‹ Histoire religieuse de la révolution française (volume 4)Chapitre 29 sur 47 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

ne fût pas sauve, que, sans le roi, elle ne fût pas perdue.

La même lumière qui se concentrait sur l'idée royal^te cessait peu à peu d'éclairer l'idée de patrie. Les Vendéens étaient frustes, nullement frottés de raisonnement ou de lettres, inhabiles aux abstractions, sensibles seulement aux images très voyantes. La royauté à leurs yeux symbolisait la France comme la croix la demeure de Dieu. La France sans roi ne leur sembla plus qu'un temple désaffecté. Des nouvelles terribles parvenaient, celles de l'étranger qui approchait : mais ces étrangers se disaient libérateurs ; ils marchaient accompagnés de Français. Quel était l'ennemi le plus redoutable, celui du dehors ou celui du dedans? Par intervalles, des lettres saisies à la poste et bruyamment publiées témoignaient de vœux impies. On y jugeait succès tout échec de la France ; on souhaitait une prompte reddition des places de l'Est ; on craignait la résistance de Paris ; on faisait circuler des formules de prières ou, comme on disait en langage dévot, des pratiques pour le rétablissement de l'ordre et de la religion (1). Tel était le langage de quelques hommes égarés, et surtout de quelques femmes, très raisonnables, très saintes même en temps ordinaire, mais tout à coup devenues enragées. C':'s paroles étaient odieuses et souvent plus ineptes qu'odieuses. Mais quelle n'était pas la responsabilité plus grande de ceux qui, par une longue suite de provocations, avaient réussi à créer deux Frances !

Une idée qui, en ces jours, s'oblitéra tout à fait, ce fut le respect de la loi. Au début de 1792, on avait vu les femmes de l'île d'Yeu se liguer pour le maintien de leurs anciennes coutumes et crier toutes de concert : a Nous ne voulons plus de lois. » En ce cri s'incarnait une protestation qui peu à peu devenait celle de tous les paysans vendéens. Les lois, elles étaient pubhées par les autorités qu'ils tenaient en

(1) Célestin Port, la Vendée angevine, t. P"", p. 439, et t. II, p. 192. — Voir aussi Chamard, Origine et responsabilité de r insurrection vendéenne, p. 383.

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défiance, elles étaient lues en chaire par les prêtres constitutionnels qu'ils détestaient, elles étaient imposées par les gardos nationaux envoyés pour les réduire, clli's étaient commentées et applaudies par les bourgeois des clubs, leurs constants ennemis. Aussi étaient-ils arrivés à les réprouver touti'S, fussent-elles bienfaisantes et sages. Quand ils arrivaient en ville, ils regardaient d'un œil mauvais la maison du district, le bureau du receveur, les archives du greffe. Il leur montait au cerveau de vagues et sauvag .s désirs d'envahir toutes ces ofBcines de malheur d'où partaient les ordn.>s pour leur ravir leurs prêtres, les réquisitions pour leur imposer des garnisaircs, les exécutoires pour leur arracher l'impôt, les mandats pour les arrêter eux-mêmes. Oui, ils envahiraient, ils déchireraient, ils saccageraient. Ainsi pensaient-ils, ignorants, crédules, brutaux par excès de provocations. En 1789, on avait vu en Bourgogne, en Beaujolais, en Dauphiné, en Limousin, les paysans révolutionndres rassembler les chartes anciennes, et, sur la place publique, y mettre le feu. Vis-à-vis des lois nouvelles, les Vendéens exaspérés éprouvaient une tentation pareille, et plus ils brûleraient do papiers, plus ils se croiraient délivrés et vengés. Pour l'affranchissement, une arme plus sûre existait, le bulletin de vote. En ce temps-là même avaient lieu les élections pour la Convention. En toute la région vendéenne, les catholiques étaient, par leur nombre, les maîtres. A l'ancien serment civique avait été substitué un autre serment, celui de maintenir la liberté et Végalité, et il ne semblait pas que cette formule blessât, au moins directement, les consciences religieuses. Mais les scrupules étaient trop en éveil pour se rassurer, et le nouveau serment, même sous sa forme atténuée, parut à plusieurs une approbation en bloc de l'œuvre révolutionnaire. Puis l'abstention était devenue habitude. Enfin les clubistes avaient fait des comices électoraux leur domaine propre ; et se hasarder parmi eux, c'était s'offrir à leurs plus implacables inimitiés. Ce fut donc presque

uniquement entre patriotes que se tint Je 2 septembre, à Ancenis pour la Loire-Inférieure, à Saumur pour le Maineet-Loire, à la Châtaigneraie pour la Vendée, l'assemblée électorale. Comme les hommes se déshabituent mal aisément d'invoquer Dieu, l'opération fut, au moins à Ancenis, précédée d'une messe. Minée, évêque de Nantes, la célébra, et en prélat qui ne marchande rien, enrichit même d'un Te Deum l'office pontifical. Après quoi le vote eut lieu en petit comité et comme en famille. Les catholiques s'étaient abstenus, mais non pas tous. On put, par un exemple, mesurer ce qu'ils devaient attendre de leurs ennemis. Gomme le scrutin venait de s'ouvrir à la Châtaigneraie, un électeur se présenta pour déposer son bulletin. On l'appelait Joly; il était procureur syndic de la commune de la Chapelle- Hermier. Aussitôt il fut déclaré indigne et expulsé. Le motif de l'exclusion fut simple : il logeait chez lui des prêtres réfractaires (1).

Sur ces entrefaites, on connut les dernières lois de l'Assemblée législative. Entre toutes ces lois, l'une surtout atteignait la Vendée, c'était celle qui, en abolissant tous les ordres de femmes, même voués à l'enseignement ou au service des malades, proscrivait les Sœurs de la Sagesse, si charitables, si populaires, si aimées, et ne leur permettait plus de continuer leur ministère qu'à titre individuel et en dépouillant leur costume. Puis on apprit les massacres de l'Abbaye, des Carmes, de Saint-Firmin. Parmi les prêtres immolés, neuf étaient originaires du pays de Nantes, de l'Anjou ou du Poitou.

Tout contribuait à surexciter les colères. De la colline de Saint-Florent, vers le milieu de septembre, on put distinguer au delà des prairies de la Loire et sur la route d' Ancenis, un long convoi de prisonniers gardé par deux pièces de canon et escorté par de forts détachements de gardes nationaux.

(1) ChassijST, Préparation de la guerre de Vendée, t III, p. 48

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Ce cortège était celui des prêtres angevins sujets à la déportation on vertu de la loi du 27 août, et qui, accompagnés de leurs confrères du Maine, étaient dirigés sur Nantes. Telle fut la nouvelle qui, de Saint-Florent, se propagea vers Boaupr/'au, puis (Jar.s loul le pieux pays des Maugi's. Quelques jours plus lard, en aval de Nantes, on vit passer des barques allant vers Paimbœuf. C'étaient des prêtres, toujours des prêtres, celte fois ceux de la Loire-Inférieure mêlés à ceux du Maine et de l'Anjou. A Paimbœuf stationnaient les bâtiments destines à emporter les proscrits jusqu'en Espagne. Et les riverains du fleuve rapportaient ce qu'ils avaient vu ; et parmi k-s populations des Marches bretonnes, du pays de Retz, du Marais septentrional, à Machecoul, à Bourgneuf, à Pornic, à Beauvoir, se répandait la rumeur du grand départ que sans doute aucun retour ne suivrait. — Dans le département de la Vendée, une humeur moins farouche suggéra d'abord une exécution plus douce. Le directoire autorisa les ecclésiastiques internés à Fontenay à se rendre dans leur famille pour y régler leurs intérêts, pour y faire leurs adieux. Mais, sur les réclamations de Fayau (1), cette clémence fut jugée faiblesse et, la mesure étant révoquée, les proscrits furent recherchés, conduits jusqu'aux Sables-d'Olonne et enfermés dans cette ville jusqu'à l'embarquement. Pendant ce temps, les vieillards et les infirmes étaient reclus, à Fontenay au couvent des sœurs de Notre-Dame, à Angers à la Rossignolerie, à Nantes à la maison des Carmélites.

Pris de terreur superstitieuse, les paysans cherchaient des signes dans le ciel. Ici, on prétendait que des épées nues et entre-croisées avaient élé aperçues dans les airs; là, un ango était apparu présageant la victoire à qui combattrait pour la religion. Ailleurs ime croix avait été vue tour-

Ci) Déclaration de Fayau, Procès Pichard du Pa^e. { Archives nationales, W, 35'«.)

nant sur sa base (l).Ces extravagantes rumeurs étaient d'autant moins contredites que les villageois, privés des conseils de leurs prêtres les plus sages, se trouvaient livrés sans défense à di s hommes exaltés qui les exaltaient eux-mêmes ou à des intrigants attentifs à les exploiter.

Noël arrive. Le plus souvent, nul service religieux, faute de prêtres. La loi de déportation a été si rigoureusement exécutée que la proscription s'est étendue non seulement aux ecclésiastiques fonctionnaires, mais aux autres. Il ne reste donc plus que quelques curés, quelques vicaires qui ont éludé le décret, et avec eux les missionnaires Mulotins intrépides pour leur foi. Tout au plus, en quelques rares paroisses, le culte s'exerce-t-il encore avec une certaine régularité. Telle est la commune du Gué-de-Velluire. Là, dit une curieuse dénonciation conservée aux Archives^ la Régente du bourg (c'est sans doute la maîtresse d'école) fait assembler au son des cloches les habitants pour célébrer la messe, pour dire les vêpres ; puis, — ce sont les propres termes de la dénonciation — « on chante des cantiques en l'honneur de Louis XVI et de sa corruptrice compagne ».

Il y a bien les curés constitutionnels. Mais plus que jamais les paysans les rejettent. On est stupéfait de surprendre en plusieurs lieux les marques d'une réprobation poussée jusqu'au plus sombre fanatisme : aux environs de Châteaubriant, les habitants d'une des paroisses songent à brûler leur église plutôt que de la livrer au schisme (2). En la commune du Bois-de-Cené, la municipalité fait éteindre la lampe du sanctuaire, par la raiso.i, dit-elle, « que la présence de Dieu cesse d'être réelle dès quo le sacrifice a été offert par un prêtre jureur (3) >^

Autour des catholiques se groupent tous les mécontents.

(1) Déniait, Guerre de Vendée, t. I»"", p. 241.

(2) Lallié, le Diocèse de Nantes pendant la Révolution, p. 281.

(3) Merland, Notes et documents pour servir à l'histoire du distrie de Challans, p. 19.

Jadis, le dimanche, les gens des métairies affluaient au bourg et après la messe se répandaient dans les auberges, y buvaient, y mangeaient en réglant leurs affaires, puis se répandaient dans les boutiques pour leurs achats de la semaine. Aujourd'hui plus de fêtes, plus de routes remplies dû paysans, et autour de l'église une grande solitude. De là cette irritation qui naît des intérêts lésés. Il y a d'autres méeontenls : les valets des nobles, les domestiques des couvents, les mendiants vivant naguère d'aumônes. Puis il y a les gardes-chasse sans emploi, les anciens contrebandiers qui pratiquaient jadis la fraude de province à province, et si jamais la guerre civile éclate, tous ces gens en seront les condoilieri comme les paysans en seront les martyrs.

a Le feu couve sous la cendre, écrit Mercier du Rocher, et il me semble entendre le bi'uit d'un volcan sous mes pieds. » Mais cette crainte n'inspire ni modération ni tolérance. Toujours des mesures irritantes. Ce ne sont qu'expéditions de gardes nationaux. Dans le district de Bressuire on voit, en ce temps-là, passer deux prêtres piisonniers qui ont, dit-on, refusé d'obéir au décret du 27 août et que L' directoire des Deux-Sèvres fait transférer à la Guyane (1). Une loi du 22 septembre a prescrit le renouvellement da toutes les autorités ; en beaucoup de lieux, les catholiques, qui ont jusqu'ici pratiqué l'abstention, se décident à prendre part aux élections communales : de là un grand nombre de municipalités favorables aux anciennes maximes ; aussitôt tout suffrage qui déplaît devenant suffrage nul, les districts imaginent de révoquer les maires, soit en se fondant sur leur ignorance, soit en invoquant des irrégularités de forme (2). Nulle idée de justice ; partout des dénonciations ; aucune liberté de presse ; surtout aucune liberté de correspondance. Il y a, au directoire de Fontenay, deux administrateurs qui

(1) Archives nationales, F" 475. Deux-Sèvres.

(2) ClIASStN, Préparation de la guerre de Vendée t MI, p. 144.

ont une fonction spéciale, celle d'ouvrir les lettres (1). L'un des deux, Mercier, a pris la peine de détailler dans ses Mémoires tout ce qu'il eut occasion de lire. Il ne semble pas qu'il ait saisi les traces d'aucune conspiration ; mais comme il se délecte à briser des cachets qui ne se défendent pas ! Rien ne l'égaie comme le spectacle de ces nobles émigrés qui « n'ont pas le sou » et sont « travestis en marchands de fromage de Hollande ou mangent à la table d'un forgeron de Mannheim ». En policier, mais en policier dilettante, il rapproche les écritures, les styles et, comme on ferait en un jeu de devinettes, met les noms au bas des messages non signés. Sa curiosité se double d'un grand scrupule pour l'orthographe : « Une blanchisseuse de Paris, dit-il, écrit avec plus de correction qu'un grand seigneur poitevin. » Il s'appesantit surtout sur les correspondances des prêtres avec les religieuses : « Elles sont, remarque-t-il, d'un style très tendre ; il en est qui rappellent celle d'Héloïse et d'Abélard. » Et Mercier garde toutes ces épîtres comme chose à lui. Seulement l'insurrection viendra qui dérangera ses goûts de collectionneur. Et il écrira plus tard, en victime qui se plaint d'un vol : « J'avais un ample recueil de ces lettres ; les brigands l'ont enlevé lorsqu'ils se rendirent maîtres de Fontenay (2). »

L'année 1793 commence. Dans l'engourdissement de l'hiver, les paysans ne sortent plus guère de chez eux, sinon pour cueillir les choux qui nourrissent leur bétail et pour étêter les petits chênes qui croissent dans les haies. Cependant un grand souci les travaille, de savoir ce qui reste et de l'Église et du roi. Ils n'y tiennent plus, et à tout prix, il leur faut des nouvelles. Nantes est loin, Angers aussi. Les habitants des Mauges vont à Cholet où ils apprennent peu de chose. Les plus voyageurs des gens de Vendée des-

(1) Arrêté du département de la Vendée, 21 août 1792. (Archwes nationales, F^ 3695.)

(2) Mémoires de Mercier du Rocher. (Chassin, Préparation de la guerre de Vendée, t. III, p. 119-120.)

cendent jusqu'à Fontonay. Ce n'est plus Fontenay-le-Comte, mais Fontonay-sur-Vondéo, on allondant que ce soit Fontenay-le-Pouple. En entrant, ils distinguent les ouvriers qui grattent sur les murs des hôtels, sur le portail des églises, tout ce qui rappelle la monarchie. Ceux qui savent lire s'enquièrent des feuilles publiques. Les seules qni circulent sont les feuilles patriotes. Ils y jettent le regard et s'arrêtent pris d'horreur. Ils se flattent que leurs yeux, mal habitués à l'imprimerie, les trompent ; ils ressaisissent le papier, se font lire, relisent eux-mêmes. Ainsi apprennent-ils que la Convention a osé mettre en jugement le roi, qu'elle l'interroge en accusé, qu'elle tient sa vie dans ses mains. Tout secoués d'émotion, ils errent à travers la ville et s'informent des autorités : le siège du directoire n'est plus le même : il a été transféré en un ancien couvent récemment désaffecté, celui de l' Union chrétienne. Les lieux ont changé, les hommes aussi. Pichard du Page, que tout le monde connaît, n'est plus à Fontenay que simple ofTicier municipal. Pervinquiére, — un autre libéral, — qui lui a succédé comme procureur général syndic, est lui-même démissionnaire depuis le 10 août. Partout des modérés qui s'effondrent ; partout des jacobins qui émergent. Cependant il reste dans Fontenay un certain nombre de vieux prêtres enfermés au couvent do Notre- Dame ; mais des règlements sévères limitent les communications, et les gens venus de la campagne sont rarement admis à les visiter. S'ils ne voient pas leurs prêtres, ils entendent, par contre, parler du club. Il a pour chef un étrangor, un marchand tapissier, venu do Bordeaux sept ou huit mois auparavant et qu'on appelle Laparra. Dans ce club vient d'être rédigé une adresse débordante d'outrages pour hâter l'exécution du roi, de Louis le Dernier, comme on l'appelle : « Il faut, dit la pétition, que sa tête tombe. » Dans leur mémoire, désormais implacable, les paysans fixent ce nom de Laparra. Et trois mois plus tard, dans les représailles des champs de bataille, ils le fusilleront.

Revenus chez eux, les villageois n'ont qu'un souci : Louis XVI; Au bruit de sa mort, la Vendée s'agite eu un long frémissement. Même en la ville révolutionnaire dos Sables et parmi les marins du port, l'émotion, une émotion indignée, pâlit les visages. La surface demeure encore tranquille. Mais qu'un nouvel arrêté, un seul, aiguise la persécution religieuse ; que surtout les populations de Vendée soient appelées, par le service de la milice, à la défense du régime exécré ; et alors rien ne retar-dera plus l'explosion.

Ni l'une ni l'autre des deux épreuves ne manqua.

D'abord l'épreuve religieuse. Il reste peu de prêtres, mais il en reste encore. La race en doit être extirpée. Pour y mieux parvenir, les administrations départementales se transforment à l'envi en assemblées législatives. Le directoire des Deux-Sèvres offre une récompense de cent livres à quiconque dénoncera un réfractaire et en facilitera la capture. Le 11 janvier 1793, le département de la Loire-Inférieure prend un arrêté pour activer la recherche des ecclésiastiques insoumis, et, selon l'expression d'un des officiers de gendarme; ie, c'est à qui « en dénichera un (1) ». Quant aux administrateurs de la Vendée, en deux arrêtés du 26 janvier et du 1« février, ils réglementent avec une précision savante la persécution. En chaque district, un ou deux commissaires seront nommés pour visiter les maisons soupçonnées de receler des éiTÙgrés ou des prêtres. Ces commissaires pourront, comme en cas de flagrant délit, faire lever les serrures et briser les portes : toute capture emportera confiscation des armes : les chefs des maisons où seront saisis les suspects supporteront tous les frais de la capture, sans préjudice de la suspicion qui les atteindra eux-mêmes ; quiconque arrêtera ou fera arrêter un prêtre déportable recevra à titre de récompense une prime de cent francs (2),

(1) Lallié, le District de Mackecoul pendant la Révolution, p. 270.

(2) Chassin, Préparation de la guerre de Vendée, t. IIL p. 218-220.

Ceux qui ne sont plus que des persécutés se laisseront-ils rnrôler à la solilo du régime persécuteur? Pondant tout l'hiver avait couru le bruit d'une lovée en masse. Le 5 février, un arrêté du département de la Vendée ordonna aux maires, en vue d'une réorganisation do la garde nationale, d'établir une liste de tous les hommes de leur commune en état de porter les armes. Aux Vendéens, aussi indisciplinés que courageux, la mesure déplut comme inquisition vex-îtoire et surtout comme prélude de tirage. Il y eut des troubles et, de la part de beaucoup de maires, une opposition très résolue. Cependant, à Paris, un acte de tout autre portée se préparait. Le 24 février 1793, une loi prescrivit, en vue des dangers extérieurs, une levée de trois cent mille hommes à répartir entre les départements. On vit alors une chose extraordinaire. Le même peuple, qui allait verser son sang à flots, fut aussi celui qui, d'abord, en parut le plus avare. La longue série des porsécutions que nous avons décrites, trois années de tourments, la religion proscrite, le roi immolé, tout cela avait si bien déplacé l'axe de la patrie qu'on ne savait plus où la chercher. Le 10 mars fut en Vendée, en Anjou, dans le pays de Retz, le premier jour du recrutement. Ce jour-là fut aussi dans ces régions le dernier de la paix civile.

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