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ceux qui, au nombre de quelques centaines, avaient déjà quitté leur résidence, tous ceux enfin (et ils atteignent le chiffre de plusieurs milliers) qui, après avoir juré, se sont rétractés. De la liste des assermentés, il faut au contraire retrancher les ecclésiastiques non fonctionnaires qui y ont été indûment portés. Il importe enfin de revoir les états eux-mêmes et d’y réparer certaines omissions inspirées par le désir de ne présenter à l’Assemblée nationale que des statistiques agréables. Ces remaniements opérés, que reste-t-il de la majorité assermentée? Cette majorité ne se transforme-t-elle pas en minorité?
Ce n’est pas tout. Même si l’on accepte sans rectification les relevés rassemblés aux Archives, on ne saurait sans témérité en étendre par analogie les résultats et d’une enquête faite sur une moitié de la France conclure aux sentiments de l’autre moitié?
J’énumère les départements au nombre de 35 sur lesquels les statistiques manquent. En les relevant sur la carte,
j'en distingue une dizaine où les assermentés formèrent à
coup sûr la majorité. Telles furent les Basses-Alpes où « un dixième des prêtres seulement refusa de jurer (1) », l’Isère où de déplorables défaillances seraient insuffisamment compensées par les rétractations postérieures (2), l’Yonne qui suivit l’exemple de Brienne, son scandaleux archevêque (3), le Cher, où à part les districts de Bourges et de Sancerre, tout le reste faiblit (4), la Nièvre où le district de Cosne fournit, sur 38 prêtres, 35 jureurs (5). La Somme, avec ses serments qu dépassèrent 60 pour 100, ne fut pas
(1) Lettre du Directoire des Basses-Alpes, 21 mars 1791 (Papiers du Comité ecclésiastique, carton 87).
(2) À. M. DE FRANCLIEU, La persécution religieuse dans le département de l'Isère de 1790 à 1802, t. I, chap. v.
(3) Archives nationales. Papiers du Comité ecclésiastique, carton 98.
(4) V. M. de Puységur et l’église de Bourges pendant la Révolution, par le vicomte DE BRIMONT, p. 91 et sulv.
(5) Archives nationales. Papiers du Comité ecclésiastique, carton 80.
non plus bien fidèle; ei les prêtres, tout affolés de la pauvreté entrevue, s’excuseraient plus tard par ce dicton de Picardie : « À avoir faim, on perd ses sens ({) ». Quoique les documents positifs fassent défaut, on peut présumer, sans crainte appréciable d’erreur, que la Seine-et-Oise, la Seine-et-Marne et le Loir-et-Cher, encadrés entre des départements acquis à la Constitution civile, donnèrent pareillement une majorité aux idées nouvelles. Dans le département de Saône-et-Loire les deux parties se balancèrent à peu près : il y eut parmi les curés 345 jureurs, 313 réfractaires (2). Mais voici où la cause de l'Eglise romaine reconquiert tous ses avantages : parmi les départements dont les statistiques n’ont point été dressées ou ont été perdues, je remarque les contrées les plus attachées à l’Eglise, les plus défiantes vis-à-vis du nouvel ordre des choses. Dans les relevés officiels, on ne retrouve ni la Normandie peu entraînée, hormis l’Eure, vers la Révolution, ni la Sarthe, moins catholique que le Bas-Maïine, mais pourtant si pénétrée d’influences religieuses, nil’Ille-et-Vilaine où, d’après le propre témoignage des autorités « un quart à peine des prêtres a juré (3) », ni la Vendée où de l’aveu même du directoire départemental « il n’y eut presque pas deserments purs et simples » (4); ni l’Anjou où le pays saumurois accueillit avec faveur la Constitution civile, mais où la région au sud de la Loire ne fournit que quatre curés assermentés pour le district de Saint-Florent et deux pour le district de Cholet (5). Les tableaux statistiques font pareillement défaut, à l’est pour la Meurthe, au midi pour la Haute-Garonne. Or, la Meurthe, hormis Toul, se montra,
(1) Le SuEuR, Le clergé picard pendant la Révolution, t. IT, p. 96-105.
(2) Paul MonrarLor, Episcopat de Talleyrand. (Mémoires de la Société Eduenne, t. XXII, p. 137.)
(3) Lettre des administrateurs du département, k février 1791 (Papiers du comité ecclésiastique, carton 80).
(4) Lettre du Directoire de la Vendée, 16 mars 1791 (Papiers du comité ecclésiastique, carton 97).
(5) Célestin Porr, La Vendée angevine, t. I, p. 128-129.
à ce qu’on assure, très fidèle (1). Il en fut de même de la Haute-Garonne (2). En ce dernier département, le district de Revel ne fournit sur cent ecclésiastiques que six assermentés (3). Dans les états n’est pas compris davantage le Quercy où, selon un témoignage officiel, il y eut très peu de jureurs (4). On n’y retrouve point non plus les départements Cévenols : le Tarn où les cantons montagneux seraient, : à l’inverse de la plaine, très fermes dans la foi; l'Aveyron aux populations si chrétiennes; la Haute-Loire, où les districts du Puy et de Monistrol compteraient sur 143 curés 32 jureurs seulement (5); la Lozère qui ferait le désespoir de son évêque constitutionnel Nogaret en attendant que plus tard elle s’insurgeât. Ainsi se détachent, — à ne considérer que les régions privées de statistiques officielles et en laissant de côté les autres sur lesquels on s’est déjà expliqué, — ainsi se détachent quinze ou seize départements où le schisme eut peu de prise et qui compensent et au delà les déchets subis ailleurs.
Dans le bref du 13 avril 1791, où il condamnerait la Constitution civile, Pie VI exprimerait à deux reprises différentes, mais en termes non identiques, son sentiment sur le nombre des prêtres jureurs. En l’un des passages du document pontifical, les ecclésiastiques coupables de défaillance seraient considérés comme formant une minorité infime, presque négligeable. Ils ne seraient qu’une poignée : Perpauci. En un autre endroit, au contraire, une appréciation moins dédaigneuse prévaudrait, et le Saint-Père se contenterait d’affirmer que la majorité des pasteurs de
(1) MARTIN, Histoire du diocèse de Nancy, t. III, p. 94.
(2) SALVAN, Histoire de l’église de Toulouse, t. IV, p. 504.
(3) Lettre du procureur syndic du district de Revel, 14 février 1791 {Papiers du comité ecclésiastique, carton 81).
(4) Lettre du président de l’Assemblée électorale du district de Cahors, 23 mars 1791 (Papiers du comité ecclésiastique, carton 95).
(5) Histoire du diocèse du Puy-en-Velay, 1789-1802, par Ernest GONE, D. 121-122 |
second ordre (pastorum secundi ordinis major pars) s'était associée à la résistance des évêques. Volontiers je distinguerais entre ces deux jugements. Quand le pape englobe les assermentés dans lappellation générale de perpauci, il montre que vers les souverains ecclésiastiques comme vers les souverains laïques, la flatterie ne laisse monter que les nouvelles qui plaisent, et que, même dans le malheur, les grands ne sont pas préservés de cet autre malheur d’être circonvenus par l’adulation. Non, les assermentés ne furent point perpaucti; ils furent nombreux, très nombreux, et dans beaucoup de départements l’emportèrent. Mais quand, retrouvant par bon sens cette exacte mesure des choses que les complaisants lui dérobent, Pie VI donne à sa pensée un tour moins optimiste et estime que les prêtres fidèles furent simplement major pars, c’est-à-dire la majorité, il formule un jugement qui sera, je crois, celui de l’histoire. Qu’on calcule tout ce que la passion, tout ce que le désir de plaire à l’Assemblée a introduit d’omissions ou de grossissements dans les états officiels; qu’on tienne compte des accords plus ou moins avoués entre certaines municipalités et les curés pour dissimuler à l’autorité supérieure les restrictions dans les serments; qu’on suppute, si l’on peut, les rétractations qui, pendant tout l’été de 1791, viendront amoindrir l’armée des assermentés; que pour les contrées privées de statistiques, on mette en parallèle, en face des dix ou onze départements acquis à la Constitution civile, en face des six ou sept autres où les deux partis se balancent, les quinze ou seize départements compacts dans leur foi; qu’on rassemble, qu’on compare tous ces éléments; et l’on recueillera l’impression très nette que la même Cause qui eut pour elle le bon droit eut aussi pour elle, dans le clergé, la consécration du nombre. Quelle fut cette majorité? De la comparaison des états officiels, des déclarations consignées çà et là, de l’étude attentive des monographies provinciales, j’inclinerais à conclure que le chiffre
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des prêtres fidèles, si on pouvait en arrêter la liste six mois après la loi du serment, trois mois après le bref de Pie VI, varierait entre 52 et 55 pour 100, C’est une majorité faible, trop faible, et qui autorise bien des regrets, bien des remords aussi. Mais si j'hésite sur la proportion exacte de cette majorité, si je crois qu’elle fut modeste, très modeste, je suis persuadé qu’elle existe, et si jamais le dépouillement de toutes les archives départementales livre des chiffres précis, je ne doute guère que l’enquête définitive ne confirme cette conclusion.
L’ancienne Eglise était mutilée: il restait à créer l’Eglise nouvelle.
Il y aurait d’abord à pourvoir aux évêchés et à presque tous, quatre évêques seulement ayant satisfait à la loi.
Il y avait déjà eu quelques scrutins épiscopaux, à Quimper où M. Conen de Saint-Luc était mort, puis dans ceux des départements que l’ancienne organisation ecclésiastique
laissait sans évêché. Mais ce fut seulement vers la fin de
janvier 1791 que l’ensemble des élections commença. Le corps électoral ne serait composé ni du clergé qui eût discerné les lumières, ni du peuple chrétien qui, livré à son sens fruste, eût peut-être, d’une inspiration émue, découvert et acclamé la sainteté. L’évêque était un haut fonctionnaire et, comme l’avaient dit les administrateurs de la Côted'Or, un « ministre supérieur de la religion ». De cette conception fausse avait découlé l’idée non moins fausse de contier les choix épiscopaux à ceux qui nommaïient les hauts fonctionnaires. La loi du 22 décembre 1789 avait, comme on l’a déjà dit, conféré la qualité de citoyen actif, c’est-à-dire d’électeur dans les assemblées primaires, à ceux qui réunis-
saient les conditions suivantes : être Français et avoir prêté le serment civique, être, en outre, âgé de 25 ans, domicilié depuis un an dans le canton, non serviteur à gages, assujetti
enfin à une contribution équivalant à trois journées de tra-
vail. Ces assemblées primaires nommeraïent à leur tour, « dans la proportion d’un électeur par cent citoyens actifs », les électeurs de département ou électeurs du second degré. Ceux-ci, étant chargés d’élire les administrateurs de département, se trouveraient chargés pareillement d’élire les évêques.
Donc, ces électeurs d’élite furent convoqués. Le scrutin s’ouvrirait dans l’église-cathédrale un jour de dimanche. Pour se rendre au chef-lieu, l’empressement fut médiocre. C'était l’hiver. La fonction, toute nouvelle, étonnait un peu. Les plus scrupuleux parmi les catholiques se troublaient de ce vote comme d’une usurpation. Beaucoup d’entre eux se jugèrent sans mandat pour une mission si extraordinaire, Il arriverait donc que cesélections pour l'Eglise seraient surtout faites par ceux que l’Eglise intéressait le moins.
En beaucoup de cathédrales, le souci d'empêcher les
offices des chanoines avait fait fermer les grilles du chœur; parfois même le portail de la nef avait été clos, et le temple
déserté avait pris un aspect d'abandon. On rouvrit le sanctuaire, on arracha les scellés, on en détruisit les marques. Il importait d’effacer, pour la cérémonie prochaine, toutes les traces des sévérités récentes et de ne faire reluire aux yeux du public qu’un christianisme pacifiquement renouvelé. En plusieurs endroits, les autorités locales affectèrent une grande piété : à Lons-le-Saulnier, le procureur de la
commune, jugeant que l’élection épiscopale ne pouvait se
mêler d'aucun divertissement profane, éloigna de la ville une troupe d'acteurs qui étaient venus, vers ce temps-là, jouer la comédie (1). Ailleurs, les directoires de départe-
(1) Maurice PERROD, Vie de Moïse, évêque du Jura, p. 43.
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ment s’appliquèrent, par une proclamation préventive, à dissiper dans les masses toute surprise, à y graver au contraire le respect de la future assemblée. Les administrateurs du Pas-de-Calais s’exprimèrent en ces termes : « Les mesures nouvelles n’ont d’autre but que de remettre le choix des ministres de la religion au plus digne organe, c’est-à-dire à la voix du peuple appelée par l’Ecriture-Sainte la voix de Dieu, à la voix du peuple qui proclama jadis les Chrysostôme, les Ambroise, les Augustin (1) ». Les Amis de la Constitution saluèrent pareillement de leur bienvenue les électeurs. Il leur arriva même, ainsi qu'ils firent à Soissons pour l’abbé Grégoire, de recommander l’un des candidats (2). Parmi les gens des clubs, la Constitution civile plaisait à tout le monde, aux modérés qui l’aimaient pour elle-même et aux violents qui n’y voyaient qu’une étape.
Le grand jour vint. Dès le matin, les cloches sonnèrent à toute volée. Les délégués firent leur entrée. [ls étaient peu nombreux, un peu gênés de leur rôle, tout étriqués dans leur sévère costume noir et, quoique toute la révolution s’incarnât en eux, ils semblaient bien petits sous les hautes nefs qu'avait édifiées la foi des siècles. Dans l'assistance, il y avait très peu de catholiques zélés, beaucoup de catholiques tièdes, un nombre plus considérable d’incrédules, par surcroît, des protestants, voire même quelques juifs. Toutefois, dans le Haut-Rhin où régnaient de vieilles habitudes de bienséante tolérance, les luthériens eurent la sagesse de s’abstenir (3). Le droit de vote était subordonné à l’audition préalable de la messe. On la célébra, et très longue avec le Ven: Creator, le sermon et le triple domine salvum fac pour la nation, pour la loi, pour le roi. Tous écoutèrent jusqu’au bout avec une
(1) DERAMECOURT, Le clergé du diocèse d’ Arras pendant la Révolution, MER p.159:
(2) FLEURY, Le clergé du département de l’ Aisne pendant la Révolution, t [, p. 196.
(3) VÉRON-RÉVILLE, Histoire de la Révolution française dans le département du Haut-Rhin, p. 54.
. remarquable endurance, les catholiques, parce qu’il s'agissait
de la messe, les autres, parce que la religion mutilée valait bien de perdre deux heures. La suite exigerait d’ailleurs une bien autre patience. Il faudrait entendre le discours du doyen d'âge, nommer un président, un secrétaire, ouir de la bouche de chacun des assistants le serment civique, puis le serment de choisir le plus digne, élire les scrutateurs, subir entre temps quelques harangues supplémentaires. Bien avant qu’on eût épuisé toutes ces formalités, la nuit était tombée, et on dut le plus souvent s’ajourner au lendemain. L’inexpérience ignorait l’art d’abréger. Parfois la nécessité de recommencer l'élection prolongea aussi la durée de l’assemblée : à Arras, les opérations durèrent quatre jours; à Laon, où la surabondance des harangues dépassa toute imagination, eltes ne s’achevèrent que le sixième jour. *
£n quelques diocèses, on put surprendre une tentative des non-conformistes pour se compter sur le nom de l’évêque insermenté. En général, la manœuvre échoua, les plus fervents des catholiques étant restés chez eux et Pancien épiscopat étant peu populaire : à Troyes, M. de Barral n’obtint qu’un nombre insignifiant de voix; à Tulle, M. de Saint-
Sauveur en eut 30; à Besançon, M. de Durfort, quoique
très respecté, n’en recueillit que 20 (1). Si les prélats de l’ancien régime ne rencontraient que tiédeur, les nouveaux candidats n’éveillaient eux-mêmes que de molles sympathies. L'élection s’accomplit par nécessité de faire un choix, par lassitude, presque jamais par acclamation. Les élus obtinrent dans le Pas-de-Calais 214 voix, 200 dans l’Aisne, dans la Corrèze 85. Ce n’était guère plus de la moitié des suffrages exprimés. En d’autres diocèses, la proportion fut plus forte, mais sans que l’élan se marquêt par une quasi-unanimité. Dans la Vendée, sur 471 électeurs, 173 seulement se présen-
(1) V. Albert BABEAU, Histoire de Troyes, t. 1, p. 414. — René FAGES,
Le diocèse de Tulle pendant la Révolution, p. 21. — SAUZAY, Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Doubs, t. I, p. 383.
tèren!; sur ces 173, 28 s’abstinrent et l'élection se fit à 77 voix; un peu plus tard, à une seconde élection, le candidat élu ne recueillerait plus que 57 suffrages (1). Comme dans les scrutins politiques (au moins ceux d’autrefois), il y eut quelques élections multiples : Grégoire, Charrier de la Roche furent élus deux fois; Gobel, quatre fois. Les documents contemporains permettent de déterminer dans quelles proportions les diverses catégories d’ecclésiastiques concoururent à recruter l’épiscopat nouveau. On nomma 13 religieux, dont, 4 oratoriens, 4 professeurs, 53 curés. Le reste se composa de chanoines ou de simples prêtres.
Sur ces formes électorales très humaines, il fallait plaquer le vernis des choses sacrées. La Constitution civile avait conféré au métropolitain la confirmation canonique. La première expérience du régime nouveau n'avait point été heureuse, et l’abbé Expilly, élu dès la fin d’octobre évêque de Quimper, avait vainement cherché qui l’instituerait,. Instruite par cet échec, l’Assemblée, par une loi du 15 novembre 1790, avait organisé, en prévision des refus, une procédure bizarre autant que compliquée. Si le métropoli- ‘tain refusait l'institution, l’élu, accompagné de deux notaires, se présenterait tour à tour chez chacun des évêques suffragants, jusqu’à ce qu’il en trouvât un qui voulût bien linstituer. Si l'exploration était infructueuse jusqu’au bout, le prélat nommé n’aurait d’autre ressource que de congédier les deux officiers publics et de s’adresser au tribunal du district qui, devenu juge de la foi, de la discipline et des mœurs, validerait ou annulerait l’opposition. Dans le premier cas, l'élection serait déclarée non avenue et les électeurs seraient de nouveau convoqués; dans le second cas, le tribunal, de plus en plus éclairé d’en haut, désignerait lui-même l’évêque chargé de donner l'institution. Le prestige des Constituants n’avait pu sauver du ridicule cette combinaison, et ce voyage
(1) CHASSIN, La Préparation de la guerre de Vendée, t. I, p. 176 et suiv., p. 336.
d’évêché en évêché, en compagnie de deux notaires, avait fortement éveillé la gaieté publique. L'Assemblée ne s'était nullement déconcertée, et avec l’aisance le ceux qui, pouvant tout, se déjugent à leur gré, avait en toute hâte expédié le 27 janvier 1791 un second décret aussi simple que celui du 45 novembre était compliqué. Désormais, plus de sollicitations, plus de voyages successifs et surtout plus de notaires. Aux termes de la loi nouvelle, valable pour une année, les élus, s’il n’y avait dans leur arrondissement métropolitain aucun évêque s'étant soumis à la loi, s’adresseraient au Directoire départemental, et celui-ci leur désignerait, sans aucune limitation de lieu, un prélat français assermenté qui procéderait à la fois, à la confirmation canonique attributive de juridiction, et à la consécration d’où dériverait le caractère épiscopal.
Le choix paraissait très large et était, en fait, très restreint. Il fallait un évêque assermenté. D’évêques assermentés, il n’y en avait que quatre, défalcation faite des évéques in pariibus qui, décidément, manquaient de prestige. De ces quatre évêques, Lafont de Savine, évêque de Viviers, était loin et se dérobait. Le cardinal de Brienne et M. de Jarente déclinaient la fonction : à l’un et à l’autre on attribuait ce joli mot, forgé sans doute après coup : « Je jure, mais je ne sacre pas. » La conjoncture ne laissait pas que d’être embarrassante. Les élus étaient très disposés à se passer de l’institution donnée par Rome, mais ils ne pouvaient se passer du caractère épiscopal, qui ne serait valablement conféré que par ceux qui l’avaient reçu. Expilly, élu le 31 octobre évêque de Quimper, Marolles, élu le 21 janvier évêque de Soissons, s'étaient épuisés en démarches inutiles. Seul Talleyrand restait. Il consentit à prêter son ministère pour l’institution canonique, pour la consécration; par là il sauva l'Eglise nouvelle qui, sans lui, eût été condamnée, soit à disparaître, soit à verser dans le presbytérianisme.
La cérémonie fut fixée au 24 février. Ce fut un grand jour