‹ Histoire raisonnée du commerce de MarseilleChapitre 13 sur 30 · ECHELLES DU LEVANT · texte numérisé non relu

ECHELLES DU LEVANT

On appelle écJielles les ports de la Méditerranée qui sont sous l'empire des Turcs et où les Européens font le commerce, où ils entretiennent des consuls, des vices-consuls, des chanceliers, etc. ; des facteurs, des commissionnaires et enfin des maisons de commerce.

Les principales échelles du Levant sont :

Seyde y Acre , Rama , Jaffa, Sour, Beyruth, Damas, Tripoli de Syrie, Lataquie, Alep, Alexakdrette, Chypre, où est l'Arnena, principale échelle de cette île ; Satalie , Smyrne, Angoura, Constantijsople, An-

ORINOPLE, SaLONIQUI';, LA JVlORÉE, OU SOIll

GORINTHE, VOLSTICHE, PaTRAS, GaSTOUNI , GATAGOtLO, ArGADIB, NaVARIV, MoDON ,

Coron, Misitra, Naples de Malvoisie, Na*

Pt.ES DE ROMAKIB, TrIPOLTSSA, AtHÈHES 61

enfin l'île de Candie où sont la Can^e et ses dépendances.

Seyde, Said ou Seid est l'ancienne Sydon ; elle a aujourd'hui fort peu d'importance.

Dans ses dépendances se trouvaient les villes de Jaffa, de Sour^ d'AcRE/BsTRUTH, Damas et Rama;

Jaffa, anciennement Joppé dans la Palestine, est éloignée de Seyde d'environ lo lieues et 8 de Jérusalem. £Ue n'avait ordinairement que des facteurs commis par la nation de Rome ; ces facteurs recevaient et expédiaient les marchandises d'entrée et de sortie à Rama ou à la côte de Syrie. Son port est le plus proche de Jérusalem; c'est là qu'abordent les pèlerins qui vont dans celle ville.

SouR, éloigné de Seyde d'environ neuf lieues, passe pour être l'ancienne Tyr. La

mer bat jusque dans ses ruines. Son port dont l'entrée est remplie d'écueils, de sable et de rochers, est vaste, à l'abri des vents du Midi , mais ouvert à la tramontane '. Sa tenue est bonne et son fond net. La ville présente de toutes parts l'image des dévastalions qu'elle a essuyées ; on ne trouve dans toute la campagne voisine que quelques cabanes habitées par de pauvres pécheurs.

Les bâtiments qui partaient de France en hiver, chargés pour Seyde, et qui voulaient faire retour dans la même saison, allaient aborder dans le port de Sour, la rade de Seyde n'étant point sure dans cette saison.

Acre , située à 1 7 lieues de Seyde y possédait diverses maisons de marchands qui faisaient les commissions des négociants mar-

I Tramontane, de Fitalien tramontana, est proprement le nom de rétoile polaire, entant qnMle frert a conduire les vaisseanx snr mer, d'où est venue Tezpression familière perdre la tramontane, en parlant d'an bomme qni se tronble, qui ne sait pins où il en est, qni ne sait plos ce qn'il fait ni ce qu'il dit. En Italie et sur la mer Méditerranée, tramontane est le vent qui souffle du càté qui est au delà des monts par rapport à Tllalit».

seillais de Seyde et de Ja côte de la Syrie ; ces commissions consistaient en cotons y laines, cendres, blé et huile; elles étaient chargées dans Acre même ou étaient envoyées à la côte pour y être chargées pour Marseille.

Rama , Tuu des plus anciens établissements de Marseille , est à trois lieues de Jaffa et à douze de Jérusalem ; quelques commissionnaires français y résident. On en retire fréquemment des cotons filés de diverses qualités , et des cendres qu'on adresse à Seyde ou à la côte de la Syrie, pour Marseille.

Betruth ou Baruth , connue dans l'histoire des croisades sous le nom de Bérithe , avait encore, quelques années avant la révolution française, et suivant un antique usage, un Maronite pour vice-consul. Ses fonctions étaient de protéger les bâtiments qui venaient y faire la caravane ou qui y étaient poussés par le mauvais temps; en reconnaissance les capitaines lui payaient quelques minces droits.

Damas, petite échelle sans luilion ékiit la

capitale de la Syrie après avoir été loogteienps celle d'un Bx^yaume qui portait soa nom. On y voit de très^beaux jardins ^ de belles fontaines, beaucoup de manufactures renommées pour les sabres , les couteaux et les soies à ramage. I^ qualité des vins de son terroir ne répond pas à la délicatesse des vins qui le produisent. Damas est à 4^ lieues de lérusalem et d'Antioche.

Le commerce de Marseille dans ces diffé^ rentes échelles est considérable; on a pu en juger par les tableaux statistiques. Autrefois on y portait chaque. année de 8 à 900 ballots de draps, de la cochenille, de l'indigo, du café de l'Amérique, de l'étain, du poivre, des papiers, du sucre. On en exportait des cotons filés et en rame, des cendres de la côte de Syrie , des soies blanches et jaunes , des bours de Damas , des dimites et toutes les drogues qui viennent par Damas, de l'Inde et de l'Arabie.

On peut juger que le commerce de Seyde et Je ses dépendances était leplus considéra-

ble de tous ceux des échelles^ en rapprochant nos observations relatives au commerce an* cien des importations et des exportations actuelles. Les négociants de Seyde comme ceux d'Acre pouvaient réciproquement faire le commerce par des agents, des commis , ou des procureurs fondés , qu'ils tenaient dans l'un et l^autre endroit , pour Tachât des cotons. Les jours de marché , ils achetaient en commun par l'entremise des Censaux ' sous la direction des intendants de la nation. Pendant neuf mois de l'année , ces marchés étaient fixés aux lundi et mardi de chaque semaine ; à la fin de chaque intendance , on assortissait les cotons et les emballages. Dans les bonnes années d'autrefois ^ les deux nations de Seyde et d'Acre envoyaient à Marseille jusqu'à i,5oo ballots de coton filé.

Les négociants avaient voulu dans un temps , établir la même communauté dans les achats ; mais le Pacha s'y opposa ; il dé-

I C'est ainsi qu'on appelle dans le Levant les courtiers et agents de cbange.

fendit aux cultivateurs de vendre leurs cotons aux Français , et fit monter cette pro* duction à un prix excessif , en se chargeant lui-même des récoltes. Les achats furent momentanément interrompus; pressés de renvoyer les fonds à Marseille, les commissionnaires firent des propositions au Pacha ; elles eurent pour objet un droit de dix piastres sur chaque quintal ; le droit fut établi , cependant la vente des cotons rentra peu à peu dans un état de mort ; Timpôt fut enfin supprimé.

Le commerce d'entrée de cette échelle évaluée annuellement à environ i,5oo,oool.

celui de retour à 1,800,000 L dix ou douze navires de Marseille faisaient autrefois cette navigation favorisée par un nombre égal de maisons Françaises établies à Seyde ou à Acre ; mais les maisons qui étaient au nombre de quatorze vers les commencements du 18* siècle ont diminué successivement :

aujourd'hui deux seulement y résident encore , une à Seyde , une à Acre.

TRIPOLI de Syrie est éloignée de Damas de trente lieues. Ses marchandises d'entrée étaient les mêmes que celles de Seyde , mais en moindre quantité. Celles de sortie consistaient en soies du pays , en noix de galles , et en quelques milliers de quintaux de cendres. Le premier article était souvent trèsétendu , les négociants de Tripoli en vendaient annuellement pour environ !i5o,ooo piastres. Ces soies leur étaient demandées soit de Marseille directement , soit des échelles où l'entrée excédait la sortie , et où l'on n'avait pas la même facilité pour les retours. Pour obvier à cet inconvénient, on faisait passer à Tripoli des lettres de change ou de crédit, presque toutes sur Constantinople , et négociées avec le Pacha ou les officiers du Grand Seigneur qui avaient de l'argent à envoyer sur les lieux. La même chose se pratiquait pour les échelles de Seyde et de Chipre, où la sortie était plus forte que l'entrée.

Dans les dépendances de tripoli de Syrie

et à trente lieues de cette échelle se trouve LàTAQUiE y autre échelle fréquentée autrefois par de nombreux navires; la plupart y faisaientle commerce du tabac avecDamiette, commerce qui procurait de grands avantages à la France , et qui aurait pu encore être bonifié, si notre gouvernement y avait placé un officier 9 un agent quelconque chargé de protéger le commerce Français. On pouvait le faire , diaaiton alors sans aggraver les charges de la chambre du commerce de Marseille , en établissant un droit sur chaque barrique de tabac que les navires y chargeaient pour l'Egypte et ailleurs. Le nombre de barriques était a&nuellement environ de ^0,000. On voit par là le taux qui aurait pu être filé pour ce droit. Les capitaines l'auraient payé d'autant plus volontiers que la protection Française leur aurait, par l'ag^n t spécial, assuré les âvsinces qu'ils étaient obligés de faire aux chargeurs et aux commissionnaires du pays.

Lataquie ou Latichez , ( Laodicea ad

mare) est l'ancienne laodic^e , bâtie par Seleucus ISicanor ; elle est à 1 5 lieues de Tortose , à 99 de Jérusalem , à 3o d'Alep.

Elle dut son rétablissement au Turc Coplan- Aga , célèbre dans les annales orientales, par son amour pour le commerce. Celui de Lataquie fut longtemps l'un des plus animés des côtes de la Syrie.

D'après les anciens tableaux de commerce la valeur des envois faits à Tripoli de Syrie et à Lataquie excédait de beaucoup la valeur des retours dans certaines années. Lé prix des soies qui ne présentaient que des pertes à la revente, le défaut absolu de cet article, étaient alternativement la cause de cette fâcheuse circonstance. D'autres années les envois s'élevaient à près de 5oo,ooo liv. et les retours à zéro. Quelquefois encore les retours étaient portés au delà d'un million , tandis que les envois n'excédaient pas 200,000 liv.; d'où l'on concluait, avec des chiffres pour guides, qu'année commune les envois

étaient de 4ûo,ooo liv/ et les retoors de Sooyooo liv.

Tripoli de Syrie n'a plus qu'une seule maison française ; en 1788 il en existait eh« core trois.

Alep était autrefois une échelle très-importante autant par le commerce du pays même qu'à cause de celui qu'elle Êdsait avec les Indes. Son commerce avec la Perse était on ne peut plus brillant et productif; celui de Marseille y gagnait infiniment; mais les révolutions survenues en Perse durent l'interrompre. Il avait repris un peu de vigueur vers la fin du dernier siècle, lorsque la guerre civile, les révoltes des Jannissaires et des tremblements de terre, ont détourné vers Damas les caravanes commerciales. Alep avait autrefois treize maisons de commerce appartenant aux nations étrangères^ savoir:

sept françaises , deux anglaises , deux vénitiennes, une livournaise et une hollandaise.

Les Français n'y ont plus maintenant que trois maisons cautionnées.

Toutefois comme nous n'avons pas seulement en vue de donner des notions statistiques modernes, mais de rattacher l'ancien commerce au nouveau,, dans l'intérêt de l'histoire et de l'avenir de Marseille, jetons uacoup d'oeil sur ce qui se passait autrefois à Àlep et dans ses dépendances.

Cette échelle est située à 4o lieues de Lataquie , et à 3o d'Alexandrette , qui est soft véritable port , lequel pourtant n'est qu'une grande est très-bonne rade. Là vont aborder les navires Marseillais chargés pour cette échelle ; d'Alexandrette les marchandises étaient et sont encore transportées à Alep parles caravanes; c'est une marche de quatre jours, pendant laquelle on est exposé aux attaques des hordes qui infestent les déserts et détroussent les caravaneurs (ce mot vient du persan, Karmn^ qui signifie compagnie, réunion). A Alexandrette se trouvent desfacteurs , censaux ou courtiers , ou encore commissionnaires, qui font à l'égard des

marchands d'Alep le même office que ceux

d'Alexandrie, de Rosette et d'Acre font envers les marchands du Caire et de Seyde,

Alexandrette est exposée aux insuites et aux extorsions des Curdes^ peuple iudépen^ dant qui campe là où il aborde et habite particulièrement les montagnes situées dans le pays voisin de Tanctenne Assyrie et de la Chaldée; aussi on ne trouve à Alexandrette qu'une cinquantaine de maisons de grecs, tous fort pauvres. L'air malsain qu'on y respire est une des causes qui se sont constamment opposées à sa prospérité ; aussi on a souvent essayé de transporter ailleurs cette échelle; mais les Turcs qui ne sont novateurs en rien n'ont jamais voulu y consentir ; la dernière tentative faite pour obtenir ce transport eut lieu en 1770. Un aga de la douane* y commande; il est placé par le grand-douanier ou mohassil d'Alep dont il est ordinairement le domestique ou la créature.

I On sait qne le mot douane vient de Titalien dogana. qni signifie lieu où Ton est obligé de porter les marchandises pour acquitter certains droits.

Au trefois on portai là Alep environ i ,000 ballots par an de draps ^ de Tindigo dontia Gonsamniation y est considérable autant dans le pays même qae pour compléter les charges des caravanes qui partent pour Orfa^ Mocrssoii;.^ fiA.ODA&> ËazKRcfuM^ autres places de commerce de la Turquie asiatique.

Diarbekir capitale de la province du mèàie iftom, anciennemefit MésopotUBÎe ^ en absorbe la plus grande quantité.

On débitait encone à Âlep de là cochepille, du plomb, de Tétain^ du poivre , des papiers, du sucre; on y fabriquait, ainsi <|ue dans les villages voisins > une grande quantité de toiles pein4:es et blanches , surtout des toiles rouges de coton , des satins^ des bours ou bourres^ des kermassons et diverses autres étofSes de soie. Diarbekir, par la voie d'Alep, fournissait beaucoup de maroquins rouges.

Tous ces articles et ceux que fournit la Perse à TécheUe d'Alep formaient les principaux retraits parmi lesquels on voyait en-

( iSo;

core des toiles crAiilioche , crAntal , de Rillis y dont le quart au moins était toujours teint en bleu ; des toiles peintes de Diarbekir , appelées par corruption Chaffarcanis , et dont le nom primitif et réel est Diaferkhanis ; du poil de chameaux , du camelot , ' des soies des environs d'Alep , des cotons en laine et filés y des mousselines ', des indiennes , des drogues de Perse et des Indes ; parmi celles-ci la rhubarbe était la partie la plus considérable ; par la voie d'Alep on a tiré jusques en lySo les soies de Perse qu'on appelait charbasse , et dont l'usage est perdu depuis longtemps.

Les négociants établis dans l'échelle d'A-

1 Ce mot dérivant da grec Kaj/.7lX(i)Tyj (poil de chameaa) désigne une étoffe de poil de chèvre , de soie et de laine non croisée, qui se fabrique comme la loile el Tétsmine sur un métier à denx marches.

2 On sait qae la mousseline est une sorte de toile fine, faite avec du coton , el qui est appelée mousseline parce qne sa surface imparfaitement unie en garnie d'nne espèce de duvet assez semlilahle à de la mousse.

lep , dépendaient sous bien des rapports du Mohassil ou receveur général nommé par le pacha , et chargé de faire le recouvrement des fermes , des douanes , des paltes , des droits terriers, d'aubaine et de lacapitation. Ce receveur voulait être bien //z^/z^i^é^ c'està-dire selon la signification donnée à ce mot par les Turcs , être bien payé , recevoir beaucoup de présents. Le pacha exerçait à Alep le despotisme le plus exorbitant , s'il n'était contenu par la présence des chérifsou émirs qui se disent de la famille de Mahomet , et qui sont en grand nombre à Alep , à Damas et dans toute la Syrie.

Alep est la ville la mieux bâtie de l'Empire ottoman, c'est ce qui nous explique en partie comment elle était devenue la plus commerçante de l'Asie mineure. La salubrité de l'air qu'on y respire , la bonté, la douceur, et la politesse du peuple , l'affabilité sans exemple des Turcs , habitants de Diarbekir, à l'égard des chrétiens ne contribuèrent p«ns peu aussi à cette prospérité.

L'entrée à Aiep et à ÂlexandretJte s élevait année commune à . . . . 2,000,000 livres.

La sortie à 2^600^000 livres-

Il y avait donc environ cent mille livres d'excédant qui était remis à Constautinople en lettre de change.

On a résumé dans un tableau la valeur moyenne des exportations et importations entre Alep et Marseille de 1783 à 1792. Il est convenable de reproduire ici cette statistique.

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L'île de Chypbe avait dans les temps trèsanciens un commerce beaucoup plus étendu et plus animé qu'il ne l'a été depuis. Les vexations des Pachas diminuèrent sensiblement ce commerce en faisant abandonner la culture des terres et l'exploitation des manuÊictures. La plupart des industriels se réfugièrent dans les contrées voisines ; et ce* pendant par la fécondité du sol et le caractère des Cypriotes , naturellement indus^ trieux , l'île de Chypre aurait pu , et pourrait encore devenir le théâtre du plus brillant commerce.

L'importation n'a jamais été fort importante dans la principale échelle qui est l'Arnecca ; elle consistait autrefois dans l'expédition annuelle de 80 ballots de draps environ, d'un peu de coclienille, d'indigo , de papiers v de plomb , de fer , d'étain , de merceries et de quincailleries.

Le commerce d'exportation était fins étendu; alors comme aujourd'hui, aucun navire n'allait prendre charge sur la côte de la Sy-

lie sans s^arréter à rAmecca y lieu de liêpùl , poor y prendre des soies , des colons , des laines , des tailloles , de lalizary « du slorax ou styrax ' , des dîmetles , des déboltaues * des bours ou bourres, et quelques pièces de vins du crû du pays. Ces objets étaient payés en lettres de change ou de crédit sur Constanlinople et quelques autres échelles.

L'île de Chypre a plusieui-s autres villes , telles que Limissol, Faitagouste, Cjérines, Baffa , mais le commerce nV a jamais eu beaucoup de vigueur. On n y voit aborder que les navires caravaneurs ou de relâche.

Autrefois la France entretenait à Cérines , distante de 4 lieues de Nicosie , capitale do rîle , deux navires payés par le commerce , et occupés exclusivement à transporter d'une île à l'autre les sujets du Grand-Seigneur et leurs effets : on les mettait ainsi à Tabri des insultes des Corsaires Maltais qui se montraient de temps en temps dans ces pays.

I J3ii mot grec ^TlpaÇ *f espèce de icsiric odorilc lante qui découle d'un arhrc des Inde».

Ces navires étaient relevés par d'autres tous les deux a^s.

Lors des guerres de la fin du dernier 3iè* de , l'île de Chypre fit un commerce beaucoup plus important que dans les temps ordinaires. Elle était le point de réunion des bâtiments de Syrie et de r£gypte qui allaient y prendre l'escorte de ceux du roi.

Suivant les états des années qui précédèrent 1782 , les envois annuels étaient évalués à 3oo,ooo liv.

Les retours à 5oo,ooo liv.

Depuis 1782 jusqu'à 1792 la valeur njoyenne des exportations de Marseille a été portée à 210,000 liv.

Celles des importations à . . /^go.ooQ liv.

Alors il n'y avait que deux maisons de commerce Françaises ; aujourd'hui il y en a quatre.

Dans son essai sur le commerce de Marseille , M. Juliany parle de l'état de langueur et de décadence de l'île de Chypre. « Cet état dit-il , tient surtout à une mauvaise admi-

nistration. Là Porte afferme Tîle à un gouverneur , et celui-ci s'effoiK;e à tout prix de bénéficier sur son bail. Quand les impôts établis ne suffisent pas , il a recours au monopole et fait le commerce pour son compte , ou !vend à des individus encore plus avides

que lui, le droit exclusif de le faire Aussi

on ne compte plus que 5o à 60 mille. habitants làoù deux miUioRs vivraient aisément. » Mais n'oublions pas de .dire quelques mots sur ce qui se rattache commercialement à Satali£ , échelle située au fond du golfe de ce nom , au nord de Fîle de Chypre, sur les côt^ de Caramanie.

SkTKhiE est à 60 lieues de Coc^nt ou iconium ^ et à iio de Constantinople. Elle avait jadis un Consul dont la place fut supprimée, parce qu'il était exposé à des insultes incessantes. Les maisons de commerce qui s'y sont établies de temps en temps , n'ont jamais pu s'y soutenir. Les frais d'établissement absorbaient tous les avantages que pouvait offrir le commerce.

Le goHe de Satalie est très-dangereux ; en revanche le terroir abonde en toutes sortes de productions , et surtout en citroniers et en orangers d'une beauté remarquable.

Le commerce s'y faisait par des capitaines pacotilleurs qui prenaient à Marseille quelques ballots de draps et de papiers , du poivre , du café , du sucre ^ de l'étain , du plomb , le tout en petite quantité. Les retours étaient en cire , cotons en laine et filés , cuirs de diverses quantités y storax en larmes , et en poil de chevron , venant du côté de Smyrne éloignée de huit à dix journées. Le voisinage de cette échelle est la cause du peu de prospérité de Satalie. Les marchandises y étant toujours à un très-bas prix , les naturels du pays travaillent avec le dégoût de la paresse , et l'on sait que de la paresse à la friponerie il n'y a qu'un pas. Les Français faisaient néanmoins à Satalie un commerce assez lucratif , c'est celui de la caravane deDamiette et de Jaffa qui mettait

et doit mettre encore en mouvement plu* sieurs navires de Marseille.

Les articles de retour évalués année com^ mune à loo^ooo liv. étaient payés avec des fonds pris à Smyrne , à Chypre ou à Marsielle.

Smytlne située au fond du golfe qui porte son nom , à 73 lieues de Constantinople , dans la Natolie , est l'entrepôt, général de presque toute l'Asie. La sécurité. de son port y attire un concours prodigieux de navigateurs de toutes les parties du monde. Toutes les marchandises qu'on y porte sont consom.mées sur les lieux ^ dans la Natolie ; dans la Caramanie, à Tokat elles vont même jus* ques en Perse , dont lescaravanes qui deux fois l'année dans l'ancien temps se rendaient directement de ce royaume à Smyrne , s'arrêtèrent plus tard à Tokat et à Ërzeroum; Les marchands de Perse formaient dans ces deux localités 9 et à diverses époques de l'année de petites caravanes de i5o à aoo chameaux qu'ils envoyaient peu-à-peu à Smyrne. Cette

méthode qui probablement se pratique encore, a pour objet de cacher aux négociants de Smyrne la quantité des marchandises apportées de Perse , et de cette manière acheter à meilleur marché les marchandises d'Europe.

Le grand abord des caravanes rendait la place de Smyrne sujette à des révolutions plus fréquentes que partout ailleurs.

On y portait annuellement environ aSoo ballots de draps , de la cochenille , de l'indigo , des bonnets rouges de laine , dits bonnets de Tunis et imités de ceux, de Fez ; du sucre en pain et en poudre , du café de l'Amérique, des papiers, de la céruse , de Tazur , du cinabre , du tartre , du poivre, du girofle , de la cannelle , du gingembre blanc , de l'impériale , de la maniguette , de l'étain , du plomb , du tontonnat , ' des dorures , des étoffes de soie en or et sans or en tout genre ; enfin une grande quantité de merceries et de quincailleries.

I Le tontonnat est une espèce de métal qui vient du nord de l'Europe

On y prenait des cotons en laine , du poil de channeaux de Perse et du pays , du fil de chèvre , des laines /r^^^£^^/e^ ' , tontes sortes de toileries de coton peintes et unies ; des soies de brousse , dites cherbassy , cherbasses , ardasses ou ardassines ; des galles noires mêlées , des cuirs , de la cire , de l'alun , des huiles pour la fabrication du savon. Les draps estimés à raison de i,aoo f.

l'un, faisaient à peu-près la moitié de l'objet total des envois.

Le coton en laine était pour les retours l'article le plus important. Si mes notes sont exactes , et j'ai raison de les croire telles , puisque je vois la même observation dans les mêmes termes dans l'œuvre de M. Juliany, on croit communément que Smyrne produisait , année commune , [\% ou [\Z mille balles coton laine , dont 12 ou 1 3 mille passaient en France, 8,000 en hollande, 3,ooo

I Les tresquiîles , de T Espagnol trasquilar , sont les laines «n suint qai viennent du Levant.

( i<5st ;

en Angleterre , 5,ooo en Italie. Le reste était travaillé dans le pays.

Les retours en marchandises , en y comprenant les commissions données de Constantinople , excédaient au moins d'un tiers la valeur des envois , de sorte qu'il restait toujours dans cette échelle un fond qui servait à diverses entreprises. Il y avait peu de négociants faisant le commerce de Smyrne , qui ne fussent propriétaires armateurs d'un ou plusieurs navires. Le fret ou nolis était le premier bénéfice, si ces navires ne pouvaient pas estiver ' leurs retours sur les lieux mêmes , ils allaient prendre des huiles dans divers endroits de l'archipel , tels que Metelin , Sighadgik , Salaccona , Fogl-ieri , * ils

1 Estiver est an terme de maiine qui signifie presser les effets d*an arrimage avec des machines d'ane grande force , comme crics , cabestants.

2 Fogl-ieri n'est autre qae la mère- patrie des Marseillais, la vieille Phocée qui tire son nom da mot grec Phokas , signifiant veau marin , parce que Ton pèche près de là et même dans le golfe de Smyrne une grande quantité de ce poisson. Pbocée existe encore avec un pont, mais ce n'est plus qu'une misérable

allaient aussi suivant leurs convenances prendre des chargements de blé sur les côtes de la Grèce ou de la Syrie, dans les golfes de Yolo et de Cassandre, Zepton, Sanderli,Jozelazard^ Moscaviski.

Pour toutes ces expéditions les capitaines prenaient leurs fonds à Symirne, en sequins s'ils le pouvaient , ou en izelots. Ils embarquaient aussi un drogman du pays pour traiter de leurs achats. S'il arrivait que ces expéditions fussent sans succès , les fonds restant aux maisons de commerce françaises , qui de 19 sont aujourd'hui réduites à i5, servaient au payement des lettres de change, car alors, comme à présent, Smyrne et Constantinople étaient les villes sur lesquelles le commerce se prévalait davantage. Six millions étaient environ le chiffre des exportations avant 1783, neuf millions celui des importations. Cependant de 1783 a 1792, on ne

habitation ; une partie porte le nom de Focchia-nuova , l'autre Focchia-vecchia , Phocée nouvelle, Phocée vieille. Les Turcs rappellent Fogl-ûri , Vhocée vieille, ieros signifiant vienx.

trouve que 6,4oo,ooo liv. pour les envois et i3,65o,ooo liv. pour les retours.

ÂNOOURA ou ÂBTGouRi esl Une autre échelle formant un angle de 60 lieues environ entre Smyrne et Constantinople. Elle paraissait autrefois dépendre de ces deux échelles , mais elle relevait plus de Comtantinople que de Smyrne, parce que l'ambassadeur français la protégeait d'une manière plus parti-' entière et parce que d'ailleurs les chefs des maisons qui y tenaleut des commissionnaires résidaient presque tous à Constantinople*

Les Francs, je veux dire les Français, les Anglais, les Hollandais et les Italiens qui y étaient établis, élisaient tour à tour et annuellementun trésorier qui était le directeur général des quatre nations et faisait agir suivant les circonstances les ambassadeurs dont le séjour était à Constantinople.

Le commerce d'Angoura fut toujours peu animé; on y envoyait de Constantinople et de Smyrne quelques ballots de draps, un peu d'étain, de poivre, de girofle et quel-

cjties autres aritcles en noinces quantités; mats^ celle petite échelle donnait plus qu'elle ne recevait Les coiâmissionnatres à qui les négociants de Constantinople et de Smjrne faisaient des remises eu lettres de change ou de crédit sur Alep, Smyrne et Constantinople^ pour suppléer au manque de fonds d'entrée, expédiaient tous les ans vers ces déun dernières échelles, environ siooyooo piastres en poil de chevron ; ce poil était chaîné pour Marseille, d'où il passais dans l'intérieur du Royaume et delà chee l'étranger; il est d'une finesse recnarquable; les camelots qu'on en faisait étaient d'une grande heauté, et cependant les chèvres qui le donnent sont peu différentes des nôtres , mais leur poil est blanc-roussâtre, fin, lustré et long de plus de lo pouces. On sait que les chats et tes lapins d'Angoora sont également remarquables par Textrême finesse et la blancheur de leur poil.

GoNSTANTmol>Lfi (StamboH en langue turque), ancienne capitale de l'empire d'Orient,

est la première des échelles sous tous les rapports. Les talents diplomatiques , le caractère plus ou moins liant de l'ambassadeur français y ont toujours influé sur les faveurs et la protection du gouvernement turc, sur l'expédition dans les tribunaux de justice^ sur l'assurance des affaires commerciales de toutes les échelles.

Situé sur le détroit qui sépare l'Europe de l'Asie , à 280 lieues de Vienne , 3oo de Rome, 58o de Londres \ 620 de Madrid , 4io de Copenhague , 4S0 deStokolm , 35o de Moscou, et 5o6 de Paris , Constantimople n'a jamais cessé d'avoir des relations de commerce avec les divers peuples de l'Europe; mais les Français, nous disons les Marseillais, étaient autrefois ceux qu'elle voyait avec le plus de faveur; ceci tenait sans doute aux raisons de politique qui liaient le gouvernement français et le gouvernement turc. Les nations chrétiennes y avaient la plupart un ministre de leurs souverains pour y protéger le commerce.

On porte toujours à Constantinople des draps de tous les prix^ de toutes les couleurs, de toutes les qualités. Les Turcs de cette capitale sont fort recherchés en fait de draperie; c'est une des principales raisons qui firent de ce commerce la branche la plus essentielle ; ses progrès ont été si rapides que les Anglais et les Hollandais ont vu leur consommation successivement réduite de plus de la moitié. Les Vénitiens voulurent faire quelques essais dans ce genre, mais moins habiles, peut-être moins heureux que les Grecs de Morée, ils n'eurent bientôt plus que le commerce des soiries^ après surtout la révolution que le commerce dés draps éprouva dans le Levant et qui fut plus particulièrement observée en 1 787.

D'après les anciens états commerciaux, Constantinople recevait de Marseille environ i,5oo ballots de draps , qui à raison de 1,200 liv. le ballot offrent un total de 1^800,000 liv. Les draps s'y vendaient et s'y vendent encore, suivant la qualité, à tant de piastres ou dç

parais le pic; le pic c'est notre au»e et 3^4; la piastre et le parât sont les monnaies turques qui ont subi des altérations extraordi-^ naires^ au point que la piastre qui valait 4o parats et était égale, ayant la révolution française, à 3 fr. de notre monnaie, baissa successivement jusqu'à i fr. 60 a et en der^^ nier lieu jusqu^à 3o centimes '. Toutefois, le$ drapiers grecs qui achetaient les draps se faisaient respecter par lenr bonne foi et les ga<ranties de leur solvabilité; il n'en était pas de même des drapiers juifs; aussi pour assu** rer les ventes, on imagina rétablissement d'une caisse de garantie; mais œtte caisi^e fut elle-même fermée peu de temps après par l'influence de quelque^ maisons de cette échelle , qui trouvaient les ventes trop limitées par la forme des répartition ; en effet la prime qu'on percevait sur chaque ballot de drap pour entrer dans la caisse de garanr tie était de 3 p. 0/0 ; à la fin de chaque an*

I Noos aurons d'autres ubservmions d'intérêt public à faire « cet égard.

née on déduisait les frais de régie et lesper* tes résultant des faillites , puis on faisait la répartition suivant la mise versée dans la caisse; dès que cette répartition eut cessé, les drapiers grecs et juifs se réunirent et se concertèrent, de sorte qu'il ne se présentait jamais qu'un acheteur; de cette manière les Marseillais étaient obligés de vendre au prix fixé par eux. L'ambassadeur français rompit cette coalition en obtenant de la Porte un firman ' qui défendit sous des peines afflictives toute association dans ce genre parmi les marchands.

Tous les genres d'étoffes en or, en argent et en soie abondaient à Gonstantinople. Les négociants de Marseille y faisaient presr que sans concurrence, avant les édits et arrêts du conseil, qui portèrent une atteinte si préjudiciable à l'édit de 1669, la vente des papiers dont la consommation était immense;

X Oo sait commanément qae firmaiv {à» firmare) est le nom donné par la Porte aax passeports ou permission de trafiquer qttVIIe accorde aux marchands étrangers*

mais depuis, les Génois et les Vénitiens soumis à des droits plus modérés, à des formalités moins nombreuses que les négociants de Marseille , durent peu à peu supplanter ceux-ei dans cette partie, ou du moins former une concurrence défisivorable.

Les autres marchandises expédiées à Constantlnople et dont Marseille est encore en possession d'exporter une grande partie , étaient : le café des îles qui était alors d'un grand débit dans les villes de la Mer Noire où le moka était prohibé ^ l'or et l'argent filés, du fer blanc, des aiguilles, rocailles, merceries et quincailleries de tous les genres, beaucoup d'armes blanches et à feu, des verres étamés, des miroirs montés et de la bonnetterie; une grande quantité de drogues pharmaceutiques, d'épiceries, de sucre, de fruits secs, des salaisons, des truffes noires et du thon mariné; on y envoyait encore du vif argent, du camphre , de la céruse, du plomb, de la cochenille, du fard, blanc et rouge; de l'indigo, des plumes teintes,

des plumes de paon , d'oie et d'aigle , des duvets, des coutils.

On y connaissait et on recherche encore avec une sorte d'avidité les huiles de Provence. Il est rare que les Turcs opulents, en relations d'affaires ou d'amitié avec des Français, ne les chargent de commissionner pour eux de l'huile d'Aix.

Proportionnellement à l'exportation , l'importation est peu importante même aujourd'hui à cause des vicissitudes politiques. On ne change dans cette échelle que quelques laines d'une qualité médiocre, des soies ^ de la cire jaune et blanche , des pelleteries, des cuirs, du cuivre, quelques marroquins, une petite partie de bijouteries et de parfums du pays; de la potasse, des bourres, des mousselines , des étoffes de Perse et des Indes , un peu de moka et quelques pierreries. Ces retours, avant 1783, ne s'élevaient qu'à la sixième partie des valeurs exportées, qui étaient évaluées année commune à 3,6oo,ooo liv., tandis que les retours n'offrent que le chiffre

de 700,000. D'après les tableauxde commerce publiés récemment , la valeur moyenne des exportations et importations entre Marseille et Gonstantinople, de 1 783 à 1 79^2 , est cotée, Pour les exportations à . . . 6,65o,ooo liv.

Pour les importations à. . . 3,070,000 liv.

Pour les objets d'importation , le com<^ merce de Marseille est obligé de recouriraux échelles voisines de Gonstantinople. Dans ces échelles la marine marchande trouve du fil de chèvre , des cotons , des huiles , des blés ; autrement le solde des exportations et des bénéfices restent sur les lieux et forment les fonds des lettres de change fournies sur cette échelle.

La correspondance entre Marseille et Gonstantinople, si active aujourd'hui parles navires à vapeur l'était beaucoup moins autrefois; cependant vers la fin du dernier siècle, le gouvernement français rendit cette correspondance plus suivie et plus intime par rétablissement des paquebots qui partaient

régiilièreHient tous les quinze jours de Marseille pour Constantinpple et i^ice versa.

Andrinopi:.e est à 4^ lieues de Coostantinople, dans la Roinanie, sur la rivière de Mariza Sa situation est délicieuse à cause siwrtout des grandes forets qui l'avoisinent et où la chasse e^t abondante. C'est sans doute aussi à cause de ce voisinage que le climat est plus modéré à Ândrinople qu'a Constant il) ople.

Eu égard à son étendue Andrinople est une grande ville ; mais c'est une fort petite échelle pour son commerce ; cependant les importations y sont les mêmes qu'à Angora; elles y parviennent deConstantinople ou de Smyrne par le port d'Enos, dans la Romanie. L'exportation a pour objets la cire , les cuirs tannés et non tannés qu'on expédie pour Smyrue et Constantinople.

A io8 lieues de cette capitale, en s'éloignant des côtes d'Asie et abordant celles de la Grèce, on trouve Salojvique on Saloniki,

capitale de la Macédoine; c'est une grande ville fort peuplée de Juifs.

Au commencement du XVIII* siècle, le commerce d'entrée était peu important à Sa- Ionique, il languit jusqu'en 1740; mais alors il prit de la vigueur et s'accrut considérablement jusqu'en 1778. a A cette époque, dit M. Jules Juliany, d'après le tableau de la Grèce par M. de Beaujour, les communications par terre entre Salonique et le reste de la Turquie furent frappées d'un droit dont jusques là elles avaient été exemptes. Ce fut un coup funeste porté à la prospérité de Salonique. » Ajoutons à cette observation que ce droit n'aurait point empêché le commercede Salonique d'être florissant , sans la concurrence des échelles de Nègrepontet delaMo^ rée, dont le voisinage donnait aux négociants de ces pays la facilité de £iire venir d'Europe tous les objets qui leur étaient nécessaires.

Toutefois malgré cette concurrence et le droit de 1778, on portait encore à Saloni-

que du café de l'Amérique , de Tindigo, du sucre en pain et en poudre, du poivre, du girofle, du guimgembre^ de la canelie, du papier de pliage, de Tétain, du fer blanc et quelques articles de merceries et quincailleries. La partie des draps avait une plus grande importance; i,ooo à i,aoo ballots y étaient exportés annuellemeut; on a même observé qu'avant 1778 et surtout de 1770 à 1773 le nombre des ballots fut plus considérable.

On prenait à Saloniqne des laines surges , des laines de cbevron, des cotons en rames et filés, de la cire, des cuirs, des vaquettes préparées, des capots, des capotins, des abas ou gros drap que les Marseillais faisaient généralement passer en Amérique.

On y chargeait dans les temps Irès-anciens surtout, beaucoup de blé dans le golfe même et aux environs, moyennant un droit par mesure payé aux officiers du Grand-Seigneur.

Lors d'une grande disette de blés, les Francs furent accusés de l'avoir occasionnée par

leurs trop grandes expôrtafioos et leur massacre fut résolu; heureusement il ne s'effectua pas; mais l'extraction des blés Rit prohibée et les négociants allèrent se pourvoir dans les golfes voisins de celui de Salontque.

On exportait encore de cette édielle des huiles , du cuivre , des soies , des éponges fines , de l'alun , du vermillon et un peu de tabac. Ce dernier retrait était difficile et coûteux.

Les envois faits à Salonique restaient en partie dans les lieux voisins ; les auti*es pénétraient dans la Bosnie , l'Albanie , la Dalmatie , la Moldavie et la Valachie. Les productions de toutes ces provinces prirent à une certaine époque une route difiGérente ^ mais vers la fin du dernier siècle , Salonique était le dépôt général ; c'est ce qui donna ridée de former des établissements à la Cavale , autre ville de la Macédonie , à 12 lieues de Salonique. La Cavale devint un lieu d'en-trepôt pour les productions et les denrées

des villes voisines. On en retirait à peu près les mêmes articles que de Salonique , on s'y procurait surtout les moyens de faire sans risques des chargements de blé.

Le commerce de la Caravane était peu important à Salonique , car la situation de cette échelle , dans le centre des côtes de la Grèce , attirait de nombreux, vaisseaux dans son port.

Au fond du golfe de Volo, à ao lieues de Salonique , à 53 d'Athènes , à 1 14 de Constantinople , à i4 de Larisse , patrie d'Achille , et ancienne résidence de Philippe , roi de Macédoine , dans la province de Janna ( la Thessalie , ) est une autre échelle qui porte aussi le nom de Volo , et qui a un bon port.

Là se tenaient des facteurs pour faire les commissions des négociants de Constantinopie et de Smyrne ; les bâtiments qu'on leur adressait étaient ordinairement chargés de blé et de cire.

Le plus grand débit des marchandises envoyés à Salonique avait lieu pendant les foires

établies à des époques fixes. Une de ces foires se tient dans le mois de mai, àSélimnice , à 12 lieues de Salonique , une autre dans le mois de septembre , à Onzour-kouva qui est dans les environs , et une troisième dans le mois d'octobre , à Doglia , éloignée de deux journées de Salonique.

Aux approches de ces foires , les marchands du Pays qui sont presque tous arméniens , achettent les draps etles autres articles. C'est par eux que la Bosnie , l'Albanie , la Dalmatie , la Moldavie et la Valachie sont approvisionnées.

Le commerce d'exportation entre Salonique , la Cavale et Marseille s'élevait annuellement à peu près au chiffre de 3,ooo,ooo.

et celui d'importation à 3,5oo,ooo de 1783 à 1792. La valeur moyenne des exportations fut de 2,700,000 , et celle des importations s'élevait jusqu'à 6,100,000.

Dans un autre endroit nous dirons tous les avantages que Marseille pourrait encore re-

tirer dans ses rapports coramerciaux avec ces échelles.

La MoRiÉE était Tune des contrées de la Turquie Européenne où les Marseillais faisaient dans l'ancien temps le plus gros commerce ; il n'en était pas de même peu avant notre première révolution. Les ravages des Albanais , les incursions des Mainotes , les vexations des Pachas s'opposaient alors sans relâche aux envois considérables qu'on aurait pu y faire , et à la sortie des productions du pays. Cependant les Marseillais y portaient quelques draps , du café du Cap et de la Martinique , de la cochenille , de Tindigo , des épiceries , des étoffes en or et en argent , des pelleteries, des soieries , des galons, des bijouteries, des velours, des coussins assortis faits à Lyon , des liqueurs , des sirops , des bonnets de Tunis , des beldaris d'Alep , de l'étain , du plomba giboyer, du sucre et de la droguerie. Ils en rapportaient du blé , de l'orge , des légumes, des huiles , des raisins

de Corinthe , des soies, du vermillon, delà

laine , des cires , des cordouans ' , des éponges fines , de l'avelanède^ , des peaux de lièvre , de la caramboche , du coton , de Talizari.

CoRYNTHE ne jouit pas d'un air pur. La rade n'y est tenable qu'en juillet , août et septembre , et même encore pendant ces trois mois, on est fort incommodé par le vent du nord ; on peut alors faire mouiller les navires à Agrilo , bon port, situé vis-à-vis de Corynthe.

Cette ville ou plutôt ce village produit environ 2^000 barils d'huile très-propre à la fabrication des savons. Le blé qu'on en tire est réputé le meilleur de toute la Morée.

On le vendait sur la mesure de vingt-cinq ocques , appelée quillot^ dont quatre pouvaient faire la charge de Marseille. Les fro-

I On appelle ainsi le cuir de peau de bonc ou de chèvre passé au tan.

2 L*avelanède est en général la cupule dn gland de chêne, que l'on emploie dans quelques contrées pour le tanage des cuirs > mais c'e.st plus particulièrement celle du chêne Wélani.

mages qui font une partie du commerce de Corynthe sont chargés pour Malte , Naples et le golfe de Venise. La laine y est bonne mais peu abondante. Corynthe pourrait encore donner 7 ou 8 chargements de blé, et environ deux chargements de fromages, L'argent y était placé au change de 20 p. 0/0 l'an sur quelques maisons du pays. Le principal était remboursé en denrées.

Dans le golfe de Lépante , à 3o lieues de Tripolissa , on rencontre Volstiche ; l'air qu'on y respire n'est par meilleur que celui de Corynthe; mais sa rade est bonne. Volstiche peut produire de 5 a 600 barils d'huile, même qualité que celle de Corynthe, et 5 à 600 milliers de raisins, auxquels on préfère ceux de Patras. On pouvait y faire un ou deux chargements de blé et d'orge , et autant de raisins.

En 1766 Vosltiche fut abandonné par les négociants qui ne pouvaient plus y faire aucun placement avantageux.

Patras est à 3o lieues de Tripolissa, à 8

de Lépante^ à 34 de Misitra ou Sparte.

Quoique Tair y soit mauvais, toutes les nations fréquentent Patras dont la rade est vaste et sure. Les Juifs ont toujours formé une grande partie de ses habitants. Ils y faisaient autrefois un gros commerce d'exportation surtout avec les Marseillais ; ce commerce consistait en soies, cuirs ^ cires, miel, fromages et huile. Patras donne année commune a,ooo barils de ce liquide. Les blés y sont d'une qualité inférieure. On y faisait trois ou quatre chargements de raisins. L'argent y était très-solidement placé au change de ao pour o/o l'an.

Parmi les causes qui concoururent à l'ancienne prospérité du commerce de Patras ^ il faut compter le lin , le riz et la laine qu'on trouve abondamment dans le golfe. D'ailleurs ce golfe a, surtout du côté de laRoumelie, plusieurs ports et plusieurs rades très-propices pour les chargemenis des denrées.

Gastouni , sur la côte occidentale de la Morée, à 3o lieues de Tripolissa , fournissait

du blé qui n'est pas estimé , dès laines grasses et sales ^ des fromages qui ont le goût du suif. Les graines de lin sont portées en Italie. Clarbitce , son échelle , distante de trois lieues, donne les mêmes productions qui, réunies, pouvaient à peine donner lieu à ao chargements.

Très-dangereuse en hiver , la rade de Gastouni n'est fréquentée qu'en été. Il en est de même de celle de Catacoulo , située sur la même côte.

Tout auprès sont la rivière d'Orphée , le Brigo , Cataffe , d'où l'on peut tirer une cargaison de goudron , mauvaise qualité.

SiOERO et quelques lieux voisins donnent du blé qu'on ne peut enlever que par bateaux et deux autres chargeraens d'orge peu estimé.

L'Arcaoia ou Arcadie , à a5 lieues de Tripolissa ^ à i r de Navarin , produit environ 8 ou lo mille barils d'huile sale et peu propre à la fabrication des savons. Le transport en est fait par bateaux dans le port de Navarin , ou près de l'île de Prodon éloignée

de 4 à 5 mille. Autrefois on trouvait à faire des placements d'argent à Arcadie^ chez les Agas, à raison de aopour o/o> dont le remboursement se faisait en huile ou en blé. On pouvait y faire un chargement de fromages de i,ooo à 1,200 quintaux. La brise qui règne sur la plage même en été en éloigne les

navires.

Navarin, petite ville de guerre dont le port est aussi bon que vaste, éloignée de a 5 lieues de Tripolissa , de 7 de Coron , de 3 de Modon , fournit les mêmes huiles que TArcadie.

Les négociants de Modon y ont des fabriques et des magasins. C'est là que Pbilatra, Ligoudista , Gargaillanne font porter leurs denrées. On peut y faire enlever 2,000 milléroles d'huile, deux ou trois chargements de blé »

un ou deux d'orge, trois de fromages et un de laine mauvaise qualité.

Modon' a une rade très-bonnci fréquentée

I C'est l'ancienne Méthone sons les mars de laquelle Pbi* li|»pe, père d'Alrxandre-le- Grand, perdit an œil d*on oonp de

par les navires qui vont dans le Levant, ou qui en reviennent. Eloignée de ix5 lieues de Tripolissa, de 6 de Coron, de 38 de Naples deHomanie, de a de Navarin, la ville de Modon ne peut offrir au commerce que a^Soo barils d'huile assez bonne.

CoRoir située à a5 lieues de TripoIissa,à i5 de Misitra, à 7 de Navarin, est comme le rendez-vous des Français et des Grecs qui font le commerce du pays. Les maisons de Modon et de Navarin y vont négocier. Avant la descente des Russes on pouvait placer solidement à Modon et à Navarin environ 80,000 piastres au 1 5 et même au 20 p. 0/0 l'an; de Français à Français c'était au 1 2 p. 0/0. On était remboursé en huiles dont on faisait à Coron année commune 10 ou 12,000 milléroles. Le prix était fixé par la nation assemblée au mois de mars , c'est-à-dire trois mois après la récolte.

flèche décochée par Aster pendant le siège qae ce roi faisait de cette ville; sar cette flèche étaient écrits ces mots : A Vœil droit de Philippe,

En 1767 cette récolte fut de 18,000 millerôles. Elle peut aller plus, loin dans les années d'abondance ^ parce que la contrée de Mayne fournit 7 ou 8,000 miUéroles; mais à Mayne on ne fait point d'avances. Dans le temps de la récolte on y envoie des facteurs avec de l'argent pour faire les achats qu'on fait passer à Coron par des bateaux. L'huile de Mayne est assez estimée pour le goût ; elle est surtout plus belle que celle de Coron ; celle-ci est peu propre aux savonneries.

Au fond du golfe de Coron se trouve la ville de Ca^lamata qui produit de i,5oo à 2,000 milléroles d'huile aussi plus belle et plus propre aux fabriques que celle de Coron. Des bateaux la transportent dans cette ville, qui l'a fait acheter par ses commissionnaires.

Dans le golfe de Coron et à 4 lieues de celte ville se trouve encore Petalidy où se rendent les navires pour faire quatre ou cinq chargements de blé et d'orge. Ces grains arrivent des plaines de Nissy, d'ÂNDRoussE et

autres villages, qui fournissent aussi le grain nommé caramboche dont les habitants font du pain; ce grain est ordinairement porté à Mal te avec un peu de cumin, de miel, quelques figues de Calamata et de la cire. Les blés de Coron sont de mauvaise qualité et peu abondants*

MisiTBA. (c'est l'ancienne et célèbre Sparte) est à 12 lieues de Tripolissa, à a5 de Coron, de Modon et de Navarin. La rade de St.- Jean d'Eléos par où le commerce entre et sort, n'est teuable que pendant les mois d'avril , mai , juin , juillet , août et septembre. C'est à Misitra et pendant le mois de septembre de chaque année que se tient la plus belle foire de la Morée; elle consiste principalement en soies, qu'on commence de tirer dès le mois de mai ou de juin , partie aux tours français nommés Provençales et Opsi, partie au grand tour propre pour l'Italie, la Barbarie et divers endroits du Levant.

Le terroir de Misitra du côté de la mer est d'une grande beauté. Eléos son échelle , pro-

duît environ 3,ooo milléroles d'haileqaetes négociants achettent des propriétaires , du Yayvode (gouverneur) ou des Agas, au temps de la foire et dont ils font les avances. Les vendeurs s'obligent de le faire porter à Eléos en avril ou mai. Le printemps est plus favorable que toute autre saison , car si la rade d'Eléos n'est pas tenable en hiver, l'air en été est si corrompu que tous les équipages pour- Iraient périr. Les miasmes mortifères dont l'air est alors rempli proviennent en grande quantité du voisinage d'une rivière où l'on fait rouir et laver le lin du terroir. Il est probable que l'expérience amènera , si ce n'est déjà fait , le changement de cette pratique.

L'huile d'Eléos a peu de corps ; elle est verdâtre et ne peut servir à la fabrication des savons.

Avant 1771 on ne plaçait point d*argent au changea Misitra, dont le port fournissait pourtant cinq ou six chargements de blé qu'on achetait des Agas.

NA.PLES DE Malvoisie, à 18 lieues de Tri-

polissa, a un bon port et peut donner une exportation de i^aoo barils d'huile, mauvaise qualité et un chargement de fromages assez bons. Le blé n'y est pas beau.

Naples, Napoli de Romanie, à lo lieues de Tripolissa, 19 de Misitra, 21 d'Athènes, a une rade bonne et sure. Cette ville donne une assez grande quantité de blés dont la majeure partie est mêlée d'orge. On y fait beaucoup de fromages. Les cotons produit^ par le terroirou extraits des environs sont ordinairement chargés pour Malte ; il en peut sortir annuellement 3,ooo quintaux. Les maisons qui étaient établies à Naples de Romanie vers la fin du dernier siècle , se procu-! raient la presque totalité des denrées du terroir au moyen de quelques petites sommes qu'ils répandaient et des avances qu'ils faisaient. On plaçait solidement au change de 10 p. 0/0 l'an environ 5o,ooo piastres dont le remboursement se faisait en blés, poischiches , haricots et autres légumes. On chargeait dans le golfe de Naples tous les blés

fournis par les plaines de Tripolissa. Tout négociant pouvait les acheter des Agas de cette ville et les faire charger à l'échelle de Moulins, vis-à-vis Naples.

Tripolissa , centre'et principale ville de la Morée y est aussi la résidence du Pacha ou d'un Mousseling^ son représentant. Là aussi habitent beaucoup d'Agas de considération.

C'est encore pendant plusieurs mois de l'année le rendez-vous d'un nombre considérable d'étrangers et surtout de Grecs et de Turcs. Le tribunal du Pacha était dans l'ancien temps le tribunal d'appel pour tous les habitants et en particulier pour les Français, qui n'ayant pu même en payant obtenir justice des autres tribunaux, venaient demander au Pacha la révision ou la cassation des jugements qui les avaient condamnés.

Au mois de mai de chaque année , on tient à Tripolissa une foire où se règlent les comptes des marchands de toutes les nations.

C'est alors qu'on fait aux cultivateurs , aux

négociants, aux Âgas , les avances nécessaires pour assurer la vente des denrées.

Tripolissa et ses environs produisent le plus beau blé de toute la Morée. On pouvait autrefois y placer des sommes considérables au ao p. o/o chez les notables du pays ; mais les Français qui ont voulu y faire des placements ont toujours souffert de grands préjudices, car les notables du pays gèrent dans la Morée les affaires du Grand-Seigneur ; leurs deniers se mêlaient tellement avec ceux du souverain , qu'ils avaient la plus grande peine pour obtenir payement , quelquefois il ne l'obtenaient pas du tout , heureux souvent de recevoir en échange de leurs deniers des denrées falsifiées.

Dans le golfe de Lépante se trouvent LivADiE , Salone , Thèbes , qui peuvent donner au commerce beaucoup de blé d'excellente qualité.

Athènes , capitale de la Livadie , est située sur le golfe ôiEngia , à [\o lieues de Misitra , à 53 de Larisse , à i3o de Cons-

tantinople. Son port est sur; Tair y est bon-, on y vit longtemps , ses habitants sont bien faits 9 polis, mais intéressés et dissimulés. Aussi on ne doit traiter avec eux qu'avec la plus grande circonspection ; le terroir et les lieux circon voisins produisent un blé excellent et une huile très-propre à la fabrication des savons.

La Mokee, dans une des plus belles situations pour le commerce d'exportation , ne consomme pas elle-même au delà de loo ballots de draps , année commune , mais il arrive quelquefois que 5 ou 6oo ballots y sont importés , parceque les juifs font passer ces draps à leurs maisons de Larsa , éloignée de dix journées de Tripolissa et de cinq de Salonique. Plus voisines de la Morée , l'Italie et Venise ont toujours eu l'avantage dans la vente des draps qu'elles peuvent transporter en moins de temps et en moindres frais. Leurs étoffes en or et en argent y ont aussi plus de débit, non qu'elles soient meilleures , mais parcequ'elles sont plus

étincelantes. Le coup d'œil détermine les Turcs.

Tous les autres articles qui vont dans les grandes échelles abordent aussi , mais en petites quantités, celles de la Morée. Toutefois les envois les plus importants qu'on y fait sont en piastres ou en sequins , lorsque les circonstances mettent les espèces en circulation. Il est très-facile dy réaliser des remises sur Constantinople.

D'après tous ces détails dont l'authenticité ne peut être révoquer en doute , on est fort étonné de voir dans les anciens tableaux du commerce , qu'en 1787, 88 et 89, les envois en marchandises de Marseille pour la Morée ne s'élevaient environ qu'à 4oo,ooo liv. tandis que les retours dépassaient quelques fois un million. Cependant il y avait alors en Morée cinq malsons de commerce dont les facteurs étaient répandus dans tout le royaume.

Passons maintenant à l'île de Candie , connue sous l'ancien nom de l'île de Crète.

La CA.NÉE qu'on appelait autrefois Cydon est la principale échelle de Candie. Les né-* gociants Français y éprouvaient souvent vers la fin du dernier siècle , Tinsolence des nombreux janissaires , ce qui détermina la chambre de commerce de Marseille de demander au gouvernement Français la suppression du consul et du vice consul de Candie. Un agent fut chargé de ces deux officiers , innovation préjudiciable aux Français qui continuèrent de fréquenter l'île. Le Pacha , le Defterdar ou receveur général , le Gadi et le janissaire Aga se voyant frustrés de divers droits , leur firent ressentir les effets d'une injuste antipathie , incessamment funeste à leurs intérêts ; enfin la Canée devint encore le chef-lieu d'un consulat , et le commerce continua d'y introduire , ainsi que dans les autres échelles de l'île, les mêmes articles dont nous avons parlé dans les pages précédentes , mais en petite quantité.

La Canée , Spinalonga et Retimo , placée entre la Canée et Candie , fournissent un

vin excellent , des grains , des soies , un miel délicieux^ eldeThuile qu'on achette d'ordinaire au comptant^ avec les piastres iselotes et les caragrouks qu'on y envoie. Les facteurs des négociants font eux-mêmes à la Canée l'achat et l'embarquement des marchandises de retour sur les navires qu'on leur expédie.

Lorsque Marseille faisait un commerce assez important avec laCanee, les négociants envoyaient à leurs facteurs ou commis des léti très de change ou de crédit pour couvrir les fonds nécessaires au payement des objets exportés. On y faisait la caravane aveè les échelles de Souze , de Demis y de Benghasi , situées sur les côtes de Barbarie les plus voisines de l'Egypte , et avec Constantinople , Alexandrie et Rosette.

L'ile de Candie est à 5oo lieues de Marseille , 200 de Constantinople , i3b de Damiette et 100 de Chypre. Lorsque les Français y avaient en 1787 et quelques années après deux maisons de commerce , on évaluait à 4oOyOoo liv. les envois annuels faits à

celte île , et à 700,000 liv. les objets de retour. Aujourd'hui il y a quatre maisons et le commerce n'est pas plus considérable s'il ne l'est moins.

Telles sont les principales échelles que les Marseillais fréquentent encore dans le Levant; celles de la Morée furent troublées en 1770 par la descente des Russes. Les principaux intéressés aux pertes que le commerce essuya alors étaient Marseillais ; ils sollicitèrent une indemnité auprès du roi de France.

L'intendant de Provence et le Baron de Folt furent nommés inspecteurs de ia vérification ordonnée, dont le résultat fut un droit de 8 p. 0/0 en entrée et en sortie surtout le commerce du Levant. Le produit de cette imposition fut réparti au sol la livre entre les perliants ; mais ce moyen d'indemniser des négociants malheureux, auxquels tout le commerce français devait s'intéresser ^ fut anéanti un an après , sur la réclamation du commerce de Marseille. Les maisons de la Morée

qui avaient éprouvé les plus grandes pertes ^ n'en retirèrent qu'un huitième.

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