‹ Histoire raisonnée du commerce de MarseilleChapitre 16 sur 30 · AVEC UNE PARTIE DE L'AFRIQUE · texte numérisé non relu

AVEC UNE PARTIE DE L'AFRIQUE

CONNUE AUTREFOIS SOUS LE NOM DE CONCESSIONS d'aFRIQUE.

L'établissement des Français sur la côte

de Barbarie, qu'on sippelsit Concessions d'j^-

friqUe^ remonte à une époque assez ancienne.

Deux négociants de Marseille, Thomas Lenche et Carlin Deidier, entreprirent dans

le XV* siècle la pèche du corail dans le golfe

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deStora^ voisin de cçlui de Bone, et obtinrent de Soliman II la permission de s'y établir.

Après eux un autre négociant du nom de Moissa soutint l'entreprise. La concession lui en fut donnée par Mehemet III etAchmetlI, son fils. Telle est l'origine des établissements connus sous le nom de Concessions éHAfrique.

La concession de la pèche du corail et du poisson fut confirmée en 1606 dans les capitulations signées par Henri IV avec le Grand-Seigneur.

En i6a8 Louis XIII fit passer en Barbarie un ingénieur chargé de bâtir un fort ou comptoir entre Bone et le cap Nègre, endroit qui n'était pas seulement propre à la pèche du corail , mais encore à l'extraction des blés, des cuirs, de là cire et de trèsbeaux chevaux. Aussi les Arabes apportèrent quelques obstacles à la construction de ce fort, qui ne fut achevé que deux ans après.

Il reçut le nom de Bastioiy de France.

Des compagnies françaises s'y formèrent successivement pour la pèche du corail et le commerce des denrées. Elles éprouvèrent des revers et furent obligés d'abandonner leurs entreprises. Les Anglais se mirent à leur place et y restèrent jusqu'au traité que Louis XIV força le Régence d'Alger de signer en 1688.

Un des principaux articles de ce traité voulut que les Anglais évacuassent tous lés établissements occupés par eux sur la côte du royaume d'Alger et que le privilège exclusif de ces établissements fut donné à une compagnie française. Alors effectivement il s'en forma une sous le nom d'Hely et Compagnie , qui pour se maintenir en paix dans son établissement signa en 1694 avec la Régence un traité que Louis XIV autorisa.

Elle obtint le privilège absolu de tous les autres nationaux français et étrangers, pour faire le commerce dans les concessions, et des concessions en France. Ce privilège passa

aux différentes associations qui succédèrent à celle de Hely.

L'époque de 1694 fut donc celle qui donna une forme positive, une consistance plus marquée à rétablissement des concessions d'Afrique. Le traité de 1694 renouvelé et ratifié quatorze fois depuis cette année par les deys à leur avènement; le traité signé en 1714 par le sieur de Mastre, agent de la compagnie à Bone avec le bey deConstantine , pour le règlement du commercé de Bone; l'arrêt du conseil du 20 novembre 1 73o , sont les titres principaux en vertu desquels la compagnie fit le commerce exclusif à Boic£,au CoLLO^ àTABA.RQUE et à LA Calle , qui était le chef-lieu des concessions. Dans les autres places il n'y avait que des comptoirs.

La Galle était une propriété particulière de la compagnie qui la fit bâtir, forcée qu'elle fat par les maladies épidémiques et Finteitipérie de Fair d'abandonner le bastion de France, son premier établissement d'où el!e

avait tiré son ancien nom de Compagnie du Bastion de France.

Réunie à la compagnie des Indes jusques en 1780, la compagnie du Bastion fut alors rendue au roi , qui en donna le privilège à une association formée sous le nom de Jacques AurioL Elle fut recrée en 1741 5 sous le nom de Compagnie Royale d'Afrique y avec un capital de i,aoo,ooofr. partagé en 1,200 actions de i ,000 fr. chacune. La chambre du commerce de Marseille , autorisée à s'y intéresser pour 3oo actions, fut constituée garante du dividende des actions, réglé à 6 p.

0/0 par année. Quatre députés pris dans le sein de cette chambre, son archiviste, un directeur principal et l'inspecteur du commerce du Levant qui fut nommé président de l'assemblée, formèrent l'administration de la compagnie, qui tenait au département du ministre de la marine. En 1780 le nombre des députés de la chambre , directeurs de la compagnie, fut réduit à trois , à cause

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du changement survenu dans la constitution de la chambre du commerce.

La Calle> qui était ainsi qu'on vient de le voir le principal établiss^aient de la compagnie, est située sur un rocher aux extrémités des royaumes d'Alger et de Tunis. Le mouillage le plus voiÂn n'est qu'une crique où peuvent à peine être reçus à la fois quatre ou cinq navires de 120 ou i3o tonneaux.

Un grand nombre de tribus arabes sans jdemeure fixe, rôdent sans cesse dans les environs de la Calle^ s'arrétant sous des tentes dans les campagnes. La compagnie payait à ces peuples vagabonds des redevances annuelles réglées par le traité de 1694.

Le comptoir de la Galle était dirigé par un gouverneur^ un inspecteur, un chancelier et huit ou dix autres officiers. La compagnie y entretenait soixante soldats et environ 4oo hommes, tant pouf la péehe du corail que pour les travaux journaliers de la place.

BoNE est située dans le province de Coostantine^ à quelque distance de l'ancienne

Hypponffé Un agent, un chancelier, un caissier, un garde-magasin et cinq ou six employés subalternes dirigeaient le comptoir que la compagnie avait dans cette ville.

Ls CoLLo, à 3o lieues ouest de Bone, n'avait pour son comptoir qu'un agent, un caissier et dçux ou trois employés.

Tababque , située à l'est de la Calle , à la distance d'environ cinq lieues, appartenait anciennement à une famille génoise; elle appartint ensuite aux Tunisiens. Ce ne fut qu'en l'année j 783 que la compagnie y forma un petit établissement pour la péphe du corail.

Moyennant une redevance annuelle payée au Bey elle avait le privilège exclusif de cette pêche dans toute l'étendue des mers du royaume de Tunis.

. Tout le commerce d'importations de la compagnie consistait en argent. Elle faisait passer aux différents comptoirs des piastres d'Espagne coupées et réduites à un poids déterminé pour chaque comptoir. ,

Son commerce d'exportation consistait en

grains^ laines^ cuirs> cire et au produit de la pèche du corail, qui était la branche la plus importante des concessions.

Les retraits en grains étaient dans certaines années de 80,000 charges , ceux en laine de 20 mille quintaux , ceux en cire de 600 quintaux , ceux en corail de 100 quintaux, et de 4o mille cuirs..... Dans d'autres années les retours en grains sont allés jusqu'à 100 mille charges ; quelquefois ces articles manquaient; en 1772 les retours allèrent au dessus de i5oo mille livres ; jusqu'en 1775 ils diminuèrent. A cette époque ils furent au dessus de 1,100 mille livres et mirent 60 bâtiments en mouvement; il y en a eu jusqu'à i4o employés dans une année ; en examinant les livres de la compagnie , on acquiert la conviction qu'elle envoyait année commune dans ses concessions pour environ 900 mille piastres et espèces étrangères, qu'elle expédiait une trentaine de navires ^ et que ses retours annuels allaient à peu près à i million ; ses dépenses y compris

les tributs payés à Alger et à Tunis étaient environ de 3oo mille livres par an.

Les concessions n'étaient pas comprises dans les départements des consuls en Barbarie ; elles étaient immédiatement et sous la dépendance des officiers de la compagnie.

Aujourd'hui , depuis surtout la conquête d'Alger , le montant de nos importations et exportations avec la Calle, Bone, le Collo et Tabarque s'élève plus haut qu'autrefois, ainsi qu'en fait la remarque M. Jules Juliany, d'après les tableaux de la douane publiés en 1 83î2 ; d'où il faut conclure que la colonisation d'Alger donnera aux Marseillais une grande prépondérance sur les Italiens qui exploitent dans ce moment les anciennes concessions d'Afrique , et par là même leur procurera des avantages qui progresseront incessamment.

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