FIN DU PREMŒR VOLUME
S'il est impossible de ne pas reconnaître que la question d'Alger est immense, qu'elle touche à tous les intérêts du pays, à sa gloire^ à saiprospéritè matérielle^ à son avenir, comment ne pas reconnaître aussi que , plus qu'aucune autre ville de France , Mar* seille est intéressée à la question ? Je l'avais bien compris lorsque j'écrivais les pages ai 3 et suivantes de ce premier volume, jusques et y comprise la page 226 ; mais effrayé de mon insuffisance, je n'avais pu me livrer qu'à des réflexions, pleines de patriotisme sans doute, mais vagues, indéterminées, sur la question de savoir ce qu'il importe de faire en Algérie. Cette insuffisance ne devait pas échapper à Thabite rapporteur ' de la commission scientifique chargée par le conseil municipal de Marseille d'elxamin'er mon manuscrit. Ce qu'il dit, à cet égard, ajustement excité mon émulation, sans donner, je Tâvoue, plus de force à mon incapacité. Dans cette
X M. Loobon , agent de U haïuiiie de Marseille et adjoint da Maire.
Maréchal de France, digne récompense de ses nombreux et importants services en Algérie.
Quoi qu'il en soit, je suis heut*eux de pouvoir annoncer aux Marseillais, que tôt ou tard, je pourrai leur offrir un travail particulier, sur cette grave matière toujours palpitante d'intérêt et d'actualité, travail d'autant plus précieux que les documents seront fournis par le héros administrateur qui aura le plus contribué à l'augmentation, la conservation, et la colonisation de notre conquête d'afrique.
En attendant, je me suis éclairé des lumières des hommes spéciaux qui ont écrit sur l'Algérie -; et voici quelques nouvelles réflexions qui ne sont pas sans intérêt, extraites qu'elles sont , en partie , d'un travail publié par un membre de la commission scientifique d'Algérie, M. Enfantin.
I M. le goavernear général Bngeaud a bien écrit lai-méme ^ sur l'Algérie , plasieurs ouvrages précieux à consulter. Mais» pressé par les exigences typographiques , je n'ai pas eu le temps de me les procurer.
général dont l'accomplissement , s'il doit avoir lieu , me parait très-propre à £sivoriser nos prospérités matérielles ; ce vœu touche à la forme du gouvernement de TAlgérie.
]Se faudrait-il pas pour V Algérie et les autres colonies françaises un ministre spécial?
Le gouvernement de l'Algérie ne saurait être , en ce moment , un gouvernement cml ; c'est une vérité tellement évidente qu'il me parait superflu de la démontrer ; cependant si Ton veut faire œuvre colonisa^ triée ^ et même si Ton veut organiser les tribus , Tautorité ne peut plus être aussi exclusivement militaire qu'elle Ta été jusqu'ici: là est la difficulté !
Pour la résoudre , on a proposé , examiné, discuté trois procédés.
I.** On a voulu augmenter les attributions de l'autorité civile et les élever à la même
hauteur que celles de l'autorité militaire.' — Ce premier moyen , qui était le plus simple, a seul été à peu près essayé , mais sans succès , car il était tout à fait vicieux , puisqu'il divisait entre deux personnes la puissance suprême qui, en Algérie surtout , doit être unitaire.
2.° On a songé à confier le gouvernement général à un personnage qui , par exception , serait en dehors ou au dessus de la distinction si tranchée qui sépare le militaire du civil y un personnage qui aurait , avant tout et presque uniquement , un caractère politique , par exemple , un prince , un exministre , un ambassadeur , mais c'était créer une vice-royauté ou tout au moins un ministre en dehors du ministère et hors de France; ce moyen n'est pas impraticable, mais il serait délicat à employer.
3.° On s'est demandé s'il ne conviendrait pas de faire ressortir directement l'administration et le gouvernement de TAlgèrie d'un ministère autre que le ministère de la guerre.
iioais ce troisième moyen qui était pourtant^ au dire de M. Buret , Fopitiion dé Casimir Perrier, ne résout pas la (fificulté ^ d'd)ord parce que nul ministère spécial^ actnellement existant n'a plus dé titrés au gouvernement de l'Algérie que le ministère de la^ guerre , ensuite parce que la présidence da conseil n'est pas un ministère , mais simple* n^ent un moyen d'ordre dans le cabinet...
Ainsi , 11 y a là un problème , et comme l'Algérie n'est pas fe seul pays outre-mer que possède la France , la solution de ce problè»me pourrait avoir quelque intérêt pour nos colonies , qui n'ont pas été, jusqu'ici ^ notre côté brillant.
On a déjà écrit de nombreux volumes sur la question d'Algérie, inais ce n'est que dans la question d Afrique de M. Eugène Buret , que j'ai vu indiquer un moyen pour résoudre ce problème que M. Enfantin a examiné,^ approfondi dans son ouvrage intitulé: C^o/or misatLon de V Algérie.
L'Algérie nous prouve avec évidence ^
noas dilKl , qu'il ne suffît pas d'être mariii pour être appelle à fonder ou gouverner une'Colonie<; car personne n'a encore songé à y nomcner gouverneur général un amiral , et à faire ressentir ce gouverneur du bureau des colonies ; et comme toutes ou presque toutes nos colonies sont gouvernées par des capitaines de vaisseau et amiraux, et que toutes sont sous la direction du ministère de la marine, leur prospérité ne prouve pas davantage que la marine militaire possède les qualités nécessaires pour organiser les sociétés dont le premier besoin est de produirk beaucoup, d'icHAiiGER beaucoup, c'est-àdire de faire de la culture , de l'urnusTRiB et du COMMERCE, cboscs tout-à-fait étrangères aux goûts , aux habitudes , aux étudesde la marine militaire.]
La TERRE, FlNOUSTRIE , Ic COMMERCE , VOilà
trois choses qui sembleraient même exclure la marine militaire du gouvernement des colonies. Il lai a sans doute été attribué , parce qu'on ne peut venir de la métropole
sur ces terres que par mer. Francbejii^it^ cette raiscm ne saurait exercer uqe infludoce capitale sur la nature éa gouvernement des^ colonies; elle ne saurait décider que les gou-^ verneurs dussent être des officiers de marine ; ce qu'il y a de certain , c'est qu'on ne peut pas venir de France en Algérie par terre et que personne ne songe cependant à faire gouverner cette colonie par un marin ^ sous la direction du ministère de la marine et des colonies.
Il serait fort heureux que l'Algérie nous ouvrit les yeux sur ce point et que la plus simple logique nous fit tirer une conséquence immédiate du principe gouvernemental que nous appliquerons à cettegrande colonie^ afin de l'appliquer aussi à nos autres colonies.
Il semble donc, continue le judicieux auteur dont les réflexions m'ont séduit, qu'un ministère qui aurait spécialement le gouvernement de toutes nos affaires coloniales et de qui dépendraient aussi nos consulats'
I Je ne parle pas des ambassades» mais simplement des eon'
serait assez lourd pour âtiguer méniB un homme d'état trè&>vigoureax. Je suis certain que M Je directeur da bureau des c<donies^ à ]a marine; M. le directeur des affîiires d'Algérie, à la guerre, et le chef du bureau des consulats , aux relations étrangères , ne me démentiraient pas. Que serait-ce donc si ce ministère attirait à lui tontes les affaires qui concernent réellement les colonies^ Alger et les consulats, et qui passent aujourd'hui par dessus ces bureaux pour aller directement dans d'autres bureaux, des mêmes ministères ou d'autres ministères?
Que le chef d'un pareil ministère soit tantôt un marin, tantôt un miKtaire, ou même un diplomate , ce ne serait plus précisément une question , pourvu qu'il sut ce que c'est que \d gouvernement dune colonie; et comme ce serait lui qui imprimerait le mouvement à toute la machine coloniale, et que sesbu-
sulats qai sont et seront tonjoors trop politiques et pas asses^ COMMERCIAUX daus les mains d*an ministre ^ chef de la éUplomatie. . .
reaux régulariseraient ce mouvement, oi»
aurait aa moins la garantie que les colonies ne seraient pas sacrifiées à la spécialité 771arine; Y Algérie^ à la spécialité guerre, et les consulats, à la spécialité diplomatie y ce qui pourrait bien être aujourd'hui.
L'époque de i85o a été fertile en nouveautés pour la France. La crise d'affranchissement devait nécessairement se faire ressentir dans nos possessions coloniales 9 Taffranchissement des esclaves , Tabolition de la traite , là reconnaissance des ré publiques émancipées en Amérique , étaient des conséquences. En effet, depuis i83o, parmi les plus grandes questions politiques qui nous ont occupés et nous occupent, on en trouve un très-grand nombre qui viennent de ces points : le traité avec les États- Unis, la guerre du Mexique, celle de la Plata , la question des sucres et celle du droit de visite, voilà certes des préoccupations que l'Empire ignorait, que la Restauration pré-
voyait, mais qui nous pressaient ou nous pressent encore.
En même temps^ la politique européenne suivait l'impulsion à laquelle nous avions obéi nous-mêmes lorsque nous avions pris Alger ; tous les peuples d'Europe , satisfaits d'avoir mis une longue trêve à la guerre qu'ils se fesaient depuis plus de vingt ans, éprouvaient un besoin irrésistible d'expansion et tournaient les yeux vers l'Orient; ce fut le point de mire de toute la diplomatie européenne. La France ne voulut pas rester en arrière; elle voulut, au moins, voir et savoir ce qu'on allai t/a«>e; elle institua la navigation à vapeur de la Méditerranée, '
Or ceci est curieux : sera-ce le ministère des relations extérieures ou le ministère de la marine y qui gouvernera cette œuvre extérieure de marine; ni Tun ni l'autre ; c'est le ministère A^s finances!
Ces créations de la France sont excellentes;
I Voir à la (în da deuxième volame ce qai est dit sar les paquebots-postes de l'état.
«lies sont même beaucoup mieux exécutées par t administration des postes qu'elles ne l'auraient été par le ministère de la marine ou par celui des relations extérieures^ xskAs que prouve ce succès ? que l'administration des postes et le ministère des finanioes connaissent mieux que le ministère de la marine et celui des relations extérieures les besoins et les habitudes qui rapprochent la France des pays étrangers d'outre-mer, c'est-à-dire le commerce.
Resterait donc à savoir s'il est bien que les relations de commerce extérieur dépendent du ministère des finances^ ou s'il ne vaudrait pas mieux qu'elles dépendissent du ministère du commerce^ ou plutôt encore d'un ministère des co/ome^, de qui relèverait naturellement le commerce maritime.
Sur ce point, j'appelle encore l'attention.
Quoique nous ayons un ministère du commerce^ la marine marchande est dans la position où seraient les manufactures si le ministre de la guerre classait leurs
ouvriers et en disposait pour les besoins de la guerre, selon les règlements faits par la guerre^ comme le ministre de la marine GLAssB les marins du commerce et en dispose, c'est dire que notre marine marchande est dans une position très-inférieure à celle que nous permettent d'avoir* le littoral et la population de la France. Au contraire, si le ministère que j'appelle des colonies possédait une marine qui lui fut propre,et qui fut l'intermédiaire entre la marine militaire et la marine marchande^ cette marine serait naturellement en cas de guerre, le meilleur complément de la marine militaire^ elle serait aussi en temps de paix, le meilleur directeur et régulateur de la marine marchande.
Chacun répète : nous ne savons pas coloniser ; notre marine marchande est coûteuse, lente, peu intelligente du commerce, arrive toujours la dernière et repart vide ; nos Consuls se prétendent diplomates , mais à
quelques exceptions près S Us n'ont pas Tes* prit du négoce et de Tindustrie , et les Con* suis anglais et américains font édaouer toute leur diplomatie , enfin TÂlgérie noâs écra* se ; nous ne nous en tirerons pas à notre honneur ,f disent les uns en gémissant , tandis que les autres s'écrient : tirons-nous-en bien vite !
Il n'est pas croyable que tout ceci tienne à des causes invincibles ; que ce soit un résultat fatal de nos discordes naturelles : il faut croire seulement que l'emploi de ces facultés est mal dirigé et qu'il est très-possible de modifier cette direction.
L'auteur de la colonisation de l'Algérie s'est arrêté longtemps sur ce sujet , parce qu'il n'ignore pas la résistance très-légitime que Ton rencontre quand on ne justifie pas et qu'on se contente d'énoncer une proposition aussi capitale que celle de la création d'un nouveau ministère ; de nombreux in-
I En effet on troave à Marseille et dans d'autres villes maritimes, des Consols qai sont habiles négociants et armateurs.
léréts, dit-il avec raison , se croient froissés, des amours-propres se sentent blessés de ce qui pourtant ne devrait réellement froisser et blesser personne.
En effet , la création des ministères des travaux publics et du commerce a-t-elle pu nuire , en quoi que ce soit , aux intérêts ou à la gloire du ministre de l'intérieur qui a émancipé ces deux mineurs qu'il avait sous sa tutelle , quand le jour de leur majorité est venu ? Les cheÊ de divisions ou de bureaux, et les employés de ces divisions de l'intérieur , ont-ils souffert en passant d'une rue dans une autre , d'une petite division spéciale dans un grand ministère ? Les pontset-ohaussées , les mines n'ont rien perdu de leur importance , au contraire ; et quant à la France entière , il est évident qu'elle y a beaucoup gagné , malgré la somme dont cette création a pu grever le budget. C'est ce qui arrivera toujours , quand les créations de ce genre ne seront pas des créations de fantaisie^ et seront justifiées par des besoins
( 4oo ;
impérieux et immédiats de la société. Laco Ionisation de l'Algérie. est un de ces besoins.
Le gouverneur général de l'Algérie serait donc ^^dans ma pensée , en rapport direct et unique avec le ministre des coiiOniEs ; une des divisions du mihistère aurait spécialement la direction des afïaires d'Algérie.
Le ministre traiterait avec ses collègues toutes les affaires relatives aux divers services de l'Algérie , correspondant aux divers minis* très , comme le fait le ministre de la marîhe pour les colonies et le ministre de la guerre pour l'Algérie. Toutefois , vu l'importance et le rapprochement de l'Algérie , ce ministre devrait tendre progressivement à spécialiser l'organisation de cette colonie , de manière à ce que , successivement , les différents services MILITAIRES , de JUSTICE , de MARINE , d'ESSEIGNEMENT , de TRAVAUX PUBLICS , d'iW-
BusTRiE et de commerce fussent constitués spécialement pour l'Algérie , et ne ressortissent que de lui ; c'est même en cela que consistera l'organisation définitive de l'Algé-
( 4oi ;
rie; jusqaes là , elle ne sera réellement que préparatoire et proYÎsoire.
Ici , peut-être , il conviendrait d'établir qu'elle devrait être la hiérarchie du gouvernement d'Algérie y touchant le ministre , le gouverneur général , le général en -chef d'une armée active > le directeur général des colonies militaires , le directeur général des colonies civiles ; touchant encore l'organisation du travail et de la propriété , celle des populations ^ indigène ^française , européen-ne , mais toutes ces dépendances du ministère que j'appelle des coloiïies se rattachent indispeusablement à cette grande et utile création , et le temps , c^ souverain régulateur des institutions de l'homme pour l'homme se chargera de signaler toutes les néce^s-^ sites que l'économiste prudent doit se contenter d'indiquer.
Hâtons-nous donc de terminer cet examen par quelques mots , propres à réfuter les objections qu'on pourrait encore oppo ser«
(Jio^ )
Le MINISTÈRE DES coLONrES , créatioD que je regarde comme indispensable aux besoins de notre époque embrasserait , ai-je dit :
Toutes les affaires de T Algérie.
Toutes celles des coloj^ies qui dépendent du ministère de la marine.
Celles des consulats commerciaux qui dépendent du ministère des relations extérieures.
Enfin , les paquebots a vapeur de l'administration des postes , dépendant du ministère des finances.
Le budget de ce nouveau ministère serait donc un des plus considérables ; or y quand bien même ce budget ne se composerait que des réductions opérées sur les autres ministères , pour les parties qui seraient retirées de leurs attributions, son élévation seule , qui paraîtrait naturellement un signe de son importance, serait aussi la source de beaucoup d'obstacles que rencontrerait sa création.
« Sommes-nous donc une puissance mari-
tim« et coloniales! puissante , dira-t-on , que nous devions avoir un ministère de la marine et un ministère des colonies ? Napoléon avait deux ou trois ministères de la guerre , parce qu'il voulait être le ipaître de la terre ; prétendons->nous aujourd'hui à la souverai* ueté de la mer et à l'empire d'Asie , d'Afrique , d'Amérique ?.... ».
Non sans doute , mais Napoléon n'avait pas sur les bras la question d'Orient^ celle de l'afFranchissement des Noirs et celle de l'Algérie ; de son temps , les Anglais ne songeaient pas à la route de la Chine par Suez et par l'Ëuphrate , et les Busses à la route de la Perse par Constantinople , et à celle de toute la côte Occidentale d'Amérique par le grand Océan Boréal ; les américains n'avaient pas la moindre idée de réunir les deux Océans et toutes les parties du iponde par l'isthme de Panama ; de son temps , l'Autriche n'avait pas plus de vaisseaux que la Prusse, tandis que l'Espagne ,. le Portugal , la Hollande , au contraire , avaient encore
une - marine et des colonies auxiliaires et pi*e$que succursales de la tDarine et des colonies de la France. Aujourd'hui nous sommes SEULS , seuls sur la mer comme sur la terre , seuls dans fa question du droit de visite sous M. Guizot , comme dans la question d'Orient sous M. Thiers; songeons donc à trouver , en nous seuls , la force qui pourra donner quelque dignité à notre solitude et surtout » que toute notre attitude ne soit pas une simple bravade ; les chambres , contre le ministère lui-même , ont voté naguères l'armement de dix vaisseaux de plus ; le ministère n'avait pas grand tort, ce ne sont pas des vaisseaux de plus et des canons qu'il nous faut , en cet état d'isolement où nous sommes ; quoique nous fussions^ sous ce rapport, seuls, nous ne nous défendrions pas contre tous; c'est notre puis-^ sance pacifique qui doit se montrer forte, là où elle se montre d'une faiblesse extrême en Algérie d'abord , et aussi en Orient , et sur toutes les mers , où nous rencontrons,.
lion pas r^irtillerie anglaise^, mais quelqa» chose de plus formidable encore , le commerce foudroyant des Anglais et des Américains. .
^isalprs, dlra-t:on encore, puisqu'il s'agit de COMMERCE , d'iNJDUSTRIE et d'AORICUI.-
TURE j au delà des mers > pourquoi ne pas réunir tout ceci au ministère du commerce qui exbte , et qui a déjà la direction du commerce], de l'industrie et de l'agriculture à l'intérieur P..^.
Parce que l'intérieur et l'extérieur sont deux choses fort différentes , même quand cet extérieur appartient à la France ; parce que si , dans une époque guerrière , Napoléon a eu deux ministères de la guerre , ce n'est pas trop de deux ministères industriels, à une époque industrielle comme la nôtre ; enfin , et par dessus tout , parce qu'il ne s'agit pas ici seulement de la spécialité industrie , il s'agit de gouverner , et ce mot embrasse la guerre , la justice , le culte ,
riKSTRUCTXOir , les TRAVAUX PUBLICS , la PO-
LICE y TADinmiSTRATION CIVILE ; loutcs cho'
ses qui sont en dehors du ministère dti commerce.
Le ministère des colonies serait donc un gouuernemenCj et c'est là l'objection capitale dans une société où beaucoup de gens ne veulent pas de gouvernement, et où bien des gens n^osent pas gouverner. En effet , ce ministère renfermerait un jour, dans son sein, les hommes qui auraient pacifié et COLONISÉ l'Algérie ; ceux qui auraient accompli l'œuvre si difficile de l'abolition de la traite et de l'affranchissement des Noirs ^ et qui y par conséquent, auraient résolu les questions très-délicates du droit de visite et des sucres; il renfermerait encore ceux qui nous auraient rendu , en Orient y la part d^influence civilisatrice que nous devons y avoir; ceux qui auraient ouvert et garanti au commerce du monde entier les voies nou»velles convoitées par les Anglais , les Russes et les Américains, mais convoitées poureax seuls\ l'isthme de Suei:, les Dardanelles et
l^istfame de Panama ; ceux enfin qui auraient feiit, pout» le commerce maritime y ce que la France commence par son réseau de chemins de fer, c'est-à-dire qui auraient tracé les grandes vcries de communications par la vapeur que suivra notre (X)mmerce.
Tous ces hommes ; qui auront accompli ces grandes choses, ressortiraient, dépendraient directement du ministère des colonies , et je conçois qu'il y ait là de quoi piquer l'amour-propre de quelque autre ministère ; mais il n^ a pas à dire , les grands hommes de Tempire étaient des maréchaux^ parce que l'empire était guerrier; les grands hommes , sous Louis XVI, étaient des philosophes^ parce qu'il s'agissait alors de faire la guerre aux idées et aux croyances , et de mettre dans le domaine commun l'arme la plus puissante de la pensée^ la presse ; ceux qui ont brillé sous la restauration et après , étaient des at^ocats ; le motif est facile à saisir. Enfin ceux qui tendent à grandir de nos jours , sont ceux qui savent le mieux faire
ta guerre à la nature, la soumettre à llion^-^ me ; ce sont les maréchaux , les philosophes el les avocats de la paix , de l'industrie et du commerce , les hommes qui mettent dans le domaine commun l'arme la plus puissante de la richesse , la yapeurv.
Les temps où Voltaire et Rousseau , d'Alembert et Diderot avaient des autels ne sont plus ; ceux où Bernadotte et Murât montaient sur des trônes sont passés et ne reviendront plus ; c'est dire que la plume et l'épée ne commandent plus ; elles font place à la vapeur qui entraîne la science^ la force et la justice de la France sur la voie de la paix.
Prouvons que nous avons entendu et compris cette voix qui domine toutes les voix et qui crie à la France , au monde ; PAIX et TRAVAIL ! ! ! Organisons la paix , organisons le travail , ce sera coloniser l'Algérie et sauver la France.