‹ Histoire primitive du genre humainChapitre 2 sur 18 · ART I. — INTRODUCTION · texte numérisé non relu

ART I. — INTRODUCTION

Isolé et dans l'état où les premiers pères de la race humaine ont pu se trouver, il y a un grand nombre de siècles, l'homme n'a pas d'histoire. La vie s'écoulait alors, comme un songe, sans laisser de traces. L'histoire commence seulement avec la formation des sociétés un peu considérables, avec l'introduction des magistratures, avec la naissance des Etats et les luttes qui en furent la suite ; en un mot, elle ne commence qu'après la formation d'une classe supérieure et d'une classe inférieure, et après l'invention des moyens artificiels de transmettre à la postérité les événements de chaque jour. Aussi longtemps que la tradition n'eut d'autre organe que la force peu stable de la mémoire, elle resta incertaine : l'écriture seule lui donna un fondement solide. Il est dès lors facile de concevoir, qu'il doit se trouver des lacunes dans la connaissance que nous avons des temps primitifs de l'espèce humaine.

Je divise en deux classes principales les sources où nous

pouvons puiser pour nous en instruire, ce sont: 1° les monuments cosmiques; 2° ceux qui doivent leur origine aux hommes.

La nature extérieure qui nous entoure, est, comme les profondeurs de notre propre cœur, un livre scellé d'un grand nombre de sceaux. Toutefois, le travail soutenu des savants contemporains a réussi, quoique sans doute incomplètement et superficiellement, à briser quelques-uns de ces sceaux. La géologie, science qui ne date que du siècle passé, a établi quelques propositions, que l'on peut, maintenant, regarder comme incontestables ; par exemple : que deux forces principales, la lumière (ou le feu) et l'eau, ont été des agents puissants dans la formation du globe que nous habitons ; secondement, que les êtres organisés qui couvrent maintenant la terre, ont été précédés par d'autres ; troisièmement, que le plus récent'des êtres organisés, c'est l'homme.

Il existe, comme on sait, une source écrite de connaissances, consacrée par notre religion et qui nous fournit des données et des lumières sur le même objet, c'est le premier chapitre de la Genèse. On ne pouvait manquer d'en venir à comparer et à peser les données de la science et celles de la sainte Ecriture, et le jugement résultant de cet examen, devait différer selon la tendance des esprits. Ainsi, tandis que les uns, remplis d'éloignement pour l'héritage de leurs pères, pour la sagesse qu'ils nous ont transmise, et pleins d'admiration, au contraire, pour les progrès de notre époque, ou pour ce qu'on appelle de ce nom, ravalaient, bien au-dessous des enseignements de la géologie, les témoignages de Moïse, qu'ils traitaient de vaines fables; d'autres géologues, au contraire, et ceux-là précisément qui, au jugement de tout le monde, même de leurs adversaires, jouissent de la plus grande autorité (par exemple, l'anglais Buckland), furent d'avis que la nouvelle science était en harmonie avec les récits de Moïse.

Les recherches historiques, auxquelles j'ai consacré mes

études, m'ont appris à regarder, comme une recommandation importante pour une opinion, pour une manière de voir, l'antiquité dont elle jouit. Je ne puis renoncer à croire que, ce qui passait déjà pour vrai dans les temps les plus reculés, et qui, jusqu'à nos jours, a dominé la pensée de millions d'hommes cemme nous, ne mérite pas de la considération et des égards. En effet, c'est une erreur aussi insensée que nuisible, de penser que nous l'emportions de beaucoup sur nos pères. Ce n'est pas la force de l'intelligence quia grandi, mais seulement la somme des expériences. D'autre part, mes propres observations m'ont fait prendre pour règle, de me défier d'autant plus des découvertes tout-à-fait nouvelles et des affirmations les plus brillantes, qu'on les proclame et qu'on les divulgue d'une manière plus bruyante et comme à son de trompe. Il n'y a qu'environ trente ans que j'ai commencé à observer et à étudier par moi-même ce qui se passe autour de moi ; or, pendant ce laps de temps relativement bien court, j'ai déjà été témoin de beaucoup de choses : j'ai pu juger la gravité des Kantiens, raide et guindée, mais compatible, cependant, avec la saine intelligence de l'homme. J'ai vu l'enthousiasme bachique des disciples de Fichte et de Schelling d'une part, et de l'autre, celui des mythologues qui extravaguaient à la suite de Creuzer; enfin, j'ai survécu à l'orgueil vertigineux du hégélianisme qui, fier des obscurités de sa science, se rengorgeait et se pavanait dans sa naïve admiration de lui-même et je me suis tourné vers la Bible à travers les attaques les plus violentes. Chaque fois, la nouvelle sagesse qu'on venait de créer, était solennellement et pompeusement proclamée le nec plus ultra du développement intellectuel. Eh bien ! qu'est-il resté de toute cette bouffissure d'idées prétentieuses qui, comme un feu de fusée, avaient un instant ébloui les yeux? Pour le plus grand nombre, rien, sinon un désolant nihilisme. Pour ce qui me concerne, j'ai appris, par les études historiques, non sans donner parfois moi-même dans quelque erreur, à faire grand

cas de la sagesse transmise par la tradition. Du reste, je n'entends pas dire par là qu'il faille fermer les yeux à toute vérité présentée comme nouvelle, je veux seulement recommander la prudence et la circonspection.

Placé à ce point de vue, on doit avouer que l'opinion pour laquelle se déclare Buckland a beaucoup de vraisemblance, en d'autres termes, que les faits établis par la géologie sont en harmonie avec le témoignage de Moïse. En effet, si l'on entend par les six jours dans l'intervalle desquels la Genèse dit que la création fut achevée, non des jours ordinaires de vingt-quatre heures, mais des périodes de développement plus ou moins longues, ont résoud la plus grande et peutêtre la seule difficulté que présente la concordance de la géologie avec le premier chapitre de l'Ancien Testament. Or, non-seulement d'anciens savants juifs, mais aussi plusieurs Pères de l'Eglise chrétienne, ont compris dans ce sens l'œuvre des six jours. Bien plus, le texte même de Moïse semble nous forcer à l'interpréter de cette manière. En effet, il est dit dans les premiers versets de la Genèse : «Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, et la terre était déserte et vide, et les ténèbres régnaient sur l'abîme, et l'Esprit de Dieu planait sur la surface des eaux; et Dieu dit : Que la lumière soit et la lumière fut, et Dieu vit que la lumière était bonne. Alors Dieu sépara la lumière des ténèbres et nomma la lumière jour et les ténèbres nuit ; et du soir et du matin se forma le premier jour. » Huit versets plus loin, l'auteur de ce livre raconte ce qui se fit le quatrième jour de la création : « Dieu dit : Qu'il y ait des luminaires au firmament du ciel, lesquels séparent le jour et la nuit et marquent les signes, les temps, les jours et les ans et soient des luminaires au firmament du ciel pour luire sur la terre. Et cela se fit ainsi. Et Dieu fit deux grands luminaires : le plus grand pour présider au jour, et un plus petit pour présider à la nuit, et, en outre, des étoiles. Et Dieu les plaça au firmament du ciel, et ils répandirent leur lumière sur la terre, réglèrent le

jour et la nuit et séparèrent la lumière des ténèbres. Et Dieu vit que cela était bon. Et du soir et du matin se forma le quatrième jour. »

Ainsi, le livre de nos origines parle d'abord d'un jour qui fut terminé avant l'apparition du soleil et de la lune ; et, à partir du verset quatorze, il rapporte que le soleil et la lune sont des signes du temps et la mesure des jours et des années, et que, cependant, ils ne datent que du quatrième jour de la création. Or, le récit de la création, renfermé dans le premier chapitre du Pentateuque, a été proclamé par la voix unanime des sages de tous les temps, la page la plus sublime qu'ait jamais tracée un main d'homme; et le jugement porté par le célèbre Longin, dans son Traité du Sublime, concerne particulièrement le commencement de la Genèse. Qui peut croire, dès lors, que le prophète qui a décrit la création de cette manière, soit tombé dans l'erreur mesquine de se contredire à quelques lignes d'intervalle, comme Moïse se serait réellement contredit, si l'on devait entendre du premier jour ce qui est indiqué au verset quatorze : Les luminaires qui se trouvent au firmament du ciel (c'est-à-dire, le soleil et la lune) doivent séparer le jour de la nuit, marquer d'une manière certaine les signes, les jours et les ans. Ainsi le texte lui-même de l'Ecriture nous oblige à conclure que les six jours de la création sont autre chose que la mesure ordinaire des temps décrite au verset 14 ; en d'autres mots, que ce ternie désigne là des jours du monde et non des jours de la terre, ou des époques d'une durée indéterminée. Je remarquerai, seulement en passant, qu'on a fait des tentatives pour déterminer, par les paroles mêmes de l'Ecriture, la longueur des jours de la création. Le psalmiste dit, quelque part : « Devant vous, Seigneur, mille ans sont comme un jour. » Or, d'anciens rabbins ont cru voir dans ces paroles, la preuve qu'un jour divin ou un jour de la création, comprend mille années humaines. Du reste, c'est une question que je ne décide pas.

Le langage de l'homme est trop faible et trop borné pour

exprimer les opérations de la Toute-Puissance ; de là vient que la Bible exprime les rapports de Dieu avec l'homme, par des images empruntées pour la plupart à la vie domestique. C'est cette pauvreté du langage qui force Moïse à employer le même mot en différents sens. Il en est des jours de la création, comme de la lumière dont il est parlé au troisième verset de la Genèse, et qui doit être distinguée des luminaires qui se trouvent au firmament. La chimie enseigne que, dans la formation de corps nouveaux, il se fait un développement de chaleur et de lumière. N'en aurait-t-il pas été ainsi dans le grand acte de la Toute-Puissance? Ne doit-on pas penser, qu'au moment où retentit la parole créatrice, des feux élémentaires s'enflammèrent dans l'immensité de l'espace? Or, cette lumière primitive était autre chose que les globes du soleil, de la lune et des astres, qui ne reçurent que plus tard, la place que Dieu leur avait destinée dans la masse des êtres qui se formaient pour l'harmonie de l'ensemble. Mais en voilà assez sur ce sujet : revenons à la proposition-principe énoncée toutà-1' heure :

La source cosmique de nos connaissances par rapport aux temps les plus reculés, en d'autres termes, les faits établis par la géologie, ne sont pas en contradiction avec le récit de Moïse. Les géologues ont trouvé plus de cent mille espèces de plantes et d'animaux qui existaient autrefois sur la terre, mais qui, plus tard, en ont disparu et ne se rencontrent plus qu'à l'état de pétrification ; ils ont montré que les organisations actuellement existantes, tant dans les plantes que dans les animaux, ont été précédées par différentes autres espèces d'organisations. Enfin, ils ont prouvé que l'homme a été créé en dernier lieu, longtemps après que les êtres organisés encore existants aujourd'hui avaient déjà rempli la surface de la terre. On trouve des pétrifications de beaucoup déplantes et d'animaux dont l'espèce subsiste encore, mais, jusqu'à présent, l'homme seul n'a pas encore été rencontré dans cet état. Ainsi, placé au premier rang sous le rapport delà di-

gnité, l'homme occupe la dernière place entre toutes les créatures terrestres sous le rapport du temps ; et son origine tombe à une époque où la terre possédait déjà, dans l'ensemble, sa forme actuelle. Déjà, depuis longtemps, le Dawalagiri, dans la lointaine Asie, le Mont-Blanc et la Vierge en Suisse, et leFeldberg, dans l'Oberland, élevaient vers le ciel leurs têtes altières, peut-être même déjà le Kaisersthul était sorti de la plaine inondée par les vastes flots, dont le Rhin actuel n'est qu'un faible reste, lorsque l'existence du premier homme commença dans un des vallons de l'Arménie.

Commença! Nous prononçons ce mot comme s'il ne signifiait rien d'extraordinaire, et, cependant, il renfermetout un système de miracles. Remettons-nous devant les yeux que le chef de notre race, semblable à nous quant à l'extérieur et aux qualités fondamentales, différait cependant de nous dans un point fort essentiel. Il n'avait pas été engendré par des parents, il n'avait ni père ni mère. Comment s'expliquer une telle origine?

Il n'y a pas bien longtemps encore, les naturalistes parlaient d'une certaine generatio œquivoca ou de la production accidentelle d'organisations plus ou moins grossières attribuée à l'impulsion aveugle d'une force créatrice existant dans la nature; mais les perfectionnements apportés au microscope ont dissipé cette opinion comme un des brouillards de l'erreur. Il n'y a pas longtemps non plus, qu'un naturaliste célèbre (Oken), énonça l'opinion que le premier homme ainsi que les autres créatures, s'était coagulé par les forces aveugles de la nature et qu'il était éclos tout formé du limon primitif. Un homme exempt de préjugés peut-il s'empêcher de rire d'idées aussi fantasques, dont, au premier coup-d'œil, on voit que l'origine n'est due qu'à la crainte anxieuse du surnaturel? Non, sans doute, il n'y a sur l'origine du premier homme qu'une seule explication qui soit à l'épreuve de l'intelligence saine de l'homme : c'est que, des intelligences plus élevées, des citoyens d'un monde supérieur ou Dieu lui-même, sont intervenus dans la création de l'homme.

Ainsi, la grande source cosmique de nos connaissances, ou la science de la terrre (la géologie), nous ramène au même acte surnaturel que le premier livre de Moïse; et l'histoire originelle de notre espèce commence nécessairement, en dépit des protestations du nihilisme, par la reconnaissance, la constatation d'un fait surnaturel.

Le premier homme sortit donc de la main visible du Créateur, de cette main que nous, venus plus tard, nous ne voyons plus par les yeux du corps. Mais maintenant, je le demande, est-il croyable que le Créateur ait condamné l'homme, sa créature, à accomplir le dur pèlerinage de la vie terrestre, sans le pourvoir d'un trousseau convenable? Je veux dire, est-il croyable que Dieu ait laissé le premier homme, cet être neuf et sans aucune expérience, dépourvu des connaissances nécessaires tant pour assurer la conservation de son existence corporelle, que pour avoir lui-même la conscience de sa nature supérieure? Non, cela n'est pas vraisemblable ; et sur ce point encore, les plus anciens monuments historiques nous viennent en aide. Ce n'est pas seulement le Penlateuque, ce sont aussi les Yédams et le Zendavesta qui nous parlent de l'enseignement divin donné au premier homme. Ils parlent tous, d'une manière plus ou moins claire, d'une décadence qui eut lieu plus tard et tous ils ont pour base cette espérance qu'à la fin l'homme déchu, égaré, rentrera dans la maison de son Père.

Ainsi, la contemplation de la nature extérieure, d'accord avec les traditions les plus anciennes, nous amène d'abord à l'idée surnaturelle de la création du premier homme par la divinité; ensuite, à celle de la culture intellectuelle de nos premiers parents ; puis, à la pensée d'une chute ; enfin, à l'attente d'une réconciliation ou d'une rédemption future.

Tournons maintenant nos regards vers d'autres sources de l'histoire primitive, celles qui doivent à l'homme leur origine. Nous citerons d'abord les pierres monumentales, trouvées de-

puis longtemps en Egypte, et récemment, à Babylone et àNinive.

Depuis le temps où Napoléon se rendit en Egypte à la tête d'une armée, nous possédons la copie d'une foule de sculptures et de peintures, qui remontent jusqu'à l'époque la plus ancienne de la civilisation égyptienne. Toutefois, ce n'est que depuis peu qu'on est parvenu à les déchiffrer de manière à faire espérer des résultats certains. Ce n'est que quarante ans après celte expédition, qu'on a découvert les monuments babyloniens et assyriens, et l'interprétation en est encore presque à ses premiers essais. Il faut donc attendre jusqu'à ce qu'on puisse mettre avec sécurité ces sources à profit.

Enfin, les sources écrites les plus anciennes sont celles de la Bible, les sources hébraïques. Il n'y a pas longtemps, à la vérité, l'enthousiasme qui régna quelque temps parmi nous pour les monuments de l'Asie centrale nouvellement découverts par les Anglais, engagea beaucoup de personnes à mettre au-dessus de l'Ancien Testament, tant pour l'antiquité que pour le mérite intrinsèque, les Védas des Indiens et leZend des Perses ; mais l'examen calme et réfléchi qu'en firent plus tard plusieurs savants, surtout parmi les Français, établit avec une très-grande vraisemblance, que ces monuments de l'Asie centrale et orientale appartiennent à des époques plus récentes que ne l'avaient cru d'abord leurs ardents admirateurs. L'histoire juive, par conséquent, est et reste, entre toutes les anciennes histoires orientales, la seule authentique et qui ait de la cohérence.

Après le Pentateuque, les livres des juges, des rois, etc., le second rang appartient aux sources grecques, qui se divisent en deux classes principales, les documents poétiques et les écrits en prose. On trouve d'excellentes données historiques dans les chants d'Homère et d'Hésiode. Quant aux historiens grecs proprement dits, le plus ancien est,, comme on sait, Hérodote, et après lui viennent les savants historiens plus récents de la Grèce et de Rome. Mais en voilà assez sur Jes sources.

La première question qui se présente tout d'abord, est celle de savoir où et comment se sont formés les premiers Etats ou les premières sociétés humaines, et comment le genre humain s'est peu à peu répandu sur toute la terre. Ici nous entrons de nouveau dans un labyrinthe de difficultés, auquel nous ne pouvons trouver d'issue que par voie de supposition ou de conséquence. Jetons donc d'abord un regard sur la seconde de ces questions. Un premier coupd'œil nous montre les divers peuples et races qui habitent les cinq parties du monde, différant entre elies non-seulement par le langage et les mœurs, mais encore par la couleur et même par la construction du système osseux. La couleur de la peau parcourt toutes les nuances, du noir le plus obscur jusqu'au jaune, au brun, au rouge, et presque jusqu'à la blancheur éblouissante de la cire. Le crâne du Mongol diffère de celui du Caucasien, et l'un et l'autre s'éloignent considérablement de celui du Nègre. Ce sont ces différences qui ont amené la distinction en diverses races; en trente, d'après quelques-uns, et selon d'autres, en trois seulement. Cette classification des races est du reste arbitraire : on peut la restreindre ou l'étendre selon son bon plaisir. Tenons-nous en à la division la plus simple, celle en trois classes : La première sera la race blanche ou caucasienne, qui, à l'exception des Lappons, comprend tous les Européens, les habitants de l'Asie citérieure et ceux de l'Afrique septentrionale. La race dite mongole, distinguée des Européens par la direction oblique de ses yeux tournés en dedans, et les os saillants des joues, sera la seconde; et la troisième sera la race noire des Nègres, ou l'éthiopienne, et les races ainsi que les nuances de peau intermédiaires, seront considérées comme des transitions de l'une à l'autre. Maintenant, est-il vraisemblable que le blanc d'Europe, le noir du Sénégal et le mongol de la Chine, au teint blême, descendent d'un seul et même couple, des premiers pères de notre race. Un grand nombre de naturalistes, à partir du milieu du siècle passé, alors que les attaques

contre les traditions du christianisme étaient devenues générales, ont répondu négativement à cette question, et admis que les Nègres, les Mongols, les Caucasiens et d'autres races "encore, selon leur bon plaisir, avaient eu une origine particulière et des parents primitifs qui leur étaient propres.

Or, les documents mosaïques soutiennent le contraire et font descendre tous les hommes d'un même couple. Pour moi, considérant que dans toutes les tentatives faites dans le dernier siècle pour opposer de nouvelles autorités aux traditions hébraïques, un examen impartial et libre de préjugés a constamment fini par prononcer en faveur du Pentateuque, je n'hésite pas à admettre aussi pour cette question des races, l'autorité de la Genèse. L'observation de la nature ne fait, que je sache, contre ce qu'enseigne l'Ecriture, aucune objection insoluble. Il est vrai, la conformation corporelle tlu Nègre est fort différente de celle de l'Européen ; mais il y a entre les individus d'une même race des différences plus considérables encore. Quiconque a vu des crétins, avouera qu'entre un crétin et un Européen en bonne santé, il y a un abîme plus profond qu'entre le Caucasien et le Nègre. Cependant il est démontré, par une expérience incontestable, que des parents bien conformés, qui, en Angleterre, par exemple, mettraient au monde des enfants semblables à eux, n'engendreraient que des crétins s'ils descendaient dans certaines vallées du Piémont ou de la Savoie. Tout le monde sait aussi que les crétins propagent leur espèce. Or, si une différence à peine sensible dans l'atmosphère d'un vallon, est capable de produire de tels changements, la chaleur du soleil d'Afrique ne pourra-t-elle, avec le cours des ans, faire que des ancêtres originairement blancs et de constitution caucasienne, donnent peu à peu naissance à des peuples nègres (1)?

(1) Voir Forichon etMaupied, de l'Unité de l'espèce humaine. L'expérience a du reste été faite : des Portugais établis en Afrique étaient devenus nègres au bout de quelques générations. (Note du T.)

La seconde question qui se présente concerne la demeure primitive des premiers hommes.

Toutes les anciennes traditions parlent d'un séjour de bonheur habité d'abord par nos premiers parents ; et l'étude de la nature nous amène aussi au même résultat. Attendu que, longtemps encore après la première formalionde la terre, les eaux continuèrent à couvrir une grande partie de sa surface^ et que cependant l'homme ne peut vivre dans l'eau, il faut naturellement en conclure que le père de notre race fut appelé à la vie dans un lieu inaccessible au ravage des eaux, et par conséquent, sur un des hauts plateaux du globe. D'autre part, comme le bien-être corporel a pour conditions nécessaires, d'abord, la douceur du climat, ensuite, le secours de certains animaux domestiques, que nous voyons, en remontant jusqu'aux temps les plus reculés, avoir été constamment les compagnons de l'homme ; enfin, la facilité de trouver des aliments convenables, particulièrement la présence des moyens indispensables à l'agriculture (laquelle est également d'une antiquité primitive) et surtout à la culture des plantes dont la graine sert à faire le pain ; attendu, disons-nous, que telles étaient les conditions indispensables au bien-être de nos premiers parents, il est dès lors tout-à-fait vraisemblable que le premier homme reçut l'existence dans un lieu où Dieu avait pourvu à ces différents besoins. Or, toutes ces hypothèses nous semblent indiquer, comme séjour primitif de l'homme, les hautes plaines de l'Asie centrale.

Le second chapitre de la Genèse nous donne, comme on sait, une description du Paradis fermée; mais l'explication de ce passage présente de grandes difficultés, parce que le texte s'exprime dans un langage presque hiéroglyphique. Il y est dit que quatre fleuves principaux y ont leur point de départ ; mais de ces quatre fleuves on n'en connaît que deux d'une manière certaine, l'Euphrate et le Gihon ou l'Oxus, qui se jette dans le lac Aral. Si donc nous admettons que le troisième est l'Indus, et le quatrième, l'Araxes ou le Phase,

il faudrait chercher la patrie primitive de l'homme sur le haut plateau, qui se trouve entre les montagnes élevées du Caucase et celles de la Médie, entre la mer Caspienne et le golfe Persique. Un autre fait, du reste, vient à l'appui de cette conclusion : c'est que les demeures connues des plus anciens peuples civilisés, sont groupées autour de cette plaine élevée : au Sud-Est, l'Inde, habitée par des peuples de race caucasienne ; à l'Est, la Chine, avec sa population mongole; au Sud, l'Asie, l'Assyrie et Babylone;plus loin les Araméens et les Egyptiens ; vers l'Ouest, les Européens. Tous ensemble doivent être partis de ce point central. Mais nous ne pouvons encore entrer ici dans le détail.

Je répète ma proposition principale : L'humanité provient d'un seul couple, qui fut appelé à la vie dans l'intérieur de l'Asie. Tous les peuples, ceux en particulier qui ont joué un rôle dans le monde, sont partis de ces demeures primitives de l'Asie, pour se rendre plus tard dans leur nouvelle patrie. Il suit de là, que la partie la plus ancienne de l'histoire du genre humain ne doit comprendre que des migrations de peuples, et cette conclusion nous amène au moment où commence le domaine de la preuve historique. Cette preuve peut se faire par deux voies différentes, soit en prenant le séjour primitif de l'homme pour point de départ, et en suivant les émigrants dans les nouveaux établissements qu'ils vont fonder ; soit en examinant ces colonies, pour remonter par l'étude à l'origine de ce grand mouvement. Ces deux routes conduisent au but : On apprend également à connaître un fleuve en le suivant depuis sa source jusqu'à son embouchure, et en le remontant de son embouchure à sa source. Toutefois, je crois préférable de suivre la dernière, et je commence par l'Europe, parce qu'elle est la partie du globe la plus importante et qui nous est le mieux connue.

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