LE COMMERCE DES ECHELLES
Dans les développements généraux qui précèdent, ceux qui ont rapport au fret et à des vues d'amélioration relatives aux abus d'autrefois , dont quelques-uns peut-être subsistent encore , réclament ici de nouvelles réflexions sur le commerce des Echelles avec Marseille.
La Draperie , celle surtout qu€ les précieuses manufactures du Lauguedoc fournissent à la France, a toujours été le fondement du commerce des Marseillais dans les Echelles. On doit donc savoir que les drap§ sont plus tôt et plus avantageusement vendus lorsque la toile qui les enveloppe est blanche , car les Turcs s'imaginent que les belles qualités sont désignées par la toile blanche. Lorsque l'on prépare les assortiments, il est utile d'y placer quelques pièces de drap rouge , quelques-unes de bleu turquin , très^peu de couleur verte. Chaque assortiment doit avoir deux pièces d'un bleu foncé et bleude-roi. Toutes doivent être bien années, bien teintes , et avoir la largeur qui leur est propre.
Un autre objet de très-grande consommation dans les Echelles, c'est le café. Celui du Cap, bonne qualité et sans odeur, est préféré à celui de la Martinique. On sait que les Turcs sont connaisseurs dans ce genre;
ils refusent le café pour peu qu'il ait de défaut.
Un négociant doit toujours avoir de la coGHBNJ£LE.en magasin, mais non en grande quantité. On est sur, principalement en Morée^ de la placer avantageusement dans le courant de Tannée, quoiqu'on s'attende à un déchet pendant qu'elle est en magasin.
Il en est de Tindigo et des épiceries comme de la cochenille.
On trouve de grands bénéfices dans la Y&nte des jiTOFFEs.Efr or et Eir argeitt. Les assortiments d$ins ce genre doivent être faits avec goût y je veux dire le ^oût du pays pour lequel ils sont destinés. Le clinquant plaît beaucoup aux Turcs, mais on ne doit pas leur présenter des étoffes trop, chargées de matières. La manière de clinquanier n'a pas p^i contribué à donner dans ce genre aux Italiens la supériorité sur les éto£fes françaises, quoique celles*ci soient pour le tissu d'une qualité supérieure aux étoffes italiennes.
On vend ordinairement à pièces /rarement en détail. Les Juifs et les Grecs se char'» gent de ces étoffes au prix de la facture de France ; en donnant tant p. o/o de bénéfice.
Le BikiRAM ( c'est la pâque des Turcs ) et le RAMAZAir ou RAMADAN ( c'cst Icur caréme ) , sont les époques les plus favorables à la vente des draps et des' étoffes. Lors du Bai-^ ram on change les Pachas qui à cette occasion font des achats considérables pour leur sérail ; lors du Ramadan toutes les personnes un peu considérables à la cour ou dans l'état habillent leurs domestiques , font des pré* sents à leurs femmes^ à leurs amis , et se ren* dent dans les villes de leur séjour. Après, le B'airam le temps peut redevenir propre pour la vente , mais il faut que les négociants se transportent dans les résidences des Pachas»
A cette époque on renouvelle les vêtements des femmes du sérail ; les Turcs se marient avec leurs favorites , font des présents de noces et n'épargnent rien de tout ce qui est luxe ou ostentation.
La Moscovie fait porter dans plusieurs échelles des pblletbaies d'une beauté remarquable ; elles sont plus chères que celles qui viennent de France. Aussi. les nôtres lorsqu'elles sont bonnes et bien choisies , sont préférées ; on peut les vendre par ballots ou par qualité. Fort souvent les douaniers ne veulent pas s'en rapporter au prix qu'on leur donne , et ils perçoivent les droits en peaux; c'est de cette manière qu'ils agissent presque toujours en Morée.....
On ne^doit pas attendre l'arrière-saison pour expédier les pelleteries dans le Levant. Elles doivent y arriver avant le froid afin que les pelletiers aient le temps de confectionner les pelisses ; on ferait encore mieux de les expédier en juin ou en juillet.
Les pelleteries les plus recherchées sont les martes ou martres , les fouines , les renards de France , les visons et les pitoues d'hiver , les renards et les pitones demihiver , les loups du canada , les loups-çerviers , les renards du canada » et les renards
d'été. Si ces pelleteries sont belles on les vend 8 et quelquefois lo p. o/o dé plus iqué leur valeur ordinaire. Cependant le petit gris et rherminé de Moscovie ont presque toujours la préférence.
Les GikLONS sont assez demandés , en général on les place avantageusement lorsqu'ils sont légers et à grands festons ; ils doivent être de diverses largeurs/ à lances, bien montés sur le clinquant et très-apparents.
L'occasion de vendre la bijouterie est fort rare ; dans ce genre le goût des Turcs diffère beaucoup de celui des Français ; cependant ils aiment les bagues à une seule pierre et montées sur l'or , les grosses éméraudes de figure ovale non taillées et les rubis dans le même goût. Fort souVent plus la monture et la formé de ces bijoux sont grotesques plus ils plaisent et ont de valeur. Toutefois ce ne serait pas agir fort sagement que d'en faire des envois complets; les joailliers doivent se contenter, lorsqu'ils en sont embarrassés de faire des envois aux maisons
qui peuvent s'intéresser à ce trafic en s'engageant à reprendre les bijoux si ces maisons ne les vendent pas.
Il est plus facile de placer les uouTnEs en or et en argent ; mais il faut qu'elles soient grosses, légères en matière, avec double boite à l'instar des montres anciennes réputées anglaises ; celles de pinsbeck ( tombac ou mélange composé de cuivre et de zinc ) se vendent presque toujours.
On recherche les conssiKs en or et ex àR- GEHT. de fabrique Lyonnaise; mais cet objet n'est fait que pour les riches et les grands. On n'en placerait guères en M orée que trois ou quatre douzaipes par année ; on compose l'assortiment de douze coussins égaux de cinq pans de longueur sur deux pans et demi delargeur, de qualité et de prix divers. L'intérêt du négociant n'est pas de commissionner cet article, mais de Tacheter tout fait s'il veut le revendre avec bénéfice.
Pour opérer avec succès sur l'achat des GRâiNS il ne faut pas attendre le temps de la
récolte, par ce que ie prix une fois Gxé; les né* gociants sont obligés d'en subir la loi ; il faut donc traiter dans le courant de l'année avec les Turcs riches dont on a lieu de ne pas suspecter la probité ; c^ Turcs se trouvant presque toujours dans Fobligatioud'emp r un ter, préfèrent vendre leur récolte encore pendante, afin d'obtenir de fortes arrhes. Mais encore une fois on a besoin, dans ces sortes de négociations, d'être assurés de la fortune et de la probité des vendeurs, car si ces vendeurs mouraient avant la récolte, les acheteurs perdraient tout en cas d'insuffisance des bieiis. S'ils mouraient riches, l'héritier qui en Turquie ne se croit pas tenu des dettes du défunt, pourrait refuser non seulement de faire honneur à ses engagements, mais encore de restituer les arrhes.
Dans cette triste position l'acheteur s'estime fort heureux lorsqu'il n'a à essuyer que les longueurs de la justice turque.
La vente des grains se fait pour l'ordinaire comme en France, sur montre ou
échantillon ; mais la marchandise n'est pas toujours conforme^ et bon gré, mal gré, il faut recevoir celle qui est offerte, alors surtout que les bâtiments sont en rade et que les staries approchent de leur terme.
Un des principaux retraits des Echelles c'est l'huile. Elle exige des acheteurs les mêmes précautions que les grains. Il ne faut pas , surtout après avoir vérifié l'huile ellemême, négliger de visiter et d'examiner les usines et les barriques dans lesquelles on la livre. Plus d'un négociant a eu à regretter même de n'avoir pas fait porter la futaille de France ou de n'avoir pas fait embarquer sur ses bâtiments noiisés un ou deux tonneliers.
Les navires noiisés pour le retrait de l'huile doivent arriver dans le Levant vers la fin de janvier ou au commencement de février. On ne doit pas oublier de stipuler des staries au moins de deux mois, afin d'avoir le temps de vérifier l'huile, de l'enfutailler et deTembnrquer à propos.
Les principales viltes d'où4'on exporte les raisins dits de Cùrintke sont Fatras et Yolsliche , en Morée. Ceux de Fatras sont réputés les meilleurs; aussi ceux de Vobtiche sont d'un moindre prix. Les achats se ^ font au mois d'août^ époque où les négociants sont occupés de l'expédition des denrées.
Il y a une grande concurrence en Morée pour l'achat des soieribs. Les Turcs, lesGrétois et les Juifs en acfaettent pour Tunis.
Les soies les plue recherchées sont les opsis de Misitra. Les Français achcttmt peu dé celles de Galamate ^ lieu voisin de Coron, où l'on trouvé cependant une espèce assez bonne/ quelquefois préférable aux opsis.
Cette espèce de soies est connue sous le nom à' Es^uepitiko. Celles qu'on nomme Fermes oxx Fermettes s'emploient pour les galons lorsqu'elles sont bourrelées*
Les achats les plus considérables de soies se font à Misitra même, par l'entremise des Grecs dont se servent les négociants et auxquels suivant les accords on donne tant de
parais par ocqiie; raoyennartt quoi et sirivant les fends qut)n leur fait passer jusqu'à la fifl de lears opérations, ces comraissionnaires s'c^Kgent de &ire transporter les soies au lieu indiqué.
Lorsqu'on reçoit ces expéditions, il esr toujours prudent de les vérifier écheveau prar édbeveau, parce qu'il arrive souvent que les soies sont chargées d'éau, de terre ou de gravier, ce qui porte un préjudice notable à Tadieteur. Ces ruses ou plutôt ces friponneries son t pratiquées tantôt par les vendeurs, tantôt par les Grecs-commissionnaires.
Le prix du vermilloit est réglé d'après sa qualité, c'est-à-dire suivant qu'il est humide à moitié sec , ou sec entièrement et tamisé.
C'est dans ce dernier état qtfil est le meilleur et le plus cher.
Il est bon d'observer que les Grecs mêlent souvent avec la graine de verrbillon de la briqué pilée ou d'autres corps qui lui ressemblent en couleur. Il est donc nécessaire de la vérifier avant Tachât , et voici
cooiraent se fait cette vérification : on rera« plit d'eau un verre et on y jette une pincée de la poussière de vermillon ; si cette poussière surnage, la qualité en est vraie; si elle va au fond du verre, infailliblement le vermillon est mêlé. Il n'est pas besoin de dire que dans ce cas il faut refuser la marchandise.
LesGrecsachettent ordinairement en pains i.k CIRE quUls revendent en gros. On les accuse de commettre dans ce trafic deux espèces de friponneries qu'il importe de rappeler ou de signaler. Ainsi l'on prétend qu'en faisant fondre les pains ils y insinuent de petites pierres ou des pois piles qui ont la couleur de la cire. Il faut donc en achetant celte production, couper les pains pour les vérifier, ou mâcher la cire si elle a été fondue.
Avant la révolution de 1770 le commerce des CORDOUA.NS (ce sont les cuirs de peau de bouc et de chèvre passés au tan) était d'une grande importance en Morée et très-lucratif |)our la France. Les Grecs s'en emparèrent
et firent passer les cordouans à Smyrjne ef à Alexandrie. Les plus beaux sont à Athènes et dans les environs. On les vend par douzaines.
L'avelanède de la Morée est plus ou moins chère^ suivant la quantité des demandes, l'abondance ou la disette de Tannée. On destine ordinairement cet article pour Ancône^ Civita-Vecchia,Livourne, Venise, Triesteet généralement pour toute Tltalie. On sait que Favelànède (coque du gland de chêne) sert à passer les cuirs. .
Les FROMAGES payent un droit de sortie arbitrairement fixé par le gouvernement tiirc. Ceux de la Morée làont secs. Il ne convient pas aux Français d'en faire le commerce , parce qu'il faut suivre l'opération depuis l'achat jusqu'à la. vente. On les destine pour Naples^ la côte d'Italie et d'Espagne.
Les PEAUX DE LiisvRts sont un objet de commerce trop peu important pour qu'on doive sie flatter d'en faire un retrait avantageux ^ d'autant plus qu'on préfère généralement celles d'Italie.
La plus grande consommation des liqueurs fortes se fait en hiver; celle des sirops en été. Les liquoristes doivent toujours en^avoir en magasin. Ces deux articles sont envoyés en pacotille.
Il serait plus avantageux de laire passer en Morée les bbldaris et les autres étoffes d'Alep que de les. apporter à.Mareeille , où ils ne peuvent jamais donner qu'un très-petit bénéfice.
Le MAÏS (blé de Turquie ou gros millet) convient mieux à Fltalie, à l'Espagne et à l'état de Venise qu'à la France.
Dans les affaires majeures , il est prudent de traiter par le ministèrb d'un Turc reconnu honnête homme; on peut espérer alors de se Êiire rendre justice en cas d'infidélité. Les Turcs se trompent rarement entre eux; mais il faut se mé^er des Grecs- GOfif Mission N AIRES. Les Turcs leur ont toujours inspiré tant de crainte qu'on les voit toujours disposés 9 pour ne pas les désobliger, à trahir l'intérêt des autres nations.
Toutefois d'après un préjugé regardé comme une loi, les Turcs ne se croient tenus ou engagés par aucun traité. Si on leur donne des arrhes pour la livraison d'une marchandise et s'ils sont de mauvaise foi,ik rendent les arrhes et annuUent les traités. Il y a donc nécessité pour les négociants français de bien connaître les Turcs avec lesquels ils font des affaires, de ne pas leur vendre à longs termes; on ne doit lier aucune société étroite avec les grands et les gens en place; cependant pour tout dire et pour être justes , nous ajouterons qu'on trouve chez les Turcs plus de bonne foi commerciale que chez les Grecs et les Juifs. On comprend que nous ne parlons ici que des Turcs, des Juifs et des Grecs qui n'ont point encore été façonnés par les mœurs civilisatrices de la France ou par l'éducation , qui chez tous les peuples donne des idées du juste et de l'iuijùste , en un mot d'une saine morale. Sous ce rapport, disons à la gloire de Marseille que l'ancien commerce de cette importante cité
a légué au commerce moderne les traditions les plus honorables que les jeunes négociants doivent tenir â honneur de transmettre à leurs successeurs; car dans le commerce la bonne foi et la loyauté sont les deux plus puissants véhicules de la considération sociale et de la fortune. Jeunes négociants de Marseille, travaillez donc constamment de manière à vous rendre dignes d'abord de considération, et n'oubliez jamais que l'estime de vos concitoyens sans la fortune est toujours beaucoup, tandis que la fortune sans la considération n'est rien!....
Pour revenir à notre examen commercial, ajoutons ici que beaucoup d'AGAs paraissent riches, mais que chez eux les apparences sont trompeuses. Ils sont en général criblés de dettes; leurs revenus ne suffisent pas à leur luxe. Avant de se lier avec eux commercialement et de leur faire des avances, il est essentiel de bien connaître l'état de leur fortune.
Tout négociant doit avoir dans son comp-
toir ou ses magasins les poids et les mesures de Finance pour les comparer avec les poids et les mesures du Levant et f^ice i^ersâ, pour faire les épreuves lorsqu'il veut acheter ou vendre.
Lorsqu'un bâtiment est frété pour charger des grains sur les côtes ^ quelques bateliers grecs commettent souvent une friponnerie qu'il importe de connaître. Ces bateliers , soit par menaces , soit par argent , tâchent de corrompre l'homme de confiance avec lequel ils naviguent et que le négociant a mis dans le bâtiment. Ils se procurent ainsi durant le voyage une partie de la cargaison. C'est l'une des causes du déficit dont on se plaint souvent à Marseille.
Lorsqu'on mesure ou qu'on pèse , il faut être extrêmement attentif sur les faits et gestes des Grecs tout à la fois ils parlent^ font des comptes , donnent des distractions et escamotent les unités et les dizaines.
Une observation essentielle à faire ici c'est que les faux témoins sont nombreux en Tur-
quie, on les trouve surtout parmi les Grecs et les Juifs... Employés indistinctement par toutes les nations , ces faux témoins détruisent parleur seule déposition les titres écrits les plus authentiques.
Pour terminer ce dbiapitre d'une manière convenable^ nous ajouterons quelques observations relatives encore au commerce de Marseille dans le Levant.
On ne doit jafnais perdre de vue que par sa position Marseille devrait Élire dans le levant un commerce moins considérable qu'aucune ville de la Méditerranée et du golfe Adriatique. Le contraire cependant est arrivé sous l'empire de l'édit de 1669^ qui aurait pu être si immensément favorable si le gouvernement s'était prêté à son exécution littérale. Mais depuis que Marseille ne jouit plus de la franchise de son port^ les autres puissances européennes ont donné plus d'extension et de liberté à leur commerce. Marseille aurait pu perdre tout le commerce qu'elle fait dans le Levant; elle
aurait pu rentrer dans l^obscurité où elle fut sou^ les Gomtes^souverains de la maison d'Anjou; Si ce désastre ne s'est pas réalisé successivement^ elle le doit surtout auxmanu£actures , parmi lesquelles celles du Languedoc tiennent un rang si distingué. Elle a trouvé dans les marchandises fonrnies par ces manufactures beaucoup de moyens d'échange avec les productions du Levant.
Une autre cause à laquelle peut-être on ne fait pas assez d'attention n'a pas peu contribué à soutenir le commerce de Marseille dans le Levant Nous savons en effet que jusques à nos jours les souverains de la Toscane se sont plus occupés de leur agrandissement que du commerce; mais aujourd'hui ils s'occupent beaucoup plus du commerce que de leur agrandissement, car ils ont appris qu'ils trouveront dans les succès de l'un les moyens les plus actifs, les plus puissants pour satis&ire l'autre. Comptant pour peu la ^tuation avantageuse de leurs états, ces souverains et les princes de la maison d'Au-
triche avaient longtemps négligé de porter leurs vues sur les mers commerçantes, d'ouvrir des routes de communication , d'ordonner des creusements de canaux; mais depuis le commencement de notre siècle ils s'occupent avec ardeur de tous ces objets, et s'il n'est pas en leur pouvoir de se rendre mai- Ires des ports nombreux que les Turcs ont en Europe, tout annonce qu'ils veulent ainsi que la Russie faire concurrence avec nous dans les Échelles.
Le commerce de l'empire Russe dans le Levant s'élevait déjà en 1786 à un haut point de prospérité. Les marchandises importées dans le seul port de Constantinople par des bâtiments russes^ venant des ports russes sur la Mer-Noire, étaient de la valeur de 519,811 roubles, et les marchandises importées dans les ports russes par Constantinople sur des bâtiments russes étaient de 94a,797 piastres.
En l'jSb ces valeurs avaient été plus fortes. Les importations russes à Constantino**
r âyS )
pie furent de 735, 1 17 roubles, et les exportations de Constantinople en Russie de 8û6,33o piastres. La guerre allumée ten 1687 entre les Turcs et les Russes n'interrompit que momentanément ces succès.
Il est important de retenir ausisi que ce n'est pas à sa situation qiie Marseille doit la partie la plus précieuse du commerce qu'elle fait du Levant au nord de l'Europe , mais à un ancien défaut de lumières et dé moyens chez les autres puissances. A mesure que ces puissances s'éclaireront , elles voudront s'étendre; c'est rationnel et l'expérience le prouve. Ainsi le commerce dont il est ici question doit tomber, parce que les nations étrangères perdront insensiblement l'habitude de se pourvoir à Marseille. La liberté , je veux dire \2i franchise du porty débarrassée de toutes les entraves d'autrefois, signalées au commencement dé cet ouvrage, pourrait seule , sauf meilleur avis, établir la concurrence, et de la concurrence conduire Marseille à un degré de gloire supérieur à
toate autre ville commerçante de Tunivers.
On a vu plus haut que les grains sont une principale partie du commerce de Marseille avec le Levant. Quelques nouvelles réflexions à ce sujet me paraissent nécessaires.
Le port de Marseille est un centre commun où toutes les nations se rendent avec les productions propres à leurs terroirs respectifs et à leur industrie. A Tégard des blés , il est considéré comme le principal marché de la Méditerranée. Toutes les nations agricoles y apportent leur superflu ; celles qui manquent de subsistances viennent les acheter dans ce marché presque toujours abondant.
Là quantité de blé qui entre annuellement dans Marseille varie. Vers la fin du dernier siècle on comptait tantôt 300 , tantôt 4ooet quelquefois jusqu'à 800 mille charges '; quan. tité moyenne , 400,000 charges. Les importations deviennent successivement plus ou moins considérables' suivant que les récoU
X JU charge était de ^So Ut* marc.; ce sont les 8 doubles déca*
litres,
a Elles sont actaellemeut d'en?iron i5,5oo,ooo litres.
tes ont été plus ou moins abondantes chez les nations agricoles et suivant que les de.
mandes ou les besoins des pays où la récolte n'a pas été bonne , sont plus ou moins vifs.
Le tout est subordonné aux prix respectifs de la denrée.
En prenant pour base ce qui avait lieu à l'époque où \z. franchise du port n'était plus qu'un vain mot , c'est-a-dire de 1 786 à 1 789 ' alors l'entrée et la sortie des blés étaient un flux et un reflux pour ainsi dire permanents. La ville avait toujours un entrepôt ou capital depuis 5o jusqu'à 80 mille charges de blés de toute espèce , souvent 100 raille et quelque fois jusqu'à 200,000. Dans le mois de mai 1788 il y en avait 80 mille charges.
Tous les jours il en arrivait delà Galle, de Bonne , de Tunis et d'Alger. La récolte avait été très- riche sur les côtes de Barbarie ; le Levant avait été moins heureux , le royaume de Naples, la Sicile, la Sardaigne fournirent
I Voyez les réflexions d'actaalité qae M. Jaliany fait dans son essai su?- le commerce de Marseille , pag. 475 et suiv.
quelques cargaisons , le Languedoc un plus grand nombre^ les ports du Ponent fort peu.
En 1787 Marseille fournit à l'Espagne et au Portugal une grande quantité de blé; deux ou trois ans auparavant, le premier de ces états en avait importé à Marseille plus de 100,000 charges.
En 1788 l'étranger ne fit pas beaucoup de demandes ; la rivière de Gènes , l'Espagne et le Portugal en firent beaucoup moins qu'à l'ordinaire. L'intérieur de la Provence échangea très-peu de blé de son terroir contre les blés exotiques ou étrangers pour Ist boulangerie.
Le bénéfice qui résulte de ce commerce est incalculable pour Marseille , alors qu'il jouit d'une entière liberté, je veux dire , liberté d'entrée et de sortie; car pour la sortie habituelle du Royaume elledoitétre réfléchie, mesurée et adaptée aux circonstances. Les besoins des nationaux doivent être satisfaits avant ceux des étrangers et l'on courrait sou-
vent le risque d'affamer les provinces si on portait sans limitation à l'étranger le produit des entrées par mer ou des récoltes du pays.
Le moindre mal que pourrait occasionner une exportation illimitée pour le temps et pour la quantité serait de tenir les blés à un prix si haut que le peuple ne pourrait y atteindre.
Il fautsansdoute que les inconvénients ouïes avantages attachés au libre commerce des céréales , ou des graines indigènes et exotiques^ ne soient pas encore bien connus ou bien difficiles à l'être, trop dépendants qu'ils sont les uns et les autres des circonstances, puisque depuis i53i jusqu'à nos jours , l'on voit une multitude de lois et d'ordonnances trop limitées ou pas assez , qui se sont succédé avec la plus grande rapidité.
La liberté du commerce des blés à Marseille doit assurer et perpétuer Tabondance dans cette ville, dans la Provence et une partie du royaume. Toutes les fois qu'on fera
des lois prohibitives, on sera exposé à la disette. Rien ne s'explique plus facilement. En effet lorsque la liberté d'entrée et de sortie est indéfinie dans le port de Marseille , l'étranger y apporte avec confiance et préférablemént à tout autre port, tous les blés qu'il récolte, par cette raison toute simple , que sous les ailes de cette liberté ^ il doit toujours s'attendre à un débouché plus facile et à moins de déduction sur les prix.
Mais il en est bien autrement lorsqu'on est privée de cette liberté. Alors le commerce des grains se porte à Gènes et à Livourne, places rivales de Marseille pour les blés.
En un mot, par la liberté d'entrée et de sortie , l'intérieur du royaume est toujours sûr, lorsqu'il a besoin de grains, d'en trouver à Marseille. Tout gouvernement sage considérera donc toujours cette ville comme l'un àes principaux greniers d'Ofbondance du Royaume. Cela est si vrai qu'on a vu plusieurs fois le Dauphiné , le Langue-
doc , le Lyonnais , le Forez , la Bourgogne , la Lorraine même , et divers cantons suisses ( surtout en 1770 et 177 1. ) , venir se pourvoir à Marseille.