LE ROYAUME MÉRIDIONAL
Depuis la division du royaume de David jusqu'à la destruction de Jérusalem par Nabuchodonosor, le royaume de Juda eut vingt rois, auxquels les livres historiques de l'Ancien- Testament assignent en tout le nombre de 393 ans. Or, en suivant la chronologie tyrienne, nous avons placé la mort de Salomon en Tan 933 avant Jésus-Christ, et la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor tombe en 587. Donc d'après ce calcul, il ne reste pour les vingt rois de Juda que 346 ans, soit 47 de moins que le chiffre indiqué par l'Ancien-Testament. Mais il n'est pas non plus difficile de faire disparaître cette différence, à l'aide des faits attestés par les Livres des Rois eux-mêmes. D'après le second de ces livres (C. IX, 24- 27,) Joram, roi d'Israël, et Ochosias, roi de Juda, furent tués dans le même temps par Jéhu. Or, si l'on compte d'une part les années attribuées aux rois d'Israël, depuis Jéroboam
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jusqu'à la mort de Joram, et d'autre part les années assignées aux rois de Juda depuis Roboam jusqu'à Ochosias, la première opération donne 98 ans et la seconde 95 seulement. Il est donc clair qu'une inexactitude s'est glissée dans l'un ou l'autre texte.
Le second livre des Rois (XVIII, 20) rapporte, en outre, que Samarie fut détruite par Salmanasar, la 6e année du règne d'Ezéchias. Ici, une différence plus considérable encore se manifeste ; car les listes du royaume d'Israël indiquent, entre le meurtre de Joram et la destruction de Samarie un intervalle de 141 ans, et celles de Juda en comptent 160. On est, en conséquence, autorisé à admettre que les listes des rois de Juda comptent en tout 19 années de trop depuis Roboam jusqu'à la 6e année d'Ezéchias. Il est aussi trèsvraisemblable (1), que, grâce à une erreur des copistes, on a assigné 20 années de trop à Manassé, successeur d'Ezéchias, que l'on fait régner 55 ans.
La différence de 47 ans, mentionnée plus haut, se réduit donc à quelques années seulement, différence qu'il est d'ailleurs facile de faire disparaître, de la manière indiquée précédemment en parlant de l'histoire d'Israël, savoir, en supposant que plus d'une fois les fils ont régné conjointement avec leurs pères dans le royaume de Juda.
Ce que l' Ancien-Testament rapporte- du premier roi de Juda, Roboam, fait croire que le partage du royaume de David en deux états distincts n'eut pas lieu sans la coopération de- puissances étrangères. Sésac, roi d'Egypte, le Sésonch de Manéthon, attaqua Roboam et pilla Jérusalem : Jéroboam, rival de Roboam, a donc dû être uni aux Pharaons par une alliance. Du reste, la conquête de Jérusalem par les Egyptiens n'a pu être de longue durée, car, immédiatement après, il n'est plus fait mention de ce peuple. Sésonch se contenta, paraît-il, de forcer Roboam à reconnaître la sépa-
(i)Mpvers,ÏI, 163 etc.
ration 4a royaume d'Israël. On comprend, du reste, qu'il fût agréable aux Egyptiens d'avoir sur leurs frontières deuxe'tals affaiblis au lieu d'un état puissant.
Entouré d'un harem nombreux, Roboam favorisa, comme son père, le culte des dieux étrangers et continua les constructions superbes deSalomon.ièm,sonfiIs, fitlaguerre avec bonheur contre Jéroboam, roi d'Israël. — Asa, le troisième roi de Juda, tâcha d'extirper le culte des idoles; mais le mal avait déjà poussé de si profondes racines, qu'en plusieurs endroits, des sanctuaires élevés sur les hauteurs continuèrent à exister à côté du culte rendu à Dieu dans le temple de Jérusalem. Sous le règne de ce prince, un roi cuschite, nommé Sérach, s'avança avec une armée considérable jusqu'à Marésa, non loin de Jérusalem. Mais Asa le repoussa, et, uni avec Benhadad I, de Syrie, il fut également heureux contre Basa, roi d'Israël, qui s'était emparé de la forteresse de Ramah, dans le royaume de Juda.
Les sources juives n'indiquent pas d'où était venu le cuschite Sérach, si c'était de l'Arabie ou de l'Egypte. Mais comme, parmi les Pharaons de la 22e dynastie, d'anciens monuments égyptiens font mention d'un Sésonch ou Sésach II, il est probable que c'est de lui qu'il s'agit ici. Selon toute apparence, ce Sérach s'était uni par une alliance avec Basa d'Israël, et Asa à son tour aura cherché un appui dans l'alliance du roi de Syrie.
Josaphat, fils d'Asa, affermit par des lois le rétablissement du culte pur de Jéhovah, commencé par son père, soumit l'Idumée, rendit les Philistins et les Arabes tributaires, et tenta même, quoique sans succès, de recommencer la navigation sur la mer Rouge. Mais son fils Joram, qui épousa Athalie, fille d'Achab et de Jézabel, se laissa porter par sa femme au culte des idoles. L'Idumée se rendit indépendante, les Philistins et les Arabes pillèrent impunément Jérusalem ; et Ochosias, son fils et son successeur, étant allé rendre visite à Joram d'Israël, son allié, périt, avec ce prince, de la main
de Jéhu. Cet événement eut lieu en 839 avant Jésus-Christ.
À la nouvelle de la mort d'Ochosias, la reine mère, Àthalie, s'empara du gouvernement, et imita à Jérusalem ce que Jézabel, sa mère, avait fait dans le royaume d'Israël. Le culte idolâtre des Phéniciens fut implanté de vive force; et cette femme dénaturée s'oublia au poiut d'attenter aux jours de son petit-fils, le rejeton, encore enfant, d'Ochosias. Mais le grandprêtre, Joïada, cacha ce jeune prince, qui s'appelait Joas, sut le soustraire pendant six ans aux embûches de son aïeule, et le proclama roi lorsqu'il eut accompli sa septième année. Joas rétablit alors le culte de Jéhovah ; mais plus tard, il rompit avec les prophètes, laissa rétablir les idoles et périt enfin victime d'une conjuration. îl eut pour successeur son fils Àmasias, qui fit la guerre avec succès contre l'ïdumée; mais qui ensuite fut fait prisonnier par Joas d'Israël, et mis à mort peu de temps après.
Osias, son fils, fut élevé sur le trône à l'âge de seize ans ; c'était un prince valeureux, et pendant son long règne il fit des guerres heureuses contre les Iduméens, les Philistins et les Ammonites. — Joalhan, son fils, marcha sur ses traces. — Mais, son fils Achas, le douzième roi de Juda, mit son royaume sous la dépendance des rois d'Assyrie, en faisant alliance avec Téglat-Phalasar. Il dut en conséquence se soumettre à payer tribut, et, ce qui était pire encore, introduire dans ses états l'astrolâlrie, le culte sanglant de Moloch et de Mylitla.
L'ïdumée et les Philistins se rendirent indépendants. Ezéchias, son fils, fut le meilleur des rois de Juda. Il osa abolir les abominables institutions de son père et rétablir le culte de Jéhovah. Mais la 6e année de son règne, 699 avant Jésus- Christ, Samarie fut détruite par Salmanasar ; et bientôt après, Ezéchias fut réduit, par Sennachérib d'Assyrie, à la plus terrible extrémité. J'en ai parlé dans l'histoire d'Assyrie.
Après la mort d'Ezéchias, Mariasse, son fils, qui n'avait que douze ans, monta sur le trône, et, peut-être par crainte
des grands-rois de Ninive, il entreprit sur-le-champ les innovations les plus funestes : il imposa par violence le culte de Baal, des Àschères et des astres. En vain les prophètes éleyèrent-ils la voix ; le tyran en fit exécuter un grand nombre, et d'après la tradition hébraïque, Isaïe lui-même fut mis à mort par ses ordres. Plus tard, ayant été fait prisonnier par un général assyrien,Manassé se convertit dans son cachot, et ayant été mis en liberté, il fortifia Jérusalem et détruisit le culte des idoles.
Amon, son fils et son successeur, régna, comme son père dans le principe, à la manière des païens et périt victime d'une conjuration. Josias, son frère, qui n'avait que huit ans, fut porté par le peuple au trône de Juda; il abolit les traces qui restaient encore du culte des idoles, et résolut de faire observer, dans toute son étendue, la Loi de Moyse. C'est ce qui n'avait pas encore eu lieu jusque-là, bien que sept siècles se fussent écoulés depuis la mort de ce législateur. Le second livre des Rois (1) rapporte que, la 18e année de Josias, le grand-prêtre Hilcias trouva dans le temple le livre de la Loi : récit énigmatique, qui semble insinuer que, vers ce temps-là des parties jusqu'alors inconnues furent ajoutées à la Loi. Pour la première fois, Josias fit célébrer la fête de Pâques exactement d'après les prescriptions du Pentateuque.
Mais cette observance tardive de la Loi ne sauva pas l'État de sa ruine : les derniers temps de l'antique Jérusalem approchaient. En 610, le Pharaon Nécho, fils et corégent de Psammétique I, vint de l'Egypte avec une armée, pour forcer à se ranger de son parti, le roi Josias, uni par une alliance avec le royaume de Babylone, qui commençait alors à devenir florissant. Une bataille décisive fut livrée à Magdala, et Josias y reçut une blessure mortelle.
Les quatre derniers rois de Juda, Joachas, Joakim, Joachin ou Jéchonias et Sédécias, qui lui succédèrent immédiatement