‹ Histoire raisonnée du commerce de MarseilleChapitre 15 sur 30 · COMMERCE DE BARBARIE · texte numérisé non relu

COMMERCE DE BARBARIE

Indépendamment des échelles que Marseille fréquente dans le Levant et l'Egypte , elle fait aussi un commerce suivi, quoique moins considérable, avec quelques autres échelles des Etats Barbaresques. Ce commerce en entrée se compose d'une partie des objets qui vont dans les échelles du Levant; il consistait pour la sortie , en laines , grains , légumes, huiles, olives, figues, saffran, raisins secs, cire, miel, fer, bestiaux, alun, bonnets, toiles de coton, de lin, étoffes de soie, camelots, plumes d'autruche, or en poudre, dents d'éléphant, indigo, dattes.

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cuirs > éftain y cuivre , peaux de chèvre ,.corail, etc.; burbes, rubis, doublas, monnaies du pays y et enfin monnaies étrangères , car en Barbarie celles-ci sont plus abondantes que les autres.

Les ports de Tripoli, de Tunis, d'ALGSR sont les plus fréquentés. Ils ne donnent à la vérité qu'une petite quantité des objets dont nous venons de parler; mais il convenait de les &ire connaître tous pour que le lecteur eût une idée du commerce qu'on peut Êiire avec ces contrées , aujourd'hui surtout que la France gouverne le Royaume d'Alger, sa conquête.

Les terres de Tripoli , dans toute l'étendue de cette souveraineté , sont productives, mais la culture en a été jusqu'à présent fort négligée et même abandonnée y à cause des courses des Arabes qui les dévastent et par la crainte où sont les Tripolitains de passer pour riches, crainte que tout gouvernement despotique inspire et justifie.

Deux fois l'année, des caravanes arrivent

du Royaume de Fez à Tripoli et y amènent des nègres , de^ négresses et des esclaves au nombre de 2,000 , s'il faut en croire Moreau de Jonnès ', et d'après cet auteur, M. Jules Juliany\ Les mêmes caravanes apportent à Tripoli de la poudre d'or, des dents d'éléphant et divers autres articles dont l'exportation serait considérable si Marseille pouvait y fornier de bons établissements ; mais jusqu'à ce jour il n'y a eu à Tripoli qu'une maison française. Toutefois il faut ajouter que les négociants qui ont entrepris d'établir des maisons à Tripoli ont été obligés d'y renoncer par la pauvreté, la mauvaise foi des habitants et surtout à cause du défaut de protection. Contraints de vendre à crédit les articles qu'ils recevaient, il leur arrivait plus d'une fois de ne pas en recevoir le payement; d'un autre côté ils ne pouvaient que très-difficilement, même en faisant des avances , se procurer les productions du pays.

1 Du commerce au XI X^ siècle y tome 2, page i43.

2 Essai sur le commerce de Marseille , page 266.

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L'échette de Tripoli est aussi fréquentée par des bâtiments canavaneurs » qui y partent de gros draps, des quincailleries , quelques étoffes de soie et des liqueurs. L'entrée de ces marchandises peut être évaluée à 5o,ooo fr. annuellement. Ces caravaneurs chaînent suivant l'occasion pour leur retour, du blé, de l'orge et des légumes dans les ra^ des foraiiles , en prenant les plus grandes précautions pour leur sûreté. Le seué, les dattes et la faarille ' sont aussi quelqufcûs des objets de retour, et ce retour peut être évalué annuellement de 60 à 80,000 fr.

Nous ne terminerons pas cet article sans faire connaître le règlement convenu le i3 août 1 83 1 , entre le Consul-général de France et le Bey de Tripoli. En voici les articles essentiels à retenir :

Art. 1*^ Les droits d'importation et d'ex-

I La harilU est one sonde trèft-estimée qae Von compose avec les cendres de plusieurs herbes 4\m croissent au burd de Is mer.

portation en général , sont et restent fixés à 3 p. o/o de la valeur.

Il ne sera perçu aucun droit sur l'introduction des munitions de guerre, des comestibles et des objets de construction navale.

Les sujets tripolitains payeront le droit d'importation de 3 p. o;o sur la valeur de toutes les marchandises^ excepté les souliers, les plats et bassins de bois, planches de noyer, cuillers, cuirs et peaux provenant du Levant, qui sont assujettis à un droit de 6 p. o/o de leur valeur.

Art. 3. Les monopoles ou appaltes de la viande, du charbon, du biscuit, du savon sont abolis et annulés.

Art. 6. Tout sujet étranger et tripoUtain pourra fabriquer du savon en payant le droit d'une piastre forte et demie par quintal.

Art. 8. A l'avenir la fabrication de la soude pourra être faite par tous les sujets étrangers et tripolitains, moyennant le droit dç

ao cent, de piastre forte par quintal, payable par les fabricants.

Art. 9. Le droit de consommation sur le sel est d'une demi-piastre forte par neba.

Art. 10. Le droit sur les tentes du bazar hors de la ville, est fixé à 8 cent, par tente.

Art. 1 1. Le droit de la. porte ne sera point perçu sur les étrangers qui ne sont assujettis qu'au seul droit de 3 p. 0/0 de la valeur qui se paie à la douane de la porte de la marine.

Art. i4' Un tribunal nommé par S. A. le Pacha et composé moitié de Tripolitains et moitié d'étrangers , prendra connaissance de toutes les plaintes pour les infractions et contraventions du présent règlement, dont il maintiendra l'observation rigoureuse.

TuNTs et ses dépendances ont eu dans le dernier siècle et depuis, des souverains qui ont encouragé et protégé le commerce ; aussi les Tunisiens , de corsaires qu'ils étaient auparavant, sontdevenus des négociants d'une grande intelligence.

Ce Royaume produit du blé, des légumes,

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de rimile ^ des laines en abondance, des cuirs, de la cire et des cendres.

Marseille n'y portait autrefois que des draps , de la cochenille , de Findigo , du savon , du café , des laines d'Espagne et divers articles de ceux qui entrent dans les importations faites dans le Levant; mais alors les Français n'avaient à Tunis que six maisons de commerce, tandis qu'à présent nous en comptons seize cautionnées. Alors aussi Marseille n'expédiait pour Tunis que 1 8 ou 20 bâtiments, quelquefois davantage, lorsque les récoltes en huiles et en blés étaient abondantes.

Nos envois s'élevaient année commune à i,5oo,ooo f. Nos retours à 1,600,000

Somme de ce mouvement commercial . . 3, 100,000 f. De 1783 à 1792 la valeur moyenne des

exportations était de 2,200,000 f.

Celle des importations de 1,440,000

Total réuni 3,64o,ooo f.

Ainsi déjà en 1792 on remarquait annuellement une augmentation sensible dans les

résultats de nos rapports commerciaux avec Tunis. Depuis ce commerce continua de prospérer, malgré le monopole exercé parle Bey de Tunis et l'altération du titre des monnaies. Mais après la conquête d'Alger l'influence française a obtenu les plus heureux résultats. Il y eut d'abord le 8 août i83o un traité avec le Bey de Tunis. « L'abolition du monopole, la liberté du commerce des produits du sol et par conséquent le respect de la propriété furent formellement stipulés. Malheureusement ce traité ne fut pas complètement exécuté. Le monopole fut maintenu sur les cuirs et les cires; il fut même étendu aux laines qui jusqu'alors n'y avaient pas été assujetties. Dès-lors les réclamations du gouvernement français ont eu un plein suc* ces. La liberté a été ouverte au commerce»,

et cette liberté si Marseille sait la mettre à

profit, est un des plus beaux éléments de ses

prospérités actuelles et à venir.

N'oublions pas de dire en terminant ce

sujet qu'il existe à Tunis une manufacture

de la plus haute importanee. C'est celle qui a pour objet la fabrication des bonnets de laine propres à la coiffure des Turcs, qui aujourd'hui pourtant préfèrent ceux qui leur viennent de France dont l'industrie est parvenue à imiter parfaitement ceux de Tunis.

Nous voici à Alger. Voyons d'abord quels étaient anciennement les rapports commerciaux de ce Royaume avec la France et plus particulièrement avec Marseille.

Jusqu'à nos jours le commerce n'a jamais eu à Alger la même importance ni la même activité qu'à Tunis. Cependant l'exemple des Marseillais a instruit les Algériens qui venaient fréquemment avec les juifs devenus leurs compatriotes , apporter à Marseille les productions de leur pays. On peut donc raisonnablement supposer que le commerce d'Alger avec Marseille aurait fait longtemps avant que la valeur de nos soldats eût conquis ce Royaume , les progrès les plus considérables, si les guerres presque continuelles soutenues par la régence contre l'Es-

pagne , n'eussent arrêté raccroissement de ce commerce.

* On retirai! anciennemient d'Alger et d'une partie des terres qui en dépendent, dei»

blés , des légumes , de l'huile , des laines surges et pelades , des cuirs en poil , de la cire, et une quantité déplumes d^autruche, A cet égard faisons quelques observations qui se rattachent essentiell^nent aux plumes d'autruche.

Les juifs qui s'étaient mis &euls en possession de ce genre de commei*ce , faisaient passer les plumes d'autruche à Livourne d'où elles étaient distribuées dans les différentes contrées de l'Europe. Celles de Tunis sont inférieures en* beauté et en bonté à celles d'Alger. Le Sénégal en fournit aussi ; ce sont les moins estimées, les plus belles se vendaient 4oo liv. le cent, les autres depuis 200 jusqu'à 4o liv. ; le prix des petites plumes ou plumes vierges était depuis [\o jusqu'à i5 piastres la liv. Mais il faut savoir qu'on

arrache les grandes plumes dans les mois de

juin et juillet , sans tuer Fautruche , tandis que pour avoir les petites il faut tuer cet oiseau ; celles-ci sont noires ou grises ; les noires appartiennent au mâle , les grises à la femelle.

Les plumes d'autruche exigent les plus grands soins dans Tapprét : d'abord on les savonne, ensuite on les plonge dans de l'eau presque bouillante où Ton a mis du blanc d'Espagne, L'indigo et le souffre les rendent bleuâtres; les plumes entièrement blanches ne prennent pas facilement le noir , mais très-bien les autres couleurs ; on emploie le saflor pour leur donner une couleur rose.

Les navigateurs Marseillais portaient à Alger des draps , de la cochenille , du sucre , du café , du fer blanc , du fer en barres , des planches et des peignes.

Ces envois, non compris les piastres, pouvaient être évalués annuellement à 100,000 liv.

Les retours ne passaient pas 3oo>ooo liv.

Total des importations et exportations 400,000 liv.

Ce chiffre peu élevé n'a rien d'étoiinant lorsqu'on sait que de trois maisons de commerce que nous avions à Alger avant 1787 , une seule put se maintenir ; la concurrence des juife fit tomber les autres.

Devons-^nous làaintenimt cofosidérer le royaume d'Alger , notre royaume d'Alger y l'Algérie française , dahs ses rapports> GommereiauK avec la France, avec MfeirsetUe ? Mais notre conquête resiera-t-elle notre conquête ? Parvie&dron^nous'à coloniser Alger ? Parviendrons*nous à Tabri de notre drapeau conquérant , à y faire régner nos lois , nos mœur^ , notre civilisation ?

Parviendrotift^nous enfin à rester maître de ce que nous avons acquis par le droit sacré des nations , le droit d'une guerre juste , ledroit d'une victoire glorieuse ? L'honneur du nom Français l'exige ; l'intérêt matériel de la France et le commerce de Marseille qui est l'élément le plus actif , le plus efficace de cet intérêt général le réclament : et cependant nous sommes encore dans la

perplexité d'un doute politique , nous vivons au jour le jour , au milieu des secrets d'une diplomatie désolante. Pourquoi ces hésitations de la part de nos gouvernants ? La réponse n'est pas facile. Osons toutefois dire ici toute notre pensée , et pour cela voyons les choses d'un peu haut Suivons dans ses progrès la rivalité anglaise.

Dès le commencement du i8®. siècle en 1707 , l'Angleterre voulait Toulon , et l'invasion de la Provence fut arrêtée à Londres par la reine Anne. Les flottes combinées d'Angleterre et de Hollande sous le commandement de Schowel , désolèrent nos côtes dans le temps que Victor Amédée II duc de Savoie , pillait , ravageait , incendiait nos villes et nos villages ', mais cette terrible coali-

1 On compte 29 villes ou villages qui furent dévastés , brûlés , ou an moins imposés , ce furent : Belgentier , Besse , BrU gnôles f Cannes , Carnoulles , Cagnes , Cners , Flassans , Fiéjus, Gonfaron , Grasse, les Arcs , le Broc , le Canet , le Lac, le May , la Roque , Néonles , Pignans , Saint-Laurent , Saint- Maximen , Seillons , SoUiès , Toarves , Traaz , Valauris , Vence , Vidaaban , Ville-neuve,

tion vint succomber sous les murs et dans la rade de Toulon; grâces à la vaillance des Provençaux, des Toulonnais.^t de Varmée française , que commandaient le Maréchal de Tessé , Gfrignans , Besou , Dilon , Mob*gou et troêsbriand.

En 1746 , nos ennemis qui avaient voulu en 1707 ruiner de fond en comble Toulon et son arsenal , manifestèrent les mêmes projets , et y renoncèrent avec plus de promptitude.

En 1 7 56, un moment notre marine se releva . et procura à la France letriomphe de la. prise de Mahon et de la défaite de Tamiral Bing.

En 1778 , elle vit s'embarquer sur ses vaisseaux d'Estaing et Suffren qui , dans la guerre américaine, balancèrent la puissance

anglaise et rendirent la nôtre son égale

Mais le cours de nouveaux événements amena des chances fatales à la marine française. En 1793 les Anglais profitant de nos troubles civils réussirent à pénétrer à Toulon qu'ils ne quittèrent à travers Tincendie allu-

mé par eux , qu'awc le regret de naiH)irpas détruit entièrement les i^cUsseaux et V arsenal. ■ Plus tard encore Toulon vit avec douleur à Aboukir et à Trafalgar , périr ses vaisseaux et ses enfants. Malgré ces désastres qui ne furent pas sans éclairs de gloire , la marine française devait tôt ou tard montrer à nos fiers rivaux , qu'elle aussi pouvait tenir glorieusement les clefs de TOcéan.

Ici arrêtons-nous un instant et raisonnons avec les faits dont la voix est si persuasive.

Lorsqu'on fait attention que la marine française fut presque nulle jusqu'à Louis XII , que lorsque Louis XIV monta sur le trône nous n'avions qu'un très-petit nombre de vaisseaux et deux ports simplement ébauchés , Brest et Toulon , et que cependant dès l'année 1669 nos forces maritimes se composaient déjà; i**. de 3o vaisseaux de ligne , dont deux de i3o canons , un de

I Gude Tonlonnais, 1820.

120 , deux auti*es de iio ; %^. de 4i vais-* seaux magnifiques depuis 4^ jusqu'à 60 ca* nous ; 3^. enfin de 17 frégates , 5 tartanes , 6 galiotes et d'uiie grande quantité de ga* 1ères.

Lorsqu'on sait qu'aux ports de Brest et de Toulon 9 ii fallut ajouter Rochefort, Lorient^ et plus tard Cheiiiourg ^ et que dans ces ports l'on voyait déjà sous Louis XIV jusqu'à 100 vaiisseaux de ligne avec un nombre ati moins égal de vaisseaux inférieurs.

On ne peut retenir son indignation contre l'esprit anti-^patriotique , qui après Louis XIV paralisa les plus beaux élans de la Monarchie française.

On ne peut s'empêcher de reconnaître les profondes méditations de nos rois , et surtout de Louis XIV, qui ne fut peut-être le plus grand depuis Henri IV que parce qu'il avait pu donner à l'unité monarchique toute sa puissance 5 et parce que « je ne crains pas de le dire, il n'eut pas à lutter comme ses succes-

seurs , corps à corps avec les passions désor^ ganisatrices.

Les vues de la monarchies étaient larges et dignes d'un peuple qui voulait se placer à la tête de la civilisation du monde ; elles avaient pour but de nous mettre en état de disputer aux Anglais Tempire des tùtr^ Nulle autre opinion n'est possible: en pré** sence des feiits positifs que nous venons seu* lement de rappeler , connus qu'ils sont de tous les hommes instruits et faciles d'ailleurs à vérifier dans les archives nationales.

Qu'on ne s'étonne donc plus de l'éternelle rivalité de la nation Anglaise , se montrant hostile alors surtout que notre importance maritime s'élève et semble menacer sa rivale.

Eh ! n'oubliez pas qu'aucun gouvernement n'a pu et voulu plus humilier les prétentions insulaires que ne Fa fait la monarchie française ; déjà vers le milieu du 17* siècle , cette monarchie après avoir successivement retiré les forces maritimes de la France , et avec elles el par elles les autres

pros|>érités du rpyaurne ne voulait point que la pavillon français s'abaissât devant le pa* yillon anglaiç Envaîn le conseil de Charles II insistait sur ce prétendu droit que la force , l'industrie, et le temps' avaient donné aux Anglais ; Louis XIV écrivit au comte d'Estrade son.embassadeur à Lopdres * « Le roi d'Angleterre et son chancelier peuvent voir quelles sont mes forces ; mais ils ne voient pas mon cœur. Tout ne iriest rien à légal de Vhonneur. » Paroles immortelles qui devraient être écrites en caractères ineffaçables dans tous les portefeuilles des ministres du gouvernement français , actuels et futurs !

Et depuis Louis XIV, étudiez les événements

Celui dont le nom prestigieux résume tant d'illustrations, tant de gloires, mais aussi hélas! tant de malheurs, Napoléon-le-Grand voulut, et il le pouvait, disputera l'Angle-

I Voltaire. Siècle de Louis XIV.

terre le sceptre de TOcéan.... Son tombeau fut S te. -Hélène, prison maritime dont le cabinet tenait les clefs. Un ministre de ce cabinet disait plus tard : « Qu'on ne saurait douter que même encore en ï8ï4, Tannée à la fin de laquelle la dynastie des Bourbons fut rétablie , sa nation n'eût conclu un traité de paix avec Bonaparte si ses prétentions eussent été modérées. »

Ces paroles étaient écrites par Canning au ministre de Ferdinand VII lorsque celui-ci invoquait la lettre et l'esprit des traités de

i8i4 Ainsi l'usurpation de Bonaparte, ses

conquêtes qui avaient mis tous les rois de l'Europe aux genoux de la France ne pesaient nullement dans la balance diplomatique de notre eun^rme naturelle K Les prétentions du conquérant empêchèrent seules un traité de paix en 1814.

Or quelles étaient par rapport à Londres

1 Dans son Siècle de Louis A/F, Voltaire appelle aassi TAnt'Ieterre rt'nrieiuie tiaturcUe de la Fiance.

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Jes prétentions de l'empereur des Français , sinon celles qui avaient pour but de donner à notre marine une prééminence au moins égaie à celle des Anglais ?

Malheur donc, oui malheur à nos monar^ ques> usurpateurs ou légitimes > (peu importe à la nation anglaise) qui même sans but offensif parviendraient à obtenir cette prééminence maritime! La diplomatie de l'Angleterre est un vaste et mystérieux arsenal où à défaut de motifs assez plausibles pour faire une guerre ouverte, on trouve toujours des mines d'or pour faire la guerre occulte des corruptions politiques.

Mais voyez jusques au bout La vieillesse de Charles X venait de rappeler en 1819 les plus beaux siècles de nos gloires. A sa voix, des prodiges inouïs s'opèrent dans nos ports. En peu de jours la rade de Toulon devient une forêt de mâts ou plutôt un centre de volcans mobiles qui doivent aller porter la destruction et la mort chez l'insolent Africain. Diiperré commande, et sa rare habileté

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fait sortir de cette rade, dans un ordre parfait et aux cris d'admiration d'un peuple immense, cette flotte formidable.

Ce déploiement extraordinaire de forcés navales qui prouvaient tout ce que pouvait la France lorsquî* elle croulait , avait sans doute effrayé les fiers insulaires , car nous savons tous leurs efforts pour empêcher la guerre d'Afrique^ efforts tombés impuissants devant la volonté d'un roi de France , si puissant lui-même alors qu'il venge l'honneur national offensé.

Cependant le débarquement s'opère; nos vaisseaux enfantent des bataillons dont rien n'égale l'ardeur, si ce n'est, pourquoi'le tairai-je? celle de leur généralissime, du bravé Bourmont. Méprisant la calomnie qui le poursuit depuis longues années et doit, d'accord avec une ingratitude inconcevable ', le

I D^aatres qae moi ont déjà vengé le général Bonnnont de U calomnie relative à sa prétendue trahison ; ainsi je dois me taire à cet égard ; mats je dirai haalement qn^on Va payé d*ingratitode api'ca la conquête d'Alger, et que cette ingratitude est politique*

poursuivre encore après le plus beau fait d'armes des siècles modernes; Bourmont conduit nos troupes à l'assaut ^ à la gloire^ au triomphe. Le Royaume d'Alger jusques là inexpugnable, est conquis en moins de temps ^u'il n'en faudrait pour raconter les actions héroïques dont il fut le théâtre.

Neutres en apparence pendant la guerre, les Anglais sont-ils ensuite restés inoffensifs? Qui oserait répondre affirmativement? Alger conquis était un fleuron inestima-

ment inconcevable. En effet pour ennemi qa*on soit de ce chef, on ne peut disconvenir qae la conquête d'Alger ne lui soit dae en partie comme généralissime de notre armée qa'il commandait en personne , donnant l'exemple du coarage et du dévoument. Qai le croira pourtant ? Depuis la conquête on a énuméré sur les murs d'enceinte du beau jardin des Invalides d'Avignon toutes les gloires françaises de la République, de l'Empire, de la Restauration, le nom seul du général Bourmont est oublié.... Qu'«8t ce à dire ? Si après la prise d'Anvers et de Constantine une révolution se fiât opérée en iPrance , n'y aurait-il pas eu ingratitude d'oublier les héros de ces deux beaux faits d'armes? Aurait-i| fallu oublier que les fils de Philippe I^'' se sont montrés dignes d'être princes français? Non sans doute. L'esprit de parti n'a qu'un temps , et l'histoire sage et vraie doit toujours venger noii héros, quela qu'ils soient, de l'injustice des partis.

ble qae le monarque et la bravoure de nos guerriers de terre et de mer légaaient à la couronne de France, qui doit être si glorieuse de le conserver. Pour les Français et surtout pour les Provençaux, lesToulonnais, les Marseillais, les Arlésiens et tous les ina<^ rins^ négociants et armateurs de nos côtes maritimes, c'était la liberté , rextinction de la piraterie, la source de gloires nouvelles et de prospérités inconnues; c'était en un mot la clef de l'Océan.

Mais tout-à-coup au milieu de l'ivresse nationale et des applaudissements universels, une révolution éclate au sein de la ca»pitale, et de cette révolution maîtrisée par le chef d'une nouvelle dynastie, on voit surgir des hommes qui osept en hce de Tassem»

blée nationale, en face de la France entière proposer d'abandonner Alger en faveur de

l'Angleterre

J'expose sans commentaires ce fait dont nous avons tous été les témoins, et je sens encore, malgré les douces influences de ta paix que

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le chef actuel de l'état sait maintenir envers et contre tous, je sens tout mon sang de français et de provençal qui bouillonne d'in* dignation. Que sera-qe lorsque l'histoire libre de toute gène fera aux Français à venir les observations douloureuses qui résultent de ce fait?

Cependant le génie de la France a triomphé des passions mauvaises. L'Algérie restera nôtre* Espérons-le du moins, car nos colons la civilisent incessamment^ et la victoire secondant la bravoure de nos soldats , le dé-^ voùment de l'illustre Damrémont et l'intrépidité d'un prince français qui jeune encore a montré qu'il, était digne du sang bourbonnien qui coule dans ses veines^ 1^ victoire ai-je dit, nous a ouvert les portes de Constantine. Oh! répétons-le toujours : Dieu. protège la France!

Autrefois dans le temps des guerres de Carthage contre Rome, et même pendant la paix , un vieux Romain qui avait voix délibéra tive dans les assemblées publiques, ajou^

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lait toujours à son vote, quel qu'en fut Tobjet : Et censeo delendam Carthaginem , détruisons Carthage. Pour moi /si j'étais admis aux chambres françaises^ ou seulement à la chambre de commerce de Marseille dont les délibérations ont aussi tant de puissance, je ne quitterais jamais mon siège sans m'écrier:

Conservons Alger quand même quand

même les Anglais cesseraient d'être nos amis , parce qu'ils ont trop d'intérêt à être nos ennemis secrets lorsqu'ils ne sont p^s nos ennemis découverts. '

Telle est mon opinion sur la question de l'Algérie. J'ai dû la formuler avec toute la franchise et l'indépendance d'un écrivain qui veut, avant tout, l'intérêt d'un pays auquel il a voué sa plume et toutes ses affections.

Mais arrivons à d'autres objets non moins importants.

I Ces paroles étaient écrites avant la réception triomphale ^aite parles ADglaiii;à notre illustre maréofaal Soolt. Cet enthousiasme inoaï de l'Angleterre poar an général de France est de bon angare pour les deax nations. Poissions-nons , pniwè'le maréchal lui-même n^avoir jamais à dire des Anglais :

Quiçuid id est, timeo danaos et donaferentes ! //

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