‹ Histoire raisonnée du commerce de MarseilleChapitre 10 sur 30 · HOTEL DES MONNAIES · texte numérisé non relu

HOTEL DES MONNAIES

Toutes les questions historiques, légales ou d'ordre public qui se rattachent au commerce de Mi^rseille reçoivent chaque jour un intérêt de pressante actualité, un intérêt progressif; car chaque jour peut voir renaître les anciens principes. Ainsi ce qui touche à rhôtel des monnaies nous a parudignç d'être examiné avec cet esprit de critique , d'éloge et d'encouragement qui ne cessera de présider à nos discussions.

Il a toujours existé entre la marque d'or et d'argent ou le contrôle^ la fabrication de la monnaie et le commerce une grande liaison indépendante des lois. Cette liaison étai|:

si évidente que Ton regardait la traDsIation de rhôtel des monnaies à Marseille comme dangereuse ou inutile. En effet le négociant ne fait pas venir des espèces étrangères pour en faire le trafic avec un hôtel des monnaies ; ces espèces lui arrivent le plus souvent en retour, en solde de ses expéditions; il les replace dans le commerce comme d'autres marchandises; si nous ajoutons que ces pièces valaient constamment 20 sols dé moins à la monnaie que dans le commerce , ou comprendra' que leur vente à la monnaie était la disposition la moins avantageuse^ et par conséquent la dernière que le négociant dut songer à faire. Il y a plus; en admettant que le directeur des monnaies voulût acheter les espèces étrangères au même prix que le négociant , il ne pouvait être préféré dans ce concours; il aurait sans contredit notablement diminué ses bénéfices, tandis que le négociant ayant sans cesse besoin depias* très pour son commerce daiïs le Levant^ dans l'Amérique et dans l'Inde^ ne pouvait

quic gagner en conservant ses pi^stres^ en ;icquérant celles des autres ds^ns le bQncours avec la monnaie. D ailleurs celle, des i^fiar-* xrhandises qui gagne le plus ^esiL aussi toujours celle qui contribue davantage au sucn ces des spéculations. On élevait donc regar^ der comme un malheur pour le commerce de Marseille de refondre Içs espèces étraur ^ères, de les rendre rares et priver ainsi cettç ville de ce riche moyen, en l'obligeant à l'exportation frauduleuse des espèces françaises. De tout cela il faut conclui!e que la translation de rhôtel des monnaies à Marseille ne dut procurer aucun avantage réel au commerce. Elle augmenta peu la fabrication des espèces nationales; une grande augmentation eût été funeste. N'était-ce pas un mal d'abord que de mettre une direction des monnaies dans une place de commerce? L'exemple, l'occasion, un goût particulier^ mille cir-r constances peuvent compromettre la fortune ou le cautionnement d'un directeur avide de faire valoir ses fonds dans les hasards, les

chances, les malheurs et tout le dédale des affaires de commerce , et ruiner le crédit de la direction en ruinant celui du directeur.

Osons aire encore , car l'histoire , même celle qui s'adresse à une classe particulière , doit toujours être vraie pouretre utile, osons dire que l'établissement de l'hôtel des monnaies à Âix était pour cette ancienne capitale de la Provence un bien en quelque sorte patrimonial depuis le milieu du XIP siècle , comme celui des tribunaux souverains qui y résidaient et qui y résident encore '. Lui

(x) Oa parle beaacqnp) depais qaelqae temps, d'nne pétition (qaoique cete pétition a'ait eu ancan «accès, sans doate parce qa'on demandait , je n'ai pas crn devoir retrancher cette note, ?ai a été faite pendant qn'on s'occapait de pétitionner ) qai « été on doit être présentée à la Chambre des Dépntés [i 83 8], et qai aarail poar objet de demander la translation à Marseille de la conr d'assises d*Aiz. Si les pétitionnaires prétendent obtenir cette bante-coar de jastice criminelle , avec tonte sa jaridiction territoriale , il est à craindre qae l'exagération de la demande la fasse repoasser par le ponvoir législatif. Mais si les Marseillais se bornent à demander ane chambre de conr d'assises, aae chambre ambalante; comme aatrefois celle des grands Jours , et celle qai aajoard'hni va siéger trimestriellement k Digne et à

enlever la fabrication en lui laissant la juridiction, c'était lui ôter la chose pour lui laisser le nom.

Dragaignan , nous pensons qae Timportance de la popolation de Marseille et de son arrondissement , le nombre des crimes mal' heareasement si fréquents dans son sein , é canse de l'afflocnce des nations étrangères , motive suffisamment cette demande qui dans ce cas ne pourrait soulever aucune sasceptibilité de la part des habitants d*Àix.

D'ailleurs ce ne serait pas la première fois qae le pouvoir souverain aurait accordé à Marseille une chambre souveraine. Il existe à cet égard un monument de Henri IV. On le lira ici avec intérêt.

Lettre de Henri IF" au parlement de Provence.

M Nos amés et féaux , les habitants de notre ville de Marseille » nous ayant fait entendre que par le traité de leur réduction à >• notre obéissance , il leur avait été promis qu'il y aurait une » chambre de justice établie en ladite ville , pour connaître et M décider en dernier ressort leurs différends. Nous, désirant ob- » server et entretenir de bonne foi ledit traité , avons procédé à » l'érection de ladite chambre. Mais au lien que lesdits habitants » nous auraient requis de le composer de nouveaux officiers , » afin qu'elle demeurât toujours distraite de votre corps, Noos, »pour ne faire une telle brèche à cotre dignité et autorité^ laquelle » nous voudrions plutôt segmenter que diminuer, avons ordonné » qu'il y aurait un nombre pris et élu de votre Compagnie, pour *> aller tenir ladite Chambre, avec un personnage d'honneur qui

La fabrication de la monnaie fut établie à Aix la même année que les états du pays furent solennellement convoqués, c'est-àdire en 1 146. Un siècle après et dès l'année

» serait par nous nommé , et ayant choisi le near Du Yair, con- » aeiller en notre eonseil-d'état , poar y préaider ponr on temps » oenlement » et ja^qo'à ce qae les choses se disposent à être '> réduites à leor ancienne forme , nons avons hien vonla voos n en donner avis par cette lettre , par laquelle voos mandons » d'obéir de votre part en ce qai dépendra de vons , à ce qae » nous voos avons ordonné à cet égard , et y étant ^ de vous >• accommoder à ce qui concerne le repos et la tranquillité de «ladite ville, en telle sorte que nons n'ayons pas occasion d*n- » ser du remède qae nous avons accordé k ceux dadit Marseille, » en cas que vous soyes refiossnts on délayanu de satisfaire à » notre dite volonté. Car si nous sommes contramts de faire un » établissement de gens de justice en ladite ville de Marseille , » autres que ceux de votre Compagnie , nous prévoyons qu'il » sera difficile de le changer et de remettre les choses dans le » premier état. Vous voulant bien dire que nous avons commis » la charge de cette affaire à personne en qui nous avons tonte » confiance et qui y apportera telle prudence et modération que » si les choses ne s'accommodent k votre consentement et avan- Mtage, ce ne sera que parce que vous ne l'aurez pas voulu. » Donné à Tours, le 29 octobre 1596. «

Pour solliciter, avec chances de succès, en i838 , une chambre de cour criminelle , la ville de Marseille aurait plus d'une leçon k puiser de cette lettre de Henri IV.

1^579 la ville de Marseille demanda pour elle cette Êibricatiofi; elle Tobtint^ la perdit , l'obtint de nouveau et la perdit encore, parce que l'expérience prouvait toujours qu'une place de commerce était un écueil

pour ceux qui dirigeaient la monnaie*

Quan<l la fabrication sera à Marseille , di^ saient les états de 1784, il n'arrivera pas plus de matières d'or et d'argent dans celte ville qu'il n'y en arrive à présent; ceux qui en font commerce ne seront pas plus excités par la présence de la monnaie qu'ils ne le sont par son voisinage. Les uns auront plus de confiance au directeur , les autres en auront moins.... Les états auraient pu ajouter que dans ce genre il vaut mieux souvent être éloigné de l'objet que d'en être trop voisin. Il est une autre vérité dont il faut con* venir. Ije commerce devait se fournir d'espèces étrangères avant la monnaie ; consé-** quemment celle-ci ne devait refondre celles qui arrivaient à Marseille que lorsque le commerce était pourvu ; cela dut être, puis-

qu'on laissa tomber dans les parties casuelles les quatre offices de changeurs alors existant. Les espèces étrangères ne tombèrent pas pour cela en discrédit; elles continuèrent d'être recberchées; il n'y avait donc aucune raison pour les arracber au commerce-, il y en avait mille pour les lui abandonner.

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