‹ Histoire raisonnée du commerce de MarseilleChapitre 8 sur 30 · POUDRE ET AMIDON · texte numérisé non relu

POUDRE ET AMIDON

jNos ayeux Provençaux ou Français regardaient non sans raison la beauté de la nature comme la première beauté, c'est dire qu'ils ne connaissaient point la poudre à poudrer dont l'usage ne fut introduit en France que vers les commencement duXVP siècle; faite alors avec des glands ou des marrons sauvages, cette poudre n'avait pas ton tà fait la blancheur de la nôtre , mais elle avait sur celle-ci l'avantage inestimable de laisser au pauvre le blé que le luxe arrachait naguères à ses besoins; je dis naguères^ car depuis l'invention de la coiffure à la Titus qui a fait place chez quelques-uns aux coif-

fures du moyen-âge, la mode a proscrit des toilettes l'usage de la poudre à poudrer; sous ce rapport la mode est un bienfait; mais cette mode n'est pas universelle; la poudre à poudrer est encore employée à d'autres usages; d'ailleurs la mode de la poudre peut encore revenir, car il est de son essence de varier sans cesse et de rétrograder lorsque l'esprit inventif des modistes fait défaut. Il n'est donc pas sans intérêt d'examiner ce qui se rattachait à la poudre à poudrer.

Un journal sous la date de iSgS nous apprend que TEtoile fut le premier écrivain français qui ait porté de la poudre; c'est lui qui nous assure que vers l'an iSqS on vit à Paris des religieuses se promener poudrées et frisées.

Depuis cette époque jusqu'à la révolution opérée par la Titus pour les hommes , et la JNinon pour les femmes, l'usage de la poudre fut en grande vigueur en France qui la communiqua à tous les peuples de l'Europe.

La poudre devint donc un objet important

de commerce, parce que le luxe et la coquetterie en firent Tun de leurs principaux attributs.

Depuis 1771 on vit le prix de la poudre monter insensiblement de 4 sols la livre à 8 sols; l'impôt sur l'amidon donna lieu à cette augmentation. L'édit publié en 177 1 imposa un droit de deux sols par livre sur l'amidon fabriqué dans le royaume; l'amidon étranger entrant en France fut soumis au droit

de quatre sols par livre Je ne veux et ne

dois m 'occuper ici que de l'atteinte portée aux privilèges de Marseille; car en mon particulier je voudrais pour l'intérêt du pauvre que le luxe ne pût jamais exercer son empire sur les objets les plus nécessaires aux besoins de l'homme.

L'édit de 1771 reçut son exécution dans Marseille même qui ne devait pas y êtresoumise. Un mot prouvera cette assertion.

L'édit dont il s'agit en ce moment ne parlaitque de l'amidon fabriqué dansle royaume; or dans le langage de la politique du coni-

merce, Marseille était réputée ville étrangère, pure fiction qui ouvrait la porte à toutes les piospérités possibles. £h! qu'importait cette fiction commerciale à la gloire de Marseille, puisque sous tou& les autres rapports essentiels^ la religion , la justice , le gouvernement, Marjseille restait française, éminemment française? La renaissance de cette fiction serait le plus grand bienfait des gouvernants; le port de Marseille deviendrait sans figure le pactole français, européen, où toutes les nations , les Français surtout et les Provençaux viendraient prendre leur part des richesses immenses qui rouleraient incessamment dans son sein. Oui, Marseillais, votre port serait pour la France entière ce que le cœur est pour la constitution animale de rhomme, le centre d'où partiraient toutes les veines du bien-être social. Lorsqu'on songe que pourarriver à ce brillant apogée, il suffit d'une fiction qui était jadis votre droit, le droit qui vous avait été octroyé, passez mai ce mot, car il n'a pas toute lasi^.

gnification anti-libérale que vous pourriez croire ') par le plus grand monarque dont se glorifie la France, droit du reste qui remontait à la plus haute antiquité^; lorsqu'on songe à tous les avantages que le gouvernement lui-même en retirerait sous le rapport de sa politique^ à toutes les antipathies qu'il

I Oa a longtemps , par de^ motifs dont Tezamen n'est pas dn ressort de cette histoire, ergoté snr lemot octroi qni se trouve à càté de celai de concession dans la charte de Lonis XVIII refaite en 1 8 3o par les chambres françaises. Une chose étrange c*est que le mot concession qai renferme une idée d'absolatisme ne fat l'objet d'aacane polémiqae; mais celai d'octroi confondu par une sasceptibilité singulière avec l'octroi de bienfaisance , renfermait, disait-on, Fidée d'an bienfiiit au lieo de constater un droit naturel II y avait erreur, ignorance oa esprit de parti dans cette polémique naguère si irritante. En effet le mot octroi auquel le roi philosophe ne dut attacher d'autre importance que celle qui résulte d^un terme immémorial de chancellerie , ne signifie pas autre chose que sanction ; il vient de Fancien français oC' iriser , formé du vieux latin auctorisare et signifie approuver ^ confirmery sanctionner. Ainsi l'octroi d'une législation quelconque n'était que la sanction des vœux du peuple par la monarchie*

a Agathias historien grec, Lumina historien de Lyon et plusieurs autres auteurs nous apprennent que dans les 0®, 7^ et 8^ siècles le commerce de Marseille jouissait d'une entière liberté. Essai sur le commerce de Marseille par M. Jules Jnlliany.

étoufferait^ à tous les dévouements qu'il exciterait, on s'étonne que vos représentants à la chambre française n'aient pas reçu de vous le mandat spécial de réclamer la résurr rection de ce droit; on s'étonne que les roi« nistres du roi des Français n'en aieni; point encore fait l'objet d'une poposition lé^le! \ !

Mais revenons à la spécialité qui nous occupait. Marseille disions-nous était réputée commercialement uille étrangère^ c'est-à-* dire que ce qui venait par exemple d'Aix à Marseille était censé aller à l'étranger, tandis que ce qui allait de Marseille à Aix en* trait en France. Dès-lors^l'impôi sur faml-^ don fabriqué dans les villes du Royaume ne pouvait regarder Marseille , qui considérée comme commerçante , n'était point ville du Royaume. Un impôt sur un objet de commerce , d'industrie et de fabrication ne pou* vait pas plus être levé chez elle que dans une ville d'Italie ou d'Espagne.

Deux dispositions différentes se trouvaient dans l'article i'^' de l'édit de 1771. Par la

première deux sols par livre étaient imposés sur Tamidon fabriqué dans le Royaume; par la deuxième quatre sols par livre étaient imposés sur l'amidon étranger entrant dans le Royaume. Si par une fausse interprétation , les amidons étrangers qui venaient dans Mar^ seille, et n'entrant pas par conséquent dans le Royaume, étaient soumis à un droit, le résultat de cette interprétation était infiniment funeste aux fabriques marseillaises , puisque les amidons sortis de leurs usines auraient payé un droit à Marseille de deux sols par livre 9 tandis que les amidons étrangers n'en payaient point, inconséquence qui ne pouvait se présumer dans la loi.

Il est donc naturel de conclure que le sens de l'édit de 1771 était que les amidons fabriqués à Marseille , entrant dans le royaume par le bureau de Septèmes ou autres bureaux d'entrée , payeraient un droit de deux sols par livre; que les amidons étrangers entrant en France par les mêmes bureaux , payeraient le double de ce droit; mais que

les amidons fabriqués et restant à Marseille, ainsi que les amidons étrangers venant dans cette ville ne seraient soumis à aucun droit, à aucune imposition.

Maintenant que nous avons examiné cet objet de commerce sous un rapport légal , examen dont Futilité éventuelle sera tôt ou tard comprise et qui sous le rapport historique nous a paru digne de notre attention, jetons un coup-d'œil sur ce qui se passait à cet égard.

Dans une ville de commerce où Tindustrie donne la vie atout, le temps est plus précieux qu'ailleurs. Cette vérité s'applique plus spécialement à Marseille à cause de sa vaste étendue. Là tout ce dont on a besoin et qu'on ne peut se procurer que par soi-même se trouve dans des magasins très-éloignés les uns des autres. Le temps y est plus court que dans la grande majorité des villes commerçantes du Royaume. Quel travail , quels profits pouvaient faire les fabricants , les amidoniers surtout, obligés qu'ils étaient trois fois par

jour d'aller fairedes déclarations au bureau de la régie y qui d'aprèsraes documents était éloigné d'un quart dé lieue et plus du centre delà fabrication? Fallail-il tremper le blé , première nécessité de déclaration , et notez que cette déclaration ne pouvait être faite que pfâr Pamidonîer lui-mêine; fallait-il après cette ailée et venue oter le blanc , deuxième nécessité de déclaration ; enfin Tamidon étaitil sur les claies , troisième nécessité de dér claration. Ainsi le jour se passait d€ l'amidonnerie à la régie. Le soir arrivait et les fabricants n'avaient rien fait pour le pays et pour leur propre famille. Sully disait : surcroît d impôt y diminution de ferme '^ nous pourrions dire avec autant de vérité : surcrùUde formalités^ diminution de courage, affai" blissement d'industrie , anéantissement de profit.

L'édit de 1771 accordait à Tamidon étranger sur le Marseillais une préférence indue.

Le premier payait ainsi qu'on l'a vu plus haut un droit de quatre sols, lorsqu'il entrait

dai^s le roy^me par le bureau deSeptèmes ou autres à rextrérôité du territoire de Mar^ seille; mais veciant dans cette ville pour y être consommé^ il ne payait rïeni^ tandis que celui qui était fait dans les amidonneries de Marseille, payait deux sols par livre à cause de sa fabrication. Cette inégalité favo** risait l'étranger au préjudice du national.

Avant redit de 1771 les amidonneries étaient nombreuses à Marseille; c'était là seulement que l'étranger venait se pourvoir; mais après 1771 ces fabriques diminuèrent sensiblement. Instruit du peu de ressources qu'elles offraient , repoussé par la cherté de la marchandise , l'étranger allait ailleurs.

Ainsi cet édit de 1771 détruisit tout à la fois les privilèges du port franc ,,et la.Êibrication intérieure de. Marseille, que celui de 1669 avait voulu favoriser.

Les conséquences à déduire dé cet examen logique dans des éventualités dont tous les vœux réclament la réalisation y doiveat frapper les économistes , les négociants haut

placés dans l'estime de leurs concitoyens , et dont l'influence politique et administrative est d'un si grand poids dans la balance des destinées de Marseille.

Passons à un autre examen.

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