‹ Histoire religieuse de la révolution française (volume 4)Chapitre 30 sur 47 · LIVRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUINZIÈME

SOMMACEtB

I. — L'insurrectioa éclate : Machecoul (11 mars 1793); Saint-Florent (12 mars 17'J3).

II. — Comment l'insurrection se développe : comment, dans le pays des Mauges, elle prend un aspect de Croisade. — Le contingent de la Poitevinière ; Nau ; Perd;iault : le contingent du Pin-en-Maugcs ; Cathelincau. — Attaque et prise de J liais. — Prise de Chemillé (13 mars 1793). — Marche sur Cholet : aspect de la petite armée insurgée ; jonction avec les contingents de Stofilet, et commen; Stofllet paraît prendre le commandement. — Attaque et prise de Cholet (14 mars 1793).

— Marche sur Vihiers. — Comment l'insurrection, populaire au début, se fortifie par l'adjonction des gentilshommes : Bonchamps, d'Elbée

— Comment se complète la conquête de l'Anjou méridional.

III. — L'insurrection dans le Marais et le pays de Retz; comment elle se présente sous un aspect de Jacquerie .-capitaines de bandes, obscurs, agissant isolément, farouches jusqu'à la cruauté. — Pornic pris, perdu, repris par les insurgés. — Machecou! ; excès commis par les rebelles. — Comment les conciliateurs sont impuissants : tentative de Gaudin- Bérillais, et quelle en est la funeste issue.

IV. — L'insurrection au centre du département de la Vendée : les chefs : M. de Sapinaud, M. de Royrand. — Rencontre des insurgés avec les troupes du général de Marcé au nord de Saint-Vincent-Sterlanges. — Victoire complète des rebelles (19 mars 1793).

V. — Comment parvient à Paris la nouvelle de l'insurrection. — Les premières mesures. — La Convention : le terrible décret du 19 mars 1793. — Mesures militaires; comment et pour quelle cause elles sont incomplètes ; quelles sont, à la fin de mars, les forces rassemblées aux frontières des pays insurgés.

VI. — Berruyer : son plan. — Condition des rebelles au commencement d'avril 1793. — Terrible combat de Chemillé (11 avril 1793). — Comment les insurgés, quoique non vaincus, sont dépourvus de munitions et semblent sur le point de succomber.

VII. — Le district de Bressuire. — Le château de Clisson : Lescure; la Rochejaquelein. — Comment Henri de la Rochejaquelein part

pour la Durbellière. — Comment monte jusqu'à lui l'appel des paysans.

— Prise d'armes : combat et victoire des Aubiers. — Comment la Rochejaquelein apporte un secours sauveur à l'armée d'Anjou.

VIII. — Les succès de l'armée catholique et royale. — Avantages contre Leygonnier et Gauvillier. — Entrée dans Bressaire : attaque et conquête de Thoua:s (5 mai 1793). — Marche vers Fontenay : combat heureux de la Châtaigneraie. — Comment l'armée vendéenne est défaite devant Fontenay (16 mai), puis se reforme, remporte (25 mai 1793) au même lieu une grande victoire, et devient maîtresse de Fontenay.

IX. — Le gouvernement et la Convention : la nouvelle des défaites. — Les généraux : Ca iclaux, Biron ; envoi de renforts ; les commissaires civils. — On apprend la prise de Thouars. — Les commissaires à Saumur. — Nouvelle de la grande défaite de Fontenay. — Biron à Niort, à Saumur, à Tours. — Ensemble des forces républicaines dans les premiers jours de juin 1793.

X. — Les Vendéens après la bataille de Fontenay. — Comment l'armée catholique se disperse, puis se reforme. — Comment elle marche vers Saumur. — Combat de Doué (7 juin) ; combat de Montreuil-Bellay (8 juin).

— Saumur; ses défenses; attaque et prise de la ville (9 juin 1793).

XI. — Les Vendéens à Saumur. — Ce qui fait à la fois leur faiblesse et leur force.

XII. — Cathelineau appelé au commandement en chef. — De la conduite ultérieure de la guerre : plans diver?. — Occupation d'Angers. — Comment est décidée la marche sur Nantes : entente avec Charette.

XIII. — • État de Nantes depuis le début de la guerre civile. — Le mois de juin 1793. — Comment les Nantais sacrifient à l'unité nationale leurs préférences girondines. — Comment tout se prépare pour repousser l'attaque : les soldats ; les moyens de défense.

XIV. — Les Vendéens à Ancenis. — Marche sur Nantes. — Comment les divers corps demeurent isolés, et quelle infériorité naît de cet isolement.

XV. — La journée du 29 juin 1793 : Charette et M. de Lyrot ; Bonchamps ; comment les Angevins, avec Cathelineau et d'Elbée, arrivent en retard ; combat héroïque livré par Cathelineau ; comment il arrive jusqu'à la place de Viarme ; comment il est blessé ; découragement des Angevins.

— Retraite de l'armée.

XVI. — Les Vendéens après l'échec de Nantes ; mort de Cathelineau ; comment cet homme personnifie en lui la résistance du peuple c h; éiin ; comment cette première partie de la guerre de Vendée appartient tout entière à l'histoire religieuse.

L'incendie éclata dans le même temps sur deux points : dans le Marais septentrional, c'est-à-dire à Machecoul; au pays des Manges, c'est-à-dire à Saint-Florent.

Le dimanche 10 mars, à Machecoul, on dansait chez le receveur du district. En ce lieu se trouvaient rassemblés les fonctionnaires de la petite ville et les plus notables de ceux qu'on appelait les patriotes. L'aspect joyeux de la fête cachait mal l'inquiétude. La veille, la municipalité avait réclamé des troupes. Dans la journée, un commissaire du département, ]\L Maupassant, était arrivé de Nantes. A voix basse s'échangeaient des propos anxieux : on parlait de rassemblements à Saint-Philbert, de troubles à Saitii-Étienne-de-Mer-Morte, à la Limousinière, à la Garnache. A une heure avancée de la soirée, un officier de la garde nationale, suivi bientôt d'autres messagers, fit irruption et annonça l'attaque prochaine : les habitants de vingt paroisses étaient, disait-on, en marche : encore quelques heures, et ils seraient sans doute aux portes : la cause de la sédition était le recrutement. L'exagération se mêlant à la vérité, on ajoutait même que les rebelles avaient des canons.

Les patriotes se séparèrent dans l'angoisse. En aucune ville, le despotisme de la faction dominante n'avait amassé plus de colères qu'à Machecoul. Une violence pleine de défi s'était appliquée à renchérir sur les lois révolutionnaires : le district avait de sa propre autorité déclaré les prêtres assimilables aux émigrés : il s'était arrogé le droit d'exclure de la garde nationale et de désarmer les citoyens qui déplaisaient : le club avait, l'un des premiers parmi les clubs de France, adhéré à l'abolition de la royauté : le 30 janvier, à la nouvelle de l'exécution de Louis XVI, une grande fête avait été organisée, comme par bravade, pour le renouvellement du serment civique (1). En cet état d'irritation, il n'était point de rumeur qui ne fût accueillie. La loi du recrutement ayant été publiée, le bruit se répandit que le district a faisait fabriquer un grand nombre de menottes pour

(1) Laixié, le District de Machecoul, p. 270.

traîner enchaînés jusqu'aux frontières les jeunes gens liés deux à deux (1) », Les gens des campagnes gardaient dans leurs yeux les traits de ceux qu'ils jugeaient les auteurs de leurs maux. Ils répétaient certains noms abhorrés, ceux des administrateurs, ceux des gendarmes, celui du curé constitutionnel Letort qui avait dépossédé le vénéré M. Hervé de la Bauche. Si ces hommes tombaient en leurs mains, peutêtre seraient-ils vis-à-vis d'eux sans pitié : car ces paysans du Marais et des Marches bretonnes n'étaient point doux et généreux comme les Angevins, mais de mœurs grossières, de foi passionnée et violente, trop rudes pour répugner au sang, trop gonflés de haine pour pardonner.

Le jour parut, mais tout obscurci de brouillai'd. Le rappel battit. Il y avait environ deux cents gardes nationaux ; une centaine se rassemblèrent, ayant à leur tête Maupassant. Il y avait aussi quatre ou cinq gendarmes qui montèrent à cheval. Sur ces entrefaites, un marchand qui était parti dès l'aube rentra tout terrifié en criant : « Aux armes (2) ! » Il s'était heurté, disait-il, aux bandes, et n'avait eu que le temps de se replier vers la ville. En prêtant l'oreille, on entendait en effet, du côté du nord, le bruit confus d'une grande foule en marche. Dans le même t^mps, le soleil, fondant la brume, laissa voir sur la route de Nantes de longues rangées d'hommes armés de bâtons, de faulx, de piques, de fusils de chasse. Quel était leur nombre? On ne le savait pas bien ; mais on pouvait les évaluer à trois ou quatre mille. Rapidement ils approchaient ; encore un peu et ils atteindraient le faubourg de Sainte-Croix.

Des premiers rangs partaient les cris : La paix, la paix! puis ceux-ci : Point de tirement et nos bons prêtres! Maupassant essaya de s'interposer, mais inutilement, et bientôt se vit presque seul, sa troupe s'étant débandée. Cependant,

(1) Lucas-Champioknièee, Mémoires, p. 5.

(2) Notes de M. Germain Béthuys, ancien juge à Nantes, sur les massacres de Machecoul, p. 7. (Bibliothèque de Nantes.)

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au milieu de la désertion générale, une trentaine de gardes nationaux, sous les ordres du lieutenant Ferré, s'étaient engagés dans une ruelle, avec le dessein de prendre en flanc les révoltés. Us firent feu (1). Que se passa-t-il alors? Il est malaisé de le dire avec certitude. Ce qui paraît le plus viuisemblable, c'est que, sous cette répression, les envahisseurs achevèrent de s'exaspérer. Maupassant fut tué, avec lui le lieutenant de gendarmerie Simonis, et aussi le lieutenant Ferré. Puis dans la ville, confusément, les paysans s'engouffrèrent, tout assoifTés de solder l'arriéré de leurs rancunes. C'est alors que le massacre commença. Trois officiers de la garde nationale furent immolés. Le directeur de la poste, nommé Etienne Gaschinard, et un huissier du nom de Laheu furent pareillement égorgés. La même fureur mit à mort le curé constitutionnel Letort. Tous ces meurtres se consommèrent dans la journée du 11 mars. D'autres furent commis le lendemain. Sur plusieurs des actes qui constatent le sort des victimes, on lit en marge ces simples mots : tué par Vejfet de la guerre. Les patriotes, échappés jusque-là, étaient réduits à se cacher ou gardés comme otages. Cependant, dans la ville livrée à l'anarchie, un comité se forma qui eut pour chef un avoué du nom de Souchu, ancien procureur de justice seigneuriale. Ce Souchu, bientôt fameux par ses cruautés, semble au début avoir ambitionné de négocier plutôt que de proscrire. Avec une assurance à la fois naïve et osée, il entreprit de traiter d'égal à égal avec les autorités constituées. D'abord par lettre, puis par des délégués, il proposa aux administrateurs de Nantes la paix, à la condition que la force ai-mée se retirât et qu'un certain nombre de prisonniers faits à Saint-Philbert fussent délivrés. A ce prix seul, la vie des patriotes enfermés dans Machecoul serait épargnée (2). On ne possède pas la réponse des auto-

(1) BouLLEMEB, Récit des horreurs de Machecoul, cité par Lalué, le District de Machecoul, p. 300.

(2) Verg^;, Notes sur la commune de Machecoul. (Manuscrit, bibliothèque

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