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décidé que le document serait imprimé, qu’il serait envoyé aux municipalités. Puis, à la chute du jour, à travers la ville, les colporteurs se répandirent, clamant la sanction. Dans les masses qui plus tard seraient profondément remuées, l’émotion, sur l’heure, fut médiocre. Dans une correspondance du temps, je lis ces mots : « Il n’y a que les gens de bien qui soient désolés. » [1 restait à notifier au Saint-Père la résolution. Le message ne laissait pas que d’être délicat: car deux fois on avait consulté le pape, et deux fois on s’était décidé avant que le temps matériel pour sa réponse fut écoulé. M. de Montmorin se tira d’embarras en invoquant l’impatyence publique. Il ajouta brièvement et sans autres explications : « Sa Majesté, considérant cet état de choses, s’est décidée à sanctionner le décret sur l’état du clergé (1). »
Louis XVI avait cédé, et misérablement, avec la seule excuse des conseils timorés qui avaient circonvenu sa faiblesse. Il avait montré par là à ses ennemis qu'ils pouvaient tout entreprendre, à ses amis qu’il était vain de compter sur lui, et il retrouverait plus menaçante l’émeute qu’il avait refusé d'affronter. Ce n’est pas sans confusion qu’on lit aujourd’hui cette lettre embarrassée, diffuse, humiliée, où le pauvre prince a consigné sa capitulation. Heureuse- «ment la destinée, clémente jusque dans ses plus grandes rigueurs, réservait une revanche à l’honneur du roi de France. Deux ans plus tard, jour pour jour, en cette même fête de Noël, non plus dans un palais mais dans une prison, non plus au bruit des cloches joyeuses, mais dans le silence morne d’un cachot, non plus au milieu de conseillers dissolvants, mais dans la solitude visitée seulement par Dieu, Louwus XVI reprendrat la plume, et n’ayant plus d’issue que vers les choses éternelles, abandonné de tous excepté de Celui qui ne trompe jamais, tirerait soudain de son cœur
(1) Dépêche du 28 décembre 1790. (Archives du ministère des affaires étrangères.)
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des accents si sublimes qu’ils arracheront des larmes à nos plus lointains descendants. Dans une des vitrines des Archives est conservé pieusement en une place d’honneur le testament royal, et avec raison; car aucun des joyaux de la couronne n'’égale celui-là. Aux yeux des âges futurs, tous les écrits équivoques, maladroits ou vulgaires s’effaceront dans la radieuse beauté de l’écrit suprême. Devant l’image terne, indécise, souvent attristante de Louis XVI roi, s’'interpose l’image presque surhumaine de Louis XVI captif. Dans la lumière épurée où se détache le prince déjà touché de la marque divine s’évanouissent toutes les ombres dont le monarque s’enveloppa. Et à celui qui cueillit la palme du martyre, la postérité pardonnera de n’avoir pas su, quand il le fallait, saisir l’épée de justice