‹ Histoire religieuse de la révolution française (volume 5)Chapitre 18 sur 45 · PM AU · texte numérisé non relu

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repos. Autour de lui quelques autres, qui resteraient obscurs, tentaient de faire leur trouée. Ces interventions, toutes conçues dans le même esprit, dénonçaient le projet pour ses ménagements. On trouvait les traitements trop élevés, les prélats trop grands, les surfaces point assez nivelées. Surtout on n’admettait point que le droit populaire souffrîit une limite. Les évêques, élus par le suffrage, étaient tenus de demander la confirmation canonique, et cette confirmation pouvait leur être refusée par le métropolitain. Aux logiciens de la gauche l'exigence parut injurieuse, nul n’ayant . le droit de réformer ce que le peuple avait décidé. Ainsi s’exprima un représentant de Bar-le-Duc qu’on appelait Duquesnoy. Le plus singulier, c’est qu’il trouva pour auxihaires deux curés, Bourdon, curé d’Evaux, Dillon, curé du Vieux-Pouzauges. Contre cette opposition, surgissant cette fois à gauche, le Comité ecclésiastique dut défendre son œuvre. « La confirmation canonique des évêques, dit Lanjuinais, est absolument distincte de l’élection; les confondre, c’est mêler le spirituel et le temporel. » Comme les objections continuaient, un peu d’impatience monta jusqu'aux lèvres de ce Breton vaillant, honnête et têtu. « L’Assemblée, observat-il, entend-elle faire des lois pour la religion catholique, ou pour une religion toute nouvelle qu’il lui plairait de fonder? »

On expédiait chaque jour quelques articles, comme on fait d’une besogne fastidieuse accomplie par petits bouts, Les intermèdes se multipliaient. On apprit qu’une sédition avait éclaté dans le Comtat-Venaissin, que des troubles s'étaient produits à Perpignan, que le vicomte de Mirabeau, frère du grand orateur, avait été arrêté à Castelnaudary. Puis il y avait les députations à recevoir, et jamais sans accompagnement de discours. Le 19 juin, à la séance du soir, un Prussien qu’on appelait Anacharsis Clootz parut, escorté de quelques étrangers et de beaucoup de Français déguisés en étrangers. Ces gens avaient dévalisé les magasins de décors des théâtres et s’étaient costumés en Arabes, en Turcs,

en Arméniens. Tous ensemble ils venaient proclamer l’union de tous les peuples; de là beaucoup de bruit, de grands attendrissements, de grandes protestations d’être frères et de haïr les tyrans. Cette scène eut un épilogue mémorable. Sous l’excitation des harangues, il plut à quelques représentants, appartenant en général à la noblesse, de rééditer la nuit du 4 août. On commença, sur la motion d'Alexandre de Lameth, par voter la destruction des figures enchaînées qui ornaient, sur la place des Victoires, la statue de Louis le Grand. Bientôt ce fut une extraordinaire griserie de paroles, une enchère inouïe de sacrifices. M. de Lambel demanda l’abolition des titres et, après lui, M. Charles de Lameth, l’abolition de la noblesse héréditaire. On applaudit. Goupil de Préfeln parut alors à la tribune : « Abolissons dit-il, le titre de Monseigneur. » Et les acclamations reprirent. « Qu’on proscrive les livrées, ajouta le vicomte de Noailles. » « Que nul ne porte plus de nom de terre, mais simplement le nom originaire de sa famille, poursuivit Lepelletier de Saint-Fargeau. » Quelques-uns, de sens plus rassis, essayèrent de modérer cette ardeur d’abdication. Mais les sacrifices se précipitaient avec la furia d’une charge de cavalerie. « Supprimons les armoiries, s’écria M. de Montmorency, et ne gardons que les enseignes de la liberté. » « Abolissons les titres d’Altesse, d’Eminence, observa Lan-, juinais. » Il était onze heures du soir. Au pied levé l’Assemblée vota tout. Le lendemain Mirabeau s’appela Riquetti; Montlosier, Raynaud; La Fayette, Motier; d’Espreménil, Duval; Saint-Priest, Guignard. Il fallut à chaque nom ajouter une glose. Cependant, en cette même séance, l’Assemblée qui abolit la noblesse ancienne en créa une nouvelle. Il fut décidé que les combattants de la Bastille recevraient un brevet d'honneur; puis on décréta, par une grande ressemblance avec les anciennes lettres royales, que « leurs noms seraient pour jamais conservés dans les archives de la liberté».

Le lendemain, en face des bancs dégarnis, on reprit avec

une lassitude croissante la corvée de la Constitution civile. On discuta le casuel ecclésiastique. Il fut supprimé, mais moins radicalement que ne le voulait le projet, car on toléra quelques honoraires, non pour les rites religieux, mais pour les pompes accessoires qui accompagneraient les mariages ou les cérémonies funèbres. On traita ensuite de la résidence : il fut décidé qu'aucun prélat ne pourrait s’absenter plus de quinze jours chaque année, hormis dans le cas d’urgente nécessité et avec l’autorisation du directoire départemental. L’organisation nouvelle laissait sans ressources ceux qu’elle dépossédait : de là des indemnités pour les évêques supprimés, les chanoines, les chapelains, les bénéficiers de toute sorte. Les administrations départementales furent pareillement autorisées à allouer des secours aux employés laïcs des églises, laissés sans emploi. Cependant, aux abords de la Salle du Manège, se pressaient de nombreux solliciteurs; c’étaient les délégués des villes, anxieuses de conserver leur évêché ou convoitant celui d’une cité voisine. Les membres des clubs, déjà fort en crédit, furent en général chargés de ces ambassades. L’intérêt local les rendant fort dévots, on les voyait invoquer, pour gagner leur cause, la beauté de leur église, très digne de demeurer ou de devenir cathédrale, la paix de leur cité, très séante au recueillement sacerdotal, la commodité des édifices vacants, très propices à l’installation des séminaires. L’ardeur des compétitions ne laissait pas que d’embarrassser les députés. En plus de soixante départements, l’Assemblée fixa au chef-lieu le siège de l’évêché; dans les autres, elle l’établit ailleurs, soit à raison de la convenance des locaux, soit par respect des souvenirs anciens ou par désir de partager les faveurs. Les dix évêchés métropolitains furent établis dans. les villes de Paris, Rouen, Reims, Besançon, Lyon, Aix, Toulouse, Bordeaux, Bourges, Rennes. L’ensemble du décret fut adopté le 12 juillet. Toutefois les dernières dispositions additionnelles ne furent votées que le 24 juillet.

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