant beaucoup de TOcéan par Fontarabie et le cap alors nommé Oléarso.
Dans ce même périmètre se trouvent encore d^autres vallées qui embranchent avec celles que nous venons de nommer et, descendant vers le midi, pénétrent jusqu'à l'intérieur de l'Espagne. Telles sont celles de Longuido, Urraul, Arze, Esteribar, Ulzama, Larraun et Arraîz; puis celles qui couvrent Pampelune et l'antique Sangueza, aujourd'hui Rocafort. C'est dans ce site sauvage, qu'enceinte de murs et de fortifications, dont après sept cents années de destruction on retrouve encore d'assez nombreuses traces, était une ligne, boulevard opposé aux barbares qui, des basses terres, marchaient sur les Pyrénées. Elle présentait comme un front de défense non interrompu, une ceinture de murailles jusqu'à Pampelune; Lumbier, assise sur un sommet élevé et presque entourée par deux rivières; l'ancienne Elo, aujourd'hui Montréal, construite au pied de l'inaccessible montagne d'Iga; Leguin, forteresse aux abords escarpés et difficiles, dont on voit encore les ruines près d'Urroz; et plusieurs autres villes placées sur les hauteurs, les cimes des montagnes des marches de Pampelune, Sangueza et autres populations déjà nommées.
A ce front étendu et aligné, pour ainsi dire, comme un front de bandiére, servaient d'ailes saillantes et recourbées en croissant , d'autres monts détachés de la chaîne principale comme des rameaux, avec direction vers l'occident, à la mer. Au sud, une branche partie des environs de Sangueza, court par Coseda, le val d'Aybar, Galipienzo, Sainte Martin d'Uns, et Sainte Marie d'Uxue, jusqu'à la conUée dite la Bardena réal. Du nord, les chaînons inclinent légèrement vers l'occident, en partant des environs de Pampelune, où ils commencent à se former. Là encore, la chaîne de Reniega, dont le versant borde la vallée d'Ilzarbe ; Sarbil, que les Yascons nommèrent Handia (grande) à cause de son étendue ; celle qu'ils désignèrent par l'appellation significative d'Urbasa {abondante encan), pour la quantité de sources
([ui en jaillissent. Non loin, les monts Pénicastro, de la Population et de la Sensierra, qui vont rejoindre TEbre. Dans les ouvertures laissées de distance en distance par ces divers bras, s'enfoncent les vallées d'Ollo, Gani, Guesala, Amescoa, ikllix, Ega, Aguillar; les terres de Deyo et de la Berrueza, que les indigènes ont toujours conservées intactes, et victorieusement défendues contre toutes les entreprises des Musulmans.
Aux collines nord des monts Handia et Urbasa, vient se relier la grande montagne d'Arolar, les vais d'Araquil et Burunda, qui servent de frontière aux plaines d'Alava. Tels sont les lieux qui, avec les divers districts de leur circonscription, servirent de digue à Tinondation des Barbares; 2'est là, au pied de ces monts sourcilleux , que s'arrêta le torrent envahisseur.
Parmi les possessions conservées intactes, il faut compter Biussi Jaca avec ses montagnes; Jaca, petit pays que la rivière Aragon enveloppe de ses deux bras, en donnant son nom au royaume qui, depuis, .grandit en puissance et en territoire, et adjoignit à sa couronne celles de Naples et de Sicile. Les Jacétaniens, sujets des Vascons, et leurs tributaires dans des temps déjà très-reculés, firent toujours cause (M>mmune avec eux, et coururent les mêmes chances dans les guerres contre les Yisigoths. Entourés de monts presque inaccessibles, communiquant avec la Navarre par le irai Roncal, ils restèrent également fidèles à la cause des (Gascons dans la guerre contre les Sarrasins. Les Vardules, aujourd'hui Guipuzcoans, maintinrent aussi constamment la possession et Tinviolabilité de leur territoire. Toutes les tralitions, l'identité de la langue à toutes les époques, l'antique "éputation de s'être toujours conservés francs et libres de X)ut joug; réputation qui a traversé les siècles sans {u'aucune voix se soit élevée pour la contredire ou l'attajuer; la configuration des lieux, leur âpreté, leur accès lifficile, inabordable même en quelques endroits : tout X)ncourt à prouver authentiquement la résistance heureuse, l'entière conservation d'une liberté, d'une indépendance intacte par les montagnards.
Il ne faudrait cependant pas s'imaginer que les G vécussent sans supérieur aucun, sans hiérarchie. ] de la liberté n'était pas chez eux une frénésie aveugl fascinait pas au point de ne pas concevoir une iné{ rang et de suprématie. Ils se choisissaient des chefs, titre a toujours été traduit par l'appellation de ducs, impropre que soit ce mot, d'après les idées qui s'y ra aujourd'hui. C'était le véritable dtix des latins, le con le chef, le Buruzagui des Euskariens, celui qui est i Faute d'une expression qui rende mieux le genre fluence et du pouvoir des ducs, nous adopterons jusqu'au moment où la dénomination de Roi viendra placer.
Il n'entre pas dans notre plan de dérouler ici la ! ducs de Cantabrie et des autres districts dont se l'ensemble de cette république modèle. Il nous faut dant, arriver à la filiation de Pelage ; puisque c'est 1 figure de l'époque, le premier qui tira l'épée pour n Ti%-i^ loin de ses frères le joug odieux que le Musulmi voulait leur imposer; celui qui, marié a une noble Yi avait été demander aux montagnes qui avaient v sa mère, un asile contre le poignard de Yitiza.
C'est lui qui leva l'étendard sous lequel accoui ranger les hommes qui, successivement, formèrent par laquelle fut portée la première atteinte au mahométan ; et pourtant il n'avait d'autre moyen tion que la noblesse de son âme, l'audacieuse gran son plan, l'ascendant entraînant de sa vibrante parc lui qui maintint dans le sanctuaire des montagnes < répandit dans les provinces voisines le culle pur c tianisme, sur les débris épars du Croissant qu'il avs C'est lui qui fut nommé roi d'Ovicdo et des Astu que la terreur de son nom protégea contre les Ma point qu'ils n'osèrent plus troubler son règne, encore qui se servit de ce titre dû à sa valeur gesse, pour couvrir de villes les terres de son ob( soit en les fondant, soit en les faisant ressortir dres sous lesquelles les avaient ensevelies les S
lis il n'en voulut ceindre de murailles ni fortifier aucune, ur ne point les exposer à un nouveau sac. Aucun fort ne t élevé par lui dans son royaume. Le guerrier avait rouvé la valeur de ses soldats» c'est-à-dire de son peuple^ iaque tous portaient les armes depuis dix-huit ans jusqu'à npossibiiité de les soutenir; il savait que, tant que leur Bvoure durerait, les fortifications naturelles suffiraient ur les couvrir, les protéger, les mettre en sûreté ; et il ne ulut pas les trop abriter conlre les attaques de l'ennemi. Nous allons donc passer de suite au septième duc des iscons nommé Loup. Il laissa trois fils; l'aîné, Andéca, duc protecteur de Biscaye comme son père et tous ses devan- )r8, avait à gouverner la portion orientale de la Cantabrie, *
la Rioja, et une portion de TAlava, avec la partie monrase de la Biscaye. Bermudo, le second, avait la part cidentale, c'est-à-dire les Asturios de Santillane jusqu'à Icéan et les côtes d'Oviédo. Le troisième, Pierre dit de mtabrie, les hautes et basses montagnes de la Cantabrie, ijourd'hui Vieillc-Castiile. Ces trois duchés comprenaient »nc toute la bande sud des Pyrénées^ et les côtes de )céan, depuis la rivière dite Sella près des Asturies Oviédo, jusqu'à Berméo en Biscaye. Sur les autres points, \ s'étendaient des Asturies de Santillano, par la basse mon- ^e et partie de la haute, jusqu'auprès de Burgos, y comis la Bureba.
Andéca n'eut qu'une fille unique, Bèiinda, qui fut son aritièro ; elle se maria avec un chef vascon du nom de ilchisio, et n'en eut non plus qu'une fille, Baltrude. srmudo, père de Favila, était aïeul de Pelage, marié à indiose noble Yasconne, dont il eut deux enfants : le prince mla qui lui succéda, et Ormîsinde. Alphonse et Fruela irent les deux fils de Pierre duc de Cantabrie et troisième is de Loup VIL Cet Alphonse, que ses hautes qualités et s services qu'il rendit à sa patrie avaient fait distinguer ar Pelage, obtint la main de sa fille Ormisinde. Il devint lus tard le célèbre Alphonse le Catholique, et commença la &rie des rois d'Aragon.
Alhaur, avons-nous dit , conquérait et ravageait la Nar-
bonaise, dernière possession des Visigoths. Dans le cœur des Pyrénées fermentait l'ardent désir de se préserver d'abord, et d'affranchir ensuite toute l'Espagne de la domination arabe. Les Asturiens, Galiciens et Léonais se concer* tèrent généreusement pour relever les ruines encore fuman- | tes de leur malheureuse patrie, et en faire les fondemenb d'une nouvelle monarchie. Ils s'adjoignirent les Biscayens, libres encore ainsi que tous les montagnards, du joug ismaélite. Ces hommes qui s'armaient comprirent qu'il leur fallait un chef, que ce chef devrait réunir une valeur à toole épreuve à une infatigable activité, une audace digne da projet, un coup d'œil et un talent sur, un caractère entreprenant et que rien ne pouvait effrayer ni rebuter. Pendant que leurs vœux l'appelaient, cet homme se dressa devant eux. C'était Pelage qui, mettant habilement et chaudem^ en jeu les puissants ressorts de l'intérêt personnel, de la ; religion et du patriotisme, sut allumer chez des hommes ; déjà préparés par leurs propres sentiments, une ardeur, on enthousiasme qui ne devait plus s'éteindre que dans le sang des Sarrasins.
Ses paroles répandues par ceux qui les avaient avidement recueillies, lui amenèrent de nouveaux prosélytes^ dei soldats ; lui facilitèrent les moyens de rassembler des armes, des vivres en abondance, et de se trouver bientôt en état de braver une attaque. Proclamé roi par son armée, il la voyait journellement s'agrandir. Le bruit de cette élection retentit jusque dans les Gaules. Alhaur l'entendit de ses quartiers d'hiver; il en prévit facilement toutes les conséquences, et comprit la nécessité d'y porter un prompt remède, en empêchant l'affermissement de cette puissance naissante. Il envoya l'ordre de rassembler immédiatement dans la Péninsule one forte armée et de l'approcher des pays en fermentation, afin d'être sur le terrain à la belle saison. Pelage aussi redonbla de précautions et d'activité, ne négligea rien de ce qui pouvait animer ou soutenir la résolution de ses soldats; il leur parlait de leurs devanciers et de la gloire immortelle qui les attendait, eux aussi. Dès que le temps permit le passage des monts, Alhaur envoya, par la Catalogne» une partie
de son armée renforcer le corps d'observation. Âlchaman, capitaine maure d'expérience et de talent qui avait fait toutes les campagnes depuis le commencement de Tinvasion, reçut le commandement de ces forces réunies. Confiant dans le nombre et la valeur de ses troupes, Alcbaman se mit en marche f).
Pelage savait qu'une bataille était inévitable ; et qu'en la perdant, la ruine de sa patrie et du pays qu'il voulait sauver de l'esclavage élait assurée. Confiant, lui aussi, dans sa cause, dans l'avantage de sa position, dans l'ardeur soutenue de son armée, il prit ses dispositions. Âpres avoir exhorté ses troupes à implorer la protection du Dieu des armées, il plaça les moins aguerries sur la cime des rochers qui bordaient et dominaient la vallée de Rio Buegna. Elles avaient Tordre de rester cachées, de laisser pénétrer l'ennemi sans Tinquiéter, sans même se montrer ; de réserver tout leur courage pour écraser le Maure à son attaque de la position principale ; de fondre ensuite sur lui, et de l'achever par un effort général^ lorsque le désordre aurait commencé dans ses rangs. Pour Pelage, il se retira avec des hommes de choix, dans la grotte de Sainte-Marie de Cavagonda, située à côté d'une montagne très-élevée qui commande une profonde Tallée figurant une chaussée bordée de précipices à droite et a gauche, et dans laquelle on ne peut pénétrer que par le montÂuseba.
Alchaman , non moins ardent pour le combat « entra résolument dans le val Rio Buegna avec son armée bien pour- ^'^ Tue de tout, et chercha Pelage. Oppas, l'évêque félon dont nous avons déjà parlée à la tête d'un corps de cavalerie TÎsigothe au service des Maures accompagnait Alchaman. Leur marche commença avec toutes les précautions commandées par la localité. Aucun ennemi cependant ne se présentait; partout le silence, la solitude « un désert. La marche fut activée , le mont Auseba péniblement passé , et les infidèles s'allongèrent dans les vallées.
n Ferrer.— Rod. Toi.— Luc. Tud.— Chron. Var. antiq.— Marian.— Alph. V. Chron. — Lud, Nooù Ilisp.
Âlchaman sut bientôt qu'il approchait de Pelage ; il Isi ta envoya en parlementaire Tévêque Oppas. Celui-ci représenta au roi Timpossibilité de vaincre, Tinutilité de la dé* fense» le danger et les suites de la défaite, et conclut en rengageant à se rendre. < Traître à ton Dieu et à ta patrie,
< lui répondit Pelage, oscs-tu bien« évèque renégat, me con- « seiller d'abaisser devant les ennemis de mon pays et de « ma rjeligion une épce que je n'ai tirée que pour prèsenrer « Tune de la profanation, Tautre de la servitude? Esclave « des mahométans , penses-tu donc que les hommes librei « qui m'accompagnent entendent ta voix impie sans indi- « gnation, te voient sans colère et sans mépris? Crois -tu, « que lors même que je serais assez lâche pour leur corn- « mander d'accepter le joug des barbares que tu viens nom
< offrir, ils obéiraient à ma voix? Qu'ils renonceraient, «comme toi, à la foi de leurs pères? Va rejoindre Um « maître ; délivre • nous de ta présence , et réponds à ton « Arabe que, nés libres, nous vivrons ou périrons avec et « pour notre indépendance. Le for en décidera ; va ! »
Alchaman, irrité de cette réponse, prit aussitôt ses dispositions pour une attaque générale. Les Maures la commencèrent avec furie. La position choisie par Pelage était élevée, et les Musulmans au fond du vallon; elle était d'ailleurs au milieu de rochers escarpés, en sorte que les traits lancés par les Arabes revenaient sur eux et les blessaient Ce jeu du hasard commença leur désordre. Pelage s'en ap6^ eut, persuada a ses gens que Dieu, qu'ils avaient invoqué avee ferveur, touché de leur malheur et de leur foi , combattait peureux. Il sortit brusquement de sa grotte, se précipita comme un torrent sur les Maures qui ne purent souteoir l'impétuosité de son choc, et plièrent devant l'étendard montagnard. C'était la première fois que les fiers enftnii d'Ismaêl se voyaient obligés de rompre.
Dans ce moment d'hésitation, détonnoment, pendaat qu'Alchaman s'efforçait de rétablir ses lignes en désordre et de reprendre l'offensive qu'il avait j)erdue, les chrétiens embusqués sur les hauteurs des deux flancs de la vallée mirent en mouvement de grosses pierres , des quartiers de rochers
fféparés d'ayance. Ils tombaient en bondissant, et acqué- «ent, par leur abrupte rotation» nouveau poids et force lOUTelle. Les Arabes écrasés de tous côtés n'avaient plus keombattre, et ne pouvaient s'abriter contre ces redoutables pojectiles. La confusion devint complète ; la fuite était im- ^ible , le carnage fut affreux. Cent vingt - quatre mille bommes , s'il faut en croire le chroniqueur du grand Âlphon- 16 , périrent dans cette vallée; avec eux Alchaman. L'évôpMi Oppas , prisonnier de Pelage , fut condamné au dernier iqiplice, pour prix de sa longue trahison f).
Quelques débris de cette nombreuse armée , dit Lucas de rdy, ayant réussi à gagner le sommet du mont Auseba , prient les sentiers de la montagne d'x\mosa et descendirent or le territoire de Liebana. Séparés des vainqueurs par une inte distance» les malheureux se croyaient à Tabri de toute Ateinte et de tout danger. Mais ce qui a été touché par e souffle de Dieu no peut *se soustraire à ses arrêts ; si 68 hommes lui manquent pour l'exécution do ses volontés, 68 éléments, les créatures inertes le servent, les montagnes iii obéissent. Les fugitifs, échappés à la hache vasconne, lOX rochers qui avaient broyé leurs compatriotes, côtoyaient I rivière de Deva , le long des flancs d'une montagne dont ne assez longue portion, mi-partie de rochers, surplombait or la rivière. Lorsque ce faible reste de l'armée mauresue arriva à la hauteur de cette partie de la montagne , elle 6 détacha tout à la fois, s'écroula sur les mécréans , et les nterra tous en étouffant jusqu'à leurs cris. Moret et Fajeme tapportent aussi ce fait.
La grande défaite de Rio Buegna parvint promptement à I connaissance de Munuza, commandant à Gijon, ville la plus oisme des chrétiens. Il jugea prudent de s'éloigner et s'aller lettre en sûreté avec ses troupes, trop faibles pour résister une entreprise un peu vive de Pelage. Le roi , averti de ce louvement rétrograde , se mit aussitôt à la poursuite de [onuza , le joignit dans la vallée d'Olables , à trois lieues a-dessous d'Oviédo, fondit sur lui et tailla en pièces tous les
n Chron. Var. Antiq.— Vas». Chron. — Alph. Mag. Chron.— Luc.^ud.
Tuyards f). Cette seconde victoire compléta la première, balaya les Asturies, et commença à inspirer de la temo aux musulmans. Leurs chefs réfléchirent aux dangers de conduire des armées, dans un pays qui n'ofl'rait à leur copidite que des rochers, quelques misérables villages aux musons disséminées , un peuple pauvre et belliqueux contn lequel la cavalerie , principale force des Maures» était m tralisée par la localité. Ils se tournèrent alors vers les Gauleib pays plat et riche , divisé d'ailleurs par des guerres inle» tines, et dans lequel leur avidité et leur courage trouveraierf de plus faciles aliments. Ils levèrent d'énormes impôts sor toute l'Espagne , et commirent tant et de si grandes exio» tiens , que plusieurs points de la Péninsule se soulevèrent
Les Maures eurent aussi des démêlés entre eux , et et vinrent aux armes. Cependant ils s'organisaient; leurs possessions en Espagne reçurent des gouverneurs » dont le pouvoir s'étendait en raison de l'importance de leurs cou* quêtes ; on pouvait même déjà prévoir le moment où cetli' succursale deviendrait assez puissante pour proclamer soi indépendance, décliner la suprématie de Damas , et ne relever que d'elle-même. La valeur, les conquêtes, l'envoi frih qucnt des parts de pillage faisaient les titres aux emplois, comme dans tout gouvernement qui a l'invasion pour prii* cipe, la conquête pour base , et la guerre comme conditioi d'existence (**).
Parmi les chefs les plus brillants , un surtout s'était fsft remarquer; c'était Âbderahman, qui fut élevé à la dignité de Gaféqui. L'armée avait pour lui de l'enthousiasme, l'orgi^ nisation gouvernementale une aveugle confiance; il étail dévoué, téméraire, heureux. Il fut envoyé dans les Gaules; il y entra avec la plus nombreuse armée arabe que l'on eilt encore vue ; plusieurs avaient été réunies en une seole. Leur ardeur du pillage semblait accrue par leur nombre; h renommée de leur chef les faisait se croire invincibles: elles rêvaient la conquête de la France et le massacre des chré-
(') Chron. Var. Anliq.
C*J Les mêmes.— Rod. Toi.— Luc. Tud.
ms qu'elle reDfennait. Celte horde furieuse se précipita, rla Narbonaise, sur le royaume d'Aquitaine, où régnait ides, fils de Boggis et petit- fils d'Aman duc des Yascons. )dérahman avait à venger la défaite et la mort de Zama, rîvée onze ans antérieurement. Vainement le roi, brave et errier, voulut s'opposer au torrent; l'avalanche l'emporta, Técrasa en lui passant sur le corps. Arles , Narbonne, lient été prises et pillées ; Toulouse , la ville royale, subit même sort , après une sanglante bataille dans laquelle ides vit tomber une partie de ses Aquitains et de ses auxiires , les Yascons cis-pyrénéens. Le flot vainqueur se par- ;ea alors en deux ; Abderahman envoya une partie de sa lie ravager la Saintonge , le Poitou, la Touraine, TAnjou; uns même fut assiégée par les audacieux musulmans qui laient frapper la France au cœur. La ville fut cependant ivée par l'intrépidité de son archevêque. L'autre moitié , commandée par Abderahman lui-même, porta sur Bordeaux. Au passage delà Garonne, Eudes retrouva devant lui pour le lui disputer. Mais que pouvaitnrec une poignée de braves, contre une multitude fanati- B? Que pouvait-il avec des troupes composées en majorité I restes de la dernière défaite^ contre des hommes que la lune n'avait pas encore trahis, des hommes qui couraient Miuiller Bordeaux de ses richesses, y porter le feu, y réidre le sang? Celle grande ville fut assiégée, enlevée ■es un assaut meurtrier, malgré sa vive défense; son nremeur fut tué. Les Arabes lui coupèrent la tête , qu'ils portèrent comme trophée ; les habitants furent livrés à yrutale fureur du soldat. Le pillage fut complet « le masre horrible ; quelques rares habitants réussirent à racheleur vie par l'abandon de tout leur avoir. Tant et d'aussi odieux ravages avaient répandu la stupeur la consternation. L'indignation, la honte eurent leur tour, immense cri de guerre et de vengeance s'éleva de la Dche aux Pyrénées^ et retentit des bords du Rhin aux 38 de l'Océan. Les vieilles bandes de Charles Martel, outumées depuis long-temps à vaincre avec lui , secouétla poussière de leurs armes, et sortirent des retraites
dans lesquelles ils se reposaient de leurs travaux et de lent gloire. Toul homme devint soldat, et courut se ranger boqi les drapeaux de Charles , émule de gloire des plus yieiUai cohortes, enflammé par un noble orgueil national. Eudes vaincu, affaibli , avait cependant son injure et le sac de i états à venger. Il releva la tête; et recueillant ce qui lai re»tait de troupes, en recrutant de nouvelles, aidé des Vascon cis-pyrénéens qui lui fournirent un bon contingent , il fiit joindre ses armes à celles de Martel. Le danger était général, la cause commune , Tennemi national ; les deux rivaux qin« plus d'une fois, s'étaient mesurés sur- le champ de bataâk^ oublièrent leur querelle et Tétoufférent dans Tintérèt publie. 733 La première moitié de la nuée arabe, repou^ée de Reims, s'était rabattue du côté de Tours; Âbderahman viol l'y rejoindre avec ses colonnes victorieuses. Pendant ses préparatifs de siège contre Tours, le Gaféqui apprit qu'une Gn^ midable armée s'avançait pour lui disputer la conquête qu'il méditait. Prudent autant qu'intrépide, il ne voyait pas saai peine les excessives richesses dont étaient chargés ses sol< dats. Tant de trésors rendaient les Arabes plus avides, mais aussi, de jour en jour, moins propres au combat, parleur soin à les conserver, leur ardent désir d'en jouir paisiUeflient. La crainte d'exciter quelque mécontentement dans les troupes^ empêcha le Gaféqui d'ordonner, dans ces graiw conjonctures, l'abandon momentané du butin. U pressa même les opérations du siège et avec tant de vivacité que b place fut emportée presque en vue de l'armée française, qû arrivait à grandes journées. Les malheureux Tourangeani furent victimes des plus horribles excès. Abderahman aurait pu les empêcher; il ne fit rien pour les arrêter. Mais tonia mesure se comble ici-bas ; toute chose atteint son tenue, el parfois la fortune se prononce pour la justice.
Marchant Tune au - devant de l'autre , les deux arméss se rencontrèrent le 7 octobre 733, dans les magnifiquei et riches plaines qui séparent Tours de Poitiers. Abderahmai comptait sur le nombre, le courage, l'impétuosité habitudk de ses Arabes, et la constance que la victoire lui avait moutrée jusqu'alors ; il donna le premier le signal du combat. Le
oc de cette armée presque innombrable fut reçu ent et avec solidité ; le combat devint acharné; partielles ne décidaient rien ; la victoire demeura incertaine. Cependant, à force de courage» de sistance, la cause de la patrie outragée remporta. X Abderahman, écumant de rage de voir le Groisaux chrétiens, fit les derniers efforts pour rétablir . Il se portait partout, se multipliait; et pour r l'exemple un corps qui flottait indécis, il se ;e , et de désespoir Tentraina et se précipita avec épais des bataillons français. La brèche qu'il fit sanglante ; mais elle se reforma sur lui : il n'en Lui et les siens y trouvèrent la mort. Abderahman résistance des Arabes devint molle. Eudes, avec ns et ses Yascons auxiliaires, Charles et ses Frannt un effrayant carnage. Trois cent soixante-quinze mes, disent les historiens et chroniqueurs, resté- 1 poussière ensanglantée du champ de bataille, rons, avec Mézeray, ce chiffre exorbitant. Tout ce m aux égorgements du combat et de la déroute, a Narbonne ; Eudes les y poursuivit, les harcela I dans leur fuite, et leur tua encore du monde, restes de ces débris arrivèrent au pied des Pyréf cantonnèrent. La nouvelle de ce désastre arriva en Espagne, même jusqu'en Afrique, et répandit lation parmi les Musulmans, avons-nous dit, vivait tranquille à la faveur de la son nom. Ses succès ne renorgueillirent pas; il rmit point dans une indolente sécurité, et profita fruit de ses travaux, pour asseoir de nouvelles [ des sites bien choisis, et réparqr celles que les 3 la guerre avaient fait souffrir. Un grand nombre s, les plus riches surtout, fuyaient le joug pesant » sous lequel elles gémissaient, et venaient se s la protection de Pelage. Les opulents étaient les jés aux vexations, aux exigences, aux caprices des urs. Ainsi furent promptement peuplées et devinrent
bientôt florissantes, les cités nouTelles ou restaurées par Pelage, et naguère désertes. Le roi, déjà fatigué par «s grands et continuels travaux, obtint de la noblesse l'assocntion de son fils Favila au gouyernement, et maria sa fille r Ormisinde , à Alphonse fils de Pierre de Ganlabrie. Son règne ne fut plus troublé par aucune attaque de la part des Maures. Pelage s'attacha constamment à consolider la p^i^ 737-757 sance dont il était le fondateur, assurer le bonheur de set peuples en guérissant les plaies de la guerre, et les mettant en état d'en soutenir de nouvelles avec succès. Âpres dix ans de règne. Pelage mourut le 18 septembre 737, dans un âge avancé.
Favila lui succéda sans opposition. Il défendit vaillamment ses états contre les Maures, qui vinrent s'y montrer, fonda l'église de Sainte-Croix au territoire de Gangas, et fut tué dans une chasse par un ours. Il avait régné un an; Sainte-Croix reçut sa dépouille mortelle f). Alphonse son beau-frère, neveu de Pelage fut élu par les principaux sei-gneurs. Grand politique^ grand général» guerrier valeureux, prince d'une haute piété, Alphonse l" obtint des succès marqués sur les Maures et laissa, en mourant, ses états plus étendus, plus peuplés, plus riches que lorsqu'il avait pris le timon du gouvernement. Il régna près de vingt ans, mourut en 757, et fut inhumé à Sainte-Marie de Gangeis. La quantité d'églises qu'il fonda, celle des mosquées qu'il avait détruites, lui fil donner le surnom de Catholique.
Sous le règne d'Alphonse les Yascons navarrais avaient profité des sanglantes défaites des Maures, pour faire des tentatives sur les plaines de la NavaiTC^ la Rioja, le haut Ebre et les confins de la Bureba. Du temps des Yisigoths, ils avaient aussi multiplié leurs entreprises sur ces divots quartiers; et depuis leur première occupation de ces contrées, soit par eux-mêmes, soit par colonies, les habitants en avaient conservé le nom de Vascons. Ils les regardaient comme leur propriété ; et en qualité de voisins de TAlan,
CJVas. chroD.— Marian.— Chron. var. anl.— Ferrer.— Luc. Tud.—Rod. Toi.— Turq.
r» plus étendue, ils avaient ajouté à leur nom la désiitîon particulière de cette province et s'appelaient Vas- LS d*Âlava. Peu de temps après la nouvelle conquête j les Navarrais en firent, il s'éleva à ce sujet des querelles re eux et les rois d'Asturie, fondées sur ce qu'Alphonse ait emparé par les armes de quelques cités dans ses iTses de ce côté, et principalement de Miranda-de-Ebro. \ rois s'efforçaient d'y continuer une domination que la lulaiion refusait de reconnaître.
kprès la mort d'Alphonse, les grands élurent par recon- Bsance son fils Froila. Quoique foncièrement ce prince fût îas pieux que ses trois prédécesseurs, il fit cependant lier, au commencement de son règne, un grand zèle pour religion. Il fut choqué de ne trouver que des prêtres 757.758 nés dans tous les desservants des églises, et leur intima •de de quitter leurs femmes, avec défense expresse de les rendre, ni de se remarier jamais. Cet acte arbitraire lui ra la haine des ecclésiastiques, dont le mariage avait été orisé en dernier lieu encore, par un roi légitime et un cile national (*).
)ans une campagne de ce roi contre les Vascons, qui es l'avoir choisi un moment comme protecteur l'avaient Ddonné, Froïla fit plusieurs prisonniers. Parmi ceux-ci t ane jeune personne d'une rare beauté, que les auteurs ornent Monine. Son origine est restée inconnue. Le roi ievint éperdument amoureux, et finit par l'épouser. De e union naquit Alphonse surnommé le Chaste {**). Lbul-Abbas Azefah, usurpateur du Califat de Damas et ehe de la race des Abassides, avait assuré son pouvoir
Fassassinat de Mervan et de toute sa famille, l'illustre B des Omeyas. Un dernier rejeton s'était échappé du »acre des siens et s'était réfugié en Afrique, dans la tribu
Berbères Zénètes, qui l'avaient acueilli, le chérissaient, ■estaient discrets dépositaires du mystère de sa naissance, niques Arabes restés fidèles aux Omeyas, savaient l'exis-
) Ferrer.
V Ghron. rar. ant.
tence el le refuge d'Âbderahman ; c'était le nom du prince. A la suite de quelques manœuvres, ils parvinrent à pe^ suader un bon nombre des leurs, et une ambassade fat envoyée d'Espagne au réfugié du désert. La proposition qu'on lui adressait était dangereuse, et difficile a exécuter; il s'agissait de conquérir le pouvoir dans la Péninsule, avec la seule ressource d'un parti. Âbderahman, confiant en liû, 758-759 ^^^^ Id bravoure des Zénéles qui s'offrirent à le suivre et auxquels se joignit un grand nombre d'Arabes, accepta.
Arrivé en Espagne il combattit, renversa tous ses rivaux; et, vainqueur, établit le siège de l'empire à Cordoue. Il apaisa les discordes des Sarrasins, qu'il avait fait ses subordonnés, et qui allaient devenir ses sujets. Par une coïncidence singulière, le jour même où Abderahman entrait t Cordoue avec la victoire et le pouvoir, les Arabes avaient éii complètement battus par les montagnards, lors de leur tentative d'établir une communication entre Narbonne et l'Espagne. Un empire qui s'établissait à Cordoue et reposait sor la tête d'un seul homme, et d'un homme comme Abderahman, ne pouvait qu'être préjudiciable aux Chrétiens.
Ce guerrier devenu chef indépendant et unique par son épée, prit le titre d'Emir-al-Muménin, ou Commandeur des croyants. Il ne s'était pas encore déclaré Calife; mais il était violemment entraîné par son ambition et les instigations du parti resté fidèle à la mémoire de Mervan et des Omeyas, à se proclamer seul souverain de l'empire mahométan d'Occident, et a créer une puissance en dehors de celle dd Damas. Quant aux Chrétiens, ils affectaient de les regarder comme des sujets rebelles, que les divisions des MaureS' avaient aidés à se maintenir indépendants. Il décida de lei réduire, réunit de grandes forces, el en donna le commandement à Omar, qui se mit en mouvement par le Portugal, déjà soumis à Abderahman ; et d'où il passa sur les terres chrétiennes (*).
Froîla suivait de l'œil les préparatifs des Musulmans; il pénétra leurs desseins et se mit en mesure. Tout ce que le
(•) Rod. Toi— Hist. Arab.— Luc. Tud.— Vas. Chron.
Dyaume pouyail fournir de troupes fut appelé aux armes; '(Nrdre leur fut envoyé de se réunir à un endroit désigné, où Ues furent concentrées. Omar ne soupçonnait pas avec pelle armée il était attendu ; il entra en Galice, où Froïla s laissa paisiblement s'engager jusqu'à Pontumo. La il 'attaqua avec résolution, et dirigea les opérations de cette mporlante affaire avec tant de talent, qu'il culbuta l'armée nahométane, lui tua cinquante-quatre mille hommes, et fit )mar lui-même prisonnier. Il lui fit trancher la tête peu près 0.
Cette victoire fit passer aux mains de Froila les granles richesses que les Maures traînaient toujours à leur uite. Le roi s'en servit en prince sage, et qui mérite de aincre. Il les consacra à la fondation d'Oviédo, dont il omptait faire la résidence royale, la capitale du royaume, A one place assez forte pour protéger et défendre le plat Miys, qu'il projetait de peupler. En attendant l'entière exéiHtion de ces importants travaux, il fit couvrir les nouvelles ;oDstructions de manière à les mettre à l'abri des entreprises les Maures. Un siège épiscopal y fut établi (**).
La défaite d'Omar encouragea plusieurs provinces à se loulever contre l'Emir-al-Muménin, et ce ne fut qu'à force le temps et de sang qu'Abderahman les réduisit. Il voulut [aire lui-même une incursion en Gastille, à la tête de son innée, victorieuse des révoltés. Froila, fidèle au système qui U avait déjà valu un beau succès, laissa le Musulman pénétrer jusque dans la partie montueuse de ses états, tomba 759.768. inopinéinent sur lui, et le défit complètement, malgré ses elMis et ceux de ses soldats. Abderahman s'était convaincu de l'impossibilité de conquérir, encore moins de soumettre un pays fortifié par la nature et habité par un peuple brave et nombreux.
ka premier soupçon qu'avait eu Froïla de cette invalion, il avait engagé les Galiciens à joindre leurs armes aux siennes, comme tout le reste de ses sujets. Leur réponse
f) Ghroo. var. ant.
n Luc. Tud.-^od. Tolet.
avait été une révolte. Froila, obligé de laisser moinentané^ ment cette conduite impunie, jura de s'en venger. Dés qu'il eut conclu la paix avec Âbderahman il marcha an rebelles, les combattit, les défit, les massacra, et traita 1« principaux coupables avec tant de cruauté, que la terreur n répandit parmi les habitants. L'amour et le respect fureol remplacés par la crainte, qui seule maintenait le peuple dav Tobéissance. Froïla s'en aperçut; il vit aussi les affection se concentrer sur son frère Biraman, jeune prince an manières douces, aux mœurs aimables, au caractère conei^ liant. L'humeur du roi s'aigrit, sa sévérité augmenta, h méfiance se joignit à la jalousie ; Froila assassina son frère dans son palais, et de sa propre main.
L'indignation générale enfanta un complot; un assasdi vengeur poignarda le roi. Froïla est le premier qui ait piécédé son nom de la particule Don^ que tous ses successemi ont adoptée depuis, et qui est restée en Espagne, appartenaaea de la noblesse et de la royauté. Elle ne se met cependant qua devant les noms de baptême.
Les grands du royaume craignirent que le fils d'un tel père ne portât sur le trône les mêmes errements ; ils Tet écartèrent. Plus tard, les éminentes qualités de ce prince le replacèrent à son rang. Aurelio, petit-fils d'Alphonse le catholique et cousin de Froïla, fut nommé.
Le premier acte d' Aurelio, que la bonté de son caractère « avait fait distinguer, fut de renouveler le traité de paix aree Abderahman. Le Musulman, qui avait besoin de repos extérieur pour rétablir l'ordre dans ses états, y souscrivit a?ee empressement. Quelques auteurs ont prétendu qu'Aurelie avait trempé dans la mort de son cousin, par le moyen d'oa ' parti puissant par lequel il devait se faire portera la royauté. ) Cette inculpation tombe devant le naturel doux et prudent de ^ ce prince, qui ne se démentit jamais. Dans le cours de soo ^ règne il profila de toutes les fautes de son prédécesseur, poiff ^ 768-774 leg éviter. - ^
Les esclaves maures qui étaient fort nombreux et traita'* avec inhumanité, se révoltèrent en masse et prirent les armes, pendant qu'Aurelio s'occupait à régler l'intérieur de son
Aume. La parfaite intelligence établie entre le roi et ses 3ts, l'habitude d'un état de guerre permanent, firent que loulèvement fut promptement comprimé. Les conséquende cette insurrection tournèrent uniquement contre leurs 3ur8, tandis qu'elles auraient pu devenir graves et fatales chrétiens, s'ils avaient été ekidormis dans l'inaction et [^urie d'une longue paix. Après avoir fait rentrer les >ltés dans l'ordre, le roi restreignit l'espèce de liberté Is avaient eue jusqu'à ce moment, et dont ils avaient se avec tant d'ingratitude. Us s'étaient, eux-mêmes, )vé tout droit de se plaindre, et avaient rivé leurs fers, »sayant de les rompre.
lUcun autre événement ne marqua ni ne troubla le règne reux et paisible d'Aurelio. Il était sans enfants, et son e Bermudo était diacre; en sorte que pour passer paisinent ses jours, il songea à se soulager d'une partie du eau gouvernemental sur un homme digne jle cette agréon. Son choix s'arrêta sur Don Silo, le plus riche et le ( puissant seigneur du royaume. Don Aurelio lui fit aser sa cousine Adosinde, et mourut sans secousse f74, dans la septième^année de son règne. Il fut inhumé Jnt-Martin d'Oviédo, église qu'il avait fondée (*). on Silo fut appelé à lui succéder et prorogea la paix avec erahman, roi de Gordoue. Ce traité avait été conclu âédo, par l'intermédiaire de la reine-mère. On en tira la ^uence de quelque afOnité entre Don Silo et le Maho- %n. Le monarque chrétien s'attachait à suivre ta marche §e par son devancier, et la reine veuve, Adosinde, veil- Bittentivement à faire donner à son cousin Alphonse, fils TOila, une éducation digne d'un prince destiné à porter our la couronne.
Bs Galiciens se soulevèrent; le roi s'avança contre eux
une armée, et trouva les insurgés campés sur le som-
d'une haute montagne. Leur position était forte, leur
lotion grande, leurs retranchements formidables, leur
bre considérable; Taltaque était diflQcile et hasardeuse.
Luc. Tud.— Kod, Toi.— Mai iaii.— Ferrer.— Turq.- Chron, Var. Anliq. t. uoiv.
Don Silo résolut de les déloger. Il gravit là montagne, aborda franchement les rebelles, les battit à outrance et 774-783 ^P^^ ^^^'^ exemplairement châtié leurs chefs, retoama triomphant à sa résidenee de Pravia. C'est le seul événement qui troubla son règne de neuf années» au bout desquelles il mourut en 783, sans postérité (*).
La reine Adosinde , aidée des principaux seigneurs , fit proclamer au trône le prince Alphonse, alors âgé de dix-huit à dix-neuf ans , et doué de qualités essentielles et précieuses. La crainte de le voir hériter des vices et de la cruavié de son père en même temps que de sa couronne, viv«t toujours chez le peuple , et lui inspirait pour ce prince an éloignement dont Alphonse s'aperçut bientôt , et que son oncle Mauregat ne laissait pas d'entretenir et d'irriter en dessous main. Ce Mauregat était fils naturel d'Alphonse I* et d'une esclave maure. Alphonse déclara lui - même quil renonçait à régner sur un peuple aussi mal disposé en sa faveur, et se retira dans des terres qu'il possédait en Biscaye. Le peuple , qui le repoussait comme roi , manifesta hautement son vœu que le prince ne fût point inquiété dans sa retraite. Grâce à cette manifestation, son oncle Mauregat, devenu roi, loin d'avoir jamais rien osé entreprendre contre lui , témoigna le désir de l'avoir pour successeur. Or Mauregat n'était pas homme de bien , et de plus était mauvais roi.
La grande intelligence dans laquelle il vivait avec Abderahman, l'emploi des armes musulmanes pour soutenir ses prétentions au trône, l'encouragement qu'il donnait aux mariages entre infidèles et chrétiens , le rendirent suspect, et méprisable à ses sujets. Pour les; rois, de la méfiance dès peuples au mépris , comme du mépris à la révolte , l'intep valle est court. Cependant la crainte inspirée par l'étroite alliance de Mauregat avec Abderahman , les contint dans l'obéissance , et le roi continua tranquillement son règne. H dura cinq ans; puis Mauregat mourut et ne laissa derrière lui aucun regret.
f) Les mêmes.
Les grands craignaient le ressentiment d'Alphonse, le ^time héritier du trône ; ils n'osaient pas non plus Timoser au peuple, dont ils connaissaient et partageaient sème en quelque sorte les préventions. Dans un but de oncîliation, et de Taveu même de don Alphonse, qui comp- Mt alors vingt -trois ou vingt- quatre ans, ils confièrent le ceptre à son oncle don Bennudo qui , bien que diacre, était narié et avait des enfants. Bermudo roi , appela à la cour e prince son neveu ; et s'élant aperçu que le peuple révélait de son ancien éloignement , il confia à don Alphonse le x>mmandement général des troupes. Le moment n'était pas Hoigné où les grandes qualités d'Alphonse allaient paraître lans tout leur jour, briller de tout leur éclat {*).
Issem avait succédé , dans la royauté de Cordoue , à àbderahman. Soit mécontentement contre le nouveau roi, dont la complaisance envers lui n'égalait pas celle de Mauregat, soit ambition ou soif de conquêtes, Issem se jeta sur las terres de Bermudo. Bermudo , suivi de son neveu Alphonse, s'avança au-devant de lui. Les deux armées se rencontrèrent prés du village de Bureba, dans le voisinage de Burgos. Le combat s'engagea; il fut opiniâtre et sanglant; des prodiges de valeur, des efforts inouïs furent faits de part et d'autre. L'issue ne resta pas long - temps douteuse. Alphonse s'exposa , se prodigua , peut-on dire , avec tant d'intrépidité et de sang-froid , tout en dirigeant les manœuvres avec un grand talent , que les Maures culbutés , mis en pleine déroute, en partie taillés en pièces , furent obligés de fuir.
La gloire acquise par le jeune prince dans cette brillante jonmée lui valut les sincères félicitations des grands , qui avaient toujours eu de rattachement pour lui , et détruisit tout mauvais vouloir chez le peuple , dont les acclamations raccueillirent. Don Bermudo , heureux de ce changement, déclara alors à l'assemblée des principaux du royaume son dessein d'abdiquer en faveur de son neveu. Leur approbation fut suivie de celle de la nation, et le roi, ayant solennel-
n Marian. - Luc. Tud.— Ferrer.— Maycrn.— Vasœ. Chron.
lement abdiqué, Don Alphonse, couronné» rentra dam «s droits. Devenu roi, il ne voulut jamais permettre à son onde,
791 dont la conduite envers lui avait été si noble et si aflectueuse» de quitter le palais. L'intimité la plus parfaiteiégnait entre eux , et Don Bermudo y vécut en simple particulier, jusqu'au moment où la mort le vint frapper. Alphonsell, surnommé le Chaste, à cause de la pureté de ses mœan, transporta sa cour à Oviédo, où il lit relever une église bitie par son père ; il s'appliqua à réformer les abus et rendre md
795 peuple heureux.
Issem s'offensa de ce qu'Alphonse ne recherchât pas son amitié. Pour se venger de ce qu'il regardait comme un dédain, il résolut de reprendre aux chrétiens, au moins une partie du plat pays qu'ils avaient regagné sur les Arabes. Songeant que de vieux soldats aguerris comme les siens et viendraient facilement à bout, Issem ordonna la réunion d'une armée nombreuse en Portugal , et l'entrée en Galice dés que la saison le permettrait. Les Maures » conduits par Macheit^ Scheik d'une expérience consommée , y pénétrèrent sans rencontrer do résistance, et s'applaudissaient d'avoir pris les chrétiens au dépourvu. Ils s'engagèrent ainsi jusqu'à Lados, quartier marécageux, coupé de lagunes et dangereux pour ceux qui n'en ont pas une exacte connaissance. Alors Don Alphonse fondit brusquement sur eux , avec des hommes familiers de celte localité. L'attaque fut tellement prompte et impétueuse, que quarante mille Arabes périrent, tant par le combat, que foulés aux pieds sur les chaussées étroites de ce marais , ou dans les fondrières qui les engloutissaient. Celte défaite affaiblit et découragea les Maures; Don Alphonse ne fut plus inquiété de long-temps et son peuple prospéra promptement (*) .
Issem , mort en 798, laissa un CIs auquel ses deux oncles voulurent disputer le pouvoir ; la guerre civile s'ensuivit, et Alphonse profila de ces divisions pour reconstruire et r^ peupler Drague. Pendant les travaux , Alphonse fit une pointe dans les terres arabes, battit les infidèles dans toutes
(') Chron. Var. Ant. — llist. Arab. — Luc. Tud. — Marian. — Ferrer.— Rod. Toi.— Turq.
les rencontres» et perça jusqu'à Lisbonne qu'il enleva d'aslaut. Enrichi de dépouilles , suivi d'une foule d'esclaves » le coi rentra dans ses états. La même année. Don Alphonse mvoya une ambassade à Gharlemagne. Elle emportait de nches présents^ parmi lesquels une magniCque tente » huit mulets superbement harnachés et huit esclaves pour les conluire, tenaient le premier rang. L'Empereur accueillit trèsbvcrablement présents et ambassadeurs, promit d'aider Don Uphonse dans toutes les occasions et de lui donner des peuves non équivoques de son estinfe et de son aflectioa. Mors encore, Charles était maître de plusieurs places importantes dans la Péninsule ; ce qui donnait plus de poids à sa jirotection. Alphonse fit présent, à cette époque, à la prinâpale église d'Oviédo^ d'une grande croix d'or sur laquelle 1 avait fait graver l'année DCCCXXXVI de l'ère espagnole, pli correspond à 798 de la nôtre.
Louis, fils de Gharlemagne et roi d'Aquitaine était en fuerre avec les Musulmans. Il fit assiéger Barcelone , qui se léfendit avec courage. Alhacan envoya une armée à son 793.812 lecours; mais inutilement. Eki compensation de ce mécompte, le Sarrasin remonta l'Ebre jusqu'à Saragosse, fondit >rusquement sur les terres d'Alphonse qui marcha a eux à a tète de ses Asturiens, Biscayens et Guipuzcoans. Les infilèles furent défaits. Parmi ceux qui avaient pris part à cette guerre , étaient plusieurs mécontents ; de ceux qui avaient x>Dservé leurs injustes préventions contre le roi. Malheureusement , leur nombre était grand, et formait une bonne >artie de l'armée. Après la victoire sur les Maures, ces conjurés, au lieu de remettre l'épée au fourreau, la tournèrent X)ntre Don Alphonse, s'emparèrent de lui malgré les efforts le ceux qui lui étaient restés fidèles , et l'enfermèrent dans tiD monastère. Le roi ne fut cependant pas abandonné de tous ses sujets. Le peuple ne dissimula pas son mécontentement, et flétrit tout haut cette levée de boucliers, de son improbation.
Les fidèles , revenus de leur première surprise , enhardis par la manifestation de la nation , résolurent d'en tirer parti. Theudis , l'un d'eux , auquel sa puissance et ses richesses
donnaient une grande influence « ainsi que ses alliances nombreuses; persuada ses parents et amis de la facilité arec laquelle on pourrait enlever le roi du cloître dans lequel il était détenu. Sortir de cette espèce de prison, c^était remonter sur le trône L'avis de Theudis fut chaudement adopté; Don Alphonse fut tiré de son monastère, le peuple en armes se joignit aux contre-révolutionnaires, et le roi , ramené en triomphe à Oviédo , reprit la couronne et le pouvoir. Il s'en servit pour pardonner; et sa clémence étouffa, presque sur-le-champ^ une faction qu'aurait éternisée la sévérité.
La guerre de la France , qui occupait les Arabes , donna à Don Alphonse le loisir de faire fleurir l'abondance et la justice dans son royaume , qui devint puissant. La paix fol cependant conclue entre les parties belligérantes ; et Alcaman, lieutenant d'Alhacan, fit de grands ravages dans les possessions d'Alphonse. Le roi réunit ses troupes et culbuta l'ennemi.
Le même résultat suivit l'armée d'après l'entreprise d'Omar, accouru avec une armée plus nombreuse que la précédente. Il fut battu et repoussé. Les soins constants des armes chrétiennes amenèrent une trêve. Alphonse en profita pour procurer de nouveaux avantages à son peuple et pourvoir à la sûreté de ses états. Alhacan n'avait d'antre but que d'endormir la vigilance de son ennemi , et de loi enlever, par surprise, avant même qu'il ne f&t en mesore 815-824 ^® '^^ défendre , les belles et riches provinces reconquises sur l'Arabe , et redevenues peuplées et brillantes.
Quelques années se passèrent en observation ; tout-à-cosp une armée de Maures, conduite par Abd-el-Carin, fondit comme un ouragan sur les environs de Calahorra, l'assiégea après en avoir ravagé les environs, et se flatta de l'enleter avant qu'Alphonse ne pût entrer en campagne. Mais le pwdent et valeureux monarque ne dormait qu'armé. Calahom comptait sur sa sollicitude et son activité ; elle se défenfit avec une énergie digne de son importance et de son antique renommée. Alphonse arriva à temps. L'Arabe n'osa se risquer à l'éventualité d'une bataille ; il leva le siège et se retira
honteusement. Plusieurs années de repos suivirent celte sanglante échauffourée.
L'Emir-al-Mumenin » bien qu'affligé par tant d'inutiles tentatives n'abandonnait cependant pas encore ses projets de conquête et résolut de tenter encore une fois le sort des combats. Puissant, il voulut se montrer formidable ; maintes fois déjoué, il prétendit se présenter invincible. Deux fortes armées furent simultanément lancées sur la Galice; Hélic et Âlabés, parents du roi de Gordoue, les commaniaient. Le massacre, le pillage, l'incendie, annoncèrent^ Domme de coutume, rapproche et marquèrent le passage de ses mécréants. Le désastre fut grand, mais court. Alphonse l'un côté^ son cousin Ramire de l'autre, se présentèrent avec leurs deux armées aux deux armées musulmanes. Un même jour vit une double victoire, et les Maures, battus de nouveau, ^acuérent, en fuyant, la Galice délivrée. Le roi fut dès lors paisiblement rendu aux soins de son empire et des peuples que sa sagesse rendait heureux, tandis que sa bonne épée les défendait (*).
A la mort d'Alhacan, roi de Gordoue, la guerre civile s'alluma de nouveau entre les Musulmans. Muhamad, gouverneur de Mérida s'était révolté contre le fils de l'Emir-al- Muménin^ Abderahman IL Plusieurs combats sanglants avaient été rendus indécis par la valeur et la vieille expérience du révolté. Mais les troupes de Muhamad diminuaient; il se jugea perdu s'il était investi , recourut à la protection du roi d'Oviédo et lui demanda l'autorisation de passer dans ses états. Le roi, non-seulement la lui accorda, mais comme il le connaissait brave et vieilli dans la guerre, il passa par^ 034.334 dessus les considérations de religion, et lui confia la garde des frontières de Portugal. Sept ans s'écoulèrent, et Muhamad se montra digne de la confiance royale. A la fin, la foi punique l'emporta; TArabe, fatigué de reconnaissance, ménagea sa réconciliation avec Abderahman de Gordoue, lui demanda un renfort et lui promit de lui livrer la Galice.
n Rod. Tolet. — Rod. Sanc. — Luc. Tud. — Chron. Var. Anl. — Hist. krab. — Vas. Chron.
Le Mahométan sourit avec férocité» à la perspectiye de voir tant de chrétiens retomber dans ses fers; il accueillit la proposition, applaudit a la trahison et envoya avec empressement les forces demandées. Muhamad» à leur tète, se répandit dans le pays, et se fortifia au château de Sainte- Christine , près Lugo , d'où il rançonna rudement la contrée. Â cette nouvelle imprévue Alphonse ordonna à Don Ramire de se jeter dans Lugo, avec les troupes qu'il pourrait ramasser. Lui-même ne tarda pas à le joindre avec des forces plas considérables, et tous deux marchèrent de conserve sur le perfide Muhamad. Son armée était de beaucoup supérieure à celle des princes ; il la rangea en bel ordre » dans une bonne position , et attendit les chrétiens. Ceux-ci , accoutumés à vaincre sous les yeux de leur souverain , se précipitèrent impétueusement sur les Maures. Dans ce premier choc, l'intrépide Muhamad fut tué, et sa tète portée au roi au bout d'une lance. Le chef mort , le désordre se mit parmi les infidèles ; quarante mille mahométans périrent, et le château, rempli de richesses, se rendit au vainqueur. Ce succès fut suivi de plusieurs autres ; car les armes d'Alphonse restèrent constamment heureuses contre les Sarrasins (*).
Il est nécessaire de fixer ici un point de controverse soulevée par une erreur volontaire des auteurs espagnols , et d'une partie des chroniqueurs; erreur trop légèrement adoptée, ou plutôt acceptée sans examen par la plupart des écrivains. C'est la date de l'élection du premier roi de Navarre. Le profond Zurita, Luis del Marmol , Rodrigue Sancius, Lucas de Tuy, Tarafa, Beuterus et autres, varient tous sur l'époque, et leur désaccord embrasse une période de quatre-vingt-onze ans; c'est-à-dire depuis 870 jusqu'à 961 . Le savant Oyhenart compare les différentes ve^ sions, consulte Garibay, Sandoval, Rodrigue de Tolède; exhume les chartes , les mémoires et finit par découvrir la vérité ; il nous la montre brillante et sans réplique. Le résultat lucide et patent des recherches du consciencieux et profond contre versiste, démontre que le premier roi fut Eneco,
(•) Les mêmes.
)u Inigo Garcia, surnommé Arizta , qui régna jusqu'en 836. Ses deux fils, Eneco Ximénèz et Garcia Ximénèz, lui succélérent alternativement et furent remplacés à leur tour par' jarcia Eneco , de la famille d'Aznar, comte d'Aragon. Puis rient la série des rois dont nous aurons à parler.
Le P. Moret, suivi en cela par tous ceux qui ont écrit iprès lui, et qui a voulu prendre pour guide des documents |ui l'ont égaré , aurait bien pu se régler sur Ôyhenart et ses lutorités , puisque ce dernier l'avait devancé de cent vingtlait ans ; mais il ne l'a pas voulu. Il a mieux aimé embraser une fausseté, s'il ne l'a pas créée. Il y a mieux; il 'évertue à la légilimiter par des raisonnements qui man- [uent sinon d'apparence, du moins de base. Moret fait un nchevétrement difficile à concevoir; reproduit deux fois les oêmes individus à des époques différentes; sans autrement e gêner, il leur conserve le même nom , et se contente de Bs numéroter pour s'y reconnaître; bouleverse , culbute les énérations ; intervertit les places fixées par les lois de l'orire de naissance ; métamorphose les fils en pères ; replace nsuite les pères à leur endroit, leur restituant^ comme lescendants, ceux qu'il venait de faire sérieusement figurer tn qualité de leurs auteurs et leurs devanciers dans la vie it la royauté.
Les dates subissent aussi une altération relàiarquable. i'est ainsi que Moret institue de son autorité privée Garcia Ciménèz, et le proclame en 718; puis il le tue^ tout aussi ^névolement, en 758, après avoir régné et guerroyé , dit-il, lendant trente-sis ans, contre les Arabes. Or, de compte fait, let intervalle contient quarante ans.
A ce roi, il fait succéder Eneco ou Inigo Garcia, qu'il surlomme Arizta. Soit dit en passant Eneco Arizta était le père le Garcia , et ne régnait qu'environ cent vingt ans plus tard \ae ne le dit Moret. Mais ne nous arrêtons pas à cette bagaelle; continuons. Moret fait donc remplacer Arizta par son \ère, Fortunio Garcia, que suivit, en 804, Sanche premier. 2e prince, mort sans enfans, laissa le trône à Ximenolniguez, Bis d'Inigo Garcia et neveu de Fortunio Garcia ; toujours selon le savant jésuite. Il y avait, par conséquent, déjà qua-
rante-huit ans de la mort d'Inigo. Âpres un règne de près de trenle^eux ans , il mourut vers la fin de 857, et son frère, Garcia Ximénéz , prit la couronne après lui. Voilà donc environ soixante-quinze ans de connus, sans compter les années de Ximeno, lors de la mort de son père. Son frère Gareîa n'avait pas moins de quatre-vingts ans , à ce compte , lors de son avènement. Ce roi-là du moins avait Tâge de maturité; et comme Moret le fait mourir en 885 ou plutôt , dit - il, en 886, c'est-à-dire vingt-neuf ans après, cela fait que le roi, lors de sa mort, avait atteint le superbe chiffre de cent neuf ans ! il était temps ; et c'est une belle carrière^ dont les historiens n'auraient pas manqué de remarquer la dimension, tout-à-fail en dehors des proportions ordinaires. Mais il fallait à notre auteur combler la lacune de cent dix-huit ans, dont il vieillit gratuitement la monarchie navarraise; et le moyen de faire vivre un prince au - delà d'un siècle , pour atteindre une date, est neuf, des plus rares à la vérité, mais aussi le plus sûr.
 partir de ce moment Moret reprend et suit la filière réelle; il a touché son but. Mais ce but, quel estril? Pourquoi cette jonglerie d'années, cette supposition de faits, cette superfétation de rois? Il est de toute évidence que le premier roi de Moret est transposé; que le prince Fortunio Garcia est une interposition bénévole , et qu'il le fait , sans plus de raison , frère d'Inigo ; tandis qu'il le reproduit plus tard, sous la même dénomination, avec la précaution d'une imposition de chiffre pour la nomenclature ; il en fait Fortunio II : c'est une vraie danse macabre. Fortunio fut le quatrième roi de Navarre , et le seul de ce nom. Moret intercale encore un Sanche Y\ fils de son Fortunio , ou plutôt de sa mensongère élucubration , et cousin germain de son successeur, Ximeno Iniguez. Dans la nomenclature vérita* ble , Sanche est fils de Garcia Iniguez et frère de Fortunio;. non son fils.
Moret couronne ensuite le fils de Garcia Ximénéz, et le nomme Fortunio II , dit le moine; puis surgit un Sanche II, frère et remplaçant du moine. Â la bonne heure; voiti comme , après avoir créé une patronymie , on fait une des*
tendance tout aussi exacte , et compose une famille à ceux {ui en sont privés. Car, malheureusement pour Moret, dans a vérité , Garcia Ximénèz et la reine Toda sa femme , moulurent sans enfants. Garcia Inigo ou Eneco, le cinquième roi le Navarre » fut élu dans la famille du comte Aznar d'Ara- [on , faute de succeseurs directs. Il fut père de Fortunio, le Sanche V\ de Ximena ou Chiméne qui fut mariée à Uphonse III ou le grand, roi des Asturies; et enCn, d'Eneca m Iniga qui , veuve de Fortunio Aznard , épousa Abdalla» it devint une des souches des rois de Gordoue. Ainsi en 'eclassant les générations selon Tordre des naissances , on rouve le double emploi fait par Morel » et Ton découvre sa opercherie.
Maintenant examinons ses motifs , et voyons s'il est d'un Labeur^ grave comme Moret , d'un révérend père jésuite, de rëmper ses lecteurs , par le mensonge d'une fantasmagorie ans excuse légitime » comme sans fondement. Ses raisons? [ n'en a qu'une , seule et unique ; il n'a pas voulu que la aonarchie asturienne fut plus ancienne que celle de Naarre; il a pris Tannée 718, celle de la nomination de ^élage , pour enfanter son Garcia Ximénèz , de peur que la lynasUe d'Oviédo ne réclamât le droit d'aînesse. C'est bien mesquin.
Jusqu'à la promotion d'Eneco au titre de roi , la Navarre
avait eu ses Ricombres, ses cheb, ses ducs. Leur pouvoir
était assez large, mais très - subordonné, il ne se trou-
Tait dans tout Tentier de son étendue que pendant les
guerres, alors qu'ils commandaient l'armée. Pour les temps
ordinaires c'était suffisant; la république marchait avec
ensemble , chacun y mettait du sien , et rien ne périclitait.
Mais Tarrivée des Maures avait bouleversé la marche et le
ijstème politique de toute la Péninsule. 11 fallait actuelle-
tiient partout un pied de guerre permanent ; c'étaient sans
cesse des incursions à repousser, des excursions à faire , des
incendies à éteindre chez soi pour les aller porter et allumer
ailleurs , des égorgements à éviter ou à venger par d'autres
massacres ; en un mot, tout était trouble, combustion, furie
ou terreur. Une convulsion générale ébranlait le territoire
espagnol jusque dans ses moindres subdivisions; et les montagnes , et la France elle-même , avaient tressailli sous cette terrible commotion.
Ce genre de vie forcé , avait amené la licence , résultat assez habituel d'une existence , d'un état précaire et agité. De graves désordres s'ensuivaient, et le jeu de la machine politique et sociale était insuffisant pour les arrêter ; était trop compliqué pour agir avec Tinstantanéité nécessaire. Un chef, une tète , un vouloir unique , prompt et fort devenait indispensable. Ce n'était plus contenir, c'était réprimer qo'Q fallait. Alors les états navarrais regardèrent du côté des Asturies , et virent que , par la royauté , la guerre recevait une direction et avait un but qu'elle atteignait; que le tiraillement dangereux et nuisible de volontés divergentes , se perdait dans la volonté motrice ; que la force concentrée acquérait plus de puissance, et qu'enfin la représentation nationale y gagnait en dignité comme en solidité.
Les états conclurent à imiter un exemple qui leur présentait des avantages incontestables , et dressèrent leur code royal, peut-on dire, faisant leurs réserves de liberté, créant un pouvoir supérieur, mais non absolu. La décision fat approuvée par le peuple, qui en comprit toute Timportance. L'assemblée des trois états régla jusqu'au cérémonial de la proclamation des rois. Nous allons nous borner à ce détail; l'esprit des Fors, ou lois, ou constitution, se reconnaîtra facilement à la manière dont les souverains gouvernèrent. D'ailleurs nous en parlons dans la dernière partie de cet ouvrage , et donnons des extraits des Fors qui régissaient peuples et royauté des deux versants pyrénéens. Ce cérémonial présente quelques pratiques intéressantes et conserve un ensemble chevaleresque , et quelque peu emblématique.
L'aspirant ou l'élu faisait d'abord sa veille d'armes dans la cathédrale , et y passait la nuit, comme pour être armé chevalier. Nul autre ne pouvait l'être ce jour-là. Le lendemain matin les états se rassemblaient dans l'église. Sur l'autel devant lequel le futur roi avait fait sa veille , étaient l'épée , la couronne , la pomme d'or et le sceptre. Le prince royaLnUait alors le genou devant le plus ancien des barons,
royaLnUait a
i lui adressait ces mots solennels : « Toi qui n'es pas plus |ue chacun de nous, et qui es moins que nous tous; ures-tu d'observer nos Fors et de maintenir notre liberté ? -Je le jure, répondait-il. — Eh bien, répliquait le vieillard, iois notre roi. » Puis venaient les serments que prêtait le î, aux termes du For national. Les Navarrais, le peuple
monde le plus fier et le plus jaloux de sa liberté, igeaient souvent du nouvel élu un serment d'une loueur excessive , rédigé par les états-généraux , et dans leel on faisait figurer Ténumération textuelle des principaux trs ; par exemple celui qui prescrivait au roi de ne battre 'une seule monnaie pendant tout son régne , et de main* lir pendant douze années , à partir de son avènement , la >Dnaie actuellement en circulation. La teneur du serment lînaire prêté par les rois de Navarre était celle-ci , que prince, debout à côté de l'auteh en costume de simple uyer, prononçait à haute voix :
« Nous, N...., roi de Navarre, etc., jurons aux Navarrais lur cette croix et cet évangile que nous touchons de notre main, et à vous prélats, ricombres, infançons et députés, H à toul le peuple, relativement à vos droits, privilèges. Fors , lois , libertés et franchises , savoir : que chacun d'eux sera par nous religieusement observé , conservé et maintenu «durant tout le temps de notre vie. Nous jurons de ne jamais les empirer, mais au contraire de les rendre meilleurs et plus favorables. Nous jurons de réparer tou9 les griefs qui vous ont été faits par nous, ou nos prédécesseurs , ou nos officiers , ou qui vous seraient faits à Tavenir, et ce sur le droit et justice qui nous seront remontrés. »
Les barons et ricombres juraient après le roi en ces tories : < Nous barons et ricombres de Navarre , en notre nom el en celui de tous les infançons et guerriers , jurons sur cette croix et cet évangile que nous touchons de notre main, de fidèlement servir et défendre votre personne et votre terre ; et de vous aider de tout notre loyal pouvoir à maintenir et défendre nos lois et nos libertés. »
Alors , le roi ceignait lui-même Tépée , qu'il prenait sur
Tautel ; il la tirait brillante du fourreau, et Fagitait trois fois en Tair au cri de Roi. Il prenait ensuite la couronne , et se la posait lui-même sur la tète ; saisissait la pomme d'or et le sceptre, et s'élançait sur un large bouclier préparé à cet effet. Ce bouclier, traversé en dessous de six doubles barres de fer, était élevé en Tair par six ricombres et six députés, lils le portaient à hauteur de leur tête et le montraient au peuple aux cris trois fois répétés de : Le Roi ! < Et ce faict, « ajoute un vieux chroniqueur, ly roy s'en ua en son hostel, « et chascvns av syen ; et ua chascvn là ov y uevt. Ne avlrcs « feavtes , ne avtres hommages ly roy ne reçoict des Navar- « rais, ny ils plvs de Ivy qve dict est. »
Le choix d'un bouclier pour pavois indiquait assez clairement la mission militaire et protectrice du roi ; les deux états rélevaient et le soutenaient , comme pour lui dire : « Tu ne te tiens que par nous là où tu es , et nous qui t'exal- « tons, il nous est tout aussi facile de te renverser. » L'empreinte du génie indépendant des Navarrais, comme celle du siècle tout guerrier qui la vit s'établir, se retrouve dans cette cérémonie. On peut conclure de tout cela , que le roi de Navarre était le premier magistrat de la république.
Le pacte social ne lui conférait que le pouvoir exécutif; et non pas encore dans la plus l,arge acception du mot. Quant au pouvoir législatif, il résidait exclusivement dans la repré* sentation nationale des états-généraux. Ceux - ci se composaient des bons-hommes ou députés des villes et communautés du royaume , dont le nombre variait depuis sept cent jusqu'à huit cent cinquante; des écuyers, des infançons, des ricombres; de cinq prieurs et de l'évêque de Pampelune, représentant le clergé. Les divers membres des états votaient individuellement, sans privilège; la réunion avait lieu, de droit, au moins une fois par an, même sans édit de convocation de la part du roi. La durée de la session était illimitée; les états seuls prononçaient leur clôture. En cas de dissidence entre le roi et les états-généraux , des arbitres étaient choisis de part et d'autre , et leur décision était sans appel. Avant de se dissoudre l'assemblée offrait certaine contribution au^ roi , à titre de présent ; parfois elle la refusait pour
marquer son improbation. Les états avaient le droit de dé« poser les gouverneurs du roi , lorsqu'ils en étaient mécontents» ou lorsqu'il y avait quelque grave infraction.
C'est donc environ vers l'époque à laquelle nous sommes irrivés que régnait le premier souverain navarrais, Eneco Garcia » le vaillant comte de Baigorry, issu des anciens ducs les Basques sortis de Gisèle et Garibert. Eneco habitait, ians la Basse • Navarre , le bourg de San Estevan , alors appelé Harilaela, du mot euskarien haritz qui signifie chêne. Cette circonstance explique le surnom de Haritztarra , deifenu par corruption Arizta, que le roi Eneco porte dans l'histoire, comme aussi du chêne qu'il fit représenter sur l'écu de ses armes, avec une croix d'azur. Emblèmes parlants de l'époque fanatique et guerrière où deux' religions, leux nationalités rivales se disputaient avec fureur la possession de l'Espagne. .
Chargé dé gloire, d'années et de fatigues, Alphonse III lemanda et obtint des états-généraux, en 835, la couronne M>ur Don Ramire, son cousin. L'année suivante Eneco Lrizta périt en combattant les Maures, et les Navarrais élevé- "ent sur le bouclier le prince royal Eneco , ou Inigo Ximéléz, que les chartes navarraises désignent sous le nom de ïnecoren Semenoa, ou fils d'Eneco.
La guerre continuait toujours avec acharnement dans la jialice, et les avantages étaient balancés par des revers. En nème temps les Navarrais ravageaient tout le pays soumis aux Haores, jusqu'à Galahorra. Alphonse le Ghasle avait remis le goavemement à Don Ramire ; il mourut en 842 , universellement regretté. Il avait soixante-dix-sept ans et comptait quarante-quatre ans depuis son avènement.
Cette nouvelle vint trouver Ramire en Alava ; il apprit en même temps qu'un certain comte Népotien, seigneur ambitieux et rusé, avait profité de son éloignement pour le supplanter. Népotien avait persuadé, à force de promesses, à plusieurs seigneurs qu'il annulerait facilement l'élection de Ramire et les dispositions d'Alphonse, et que, par eux, il se maintiendrait sur le trône. Les grands, gagnés, le nommèrent roi , et Népotien leva aussitôt une armée pour soutenir ses
prétentions. Don Ramire informé de tout se rendit sur • le* champ en Galice > prit le commandement des troupes nssemblées à Lugo , et s'avança vers les Âsturies. NépotijBO, qui voulait combattre le phis loin possible de la capitale, vint au-devant de Don Ramire , à la tête de soldats ramasséi et par intimidation et à force d'argent. Quand les armées furent en présence , celle de l'usurpateur l'abandonna et passa au roi. Népotien s'enfuit. Deux seigneurs, un momeot ses complices ou plutôt ses dupes » le poursuivirent , l'attàgnirent et le livrèrent au roi. Le comte rebelle eut les yein crevés et fut enfermé dans un monastère. Ramire e&tn triomphant à Oviédo.
Le roi de Navarre agissait vivement contre les Maures et remportait des victoires sur les généraux du roi de Cofdoue. Pendant ce temps - là , les Normands , pirates audacieux et dévastateurs, parcouraient les côtes d'Espagne, et firent une descente à la Gorogne. Le pays fut dévasté et brûlé. Ces forbans s'étant imprudemment avancés dans les terres , Doo Ramire les coupa de la côte , les combattit, en tua un grand nombre , fît beaucoup de prisonniers et brûla une partie de leurs vaisseaux. Ces redoutables hommes du nord continué- S44-SI9 ^^^ long- temps à inquiéter le littoral soumis aux Maures, mais évitaient les terres de la dépendance de Ramire. La renommée du roi et le respect de ses voisins furent les conséquences de l'avantage signalé que Ramire avait remporté sur les Normands^ terreur du continent, et jusqu'alors presque toujours victorieux. La gloire dont brillaient les premières années de son règne ne le mirent pas à l'abri des troubles intérieurs. Deux des principaux seigneurs de la cour^ qui avaient le privilège des entrées chez le roi, corn» plotèrent de l'assassiner. La conjuration découyerte éclata en révolte » que la prudence et la fermeté de Ramire eurent bientôt abattue. Deux des chefe furent pris; l'un, Âldoroite, eut les yeux crevés; l'autre, le comte de Piniolo, eut la tête tranchée, selon Roderic de Tolède, avec ses sept fils, par sentence des états du royaume Ç).
C) Luc. Tod. — Mariao— Rod. Tolet. — Vasœ. Chron.— Ferrer— Tarq. — Rod. Sanc— Chron. Var. Ant.
Abderahman II régnait à Gordoue ; il imagina que Ramire lit contribué aux désastreuses descentes des Normands r ses cotes. Instruit des troubles intérieurs qui occupaient prince 9 Abderahman entra à la tète de toutes ses forces r les terres du roi chrétien. Ramire , vainqueur des relies et sans remettre Tépée au fourreau, marche au Musulm, le rencontre^ tombe sur lui à Timproviste et l'écrase, laraute mille Maures périrent. Don Garcia et Don Ordogno^ premier frère » l'autre fils du roi , se firent brillamment narquer dans cette affaire. Ramire profita de Tenthousme occasioné par la jeune valeur de son fils , pour sellier les grands en sa faveur. Pour récompenser le prince donner au roi une marque de leur respect et de leur ection, les seigneurs du royaume proclamèrent Don Ordocollègue et successeur de son père.
CJne grande sécheresse suspendit alors la guerre jusqu'au intemps de 849, dans toute l'Espagne. La plupart des iéres furent taries dans leurs sources , les arbres séchéit sur pied ; des nuées de sauterelles , poussées par le nt du désert , achevèrent de dévorer un reste de verdure jà brûlée par le soleil. Les Maures souffrirent horriblemt du fléau ; les chrétiens , à l'ombre des Pyrénées, n'en *ent pas entièrement préservés. Plusieurs familles de Ganirie et de Navarre émigrèrent momentanément vers le DQté des Basques.
Abderahman n'avait pu oublier le sanglant échec qu'il ait éprouvé, en personne, quelques années auparavant. Il nservait le vif désir d'en tirer une éclatante vengeance. fit appeler aux armes du haut des minarets. L'obéissance souverain était chez les Musulmans le premier des devoirs; roi de Gordoue eut bientôt une multitude de soldats, et une nouvelle irruption dans les états de Don Ramire. aussi grands préparatifs n'avaient pu se faire à Tinsu du i qui , de son côté, avait pourvu à sa défense. Les armées rencontrèrent dans les plaines de Glavijo. Le sort des mes se déclara contraire à Don Ramire ; son armée fut faite, il perdit beaucoup de monde, et la nuit, qui arrêta carnage, donna aux chrétiens le temps et la facilité de se
rallier. On dit que pendant cette nuit Saint - Jacques de Gompostelle apparut au roi d'Oviédo pour l'encouragera retourner au combat; lui promettant son intervention , et même de combattre en personne avec ses troupes. Cette nouvelle répandue le matin dans l'armée y reçut croyance, et les chrétiens, honteux de leur défaite de la veille, fiers du secours promis par un des douze anciens apôtres , brûlaient d'en venir aux mains de nouveau.
Don Ramire profita de leur ardeur et les mena à l'ennemi. Les Arabes regardèrent ce mouvement agressif comme une témérité. Sûrs de vaincre une armée que la veille ils avaient battue et décimée , ils chargèrent les chrétiens avec désordre et sans se former. Mais les troupes de Ramire étaient excitées par la présence du saint apôtre qui , monté sur un cheval blanc, assista à toute la bataille. Les Maures, étonnés de la vigueur avec laquelle fut repoussé leur choc, hésitèrent ; les chrétiens redoublèrent d'efforts et firent plier les cohortes d'Abderahman. Galiciens, Biscayens , Guipuzcoans, Navarrais, Asturiens, tous rivalisèrent d'ardeur, tous voulaient se faire remarquer par le saint. Un incessant acharnement^ un enthousiasme toujours croissant, finirent par rendre inutile la courageuse opiniâtreté des Musulmans. Taillés en pièces par les chrétiens, ils furent obligés de fuir le champ de bataille , jonché de soixante mille des leurs. Cette victoire fut la plus signalée de tout le règne de Don Ramire. En reconnaissance du secours inespéré qu'était venu lui apporter Saint-Jacques , le roi fit vœu , pour lui et toute l'Espagne, de payer à Tèglise du bienheureux un certain tribut annuel (*) .
Si nous citons ce fait si singulier il n'en faut pas conclure pour son authenticité ; car ses apologistes eux-mêmes s'attachent à en démontrer la fausseté. Seulement, comme il a fait beaucoup parler de lui nous avons jugé qu'il était au moins convenable de le rapporter. Peut-être aussi cette fable a-t-elle été un subterfuge inventé par Don Ramire, ré*
HRod. Tolel.— Luc. Tud.— Mariana.
indu ensuite dans l'armée qui raccueiilit comme vérité ins ce temps de superstition» et combattit avec fanaune et confiance. Quoi qu'il en soit, la victoire en réilta C).
Don Ramire ne songea plus qu'à la tranquillité , au bonsur de ses peuples, à faire des fondations pieuses, de laritables institutions. Assez de gloire avait illustré sa vie; ne voulait plus penser qu'à assurer la paisible possession 1 trône à son fils Ordono. Ramire avait procuré à ses peu- 68 un bienfaisant état de calme; il les avait mis en état de ) rien redouter de leurs voisins , jouissait de leur sincère faction due à ses services , applaudissait au mérite person- 3l de son fils, et le voyait sans difficulté, sans entraves, jvenir son heureux successeur. C'est avec cette consolante «urance que Don Ramire , après un régne de sept ans, endormit dans le seigneur. Il fut inhumé en 850 dans %lise de Notre-Dame d'Oviédo.
Le règne d'Inigo Ximénéz ne fut qu'une guerre contre les aures ; Euloge parle dans ses lettres des victoires du roi irétien de Pampelune sur le Mahométan de Gordoue, Abdeihman II. Le savant pèlerin avait fait quelque temps auiravant un voyage dans les Pyrénées, visité les monasres de Navarre, et s^était arrêté quelques jours chez Guil- BÎndo évêque de Pampelune. Ce prélat joignait à la fouleuse valeur d'un écuyer de la montagne , le goût de la )ésie et des lettres. Il fit présent au saint voyageur de quelles exemplaires de Virgile, Horace, Ju vénal et quelques itres beaux génies de Rome , sans oublier les auteurs naonaux , Prudence et Quintilien. Le peuple de Navarre avait Dur lui sa littérature traditionnelle, ses contes, et les chants 8 ses bardes. La littérature latine était réservée à l'éducation 3 la classe riche. Elle était familière au clergé, et charmait is loisirs du cloître où les guerriers de la montagne, mulés par le fer musulman , après avoir long - temps servi la îligion et la patrie , venaient s'enfermer pour exercer l'hositalité.
(*) Vas». ChroD.— Ferrer.
La paix qui marqua les derniera joundn roi Ximénéz ne fut point oisive. Il en profita pour faire construure de nouvellM forteresses et bâtir la ville de Sainte- Marie • d'Uxue. Cette ville fournissait aux rois de Navarre mille fantassins et doquante écuyers. Inigo Ximénéz» après avoir présidé à son édification, mourut en 850. Les annalistes chrétiens de Tépoque semblent avoir emprunté des historiens , ou plutôt des conteurs and)es, le goût des fictions et du merveilleai. Ils rapportent très-sérieusement que trois brillants météores sortis des Pyrénées traversaient les airs, inondant toute PEs* pagne de clarté, et allaient s'éteindre dans l^Océan. Ce prodige , renouvelé plusieurs jours de suite , devait prédire la mort du roi de Navarre , celle de Don Ramire d'Oviédo , et celle d'Abderahman de Gordoue , qui effectivement eut liea vers le même temps. Le successeur de Ramire fut Ordoflo I**; celui d'Abderahman, Muhamad I"; et le>roi de Navarre fot Garcia Ximénéz. L'avènement de ces trois princes également avides de gloire et à la fleur de Tâge, devait nécessairement devenir le signal d'une nouvelle guerre.
Don Ordono continuait l'exercice de la royauté , et la majorité des grands de l'état en parut satisfaite. Plusieun néanmoins fomentèrent des troubles parmi les Yascona d'Alava, qui appelèrent les Maures à leur aide. Avan{ Tarrivée de ces auxiliaires Ordono, à la tôte de troupes d'élite, fut aux Alavais et les réduisit. Pendant sa marche de retour il apprit l'entrée en Alava des Mahométans, qui amenaient le secours demandé. Une contre-marche vive et bien couverte lui fit surprendre lôs Arabes dans leur camp. Il tomba sur eux et les écharpa , pendant qu'une faible partie cherchait, par une fuite précipitée, à échapper au ferda vainqueur. Muhamad, aidé par son activité naturelle et l'obéissance passive de ses peuples , organisa une grande armée , prévint les chrétiens et se jeta sur la Navarre , oi il s'empara de trois citadelles que l'histoire ne nonune
Il fut interrompu dès le début de cette campagne , par
(•) Turq.— Marian.— Luc. Tud.— Ferrer.— Vas». Chron.— Chron. var. ant.
e révolte qui eut lieu dans ses états ; c'était Labia • beniza, Vali de Tolède. Homme de guerre et de mérite, il lit rallumé la guerre civile dans le califat de Gordoue. dono, de retour à Oviédo, applaudit à ce mouvement et ppuya d'un corps de troupes qu'il envoya aux Tolédains, ntre lesquels s'avançait déjà Muhamad. Le calife était in- S50-S57 mé de toutes ces particularités ; il resta caché dans les mtagnes avec le gros de sou armée , envoya le reste camr sous les murs de Tolède , et donna au scheik chargé cette manœuvre , Tordre d'affecter les plus grandes pré< ntîoDs et même de l'inquiétude , au moindre mouvement s insurgés.
Le plan du calife réussit. Muza croyant n'avoir en tète 'une simple avant-garde voulut la détruire avant l'arrivée corps principal , et fit une sortie avec toutes ses troupes les auxiliaires chrétiens. Fidèle aux instructions de Mumad le scheik eut l'air de se méfier de ses forces, rea l'engagement, battit en retraite en bon ordre , et en nbattant juste ce qu'il fallait pour se couvrir et se faire pourvre. Les révoltés encouragés par ce mouvement rétrode, ne voulurent point laisser échapper une victoire qui qblait ne reculer devant eux que pour devenir plus comte et suivirent l'ennemi , toujours le serrant davantage, qu'à la vallée de Guadacelette. Là, le scheik s'arrêta, fit e aux rebelles , et l'armée entière du calife cerna l'enni en poussant de grands cris. Alors commença le car- {e; douze mille des révoltés et huit mille chrétiens rougiit la vallée de leur sang. Ceux qui échappèrent au masire coururent se renfermer dans Tolède, résolus à se Tendre à outrance. Muhamad fit élever plusieurs monceaux tâtes , comme trophée de sa victoire ; usagQ digne des irs de la barbarie. Malgré ce revers Ordono continua ses sours aux Tolédains , et pendant qu'il occupait ainsi les idéles chez eux , il fit entourer de fortifications et de muilles Léon et Astorga, et y érigea des sièges épisco-
D Luc. Tud.— Rod. Tolct.— Vas». Chron.
Muza avait porté ses armes de Pautre côté des Pyrénées, dans l'Aquitaine. Il gagna une bataille contre Sanche» duc des Basques cis-pyrénéens, et le comte de Périgord qui ayait épousé une des sœurs de Sanche. De ce mariage naquit le brave Arnaud, qui devait succéder à son oncle dans le comté des Basques. Les succès de TArabe alarmèrent Charles le Chauve, roi de France qui, occupé sérieusement d'un autre côté, ne pouvait lui opposer d'armée. Il acheta l*éloignement de Muza à prix d'or. Triomphant et fier rfè ses victoires, Muza rentra en Espagne, passa les montagnes sud de la Rioja , et tourna vers Alvelda, que d'autres nomment Albayda , ville située à deux lieues de Logrono. Il l'appron..-, ocn visionna d'hommes et de munitions de guerre de tout
857 «ovO
genre.
Cet établissement d'une place d'armes au milieu des terres planes chrétiennes éveilla les craintes d'Ordono, sur les états duquel Muza s'oUvrait ainsi une entrée , tout en se mettant à couvert de Tautre côté. Le roi d'Oviédo s'entendit avec Don Garcia Ximénèz, et courut assiéger Alvelda. L'Arabe vint bientôt avec tout son monde au secours de la ville, et l'affaire s'engagea. Don Ordono avait aussi une armée nombreuse ; il en laissa une partie sous les murs d'Alvelda pour contenir la garnison, aborda les Maures avec furie, les culbuta, et pendant qu'ils se retiraient le roi Garcia arriva avec ses Navarrais et tomba sur leur arrièregarde. Dix mille chevaux et un grand nombre de fantassins arabes couchés sur la poussière, attestèrent de la vive résistance des Musulmans. Le gendre de Muza resta parmi les morts ; le Vali frappé de trois blessures graves , s'enfuit à Saragosse, où il mourut peu de jours après. Le résultat de cette glorieuse journée ne donna aux chrétiens que de la gloire ; tout le profit en fut pour le calife de Gordoue. U venait d'être délivré de son implacable et actif ennemi par les armes mêmes de ses ennemis f).
Les Euskariens cantabres avaient reconnu , dès Pelage, la protection des rois d'Oviédo, et constamment avaient suivi'
(') Rod. Sanc— Luc. Tud.— Chron. var. ant.— Rod. Toi.
leurs étendards dans la guerre contre les Maures. Mais du moment où la Navarre avait érigé, elle aussi, sa monarchie, l'étroite parenté d'une origine commune, l'identité de mœurs et de langage, inspirèrent aux Cantabres le désir de placer leur indépendance à Tombre du trône national de Pampelune. Séduits par la valeur de Garcie II, ils répudièrent le protectorat d'Ordono. Telle fut l'origine des démêlés de ce prinfee avec le? trois républiques. Les Cantabres resserrèrent à cette occasion les nœuds de leur confédération et arborèrent an nouvel étendard emblématique. D'un nuage sortait un bras qui se divisait en trois poignets armés chacun d'une épée ; autour se lisait l'exergue euskarien hirurac bat , les trois n'en font qu'un.
Tolède était toujours en rébellion. Ordono ne pouvait la secourir ; la ville tomba, et se rendit aux troupes du calife. Ainsi que toutes les places qu'avait occupées Muza , elle rentra sous l'obéissance de Muhamad. Les Normands venaient de £aiire une nouvelle descente sur les côtes du royaume d*Oviédo et, comme à la première, dévastaient tout ce qu'ils parcouraient. Le roi envoya une partie de ses troupes à Don Pedro qui cogimandait en Galice , et battit les Normands, leur brûlant une partie de leurs soixante vaisseaux f).
Muhamad ne pouvait oublier le secours donné à la révolte
des Tolédains par Ordono. 11 s'en vengea en envoyant une
forte armée contre lui, sous les ordres de son fils le jeune
et vaillant Al-Mondhir. Les armes musulmanes furent
encore malheureuses; les chrétiens les chassèrent de leurs
terres. Alors Tolède se souleva do nouveau, appela Aben
Lope, chef échappé de la dernière insurrection, et reçut dû
roi la promesse formelle d'un puissant concours. Mérida
avait aussi secoué le joug musulman, et Don Ordono se mit
en marche pour la soutenir. Al-Moudhir le prévint, s'empara
de la place, l'occupa par une forte garnison, s'avança vers
les chrétiens, les battit et les refoula sur leur territoire.
Ordono refit son armée, se mit à sa tête, chercha les Arabes
et à son tour les défit. Sa victoire le rendit maître de Sala-
(*) Rod. Sanc.
manque, à la suite d'un assaut; la ville fut démantelée. Goria se rendit par composition, et le roi, vainqueur et chargé de dépouilles, rentra dans ses états, où des acclamations universelles célébrèrent son retour. Ordono profita de cette disposition des esprits pour faire reconnaître Don Alphonse son fils , pour son successeur. La bravoure et le? qualités précoces déployées dans toutes les occasions par ce jeune prince qui ne comptait pas plus de quatorze ans alors, lui concilièrent tous les suffrages. Il fut nommé (^).
Après sa défaite Al-Mondhir avait été recruter son année. Il la divisa en cinq corps et s'avança contre les Asturiens. Ordono avait déjà renoncé à conserver des conquêtes passagères, et trop éloignées d'ailleurs de ses états ; il s'était retiré. L'Arabe reprit possession du pays abandonné par les chrétiens et se dirigea vers la Navarre. Il y fut tellement maltraité, les succès des chrétiens étaient tellement posilife et alarmants pour le- califat, que Muhamad fit proclamer la guerre sainte, ou TAl-Gibedh.
Don Ordono parvenu à un âge assez avancé, mourut le dix-sept mai 866, d'une attaque de goutte, laissant à son fik Alphonse le bel héritage d'un glorieux renom, ^t de l'amour de ses sujets. Ce fils d'un grand roi mérita plus tard le surnom de Grand. Il fut couronné à dix-huit ans et accueilli avec transport.
Une renommée acquise par l'épée réunit et force tous les suffrages , surtout sur un homme qui s'est consacré au service de son pays, un homme que l'élévation de son rang et de sa naissance place sur un théâtre élevé, exposé à tous les regards. Mais combien n'est-elle pas plus entraînante, plus touchante encore, lorsqu'elle devient, l'auréole d'une jeanesse à peine adolescente? L'ombre tranchée des lauriers apparaît plus rayonnante alors qu'elle se reflète sur un front pur et presque enfantin.
A l'âge candide du nouveau roi, le cœur est trop neuf | pour admettre des soupçons de trahison ou d'infidélité. Aussi Alphonse combla de marques d'estime et d'affectioD
(•) Chron. var. ant.— Luc. Tud.— Rod. Sanc.
la plupart des grands qui rapprochaient. Tout-à-coup arriva le bruit que Don Froïla comte de Galice s'avançait avec une armée pour détrôner le roi. Alphonse dépourvu de troupes, se laissa entraîner par de sages conseils» recula devant ru3urpation et se réfugia dans la patrie hospitalière des Gantabres. Bermudo Frolla n'avait rencontré aucune sympathie lors de son entrée à Oviédo. Tout était resté morne et firoid ; il se voyait subi comme une nécessité : i) «devint tyran. Ses mœurs dédaigneuses et cruelles avaient irrité même les seigneurs de son parti ; il fut poignardé peu de temps après son intronisation. La nouvelle en parvint bientôt dans la retraite d'Alphonse; il partit aussitôt avec ceux qui avaient suivi son infortune^ et accourut à Oviédo, où l'en*' Ihousiasme de la population et de l'armée lui fit prompte-' ment oublier un moment de défaveur (*).
Alphonse regrettait vivement pour la gloire de ses armes le secours et les armes des Euskariens ; il projeta d'incorporer par la conquête la Gantabrie à ses états. Les hommes à grands desseins sont ordinairement entiers dans leurs volontés, et inclinent au despotisme. Sans une vertu sublime, qui sert de contre-poids à leur génie, ils s'accoutument à regarder les hommes et les peuples comme des instruments qui leur appartiennent, des victimes dévouées à leur célébrité.
Deux guerriers braves et fidèles, L. Eylon et G. Zenon 6taient seigneurs d'Alaya et Biscaye f). Le roi s'était avancé vers l'Alava avec une armée ; l'orage cependant fut dissipé avant d'avoir menacé les Guipuzcoans, dont on ignore quel était le seigneur à cette époque-là. Alphonse avait épousé en 869 la fille du roi de Navarre, Dofta Simena, ou Ghimène, princesse digne par son courage, sa beauté, ses' vertus, d'être la compagne d'un grand homme. Cette alliance étroite avec Garcia Iniguez ne pouvait qu'afiermir le trône de l'Asturien ; aussi convinrent-ils d'unir leurs armes contre les Mahométans, et de déterminer Garcia à
C) Mariana.— Ferrer.— Rod. Sanc— Chron. var. ani— Luc. Tud.— Vas»^ ChroQ.
C) Chroo. de Samp.
rester neutre dans le démêlé d'Alphonse avec les Alavais; entreprise téméraire et dont Garcie prévoyait sans doole l'issue f).
Avant de recourir à la force des armes Alphonse attira a sa cour Eylon et Zenon, essaya tour-à-tour sur eux les séductions, les menaces, et les trouva inébranlables dans leur fidélité à leur pays. Il les fit jeter dans un cachot, tandb que ses troupes, sous les ordres du général Odoaire, marchaient pour envahir la Biscaye. Un reste de pudeur empêcha sans doute le roi d'Oviédo d'entrer, en personne, en ennemi dans cette terre qui lui avait donné un asile aux jours du malheur. Les Biscayens , indignés de l'ingratitude du roi et de la violation du droit des gens dans l'arbitraire arrestation de leur seigneur, volèrent au-devant d'Odoaire, le rencontrèrent non loin de Bilbao et lui livrèrent bataille.
Le lieu du combat était une plaine aride et rocailleuse qui , de cette journée , prit le nom iïArrigorriaga^ champ des pierres rougies, à cause, dit Mayerne, de la quantité de sang asturien qui les teignit. Odoaire fut enveloppé dans le massacre des troupes. Les Euskariens montrent encore sur une éminence la place où il fut enterré ; ils chantent aussi, après neuf siècles , une héroïde inspirée alors par leur victoire.
Sans quitter les armes, les Biscayens proclamèrent, pour successeur de Zenon, un jeune chevalier étranger qui venait de faire éclater dans l'affaire la plus brillante valeur. Ils lui donnèrent le nom de Jaon Zuri , seigneur blanc ; soit qu'il eût une chevelure très-blonde, soit qu'il portât un écu blanc et sans devise. Un voile mystérieux couvre l'origine de cet intrépide chevalier, tige d'une maison illustre en Cantabrie. Immédiatement après sa proclamation et les serments d'usage, Jaon Zuri quitta le territoire de la république, conformément à la loi de Guernica, et alla résider à la cour de Pampclune auprès du roi protecteur.
Le calife de Cordoue s'inquiétait de l'activité que mettait j* Alphonse III a garnir et fortifier ses frontières, et prévoyait f
r) Rod. Toi.
|u'à la suite de ces travaux il serait attaqué par toutes les brces du roi d'Oviédo. Pour prévenir son ennemi avant [u'il fût en mesure, Muhamad augmenta , par de nouvelles evées, son armée déjà nombreuse , la divisa en deux corps commandés Tun par son fils Abul-Mundar ou Al-Mundhir, Tautre par Al-Canatel, un de ses généraux. Ce dernier devait mirer par la Galice» Al-Mundhir par Léon f).
Alphonse ne pouvait être pris au dépourvu ; il avait déjà réuni son armée , formée en grande partie des vieilles phalanges de son père. Il observait les mouvements de Tannée, et s'aperçut qu'Al-Ganatel n'avait que dix-huit mille combattants avec lui. Alphonse laissa Al-Mundhir s'avancer audacieusement jusqu'auprès d'Astorga et Léon, déroba ses manœuvres à Tennemi^ sur la gauche duquel il opéra, tourna le corps d'Al-Ganatel, et se mit à sa poursuite à marches forcées. Son plan étaitde se glisser entre les deux armées, qu'il paralysait l'une relativement à l'autre par ce mouvement, et de se jeter tout-à-coup sur la colonne la moins Sorte. La distance laissée entre les deux armées lui donnait le temps d'écraser celle de Galice avant qu' Al-Mundhir pût l'appuyer. Le roi dépassa Al-Ganatel , s'embusqua dans une forêt voisine de la rivière Orbigo, près Polvérina^ tomba sur es Musulmans et leur tua douze mille hommes. Cette M>lonne était composée des Maures habitant Tolède , Salamanque et Valtelera (**) .
Alphonse se porta vivement sur Al-Mundhir^ campé avec \es Cordouans devant Sublancia , à une lieue de Léon. Pré- ^é par la rumeur de sa victoire, il tomba comme la foudre (ur les Musulmans, déjà impressionnés par la découfituro TAl-Canatel, les heurta si vivement qu'il les rompit, les cul- NJta , les mit en déroute et pilla leur riche camp , après eur avoir tué beaucoup de monde tant pendant l'action que lans la déroute. Sans perdre de temps Alphonse entra lans les terres de l'obéissance du califat, prit plusieurs >laces , chassa devant lui les Maures établis dans la province
(•) Rod. Toi.— Chron. var. ant.
(") Chron. de San Milbn.— Moret.
de Tierra de Campos » les quartiers de Simaûcas , Toro et Zamora ; puis rentra dans ses états avec une ample moisson de gloire et de butin f ].
Au printemps de 870» Alphonse reprit ses plans de guerre . Lamego et Visée n'avaient pas été reconstruites depais qu'Alphonse le Catholique les avait démantelées , et le roi S70-S73 passa le Duero sans encombre. Il assiégea et prit Coimbre, et revint de cette expédition » riche de dépouilles et d'esclaves (*).
De retour à Oviédo/il reçut les envoyés du commandeur des croyants , auxquels il accorda une trêve et des condi* tiens avantageuses. Alphonse en profita pour repeupler les pays restés déserts jusqu'à ce moment, et fit relever Goimbre qu'il avait démolie. Lamego , Visée, Brague, Puerto, Orense, sortirent de leurs ruines, et dans toutes ces reconstructions on découvrit à Visée le tombeau du malheureux Roderic, dernier roi des Vîsigoths (*).
Aussitôt l'expiration de la trêve, Muhamad reprit les armes pour s'opposer au repeuplement des pays conquis par les chrétiens. La fortune ne lui sourit pas davantage que deux ans auparavant. Don Alphonse^ victorieux partout et toujours, passa le Tage et la Guadiana à dix lieues seulement de Mérida, qu'il atteignit. Les espérances de vengeance de Muhamad étaient cfliellement renversées ; il fit de nouveau proclamer l'Al-Gibedh. Les muezzins, du haut des mosquées , faisaient retentir le cri d'alarme , et les enfante du prophète accouraient en foule , demandant un chef et le combat. Jamais armée plus nombi*euse, animée de plu9 d'enthousiasme et de haine , plus altérée de sang chrétien, n'avait encore été rassemblée sous les murs de Gordooe, ' devenue ville orientale. Abuhalid, un des généraux arabes les plus braves et les plus expérimentés , en reçut le commandement. Elle comptait quatre-vingt mille combattante. Mais le dieu des armées s'était prononcé pour son peuple; |< l'Emir-al-Muménin d'Espagne pouvait bien changer ses hom- '. mes et ses chefs, mais non pas les décrets éternels.
(•") Chron. de Alr.-Rod. Sanc— Luc. Tud.— Vasae. chron. (**) Chron. var. ant.
Alphonse Vêtait retiré vers ses états et faisait respirer ses roupes ; ses lieutenants occupaient divers cantonnements. L rapproche de Tennemi ils se concentrèrent et rallièrent s roi. De fréquents engagements d'avant-garde, sans impo^ ance, eurent lieu; les armées se rencontrèrent enfin au Assage du Sàhagon, un des affluents du Duero. Une bataille anglante et long-temps disputée s'ensuivit. Les chrétiens 'perdirent beaucoup de monde, mais l'élite de la cavalerie irâbe y succomba. Les Maures plièrent, et les chrétiens res- 873-S7S èrent maîtres du champ de bataille et du Scheik Abubalid, pi'ils firent prisonnier. Il fallut, dit la chronique arabe, «ze jours pour enterrer les morts. Abuhalid envoyé au "Oi lui donna, en garantie du paiement de sa rançon , son ils> deux frères et un neveu f).
Cette défaite irrita Muhamad ; il leva le plus de troupes i08»ble en Andalousie, ordonna des levées en masse, et prooit des récompenses à ceux des districts qui lui en foumiaient davantage. Au commencement du printemps son irmée était encore plus nombreuse que celle de l'année Hrécédente. Le jeune et bouillant Al-Mondhir en eut le cornoandement, sous la conduite du vieux et sage guerrier f-ben-Gamin. Ils se mirent immédiatement en marche^ avec I promesse d'un prompt et puissant renfort p). Al-Mondhir e dirigea sur les Asturies, et s'en fut attendre les nouvelles roupes près de Léon. Quatorze mille hommes lui arrivésot, suivant les bords de l'Orbigo. Alphonse, avec un détahement suffisant, fut s'embusquer sur une montagne boisée, 'où il découvrait Jelvarosa, vaste lande, enfermée entre les ivières Ezla et Orbigo. II laissa avancer l'ennemi, et- dèa q'îI le jugea assez à portée pour que l'attaque ne lui donnât aa le temps de se déployer, il se jeta sur lui avec furie, enfonça de toutes parts^ et en fit une telle boucherie qu'il e s'en échappa qu'un très-petit nombre. L'épée chrétienne, 18 eaux destivières avaient tout détruit f **).
C) Rod. Td.
(*•) Luc. Tud.— Vasœ. Chron.
(*••) Chron. Var. Ant.
dhir. Le jour était avancé; les chrétiens assirent leur camp en présence des Arabes. Alphonse y avait réuni toutes ses forces. Il comptait attaquer et anéantir les Mahométans à Taurore du lendemain. Al-Mondhir avait quatre-vingt mille hommes et brûlait de combattre. Mais le vieux Y4)en- Gamin s'opposa formellement à exposer la décision d'une question aussi importante que la conquête de toute la Lusitanie , au sort d'un combat inégal. Il avait poussé une reconnaissance assez près du camp royal pour reconnaître la supériorité des forces et de Tordonnance d'Alphonse ; il savait d'ailleurs la destruction du corps auxiliaire sur lequel il comptait pour agir. Celle défaite, connue de l'armée maa« resque, l'avait impressionnée. Elle voyait en outre devant elle un ennemi , un héros pour lequel jamais encore la fortune ne s'était démentie » et les forces des chrétiens s'accroissaient de tous les motifs qui affaiblissaient les Musulmans. Al-Mondhir fut entraîné par les raisons du vieux guerrier. Il décampa en silence, passa la rivière d'Ezla, et les ombres de la nuit couvrirent sa retraite, ou plutôt sa fuite; il regagna au plus vite les terres de son père Muhamad. Dès qu'il se crut hors des atteintes de son vigilant ennemi, Al-Mondhir lui envoya , par ambassade, la demande d'une trêve de trois ans, qui lui fut accordée f ).
Garcia avait excité à la révolte contre Muhamad, le Yali de Saragosse Aben-Lope-Abdalla. Ce fils de Muza s'était emparé de cette ville , dans laquelle son père avait causé tant d'embarras au calife. Secondé par le roi de Navarre et celui d'Asturies , Aben-Lope ne lui en donna pas moins. Al-Mondhir fut envoyé par son père, châtier le Vali rebelle, et faire une incursion en Navane. Après avoir inutilement combattu pendant vingt-cinq jours de suite les sorties de la garnison de Saragosse , Al-Mondhir fut porter son camp et le siège sous les murs de Tolède , défendue par un autie fils de Muza. Il ne fut pas plus heureux dans cette seconde entreprise, l'abandonna, et marcha sur Cillorigo, forte place de la frontière des Cantabres , et qui comptait alors comme
r) Rod. Tel.
isant partie de TAlava. Le prince de Cordoue bloqaa la lie. Vêla Ximéoéz était comte des Alavains ; il se mit à >ar tète et repoussa les Maures avec énergie, les poursuivit m moins vivement et les jeta assez avant dans le comté de ftBtille, dont était seigneur Don Diego fils de Don Rodrile, celui qui repeupla Amaya. Ils furent encore maltraités 9vant Pancorvo , qu'ils attaquèrent durant trois jours et ont ils furent repoussés avec d'assez grandes pertes. Les oupes d'Alphonse firent le reste.
Muhamad sollicita de nouveau la paix. Alphonse, qui oulail terminer dans ses états son œuvre de restauration et nrtifier sa capitale, envoya à Cordoue un prêtre nommé lulcide, muni de ses pouvoirs, et une trêve de six ans fut DDclue. Avec leur perfidie ordinaire les Maures la violèrent, t profitèrent de la sécurité du roi de Navarre pour tomber n force sur lui , pendant qu'il faisait une reconnaissance de BS frontières. La vallée d'Aybar était alors limitrophe des possessions arabes de Saragosse. Don Garcia, surpris avec nie faible escorte, fut tué en combattant* C'est en 885 [n'arriva cet événement. Fortunio, fils aîné du roi et frère Iné de Sanche, succéda a Garcia IL Ce règne intermédiaire 1 été ignoré de la plupart des auteurs , tant il est obscur. De ontes les actions des rois montagnards , les chroniqueurs t'ont guère enregistré que leurs victoires (*).
Don Alphonse avançait en âge et désirait ne plus s'occuter que du bonheur et du bien-être de ses peuples. Il éten- Kt leur liberté et leurs droits au point que les grands en nonnurêrent , se plaignant que le roi leur restreignait une intenté qu'ils avaient jusque-là exercée sans conteste. De li mM donte sortirent les errements séditieux qui devaient nrabkr les dernières années de ce grand prince. Ingratitude révoltante envers un roi qui avait consacré à ses peuples Mrtce que la guerre Ini avait laissé de jours disponibles^ M n'avait encore d'autre pensée d'avenir que celle d'assurer eur prospérité.
Ano , seigneur Galicien, conçol le premier des idées de
C) Chron. Var. Ant.— Rod. ToL
rébellion, qui furenl bientôt découvertes. Ano fut punr et ses biens confisqués. Hermégilde et Tintrigante Ibérie sa femme opérèrent un soulèvement vers la Gorogne et le «ap cantabrique, aujourd'hui Finistère , en Galice. Les princi* paux chefs furent pris, une grande partie des insurgés fot tuée , et le reste mis en fuite par Tannée qu^ Alphonse y envoya. Les chefs furent condamnés à mort, leurs biens adjugés, portion au fisc royal, et portion à Téglise de Saint- Jacques , selon Lucas de Tuy. C'est alors , dit Rodrigue Sancius , que le roi acheva cette superbe basilique , dont la dédicace fut faite en grande solennité {*).
Les Normands, maîtres de Bayonne , en avaient fait an repaire d'où ils portaient régulièrement leurs brigandages dans le comté des Basques» le Béarn, la Bigorre et TArma* gnac. Arnaud comte des Basques s'illustra contre eux par une victoire dans laquelle, dit une légende^ le glorieux martyr Saint-Sever combattit dans les rangs des Gascons et des Euskariens , couvert d'armes rayonnantes et monté sur un cheval blanc. G'est une maladroite copie de la fiumeuse apparition de SaintrJacques-de-Gompestelle au combat de Glavijo. La chronique de Lescar raconte qu'après la mort d'Arnaud , le roi de Paris envoya dans le comté des Basques plusieurs seigneurs, successivement massacrés par les montagnards , et que nul guerrier de France n'osa plus accepter cette dangereuse dignité. Elle ajoute que les principaux des, Basques furent envoyés à la cour du roi de Navarre Fôrtunio, et qu'ils en ramenèrent avec eux le prince royal Sanche , auquel ils conférèrent le titre de leur comte dans une assemblée générale tenue à Saint-Jean-Pied-de-Port.
Sanche fit ses premières armes à la tète des Vascons contre les Normands, et purgea les provinces voisines de ces forbans qui les infestaient. Il mérita ainsi la dénomination de DuCp que lui décerna la reconnaissance des Gascons, fiers de rentrer dans leur nationalité sous le jeune chef navarrais. Sanche préférait les vallées agrestes du comté des Basques aux riantes et fertiles plaines de la Gascogne, et le
(s) Rod. Sanc— Vasœ. Chron.— Luc. Tud.
éjour des montagnes à celui de Bordeaux. C'est de là que es Euskariens lui consacrèrent le surnom de Menditarra, Qontagnard , que Thistoire lui a conservé , légèrement synopé en celui de Mitarra.
Cependant les Normands , chassés et détruits dans toute I Gascogne, s'étaient retranchés dans la ville de Baybnne» ont les murailles les mettaient à Tabri de la vindicte et de I furie des Vascons. Ils n'en sortaient plus qu'à la dérobée, t s'y gardaient avec les mêmes précautions, la même vigiince que s-'ils avaient été sérieusement assiégés. De cette poquedate la venue de Saint-Léon, que les Rayonnais vénèsnt comme leur premier évèque. Oyhenard le dit envoyé à layonne par le souverain pontife , du temps de Charles le impie, ce*qui fait remonter son arrnrée vers 893. Arrivé evant Bayonne , Léon li^ouva les portes de la ville fermées. [ insista vainemient pour se les faire ouvrir; la nuit approhait, force lui fut de se réfugier sur une éminence, où il se Btirà dans une cabane de feuillage. Durant la nuit quelues Yascons armés interrompirent sa prière et lui firent, ans leur idiome , diverses questions auxquelles , dit naîvelent.la légende, le saint ne put rien comprendre. Cette irconslance suffirait pour constater que sa prédication et on martyre par de prétendus Cantabres adorateurs du dieu ^n, ne peuvent concerner que les Normands de Bayonne, et oUement les Labourdiils. Oyhenard^ que nous avons cité lus haut, exprime formellement que Saint-Léon fut mis à lort par des pirates qu'il évangélisait , et voulait convertir une vie meill u e.
Une nouvelle révolte éclata en Galice. Toute menaçante u'elle se présentait , elle fut bientôt étouffée par ta prise t là inort de son chef Yitiza , seigneur influent du pays. On oit par les actes des procès et confiscations que plusieurs onspirations eurent le même résultat. Mais une autre conuration plus hardie, plus vaste , une de ces conjurations qui îmblent dès leur origine ne pouvoir amener d'autre bnltat qu'une révolution sanglante et subversive du pouoir existant , se tramait encore dans la Galice , et finit par dater. A la tête de cette tourmente politique étaient Froïla,
Nunéz , Odoftire et Vérémofid » quatre frères paissants et mécontents. Le complot cependant fat découvert avant que les rebelles fussent bien en mesure , et Fro!la , avec deoi de ses frères, s'enfuit vers i'Aiava, dès rapproche des troupes royales. Ils furent pris et condamnés à la prison à perpétuité , après avoir eu les yeux crevés. Yérémond » plus adroit ou plus heureux, échappa aux recherches , s'enferma à Âstorga, souleva tout le pays, et obtint un secours d^Âbdallah, calife de Cordoue et petit-fils de Nuhamad.
Don Alphonse marcha en personne contre ce dangereux ennemi et investit Âstorga que Yérémond , comptant sur rintervention d'Abdallah , défendit long-temps avec une héroïque valeur. Les Arabes approchaient enfin ; l'intrépide Yérémonfl instruit de leur arrivée , sortit de la ville avec toutes ses forces , et fut résolument présenter la bataille à son maître, à son roi. Alphonse, dit Rodrigue de Tolède, blanchi sous les armes , suivi de troupes habituées à triompher avec lui, attaqua les factieux après leur réunion aux Musulmans. L'engagement eut lieu sur les bords de l'Ezla , dans la plaine de Grajal de Ribéra. Il fut sanglant et chaleureusement soutenu de part et d'autre. L'un combattait pour sa couronne , l'autre pour sa liberté et sa vie en même temps que pour renverser le trône. La cause juste triompha cependant ; insurgés et Sarrasins furent complètement battus, mis en pleine déroute, et la majeure partie périt dans l'aetion ou dans les eaux de l'Ezla. Yérémond, avec les faibles débris de son armée, gagna les terres du califat. Abdallah envoya des ambassadeurs au roi d'Oviédo, pour renouveller la trêve f).
Les troubles qui agitèrent constamment les règnes d'Aï- Hèndhir et d'Abdallah, successeurs de Muhamad, permirent au roi de Navarre de suivre ses inclinations douces et pacifiques. La renommée avait publié chez les Navarrais les exploits de Mitarra et des Yascons. Ces bruits et l'exemple de leurs voisins firent vibrer la fibre guerrière des régnicoles dePampelune. Don Alphonse faisait fortifier avec soin Scien-
(•) Acl. des proc. et confis.— Rod. Sanc. — Rod. Toi.— Chron. Var. Anl. — Oyhen.
— 5|S — tica« la Zamora de nos jours, pendant que son fils Garcia rarveillait les travaux de Toro^ et que deux seigneurs de la eour présidaient ceux de Simancas et Dueâas. IL se proposait ainsi de fermer aux Arabes le passage du Duero et Tentrée de ses états f ).
Abdallah ne voyait pas sans inquiétude Texécution de ces sages mesures. Il pressentait que ces villes, rèédiflées et abritées de bonnes fortifications, se repeupleraient à ses dépens. Aussi envoya*tril en Afrique des émissaires, proclamer que la reUgion du prophète était en danger dans la Péninsule. A la voix des Muezzins, au nom de l'Al-Gibedh, les tribus se soulevèrent et Abdallah reçut des renforts considérables. Il eut bientôt formé une nombreuse armée qu'il dirigea sur Scientica, sous les ordres d'un de ses généraux les plus renommés. Il lui adjoignit un certain Al-Gaman, iman ,
fort accrédité, qui devait par ses pieux discours, ses chaudes allocutions encourp^er, exciter les soldats à faire vaillam-* ment leur devoir.
Don Alphonse couvrait ses travailleurs d'un fort cordon; il résolut de ne pas laisser approcher l'ennemi ailsez pour les inquiéter, et se porta à la rencontre des NuËulmans. Zénètes, Berbères, Maures, cavalerie andalouse, celle de l'Orient de l'Espagne , tous combattirent avec une ténacité, un acharnement digne de la victoire. Sous les regards de leur grand roi les chrétiens ne déployèrent ni moins de persévérance ni moins d'ardeur. Celte terrible bataille, nous apprend une chronique arabe, dura quatre jours consécutifs. L'étoile chrétienne l'emporta à la fin. Les Berbères écharpés se retirèrent du combat; la florissante armée des Croyants déjà réduite et mutilée par trois jours de lutte, fut en partie ^^ ^ hachée lé quatrième ; le reste fuC réduit à: fuir. Parmi les morts fut trouvé l'iman Al-Caman, qui n'avait pas peu contribué à la fanatique opiniâtreté des Mahométans, par les magnifiques promesses dont, selon Rodrigue de Toiède,il les éblouissait au nom du prophète d'Allah. Cet échec obligea les infidèles à une inaction de deux ans. La victoire de
n Rod. Toi.
Scientioà. qui termma les trairaux goerriersd? Alphonse ID et couronna sa gloire» acheva d'exalter les Navarrais parle sentiment d'une noble émulation. La nation entière se le^a et demanda la guerre. Fortunio convoqua les états-généranx tu mois de mars 902, et oflrit son abdication en faveur de on frère Sanche Mitarra. Elle fut acceptée. Le pieux monarque descendit du trône sans regret , prononça tout aussitôt les vœux de religion» et fut s'enfermer dans le monastère de Leyre. Il y passa ses derniers jours dans les loisirs du cloître, après lequel il soupirait depuis long-temps f ).
La dissolution du comté de Vascitanie date de l'avènement de Mitarra au trône de Pampelune. Ce monarque réunit la Basse-Navarre aux cinq Mérindés de Pampelune, Olite^ Sangueza, Ëstella et Tolède, dont se composait le royaume des Yascons. St-Jean-Pied-de-Port entêtant la ville principale, donna son nom a cette sixième Mérindé, qui reçut le titre de terre des Basques^ ou des ultramontains, tierra de Vascos, ô de uUrapuertos, et en dialecte, indigène Atwhenherria. Les deux peuples de Soûle et. Labourt se refusèrent à une fusion. Seulement ils reconnurent la souveraineté de Mitarra , tout en consei*vant des vicomtes éMgibles et indépendants, ainsi que leur constitution démocratique, l'assemblée primaire du Bilzar^ et les assemblées générales que les Souletins nommèrent Leganac.
Pour resserrer de plus en plus lès liens qui unissaient là liberté des Cantabres aux destinées de son royaume , Milam donna en mariage sa fille Yalacquite à Nuno Lopez seigneur des Biscayens. De ce moment il prit: dans tous ses actes le titre de roi de Pampelune et de toute la Cantabrie. Sanche l" réunit ainsi sous son étendard la généralité des montagnards euskariens, et reprit avec ardeur, contrôles. Maures, cette grande croisade de liberté qui forme l'un des plus brillants tableaux de l'histoire dans le moyen âge. Les GasconS' aussi étaient fiers de leur indépendance , dont ils s'étaient montrés dignes depuis que la domination, ou plutôt la fédération des Euskariens en avait fait une des plus éoer-
(V Chron. Arab.— Conde.— Chron. Var. Ant.— Rod. Td.
pqaes populations du Midi. Ils reconnaissaient tonjourii lour leur duc le roi de NavaiTe. L'éloignement de Sanche \i la guerre des Maures » qui absorbait toutes ses pensées, le lui permettaient plus de donner des soins assidus au gourernement de la Gascogne. Il prit le parti de céder ce beau hichéà son second fils Garcie Sanche, dit le Courbé. G'est ui qui servit de tige à ces ducs devenus illustres , et qui irent pendant trois siècles passés le bonheur et la gloire des rascons. Ils ne reconnaissaient pas Tautorité des rois de ^ris et ne relevaient , pour nous servir de Texpression du emps , que de Dieu et de leur épée.
Don Alphonse , instruit que les Maures avaient repris les innés, s'était jeté sur le district de Tolède , avait tout mis 1 feu et à sang, s'était emparé de nombreuses places fortes qu'il avait détruites , avait parcouru les deux Gastilles jusqu'au pied des montagnes qui les séparent et après avoir rasé une forteresse construite par les Maures pour couvrir leurs frontières, était rentré dans ses états. Il fit exécuter un certain Aldapic et ses fils, qui avaient conspiré contre lui f). De son mariage avec Xiména de Navarre Alphonse avait eu quatre fils : Don Garcie , Don Ordono , Don Froîla et Don (xonzalve.
Tout semblait lui sourire. Son royaume était agrandi et Sorissant ; des forteresses abritaient ses limites ; le Sarrasin était terrifié ; l'hydre des insurrections avait été terrassée chaque fois qu'elle avait voulu dresser sa tête hideuse, les urnes royales avaient fait ample moisson de gloire, le peuple était heureux. Don Alphonse voyait avec un doux et juste orgueil l'amour et le dévouement de tous ses sujets Bt de sa belliqueuse armée, entourer avec respect ses chereux blanchis, son corps brisé par les travaux et les années. fout, en un mot , resplendissait en lui et autour de lui.
Mais sî la splendeur d'une couronne , si la renommée la plus brillante et la mieux acquise , peuvent flatter Tamour- [Hfopre des rois et leur alléger le pesant fardeau qu'ils ont à [H>rter; elles ne font ni la paix intérieure, ni la félicité.
(*) Vas». Cbron.
^516 — A^ihoMe le Grand m fit k doiiloerMie eiffciifm, el edoi doîit la noirceur et llngratitode flécrireni les derniers join da ^ienx héros, da père de son royanaie, fiil aan fis mai Don Gareie , qui se laissa entraîner par les saggestioni et son beao-pére , le poissant Nono Famandet. ÀYen^ pv Tambition , par Tédat fasdnant da trône , il forma le crânnel dessein d'en précifHter son roi , son père, el de loi enlever le sceptre et le pooToir. Quelque secrètement que pàl agir Don Gareie , ses projets transpirèrent et panrinrent a b connaissance du vieux roi. Don Alphonse pins navré eacon qu'irrité de la conduite de son premi^-nè, de celui tpi devait lui succéder, dont il avait suivi, soigné Fenfiuice, qu'il avait associé à sa gloire en le fiiisant combattre a m côtés ; Don Alphonse n'hésita pas. Il appela a loi ses vieilles bandes^ ses meilleures troupes, les plus aguerries, s^avaoça a grandes journées vers Scientica , s'empara de Don Garde et l'envoya prisonnier d'état au château de Gauion.
Le châtiaient était juste. U coûtait au cœur do roi; il irrita la reine qui , ne voulant pas se souvenir du motif de la punition de son fils de prédilection , n'y vit et n'y voolst voir que le mol flétrissant de prison, un acte outré de sévérité. Don Ordono frère du prince. Don Nuno Femandes son beau-pére , joignirent leurs pressantes sollicitations à celles de la reine. Alphonse resta inflexible; le rm l'emporta sur le père. Las de supplier en vain ils osèrent, dit Rodrigue de Tolède, le menacer. Mais le cœur du vieux guerrier était fermé à la crainte; père outragé , roi ofiensé^ il se montra inébranlable aux menaces comme il avait été sourd aux supplications.
Trois années s'écoulèrent sans amener de modification dans le sort de Gareie ni dans la résolution de son pore. Ce fut alors que Don Ordono , gouverneur de la Galice , Dai Nuno Fernandez et la reine elle - même Ghimène, fille de roi , femme de roi , commencèrent â travailler le peuple* Des émissaires stipendiés répandaient que tandis que le rei semblait accueillir les prières de la mère et des frères de Don Gareie et leur promettait à\ avoir égard, le prince, son fils aîné, le vaillant Don Gareie, languissait en prison
ne un criminel. Ces propos et beaucoup d'autres sem- 3s échauffaient les esprits. Dans le lointain grondait ce bruit sourd précurseur des orages. Le noble )nse voyait avec amertume la guerre civile accourir, iglanter son régne , déchirer son peuple et le mettre à trci des infidèles. Il résolut de prévenir tant de mal-
} états du royaume furent convoqués à Boides dans les ies, et don Garcie fut rendu à la liberté. Il assista à assemblée avec son frère Don Ordono. Le généreux rque prit alors la parole, et ces mots touchants tombéle sa royale bouche : « Ma vie a déjà été longue, mon le compte beaucoup d'années. Je les ai toutes consa- » à la gloire de nos armes^ au bonheur de mes sujets, naintien de notre sainte religion. Tels furent toujours
sentiments, mes vœux les plus chers ; et ce n'est pas mrd'hui, à la veille de descendre dans une tombe uis long-temps ouverte, que je changerai de conduite e sentiments. J'entends la voix des peuples et je comsds leur désir ; et puisqu'ils pensent que les années ont lu ma main trop débile pour tenir le timon des affaires; iqu'ils ctoient ma tête, courbée et blanchie par l'âge, • faible désormais pour les diriger, je me rends à B vœux. En conséquence je résigne ma couronne à
Garcie mon fils ainé^ et la Galice à mon second flls^ onof). .
deux frères émus et surpris d'une telle déclaration, abnégation à laquelle ils étaient si loin de s'attendre^ it se jeter aux pieds de leur père , et les larmes du iret de l'admiration aux yeux, lui demandèrent pardon isé, en présence de tous les grands assemblés à cette )n. Le vénérable vieillard releva ses fils; à son tour le place au père. Attendri, il les pressa dans ses bras et rarcie fut proclamé roi du t^nsentement des grands, tés par tant de générosité. Cette scène touchante eut