‹ Histoire primitive du genre humainChapitre 11 sur 18 · ROYAUME SEPTENTRIONAL OU D ISRAËL · texte numérisé non relu

ROYAUME SEPTENTRIONAL OU D ISRAËL

Le territoire qui échut à Jéroboam était d'une étendue bien plus considérable que celui qui resta au fils de Salomon. En effet, outre les dix tribus qui l'avaient élu, les pays soumis de Moab et d'Ammon appartenaient également au royaume septentrional. Aussi conserva-t-il le nom d'Israël, qui avait été jusqu'alors la dénomination générale de toute la nation. Toutefois, en dépit de l'étendue de son territoire, ce royaume était intérieurement plus faible que celui du sud, que nous appellerons royaume de Juda, et cela pour deux causes principales qui le minaient, tant sous le rapport de la durée que de l'intime union de ses parties. Par le temple de Salomon, Jérusalem était devenu le centre religieux de toute la nation ; or, cette ville était sur le territoire du royaume de Juda; et pour maintenir l'indépendance du royaume d'Israël fondée par Jéroboam, les rois de ce pays se crurent obligés de se mettre dans une opposition hostile au culte de ce temple. Ils durent donc établir un culte nouveau, et cette prétendue nécessité politique ouvrit la porte au culte des dieux étrangers. Mais comme il y avait dans le royaume d'Israël despartisans aussi décidés du culte de Jéhovah que dans celui de Juda, l'abandon de la vraie foi, imposé par la force des circonstances, dut donner naissance à des partis religieux. Et en effet, l'histoire de ce royaume est remplie d'agitations de ce genre.

Mais ce qui fut peut-être encore plus fatal au royaume septentrional, ce fut la manière dont Jéroboam était parvenu au trône. C'était en qualité de rebelle à la famille royale légitime, qu'il s'était emparé du pouvoir. Ne devait-on donc pas s'attendre à ce que d'autres ambitieux lui préparassent, à lui ou à ses successeurs, le sort dont lui-même avait été cause pour la famille de David. L'irrégularité de son origine pesait donc lourdement sur la royauté septentrionale, et prouvait que la légitimité est une puissance réelle et considérable. Jamais on

n'en vint, dans le royaume d'Israël, à un ordre de succession stable, et dans l'intervalle de 234 ans, il n'y eut pas moins de neuf dynasties différentes, qui se succédèrent toujours par des actes de violence et par l'effusion du sang. Pendant longtemps même la royauté n'y eut pas de siège fixe et constant. D'abord les maîtres du pouvoir résidèrent à Sichem, sur le territoire d'Ephraïm, puis à Thirza, dans la tribu d'Issachar, jusqu'à ce qu'enfin Amri fit construire la forteresse et la ville de Samarie.

lre Dynastie. — Jéroboam, afin de briser l'influence religieuse de Jérusalem, fit élever à Dan, au nord de ses Etats, et à Béthel, au sud, deux nouveaux sanctuaires, où Jéhovah fut adoré sous l'image d'un taureau : c'était un premier pas vers le culte des idoles. Il fit ensuite une guerre malheureuse contre Abia, successeur de Roboam, et mourut en 912 avant Jésus- Christ, après 21 ans de règne.

Son fils Nadab ne put conserver le trône que deux ans, au bout desquels il fut renversé par un rebelle, qui s'empara de la couronne. La lre dynastie dura par conséquent jusqu'en 9l*(k

La 2e dynastie, fondée par Baza, meurtrier de Nadab, dura 25 ans, sous deux rois ; elle s'étend par conséquent jusqu'en 885 avant Jésus-Christ. Baza, roi vigoureux, mais indifférent sous le rapport religieux, extirpa toute la maison de Jéroboam, et conserva le trône pendant 24 ans au milieu de guerres continuelles contre les rois de Juda et leurs alliés. Mais Fia, son fils et son successeur, fut massacré la seconde année de son règne, au milieu de l'ivresse d'un festin, par un de ses généraux nommé Zamri.

Ce Zamri fut chef de la 3e dynastie ; mais il ne put conserver le pouvoir que sept jours; pressé par Amri, son compétiteur, que l'armée avait proclamé, il se brûla lui-même à Thirza, avec son palais et ses trésors.

Amri commença une 4e dynastie, qui compta quatre rois et 46 ans de durée : elle finit donc en 839 avant Jésus-Christ.

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Un compétiteur, nommé Thibni, lui disputa d'abord le trône, mais il en triompha après une lutte de quatre ans, bâtit Samarie, resta en paix avec le royaume de Juda et avec les petits souverains de Syrie, et prépara ainsi à ses successeurs des temps paisibles. Achab, son fils et son successeur, épousa Jézabel, fille d'Ithobaal, roi de Tyr. Cette femme impérieuse introduisit, pour des motifs développés précédemment, le culte des dieux de sa patrie dans le royaume d'Israël, et sévit contre les prophètes du vrai Dieu. Achab fut heureux dans deux guerres contre les Syriens ; mais il fut tué dans une troisième, après un règne de 21 ans.

Sous Ochos ias, son successeur, les Moabites se révoltèrent contre le royaume d'Israël ; et, bientôt après, Ochosias mourut d'un accident malheureux, après un règne de deux ans à peine. Joram, second fils d'Achab, proscrivit, sur le conseil du prophète Elisée, le culte de Baal : toutefois, il ne put se soustraire entièrement à l'influence de sa mère Jézabel. Les attaques des Syriens le mirent dans une position difficile, et après onze ans de règne, il fut tué par Jéhu, son général.

Ce Jéhu, étroitement lié avec Elisée et avec le parti dévoué aux prophètes, fut chef de la 5e dynastie, qui, sous cinq rois, conserva le trône pendant 100 ans, jusqu'en 73*9 avant Jésus-Christ. Jéhu fit précipiter des fenêtres du palais la vieille Jézabel, extirpa entièrement la maison d'Achab et détruisit les derniers vestiges du culte de Baal. Mais malgré sa vigueur, il ne put arrêter l'agrandissement des rois de Syrie. Il mourut après 27 ans de règne. Joachas, son fils et son successeur, qui régna pendant 16 ans, fut réduit par les mêmes ennemis à une grande extrémité. — Son fils Joas, en revanche, reprit aux Syriens ce qu'ils avaient conquis, et châtia l'orgueil du roi Amasias, de Juda, par la destruction partielle de Jérusalem. Après 16 ans de règne, \\ eut pour successeur Jéroboam II, qui occupa le trône pendant 40 ans, conquit Damas et le territoire situé à l'est du Jourdain, et étendit son royaume depuis Hamath jusqu'à la mer Morte.

Néanmoins, des troubles éclatèrent après sa mort, et son fils Zacharie fut massacré au bout de six mois.

Selium, son meurtrier, fut chef de la 6e dynastie, ne conserva qu'un mois le pouvoir qu'il s'était arrogé, et fut tué par Manalien, qui le remplaça sur le trône.

Manahen commença donc une 7 e dynastie; mais assailli par des rivaux à l'intérieur, il dut invoquer le secours des grandsrois de Ninive. Israël tomba dès lors sous l'influence des Assyriens, laquelle commença sur-le-champ à agir d'une manière destructive sur la religion. Le culte des astres et du feu fut introduit avec les sacrifices humains et les temples de Mylitta. Le royaume du nord marchait visiblement à grands pas vers sa ruine. Manahen ne se maintint que neuf ans, et Phacéia, son successeur, deux ans seulement. La 7e dynastie finit en 728 avant Jésus-Christ.

Phacée, qui avait renversé Phacéia, était un soldat valeureux : il fit alliance avec Razin, roi de Damas, contre Achaz, roi de Juda, et ils allèrent ensemble assiéger Jérusalem ; mais ils furent obligés de se retirer devant Téglat-Phalazar, que le roi de Juda appela à son secours. Ce roi d'Assyrie s'empara des parties septentrionales du royaume d'Israël, ainsi que des territoires situés à l'est du Jourdain, et il en emmena les habitants prisonniers dans ses états. Phacée périt en 708 avant Jésus-Christ, -après 20 ans de règne.

Osée, son meurtrier, et chef de la 9e dynastie, fut le dernier roi d'Israël. Il fit alliance avec Sévichon, second Pharaon de la 26e dynastie de Manéthon, contre la puissance assyrienne, et appuyé sur lui comme sur une armée de réserve, il refusa aux grands-rois de Ninive le paiement du tribut auquel s'était soumis Manahen. A cette nouvelle, Salmanasar envahit son pays, s'empara (en 699) de Samarie, après trois ans de siège, transporta les habitants en Assyrie, et plaça dans le pays resté désert des colons tirés de l'Asie supérieure. C'en était fait du royaume d'Israël, et pour toujours; aussi les Israélites eux-mêmes disparaissent alors de l'histoire.

En terminant, je ferai remarquer que si l'on additionne

ensemble les années attribuées à chaque roi en particulier par les sources hébraïques, on obtient la somme de 241 ans; tandis que d'après le calcul que nous avons pris pour base, calcul d'après lequel le commencement de la construction du temple tombe en l'an 969 avant Jésus-Christ, et la mort de Salomon en 933, l'intervalle écoulé entre l'élévation de Jéroboam au trône et la ruine du royaume d'Israël, ne comprend que 234 ans : ce qui donne uoe différence de sept ans. Mais cette difficulté trouve une solution satisfaisante dans l'habitude, qu'avaient plusieurs peuples anciens, de compter comme pleine la dernière année de chaque règne, bien que parfois elle ne fût guère que commencée. Ainsi, par exemple si le roi venait à mourir trois ou quatre jours après être entré dans la 15e année de son règne, on lui assignait, non pas le temps exact de 14 ans et quelques jours, mais bien quinze années de règne. Nous sommes donc pleinement dans notre droit, en soustrayant de ces 241 ans une moyenne de sept années.

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