COMMERCE D'EGYPTE
Les anciens et les nouveaux documents que l'on peut consulter sur le commerce d'Egypte apprennent que ce commerce se faisait et se fait encore par les ports d'Alexandrie , de Rosette et de Damiette, d'où les marchandises d'Europe étaient transportées au Caire par des bâtiments qui remontent le Nil en trois jours. Ces marchandises étaient en partie consommées au Caire , partie à Alexandrie et à Damiette ; des caravanes portaient
le reste à Suez , à la Mecque ^ à Médine et jusque dans TÂbyssinie.
Les draps étaient la principale partie des envois faits en Egypte où l'on recherche toutes les qualités ; on y faisait encore passer de la cochenille , du café de rAmérique , des étoffes de Lyon y du poivre , de la canelle y du girofle , du papiers , du plomb y de l'étain , des merceries , des quincailleries y du fer y et beaucoup de liqueurs.
Le commerce de sortie qui se fait principalement par le Caire consistait en café de Moka y saffranum , séné de Said et de la Mecque , cuirs de toute espèce , toiles grossières bleues et blanches , dimites , cotons en rame et filés , drogues des Indes et de FArabie , et en divers autres articles dont les uns sont produits par le Caire , et les autres sont tirés d'Alexandrie et de Rosette. Les négociants du Caire en donnent la commission aux facteurs qu'ils ont dans ces deux échelles , et qui n'ont d'autre travail que ce facturage.
Rosette ou Râschit , anciennement CaifOPE , à dix lieues d'Alexandrie , est une échelle beaucoup plus importante que celleci ; elle doit cet avantage au canal qui vient du Caire et sur lequel on embarque les marchandises d'entrée et de sortie.
Damiette , éloignée de 4o lieues du Caire , de 5o d'Alexandrie , de 3i de Rosette , est située sur l'une des bouches orientales du Nil. Son terroir est fertile ^ mais sa rade est d'un mouillage dangereux ; après le Caire , c'est la ville la plus riche de l'Egypte et la plus importante pour le commerce. On y exportait annuellement jusqu'à quinze chargements de riz.
Le commerce d'Egypte fut longtemps sujet à de grandes variations auxquelles les intrigues et l'ambition des Beys ses gouverneurs donnaient lieu. L'expédition que le Capitan-Pacha y fit en 1786 et qui fut suspendue en 1787 au mois de juillet, par une trêve intervenue entre lui et les Beys Ibrahim et Âmurat , rétablit le calme pendant
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quelque temps ; mats ce calme contribua peu à la prospérité du commerce , car on craigfiaH non pas sans motifs , qu'une fois que le général Tore se serait retiré , ses BejFS n'entrassent au Caire pour se venger sur les habitants de la soumission avec laquelle ils avaient été obligés de recevoir les troupes ottomanes envoyées par le Gapitan-Pacba ; dans un pareil désordre , les étrangers , les commerçants surtout devaient avoir beaucoup à souffrir.
La nation Française et le Consul général eurent leur résidence au Claire jusqu'en 1777, à cette époque , et à cause des vexations , ou pour me servir de l'expression consacrée, des atonies incessantes exercées par les fonctionnaires Egyptiens , le Consulat fut transféré à Alexandrie avec toutes les dépendances commerciales. Cependant quelques établissements français restèrent au Caire où ils espéraient se maintenir sous la protection du Consul ; mais la chambre de commerce de Marseille pour alléger les charges aux-
quelles étaient assujettis ces établissements par suite des aidâmes , et qui ne s'élevaient pas à moins de 63,ooo liv. tournois', fut obligée de consacrer annuellement une somme de 10,000 fr. pour éli'e distribuée en présents aux autorités égyptiennes, qu'on se flattait par là de rendre favorables aux négociants français.
La masse des envois et des retours a beaucoup varié ; les uns et les autres furent souvent de deux millions , souvent aussi en dessous de cette somme. Toutefois avant 1783 on évaluait les exportations de Marseille à 2,5oo,ooo liv. et les importations à 3,000,000 ; de 1783 à 1792 les premières furent de 3, 120,000 liv. et les secondes de 3,45o,ooo liv. ; alors il n'y avait en Egypte que quatre maisons de commerce établies à Alexandrie , aujourd'hui il y en a quinze cautionnées. ( Juliany.^
1 M. Jales Jaliaiiy.