TOME II
sieurs officiers de rare vaillance, MM. de Fleuriot, M. d'Auticliamp; Chemin faisant, les paysans ne laissaient pas que d'être inquiets. Ils se jugeaient bien loin de chez eux et, tout en s'avançant à travers les prairies de la Loire, tournaient les yeux avec quelque regret vers l'autre rive du fleuve, du côté où se dressait la colline de Saint-Florent. On atteignit Ancenis. Là, nul pillage, des réquisitions modérées, aucune autre violence que l'abattage de l'arbre de la liberté. Comme à Saumur, comme à Angers, une commission fut créée pour administrer la ville, commission un peu tremblante et soucieuse de ménager toutes les chances. Sur le registre des procès-verbaux, on laissa en blanc l'intitulé de la forme du gouvernement ; après la défaite de l'armée catholique, dans l'espace demeuré vide, une autre main que celle qui avait écrit les délibérations intercala ces mots : « L'an deuxième de la République (1). ■>
Tandis que les Angevins se rapprochaient de Nantes par la rive droite de la Loire, Charette sur l'autre rive achevait de rassembler les gens du Marais et ceux du pays de Retz. Non loin de lui, un autre chef, M. de Lyrot, convoquait les paroisses du canton du Loroux.
Quel était le chiffre des assaillants? Après coup, les Nantais ont évalué à soixante-quinze et même à quatre-vingt mille hommes le nombre de leurs adversaires. De ces calculs, il faut beaucoup rabattre. En l'absence de La Rochejaquelein et de Lescure, les gens du haut Poitou avaient en général renoncé à suivre l'expédition. Cathelineau et d'Elbée disposaient de dix mille hommes environ : la division Bonchamp en comptait à peine sept ou huit mille : Charette amenait avec lui dix mille hommes, M. de Lyrot quatre ou cinq mille. De là une force globale qui atteignait à peine trentedeux mille hommes.
Tous ces corps, même avec leurs effectifs restreints,
(1) B. FrLLOîT, Entrée des Vendéens dans Ancenis, p. 7.
eussent été singulièrement redoutables, s'ils s'étaient rassemblés pour agir en une seule masse. On se figure Charette, avec les contingents du Marais, avec ceux du Leroux, passant la Loire à Ancenis, ralliant les Angevins, puis toutes ces forces combinées faisant irruption dans Nantes. Mais tout