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p. (te li Cor;e- Hist rtl. de la Flé^olulion. t. II.
eussent attaquée jusque-là, est couverte au nord par la Loire ; à l'ouest et au sud-ouest elle est protégée par le Thouet, rivière large et profonde, toute proche à cet endroit de son embouchure, et capable d'opposer un obstacle presque infranchissable à tout assaillant dépourvu de grosse artillerie et d'équipage de pont. Du côté du sud et du sud-est, au contraire, c'est-à-dire sur la rive droite du Thouet, point de défenses naturelles mais de vastes prairies ; puis, en approchant de la Loire, une série de collines couronnées de nombreux moulins dont plusieurs existent encore. Ces collines, avec leurs enclos de vignes, leurs bouquets d'arbres fruitiers, leurs petites habitations parsemées çà et là, offriraient aux Vendéens, passés maîtres en la guerre de tirailleurs, un terrain fait à souhait. Si jamais ils parvenaient à gagner ces hauteurs, ils s'élèveraient d'abri en abri et utiliseraient les blanches clôtures du pays saumurois comme les haies vives du Bocage. Puis, toujours tiraillant et toujours invisibles, également habiles à viser et à se dérober, tournant la ville et la prenant à revers, ils atteindraient le sommet des mamelons ; de là ils domineraient non seulement Saumur, mais le château lui-même, vieille forteresse non armée et presque en ruines ; enfin, dévalant le long des chemins creux qui serpentent entre le château et la Loire, ils occuperaient le quai du fleuve, feraient irruption jusqu'au cœur de la cité, et déborderaient sur la place de la Bilange.
En vue de l'attaque, les républicains avaient élevé quelques ouvrages en terre, d'abord sur les hauteurs de Bournan qui dominent la rive gauche du Thouet, puis sur la berge droite de la rivière, c'est-à-dire en avant du faubourg de Nantilly. Mais l'officier du génie chargé de la défense n'avait point fortifié les collines des Moulins (1). Dans la ville régnait une grande confusion. Le bruit courait
(1) Rapport du citoyen Cailleau, maire de Saumur, aux administrateurs de Maine-et-Loire,
avec persistance que les royalistes avaient des intelligences dans Saumur. Duhoiix, le général en chef, n'était point guéri de sa blessure de Chemillé et, ne pouvant monter à cheval, avait délégué au général Menou une portion de son autorité. La petite armée se composait de la trente-sixième légion de gendarmerie, de quelques bataillons de Paris, de quelques autres bataillons de volontaires ou détachements de troupes de ligne, enfin de la légion germanique refondue sous le nom de légion de la fraternité et qui comptait parmi ses ofTiciers Marceau. Plusieurs de ces corps, récemment formés, étaient mal exercés et travaillés d'indiscipline. Sur ces entrefaites arriva le général Guy Cobstard qui venait des Ponts-de-Cé, puis Santerre qui venait de Tours et à qui les Parisiens firent une tumultueuse ovation.
Les Vendéens avaient combattu pendant toute la soirée du 8 juin. En cette accumulation de succès, l'excitation de la victoire triomphait de la fatigue. Dans la matinée du 9 qui était un dimanche, ils se mirent en route, se dirigeant vers Saumur. Bien qu'ils fussent déjà loin du Bocage, les lieux leur étaient assez familiers pour leur permettre de préciser avec sûreté le meilleur point d'attaque. A gauche, Lescure avec ses Poitevins se chargerait de contenir les troupes républicaines qui occupaient les redoutes de Bournan et défendaient la route de Doué, c'est-à-dire la rive gauche du Thouet. Au centre, La Rochejaquelein, appelé à un rôle plus actif, s'avancerait par les prairies de la rive droite, afin d'enlever les ouvrages de Nantilly et d'aborder la ville par le sud. A droite, Cathelineau avec ses Angevins serait réservé pour la tâche décisive : il prendrait pour objectif les moulins qui garnissaient les collines au sud-est de Saumur ; les hauteurs une fois occupées, il se glisserait entre le château et la Loire et, par un coup de main hardi, s'introduirait dans la ville.
A Saumur, la matinée du dimanche s'écoula dans l'attente. On vit partir Leygonier,jugé innocent par les commissaires
de la Convention, mais accusé de trahison par les soldats. Vers le milieu du jour, comme aucun indice n'annonçait l'approche de l'ennemi, on se persuada que la bataille serait pour le lendemain. « Il n'y aura rien aujourd'hui, répétait le général Duhoux. » Ainsi parlait-il au maire de la ville et aussi à l'un des fournisseurs de l'armée (1).
Vers deux heures on vit paraître au sud les premières colonnes des Vendéens. Les troupes républicaines se portèrent à leur poste de combat, mais non pas toutes ; car il y eut des fuites, même avant le premier coup de feu. A droite était Coustard, désigné pour défendre les redoutes de Bournan, et pour couvrir la rive gauche du Thouet ainsi que le pont Fouchard qui donnait de ce côté accès dans la ville. Au centre, Santerre, arrivé de la veille, occupa les ouvrages défensifs étabhs en avant du faubourg de Nantilly, La gauche était le point le plus menacé : de ce côté le commandement fut confié à Bertliier, tout récemment nommé général de brigade, et ayant seul au milieu de tous ces chefs médiocres l'expérience de la guerre.
Il était quatre heures quand l'action s'engagea. A la droite vendéenne, Cathelineau tenta de gravir la collhie des Moulins. Berthier avait installé en bonne position une batterie ; il laissa approcher les rebelles, puis les voyant à portée les foudroya de son artillerie. Ceux-ci, terrifiés, reculèrent en désordre. Le général républicain essaya, pai' une charge de cavalerie, de compléter le succès ; mais les cavaliers tournèrent bride. Presque aussitôt les Vendéens, revenus de leur trouble, reprirent l'offensive ; cheminant d'abri en abri, visant lentement et ne perdant pas un coup, ils forcèrent à leur tour lem-s adversaires à reculer. En cédant le terrain, les soldats de Berthier laissèrent sans soutien les gardes nationaux de Santerre qui défendaient Nantilly.
(1) Rapport du citoyen Cailleau, maire de Saumur. — Procès Lebrun. Archives nationales, W, 289.)
La Rochejaquêlein s'avança vers les redoutes. Les républicains eurent encore un retour de fortune. Une intervention heureuse des cuirassiers de la légion germanique ramena les Vendéens loin de la ville. Mais promptement ceux-ci se ressaisirent, visèrent à la tête les cavaliers, les obligèrent à plier, et derechef se rapprochèrent des ouvrages. Comme on n'en était plus qu'à quelques pas, La Rochejaquêlein, d'un beau geste de bravoure, jeta son cliapeau dans le retranchement : « Que le plus brave, dit-il, aille le chercher. » Tous s'élancèrent. La redoute fut emportée. La Rochejaquêlein se précipita dans la ville. Dans le même temps, sur leiu* droite, les Vendéens, maîtres des hauteurs, descendaient dans Saumur, et appai'aissaient sur le quai de la Loire.
Ce qui suivit ne fut plus que déroute. Fantassins, cavaliers, conducteurs de bagages, tous se précipitèrent vers le pont Cessard, seule issue poui' franchir le grand Ueuve et pour échapper à l'ennemi victorieux. Aux abords du pont et sur la place de la Bilange, les représentants du peuple et avec eux Marceau essayèrent de rallier les troupes débandées ; ils ne réussirent ni à les ramener au combat ni même à transformer en retraite la fuite. Sur la rive gauche du Thouet était Coustard qui avait supporté jusque-là les attaques de Lescure. Avec quelques cavaliers il tenta un dernier effort pour rentrer dans la ville et arracher aux assaillants leur proie. Il ne fut pas suivi. Dès lors, désespérant du succès, il rallia comme il put ses hommes, et à la nuit les achemina vers les Ponts-de-Cé par la rive gauche de la Loire. Quelques détachements s'étaient réfugiés dans le château : ils manquaient de munitions comme aussi d'approvisionnements ; et dès l'aube du lendemain ils capituleraient. Cependant les fuyards continuaient à s'entasser sur le pont : arrivés au faubourg de la Croix- Verte, c'est-à-dire au nord de la Loire, ils se dispersèrent au hasard : à travers les ténèbres, quelques-uns se dirigèrent vers la Flèche ou Beaugc, quelques autres vers Angers : la plupart, s'orientant à l'est.
s'acheminèrent vers Tours. En cette ville arrivèrent le 10, dès le matin, les premiers fugitifs : c'étaient des volontaires parisiens qui avaient accompli d'une seule traite un trajet de quinze lieues, tant il est vrai, comme observait le représentant Choudieu, que la peur donne des ailes ! Dans l'universel désarroi, ceux même qui commandaient ignoraient l'étendue de leur défaite et le lieu où la panique avait porté leurs soldats. Le 10 juin, Duhoux mandait de Tours à Biron : « Santerre a fait sa retraite sur Beaugé, j'ignore le nombre de troupes qu'il peut avoir. Je n'ai pas de nouvelles de Coustard qui commandait la butte de Bournan. » Puis, après avoir exprimé son désespoir d'avoir vu fuir les soldats de la République, il ajoutait : « J'apprends que deux mille cinq cents hommes sont enfermés dans le château et qu'ils s'y défendent avec la plus grande vigueur. » Il assurait qu'ils avaient des munitions, des vivres pour huit joiirs, et il invitait Biron à marcher, sans perdre une heure, « au secours de ces braves gens (1) ».
Dans la guerre vendéenne, la victoire du 9 juin marque une date. Jusqu'ici les rebelles n'ont été que des partisans, des partisans heureux : voici qu'ils prennent un aspect de belligérants. Leur domaine ne se limite plus à leur étroite province, mais la conquête de Saumur leur ou\Te une porte sur la France elle-même.
Cette France, tenteront-ils de l'envahir? Marcheront-ils vers Tours, de là peut-être vers Paris? S'orienteront-ils vers
(1) Rapport du général Duhoux à Biron. (Archives nationales, W, Procès Biron, 305.)
l'Ouest pour soulever la Bretagne? S'établiront-ils au contraire dans le Bocage en s'y fortifiant comme en un camp retranché? Telle est la question qui, dès le lendemain de la victoire, s'impose aux chefs de l'insurrection. Ils ne sont pas tous là. Bonchamps est retenu au loin par sa blessure, et de même d'Elbée qui n'arrivera que deux jours plus tard. Parmi ceux qui sont présents, les plus notables s'appellent La Rochejaquelcin, Marigny, Cathehneau, StofTlet. 11 y a pareillement Lescure, mais il a été, lui aussi, atteint d'un coup de feu dans le combat de la veille, et bientôt le soin de sa blessure l'obligera à se séparer pour un temps de ses compagnons d'armes.
C'est à ces hommes de culture médiocre ou nulle, forts surtout de leur courage et de leur foi, qu'il appartient d'assumer une des responsabilités les plus terribles qu'ait jamais portées un homme politique ou un homme de guerre.
A ne consulter que les apparences, tout convie à oser. Dans la campagne environnante, plus d'ennemis. Où sont les forces républicaines? On ne le sait, et on dirait qu'elles se sont évanouies. Impunément les plus hardis des insurgés tentent des incursions vers Chinon, vers Loudun, vers la Flèche (1). On inventorie le butin : il est énorme en pièces de canon, fusils, cartouches, approvisionnements. On a fait beaucoup de prisonniers : on les relâche presque tous, moitié par humanité, moitié par impuissance à les garder. Mais il ne manque pas de soldats républicains qui prennent incontinent du service dans l'armée catholique : tels sont, et en assez grand nombre, les hommes de la légion germaninîque. A un signe non équivoque, les Vendéens peuvent reconnaître leur fortune croissante : on commence à avoir foi dans leurs succès et on ose se compromettre pour eux. Dans la ville de Saumur, les églises se remplissent pour les offices des prêtres insermentés; partout repai'aissent les
(1) V. Mémoires de Poirier de Beauvais, p. 55, 56.
cocardes blanches ; les chevaliers de Saint-Louis se montrent avec leurs insignes ; un grand nombre de femmes prennent le deuil pour la mort de Louis XVL L'armée a fait dans la journée du 9 juin des pertes notables : la plus sensible a été celle de M. de Dommaigné, chef de la cavalerie; mais de nouveaux chefs arrivent : c'est aujourd'hui Poirier de Beauvais ; ce sera demain d'Autichamp, et dans quelques jours le prince de Talmont. La saison favorise les opérations à longue distance. On entre dans l'été : les blés tout grands, les herbes hautes masqueront les embuscades ; les arbres tout feuillus, les taillis tout épaissis offriront leurs abris aux tirailleurs ; la douceur de la saison permettra de camper en plein air ; les routes séchées, les ornières aplanies faciliteront la marche ; et ainsi se précipiteront les étapes par lesquelles l'armée catholique et royale étendra sa conquête.
Qu'on aille au fond des choses. Bien plus complexes sont les éléments qui doivent dicter la décision définitive.
Pour l'entreprise agrandie, prodigieusement agrandie, quel est le chiffre des combattants? On l'ignore. Dans les armées ordinaires, les présences se fixent par les revues d'appel, le calcul des rations, les états de solde. Ici rien de pareil : point d'états, point de solde, nul service des subsistances, mais des vivres apportés par chaque homme et renouvelés en chemin. Les effectifs subissent d'ailleurs de perpétuels changements. Beaucoup partent, revierment, s'éloignent de nouveau. Puis que doit-on compter? Les hommes armés de fusils ou toute la foule qui suit? Les insurgés sont, suivant les uns, quatre-vingt mille (1) ; suivant les autres, ils sont cent mille (2), cent cinquante mille (3), deux cent mille (4). Cette époque déclamatoire
(1) PoiRlEE DE Beauvais, Mémoires, p. 57.
(2) Rapport du représentant Choudieu.
(3) V. Savaby, Guerre de la Vendée, t. I", p. 205.
(4) Déclaration de Barère à la Convention nationale. {Moniteur t. XVI, p. .327.)
se plut à toutes les amplifications, y compris celle des nombres. Entre tous les calculs, le plus extravagant par son exagération attribue aux rebelles deux cent mille hommes et deux mille canons (1), Cependant Oiron, qui est à Niort, a ses informateurs ; et dans un rapport à la Convention il estime que les brigands, ainsi qu'il les appelle, n'ont pas plus de huit mille hommes qui soient vraiment bien équipés (2). A travers toutes ces variations, est-il possible de saisir la vérité? Il paraît établi que l'armée catholique comptait prés de trente mille hommes le 24 mai, jour de la seconde bataille de Fontenay. Ce chiffre doit être en juin, au moment de la marche sur Saumur, sensiblement le même. Sur ces trente mille hommes, un tiers à peine était armé au combat du 24 mai. Dix mille autres ont trouvé des fusils, soit par le butin de Fontenay, soit dans les magasins de Saumur. Le reste n'a encore que des armes de chasse, des piques ou des fourches. Telle est l'évaluation qui paraît la moins sujette à l'erreur. — Elle ne s'applique d'ailleurs qu'à la grande armée, c'est-à-dire celle des Angevins et des Poitevins du haut pays. En dehors il y a les Vendéens du Centre, les insurgés du Marais, morcelés en tout petits rassemblements, offrant aussi, selon toute apparence, une force totale de vingt-cinq à trente mille hommes, mais qui mèneront leur guerre à part, ne s'allieront que rarement avec les insurgés d'Anjou, et jamais ne se confondront avec eux.
Cet effectif de trente mille hommes, qui est celui de la grande armée, on pourrait le réunir ; mais pourrait-on le conserver? Ces paysans sont les moins assouplis des soldats. Ils ne se prêtent ni à tenir garnison, ni à garder les places ou les magasins, ni à faire les patrouilles ; et quand on les pose en sentinelle, on les retrouve paisiblement couchés. Toute
(1) Mémoires de Mercier du Rocher. (Chassin, Guerre dt Vendée, t. !•', p. 482.)
(2) Compte rendu de Biron au Comité de salut public. (Archives natinmalea, W, 305.)
punition les exaspérerait, car ils sont venus de plein gré, sont devant les balles ennemies les égaux des gentilshommes, et veulent bien mourir, mais point être malmenés. Ils sont sujets à d'invincibles nostalgies et, sans qu'on puisse les retenir, retournent à leurs métairies, sauf à ne déposer le fusil que pour le reprendre le lendemain. Cette humeur les rend propres à envahir, non à conserver. Ils ont occupé Thouars, puis les bleus y sont rentrés ; ils sont entrés en victorieux dans Parthenay, mais n'ont fait qu'y passer. Et Fontenay même qu'ils ont acheté par deux batailles, combien de temps le garderont-ils ? Ainsi tracent-ils sur le sable leurs conquêtes.
Ce mot même de conquête est impropre. Ils sont, ces paysans, les moins conquérants des hommes. Il faut pénétrer jusqu'au fond de leur âme pour saisir la pensée qui y domine. Leur esprit est court comme l'horizon rétréci du Bocage. Ils ont vu Dieu banni de son temple, et ont décidé de l'y ramener. Si, dans leur église natale, ils ont remis à sa vraie place le Roi des Rois, le seul qui, au fond, leur tienne à cœur, si par surcroit ils ont châtié durement les persécuteurs du district, ils jugent leur mission finie. Qu'on ne leur parle pas de la France à affranchir, l'idée dépasse leur esprit fruste : ils ont pourvu à la délivrance de leur paroisse ; c'est aux autres à faire de même ; et modestes, imprévoyants et sublimes, ils redemandent leurs bœufs et leur charrue.
Ils sont tels et malaisément changeront. Ce sont des héros, mais héros à leur guise et qui ne veulent point du joug. Leur indépendance et leur courage sont choses solidaires, et l'on ne brisera pas l'une sans énerver l'autre. A l'époque où nous sommes il n'y a de vrais militaires que dans la division de Bonchamps, recrutée sur les bords de la Loire. Dans ce corps se sont enrôlés des Bretons venus de la rive droite du fleuve : faux-sauniers, anciens gabelous, gens compromis dans les troubles de leur province, partisans avides
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de guerroyer. Ccux-lù seuls sont vraiment dépaysés, prêts à aller où les conduira leur fortune ou leur chef.
Y a-t-il d'ailleurs un chef, un vrai chef? Pour les opérations futures, là réside un des plus cruels embarras. Chaque paroisse a, dès le début, choisi pour son conducteur le plus brave ou le plus osé, sorte d'élection tacite qu'aucun procèsverbal n'a enregistrée. Plus tard les paroisses de la même région se sont soudées les unes aux autres et se sont rangées sous des chefs divisionnaires, autre élection qui pas plus que la première n'a laissé d'elle une trace écrite. Ces chefs divisionnaires sont des paysans ou bien encore des gentilshommes, mais le plus souvent de médiocre lignage et dépourvus d'illustration. Plusieurs ont servi, mais le plus souvent n'ont point dépassé le grade de capitaine. Qui portera en lui assez de lumières pour concevoir un plan d'ensemble, et assez d'autorité pour l'imposer? Puis ces chefs — moins généraux que les premiers parmi leurs soldats — sont surtout des entraîneurs d'hommes. A chaque rencontre, ils sont tenus de se porter au premier rang, de s'exposer à tous les coups : « Par-dessus tout, disait plaisamment l'un d'eux, il ne faut pas placer de viager sur nos têtes. » Déjà d'Elbée a été blessé, puis Bonchamps, puis hier Lescure. Ce sera le sort de tous, aujourd'hui, demain, ou un peu plus tard. S'il y a un plan, la mort ou l'impuissance née d'une blessure le ravira à celui qui l'aura conçu : il sera repris par d'autres qui le retoucheront : ceux-ci peut-être seront eux-mêmes frappés avant de l'avoir mené à bien, en sorte qu'on sera réduit à n'avoir que de perpétuels recommencements de pensées.
Au fond, elle est minable cette armée : une cavalerie peu nombreuse, des chevaux médiocres, pour harnais des cordes ; des pièces d'artillerie de tous calibres et des armes de toutes sortes, toutes prises sur l'ennemi ; aucune idée de l'administration militaire, mais seulement quelques magasins à Cholet, un atelier de réparation d'armes à Mortagne, un