CARTES ET TAROTS
Le commerce des cartes et tarols se lie essentiellement à celui des papiers et cartons.
I On appelle tarots plusieurs espèces de cartes à joaer dont on se sert en Espagne, en Allemagne et dans d'antres étals de TEurope. Ces cartes sont marqaées différemment de celles dont on se sert en France. On appelle cartes tarotées celles qui sont marqaées et imprimées sur le dos degrisaille et en compartiments.
On comprend que nous n'avons pas à nous occuper ici de l'impôt des cartes sous un rapport de moralité et d'économie sociale. Il est certain que considéré sous ce point de vue , cet impôt est le moins onéreux de tous ; il serait même à désirer toujours sous ce point de vue qu'on pût arriver par l'impôt à détruire les cartes, moyen aussi aisé que funeste qui ruine tant de fortunes et fait tant de dupes et de fripons; car selon le mot si vrai de Madame de Sevigné parlant du jeu : on commence par être dupe , on finit par être fripon,,,, nous n'avons ici à considérer les caries et tarots que sous un point de vue d'industrie et de commerce ; et sous ce double rapport le bien général nous impose le devoir de parler en faveur de cette cause malheureuse de la ruine des particuliers.
Le premier impôt connu sur les cartes fut établi par Henri III en i583. Supprimé quelque temps après, il fut rétabli en i6oS pai' TIenri IV. De nouveau supprimé il fut
rétabli encore et même augmenté par les rois de France successeurs de Henri IV.
Cet impôt était anciennement d'un denier par chaque carte ou tarot que Ton fabriquait à Marseille. Comme tous les autres il était contraire à la franchise du port. On pourrait donc au besoin l'attaquer par les mêmes moyens que les autres. Toute fois et le cas échéant, la chambre de commerce qui a tant d'autres objets plus dignes par leur importance de fixer les regards , ne croira pas d'une saine politique de faire de l'impôt sur les cartes un objet de remontrances auprès des législateurs ; car disons-le franchement, s'il est possible qu'un impôt sur l'industrie mérite faveur , celui des cartes mérite cette faveur eu égard à l'ancienneté de son origine, à l'objet qu'il frappe et à l'emploi qu'on fît et qu'on pourrait taire des revenus qui procèdent de cet impôt.
Ces revenus formèrent les premiers capitaux affectés au soutien de l'école royale militaire, noble destination qui fit porter l'im-
pot, d*abord de huit deniers par jeu de carte, à un denier par chaque carte; la première augmentation eut Heu en 174^ , la seconde en l'jSï. La perception de ce droit ne fut point mise en ferme; elle fut régie pour le compte du Roi sous l'administration du secrétaire d'état au département de la guerre.
Si Ton ne peut disconvenir que ce droit frappait un sujet de ruine et d'amusement, n'était-il pas convenable de faire payer celuici , et sage de remédier à celle-là ?
L'impôt sur les cartes comme on le voit différait particulièrement des autres; il existait avant Tédît de 1669 ' toutes les villes n'étaient pas autorisées à fabriquer des cartes. Marseille ne reçut cette permission que vers l'an i63i ; le gouvernement pouvait , peut encore la lui retirer ; ainsi supporter les entraves relatives à cette partie en sera toujours plus prudent, puisque Marseille retire de la fabrication un profit quelconque ; dans tous les cas , la chambre du commerce a trop de sagesse pour s'attacher suivant les
circonstances qu'elle doit pourtant chercher à faire naître, à demander la franchise entière du droit sur les cartes et tarots destinés aux pays étrangers ; elle doit bien se garder sûr-' tout de jamais confondre ce droit avec les grands objets qui gênent son commerce.