‹ Histoire raisonnée du commerce de MarseilleChapitre 18 sur 30 · NAVIGATION AVEC LES ECHELLES · texte numérisé non relu

NAVIGATION AVEC LES ECHELLES

MàRGH\NDfSES EXPl^DIÉES A l'eTRANGER.

T9ATI0NS CONCURREUTES.

Vers la fin du dernier siècle le port de Marseille envoyait dans le Levant, l'Egypte et la Barbarie aoo navires, année commune; mais plusieurs de ces navires faisaient deux

voyages; plusieurs étaient employés par la compagnie royale d'Afrique ; plusieurs enfin chargés de denrées allaient faire quarantaine à Toulon , de sorte qu'on peut sans craindre d'exagérer , fixer à 35o le nombre de navi* res que le commerce des échelles mettait en mouvement toutes les années.

En effet en remontant plus haut que l'année 1780, Ton trouve depuis 1764 jusqu'en

1773, 2,66a navires qui retournèrent des échelles à Marseille'^ ce qui faisait pour la moyenne 266. Si l'on joint à ce nombre ceux qui rentrèrent dans d'autres ports, ceux qui restèrent à la quarantaine , ceux enfin qui arrivèrent dans les premiers jours de l'année

1774, on trouvera pour cette époque le nombre annuel de 35o bâtiments qui entretenaient 49000 hommes^ sur le pied de la hommes par bord, et tenaient toujours prêts pour les besoins de l'état des gens de mer déterminés et bons navigateurs.

Le nombre des navires commerçants augmente ou diminue suivant le prix et l'abon-

dancê des denrées et des mardiandises . pro- . près à' être exportées de Marseille, suivant, les avis que les négociants reçoivent sur le prix et Tabondance de celles d'importation >. sur la qualité et le genre des récoltes, obtenues dans les échelles, sur les contrées, de ces échelles qui sont plus ou moins ravagées par la peste et la guerre ou opprimées par les droits d'entrée et de sortie. Ainsi l'on re-. marque, d'après les tableaux des i douanes»' que la quantité moyenne des navires entrés à Marseille venant du Levant, de 1780. à 1789, fut de . . .... ......... a35

Celle des navires sortis, de aao

Mouvement annuel. . . 455' Depuis i8a5 à i833) moyenne pour

l'entrée aa8

Depuis i8a5 à i833, moyenne pour

la sortie 196

Mouvement annuel. . . . 4^4 Au commerce des denrées et des marchandises dont on connaît la valeur moyenne

ancienne et modernes se joignait le com* merce de la caravane qui , quoique moins brillant que le premier , n'en était pas moins la source des plus utiles et des plus surs bé» néfices pour l'état et pour les particuliers.

On entendait par ckiikVÈME les voyages que feisaieut annuellement d'une échelle à l'autre, cent-cinquante navires environ , sortis des ports de Marseille, de Toulon , d'Antibes^ de la Ciotat, duMartigues^ de Saint* Tropez et de Cannes. Leur unique destination était de transporter les Turcs, leurs denrées et leurs marchandises; d'approvisionner une

I La valeur moyenne des importatiops et des exportations, entre le Levant et Marseille, de 1780 à 1789» fut .

Importations. . . . 31,784*346 liv.

Exportations. . . . x8,3i5,oa5 liv.

Total du mouvement . 50,099,37 1 liv.

De 1826 à i832. Exportations .... 126,090,553 lîv.

Importations .... 203,182,070 liv .

Total da mouvement. 329,272,603 liv.

Année moyenne des exportations .... 21,015,089 liv.

Importations. . . . 33,863,678 liv.

54,878,767 liv.

ville, une ile; de rendre à une échelle ce qu'oîi leur avait confié dans une autre. Ce g^nre de commerce n'étant ni coûteux, ni difficile , ni exposé à beaucoup de hasards ^ Tarmateur en Élisait souvent tous les frais; quelquefois le capitaine s'associait avec Tar* mateur, quelquefois aussi l'équipage entier prenait une part d'intérêt, et au retour les bénéfices étaient partagés.

La plupart de ces navires revenaient chargés de grains, de légumes^ d'huile, de riz, QuelqueS'^uns , il est vrai ^ ne faisaient pas toujours leurs aflËaires dans cette espèce de négoce; mais la plus grande partie y trouvait un bénéfice de 60 et même de 70 pour cent. En général et presque toujours, ils rapportaient l'un dans l'autre 20,000 livres; ce qui faisait pour l'état une rentrée annuelle d'environ a,ooo,ooo liv.

En 1760 la guerre avec l'Angleterre diminua le commerce de la caravane. La ré* publique de Raguse , célèbre par la beauté de ses manu&ctures , et si nécessaire aux

Turcs, à qui elle fournit beaucoup de marchandises , beaucoup d'armes et de munitions de guerre^ couvrit l'Archipel et les mers de Syrie de bâtiments caravanêars, et empêcha les Provençaux' de faire le commerce de transport ou vbiturage. Naviguant avec économie , faisant avec deux hommes de ;moins*ce que les Provençaux faisaient avec deux hommes de plus y lés Ragusais se frétèrent aux Turcs à un moindre prix, et ils obtinrent la préférence.

Cependant la paix fut publiée vers la fin de la même année 1760. Dès ce moment les caravaneurs de Provence songèrent à repren-.

dre leur ancien avantage. En 1763 Cons-.

tantinople vit arriver 70 de nos navires; Smyrne en reçut 80 , Saloniquè 65 , la Syrie . et l'Egypte à peu près autant. Enfin accablés par la concurrence , par le nombre , par . la guerre dès Russes contre les Turcs leurs protecteurs , les Ragusais furent obligés d'abandonner la caravane qu'ils avaient faite neuf ou dix ans avec le plus grand avantage

et presque exclusivement. L'échelle de Coqstantinople seule reçut en 1778 28 navires Marseillais et aai caravaneurs. La guerre qui survint quelques années après au sujet des révolutions de TAmérique septentrionale, ôta la liberté des mers et fit rentrer la caravane dans l'état où elle avait été en 1760; en 1782 elle reprit de nouveau ses avantages: avec d'autant plus de facilité que les Turcs- ont toujours préféré le voiturage français à celui des autres nations.

Ce que nous venons de dire relativement aux Bagusaia , amène une autre réflexion non moins importante.

On ne peut disconvenir que le commerce des Français dans les échelles n'ait été de temps immémorial envié par les autres nations. Il faut aussi avouer qu'en France même , plusieurs villes maritimes jalousent le même commerce aux Marseillais. Toutefois il est glorieux de pouvoir constater que les efiorts incessants que les étrangers ont pu faire sinon pour le détruire , du moins pour

en avoir une grande partie, n'ont jamais pu même leur en procurer le partage , et que l'avantage est toujours resté aux Français.

Marseille seule exporte beaucoup plus du Levant que les Hollandais, les Anglais et les Italiens réunis. Chez ces peuples l'exporta'» tions excède considérablement les importations. 11 y a plus encore , et ceci avait lieu plus particulièrement vers la fin du dernier siècle , c'est souvent avec l'argent des Italiens , des Anglais et des Hollandais que les Marseillais payent les productions et les denrées des échelles qu'ils font transporter en France.

Les Espagnols ont essayé eux aussi de temps à autre et selon les circonstances sous leur pavillon ou sous celui des étrangers , de s'introduire dans le Levant, mais leurs efforts ont été sans succès. Aujourd'hui la Russie et l'Empire envient ce commerce aux nations de l'Europe qui le font. A cet égard il est un fait que les Français ne doivent jamais oublier ; le voici :

Depuis François I.'^ la puissance ottomane qui règne à Constantinople et dans le Levant est l'alliée de la France. Cette alliance s'eit soutenue jusqu'à nos jours et a passé de rè^gne en règne comme une maxime de politique. Ce n'est pas sans raison ; le sort d'une riche partie de la France y est attaché , celui de Marseille surtout en dépend. Ce serait donc un grand malheur pour l'une et l'autre s'il arrivait que la France se désunit de la Porte ou que toute autre puissance que la puissance ottomane régnât dans le Levant.

Voici une autre réflexion dont il est facile de saisir la portée.

Une ordonnance du 3 mars 1781 avait permis aux étrangers de charger en France pour le Levant et la Barbarie , à condition qu'ils enverraient leurs retraits à Marseille. Qu'arriva-t-il ? La ville de Livourne, qui depuis 3oo ans conspirait contre le commerce de Marseille , fit des progrès extraordinaires dans le Levant et la Barbarie ; Gènes et Venise y consolidèrent leur supériorité

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dans le commerce des papiers el des étoffes d*or et d'argent; ainsi cette^ ordonnance tendait évidemment 4. détruire' le commerce national; elle fut bientôt abrogée.

Sans contredit tout commerce est sujet à varier et susceptible d'augmentation et de diminution suivant les circonstances : la guerre, la paix, les récoltes, les épidémies et mille autres événements qu'on ne peut prévoir* Le commerce des échelles est exposé plus que tout autre à^ ces variations.

La peste , les incendies , l'augmentation arbitraire des droits , les révoltes , les oppressions des Beys et des Pachas, tout dan& les éiohelles peut, ébranler dans un moment le commerce le mieux établi. Ces causes. funestes sont indépendantes de la volonté destuégociants français , des chambres de commerce et des gouvernants supérieurs; mais d^autres causes peuvent se présenter incessamment, causes de ruine, causes de prospérité , dépendantes les unes et les autres de notre bon vouloir et de la protection de nos

gouvenmnt^. Remédions aux premières , fa- ▼orisoiis ïe développement des secondes.

' Lès écrivains , hommes graves et consciencteux, tels que MM. de Beaujour, Moreau de JonnQs, Juliany^ qui se sont occupés avant nous de réconomîedu commerce^ signalent dans leurs ouvrages la plupart de ces causes actives ou passives. Gomme eux nous dirons aux négociants de Marseille : « Attachez-vous à être constamment assortis de tous les produits nécessaires à Tapprovisionnement des cotes de la Méditerranée et particulièrement de denrées ccdoniales que vous pourriez importer : directement des lieux d'origine au Levant^ comme les; Américains ;

« Essayez d'exploiter les bois de l'Albanie qui sont presque aux porter de Marseille et dont la bonté a été constatée ; leur prix étant moindre d'un tiers que les achats faits dans le Nord 9 il en résulterait une extension con. sidérable dans nos constructions maritimes et une dinlinution dans le prix du fret de notre nafvigation. y>

Au gouvernement du roi nous dirons., avec les mêmes économistes: «Perfeetionnee et développez nos transactions en Syrie et notamment à Damas; étendez nos relations avec Tunis et Maroc « qui peuvent offrir des débouchés plus laides encore que ceux que trouvent aujourd'hui nos exportations ; ou-* vrez une route d'Alger jusqu'à la mer de sa«< ble et formez<*y un entrepôt pour approvi** sionner les caravanes; profitez de la posBea« sîoa d'Alger pour y établir un entrepôt dans ie pachalik de Tripoli, dans la situation maritime la plus Êivorable à la vente des marchandises dans l'intérieur de l'Afrique par les caravanes de Fezzan ; obtenez du vice*^ roi d'Egypte^ en secondant ses projets de civilisation et de commerce, une part avantageuse dans les transactions commerciales d'un pays qui possède la plus belle position géographique des deux hémisphères. »

Tels sont les moyens les plus actifs d'éteur dre nos relations en Orient et par une con-»

séquence nécessaire,. d'augmenter la masse de nos prospérités commerciales. .

Sfais pour que ces moyens ne soient pas illusoires, il kut.que le nom français honorablement soutenu parla bonne foi du commencenational diez l'étranger commedansHnlérieur, soit encore audehors protégé de toutela puissance du cabinet d^ Tuileries; il restera ce que l'avaient fait r£mpire et la Restauration, en dépit de l'Angleterre, la. sauvegarde la plus assurée , la plus invincible de nos rer lations commerciales à l'extérieur , au delà des mers. Pour cela, dirons-nous ici aux ministres français présents et à venir ; ne cessez jamais d'entourer de la plus haute considération possible nos ambassadeurs, nos agents diplomatiques. Faites respecter nos expér di tiens, nos consuls^ nos maisons de commerce et même nos voyageurs isolés ; ne souffrez jamais sans réparation prompte et éclatante aucune avanie^ aucune insulte ou spoliation; choisissez spécialement pour les échelles du Levant et pour la Grèce des agents

consulaires iVune fermeté de caractère et d'une prudence éprouvées, attendu que s'ils ne possédaient ces qualités à un haut degrés les intérêts de la France pourraient en souffrir dans des circonstances difficiles. » Accordez donc surtout votre protection à nos consuls, car ils sont à l'étranger le trône de France , le peuple français lui-même.

Tels sont d'autre part les moyens d'éviter les causes funestes à nos intérêts commerciaux à l'extérieur. Comme on le voit ces moyens regardent d'une manière plus particulière les consuls français. Il nous parait donc utile de faire connaître nos constitutions consulaires, d'autant plus que les écrivains du commerce ont négligé déparier de cette partie si essentielle.

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