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pour l'Eglise constitutionnelle. Le lieu serait l’Oratoire du Louvre. Les prélats à consacrer seraient Expilly et Marolles. On a rapporté qu’à l’approche de l’acte décisif, Talleyrand se troubla. Etait-ce remords? N’était-ce pas plutôt crainte de quelque vengeance? Car des lettres anonymes pleines de menaces lui furent envoyées. La veille, il découcha et passa la nuit à l’Oratoire. On a prétendu aussi que Marolles, travaillé lui-même par un reste de perplexité, débattait encore au dernier moment avec les casuistes la légitimité du serment. Le 24, dès le matin, l’église fut entourée par la garde nationale, garde à double fin, constituée pour l’honneur et aussi pour la sécurité. Les oratoriens n’avaient été avisés que la veille, de la cérémonie qui s’accomplirait chez eux. Leur supérieur venait de mourir. Le P. Poiret, qui les gouvernait comme père assistant, était acquis à la Constitution civile. Ceux d’entre eux qui étaient fidèles — et ils formaient la majorité — s’échappèrent dès le matin, de peur d’être englobés dans la scène du sacre, et ne revinrent que le soir. À neuf heures Talleyrand parut à l'autel. Il avait pour acolyte l’évêque 17 partibus, de Babylone, M. Dubourg- Miroudot, et Gobel, qui n’était point encore évêque de Paris, Dans le chœur, peu de prêtres, mais seulement quelques frères en surplis et, dit une relation du temps, « quelques petits ecclésiastiques ». En revanche, dans la nef, se déploya tout l'appareil officiel. Ils étaient là, tous ceux qui représentaient la royauté doublement emprisonnée dans la Constitution politique et dans la Constitution du clergé, tous ceux qui, triomphateurs aujourd’hui, ne seraient plus demain que des Feuillants. Nul ne manquait, ni Duport, président de l’Assemblée, ni Bailly, ni Lafayette, ni le garde des sceaux Duport-Dutertre. Un orchestre militaire remplaça les orgues muettes. Cependant un prêtre fidèle s’était glissé dans l’enceinte. C'était M. de Sambucy, maître des cérémonies de Saint-Sulpice, envoyé à l’Oratoire par M. Emery. M. de Sambucy suivit la consécration et rapporta que le rite habituel
avait été observé. Toutefois il n’y eut pas de serment de fidélité au pape. En outre, les bulles pontificales ne furent pas lues, mais par cette raison fort simple qu’il n’y en avait pas (1). Quand la cérémonie fut achevée, Talleyrand déposa pour toujours les ornements sacrés, n’ayant plus qu’un désir. celui de quitter l’Eglise qui, décidément, ne mènerait plus a rien. Tandis qu’il rêvait de n’être plus évêque, Gobel, son acolyte, rêvait aussi, mais de l’être à Paris. Les deux nouveaux prélats furent reconduits chez eux à pied, au son d’une musique guerrière. Dans la journée, ils parurent à l’Assemblée, dans leur costume tout neuf, avec la croix pectorale. On leur fit grande fête, et on salua en eux les ministres d’une religion arrachée au fanatisme. Une humiliation attendait le roi, celle de subir la visite des nouveaux élus. Sans plus tarder, ils lui furent présentés. Marolles fit un discours. L’attitude de Louis XVI ne fut n1 celle du politique qui déguise ni celle du chrétien qui se redresse. Il entendit la harangue avec cet air brusque, embarrassé, vaguement étonné qui désolait ses amis. Aux évêques, il répondit par ces simples mots, prononcés d’un accent à la fois rude et débon-
naïre : « Je vous remercie de vos sentiments pour moi. » Et
il leur tourna le dos.
Le grand obstacle était surmonté. Dès lors, les consécrations s’engendreraient comme un grain de blé devient moisson. Expilly et Marolles, sacrés le 24 février par Talleyrand, participèrent, le 27 février, au sacre de Saurine, évêque des Landes. Saurine, évêque des Landes, sacré le 27 février, sacra à son tour le 13 mars cinq de ses con rères. Lindet, évêque de l’Eure, sacré le 6 mars, rendit le 20 mars le même
obligeant office à Bécherel, évêque de la Manche, à Maudru,
évêque des Vosges, à Robert, évêque de la Charente-Inférieure. Les rites de l’Eglise complétaient la vertu des suffrages et à la voix du peuple s’ajoutait, disait-on, la voix de
(1) M. GosseLin, Vie de M. Emery, t. I, p. 256.
Dieu. Talleyrand s’était éloigné, méprisant plus encore que sceptique, et laissant opérer les dit minores de l’épiscopat. Les lieux varièrent pour les cérémonies. On se réunit cinq fois à l’'Oratoire de la rue Saint-Honoré, puis à Notre-Dame, et enfin à Saint-Roch. Plus tard, on fonctionnerait pareillement en province. À certains jours l’huile sainte se dépensa à profusion : on sacra 9 évêques le 27 mars, 15 le 3 avril, 10 le 10 avril. Le 26 avril, il y avait 60 évêques sacrés (1). C'était assez pour le culte; il ne restait qu’à conquérir le respect. Entre tous les consécrateurs, le plus actif fut Gobel. On a calculé que, du 27 février au 26 avril, il sacra à lui seul 36 évêques. En manœuvre il acheva la besogne qu'avait dégrossie Talleyrand. Entre temps 1l avait reçu sa récompense. Etant le plus médiocre, il fut le plus élu. Simple suffragant de l’évêque de Bâle, il fut proclamé évêque quatre fois, à Agen, à Colmar, à Langres, à Paris. Entre tous ces sièges il choisit très particulièrement celui de Paris.
On était amplement muni d’évêques. Il fallait trouver des curés.
A Paris, où les serments avaient été nombreux, où les ambitions étaient très éveillées, les vides purent être assez aisément comblés. Une circonstance d’ailleurs simplifia opération. Le remaniement du clergé coïncidait avec le remaniement des circonscriptions paroissiales. Beaucoup de paroisses, qui ne répondaient plus à aucun besoin, venaient d’être supprimées : sur 52, 33 seulement avaient été maintenues. Il se trouva donc qu'il n’y eut à élire que 17 curés nouveaux. Pendant tout le mois de février, pendant tout le mois de mars, chaque dimanche, les électeurs du district de Paris se réunirent à Notre-Dame. On put admirer leur patience. Quoique francs-maçons en assez grand nombre, ils entendaient d’abord la messe, non expédiée à la hâte mais chantée. Puis ils se rassemblaïent dans
(1) Pisant, Répertoire biographique de l’épiscopat constitutionnel, p. 455-456.
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leurs bureaux. On votait. On dépouillait les suffrages. Souvent la dispersion des voix exigeait plusieurs scrutins. La séance s’interrompait quelques instants vers le milieu du jour, puis se reprenaït pour ne finir qu’à sept heures. Le prix de cette fastidieuse fatigue était chaque dimanche l'élection de deux curés. Tout s’allongeait, par les compliments du président, par les remerciements des élus, car on n’abrégeait pas plus les harangues que la messe. Pendant neuf dimanches consécutifs les assemblées se continuèrent. L’ennui de cette servitude hebdomadaire ne se trahit que dans les deux dernières semaines où le chiffre des assistants fléchit de 550 membres à 350. Du scrutin, aucun nom ne sortit qui fût illustre ou qui dût plus tard le devenir. Le plus notable parmi les élus fut le nouveau curé de Saint-Sulpice, l’oratorien Poiret, vieillard bon, charitable, d’esprit cultivé, d'âme un peu vaine, qui mourrait plus tard dans la terreur de la Révolution grandissante. Plusieurs déclinèrent leur élévation, soit par scrupule ou pour infirmités, soit par pudeur de remplacer d’anciens amis; d’autres aussi se dérobèrent, ayant trouvé mieux : tel fut Minée, nommé évêque de la Loire-Inférieure. On possède les discours des élus (1). Ils sont imprégnés de sentiments généreux, d’une charité banale, mêlée d’un peu de fiel contre le passé, d’une phraséalogie où toute idée se dilue au point de se noyer. Le 27 mars, après avoir élu 17 curés, les électeurs se séparèrent, doublement charmés de leur besogne et surtout qu’elle fût finie. Dans leur joie, avant de rentrer chez eux, ils remercièrent un peu tout le monde, leur président, le clergé, la garde nationale et résolurent, par surcroît, de se remercier eux-mêmes. Ils décidèrent qu’en mémoire de leurs travaux, une médaille serait créée qui porterait d’un côté la figure de Minerve, de l’autre les attributs de la Justice et de l'Eglise. Hélas! la médaille n’aurait pas meilleure
(1) V. Etienne CHARAVAY, Assemblée électorale de Paris, p. 475 et suiv.
fortune que la Constitution civile elle-même, car le projet serait rapporté et jamais elle ne serait frappée.
" Autant il fut aisé à Paris de pourvoir aux cures vacantes, autant les remplacements susciteraient d’embarras dans les départements. Dès les premiers jours de janvier 1791, commencèrent à arriver des rapports effarés. Ils venaient de PAlsace, du Languedoc, du Poitou, de la région du Centre, On redoutait la pénurie de sujets pour remplacer les insermentés; on craignait les révoltes de l'esprit public. Le directoire de l’Hérault allait jusqu’à demander à l’Assemblée de surseoir à l’envoi des décrets dans les départements du Midi jusqu’à ce que ceux du Nord, moins influencés par le fanatisme, eussent donné l’exemple (1). Déjà presque achevées à Paris, les élections pour les cures ne faisaient que commencer dans les provinces. Elles s’accomplissaient une à une, péniblement, au milieu des refus, des avanies, des mécomptes. Quelques jours auparavant, Mirabeau, dans un accès de sincérité, avait dit : « Si l’Assemblée se figure que la destitution de vingt mille prêtres ne produira aucun effet dans le pays, c’est qu’elle a d’étranges lunettes. » On va voir la prévision se vérifier.
Vers la fin de l’hiver, dans les chefs-lieux de département, les populations virent arriver le nouvel évêque. Pour l’entrée solennelle toutes les pompes se déployèrent, pompe civile, religieuse, militaire. Les municipalités allèrent jusqu’à une demi-lieue de la ville à la rencontre de l’élu. Là commencèrent les harangues dont le nombre bientôt ne se
(1) Archives nationales, Papiers du comité ecclésiastique, carton 95. — V. aussi cartons 81, 86 et passim.
compterait plus. Le canon tonna, toutes les cloches vibrèrent, la garde nationale et la troupe firent la haïe. Sur les flancs du cortège une foule compacte se pressait, le peuple étant attiré par curiosité et les officieux étant venus par ordre. Par les portes toutes grandes ouvertes de la cathédrale, se découvrait la nef, ornée comme aux grands jours et, dans le fond, le chœur tout scintillant de flambeaux. Pour embellir le temple, les gens d’église avaient parfois trouvé des concurrents très inattendus : à Troyes, les membres du club, très excités en faveur du nouveau culte, avaient revendiqué le soin de parer eux-mêmes l’autel (1). C’est au milieu de ces pompes que le cortège franchissait le portail; autour de l’évêque, des prêtres, mais en petit nombre; en revanche beaucoup de fonctionnaires; puis, au milieu d’eux, des hommes habillés de noir, humbles de costume, mais déjà dominateurs, qui représentaient la Société des amis de la Constitution et allaient, suivant le langage du temps, « rendre leurs actions de grâce à l’Eter-
nel ». Ces actions de grâce ne furent, en style vulgaire, rien autre chose que la messe. Elle fut, en divers lieux, agrémentée
d’une façon imprévue. Au Mans, à ce que rapporte un journal, « les musiciens citoyens et ceux du régiment de Chartres jouèrent l’air délicieux et national du Ça zra (2) ». Il en fut de même à Sainte-Claude (3). Le même air, qualifié d’air de circonstance, retentit à Meaux, à ce qu’il paraît, au moment même de l’Elévation. Hormis ces singularités, rien ne manqua au rite accoutumé, et le nouvel élu reparut tout à fait évêque d’ancien régime par les hommages qu’on lui rendit. Aucun fâcheux ne troubla les fêtes. À peine remarqua-t-on çà et là deux ou trois perturbateurs qui
(1) BABEAU, Histoire de Troyes, t. 1, p. 434.
(2) Journal général de la Sarthe (cité par Prorn, Histoire de l'église du Mans pendant la Révolution, t. I, p. 180).
[3) Journal patriotique de Sainte-Claude (cité par M. PERROD, Vie de Moïse, évêque du Jura, p. 68).
furent, avec une célérité discrète, emprisonnés. L’aprèsmidi fut consacré aux réjouissances, le soir à des banquets civiques. À la nuit les illuminations s’allumèrent : elles furent superbes, d'autant plus superbes qu’en divers endroits elles furent obligatoires, sous peine de dix livres d’amende.
Au chef-lieu du département les catholiques fidèles n'étaient, en général, que minorité : c’était une minorité ardente, toute frémissante sous le joug qui s’alourdissait.
Avec une malice fort aiguisée, ils se donnèrent l’âpre plaisir
de scruter ceux qu'ils étaient contraints de subir. Le lendemain de la cérémonie, ils dénombrèrent ceux qui remplissaient l’église, recueillirent les bruits, notèrent après coup les gestes, les paroles, les attitudes. Celui-ci, comme Lamourette à Lyon, était entré dans sa cathédrale « en conquérant d’évêché »; celui-là, comme Porion à Arras, officiait à « la manière d’un grenadier qui fait l'exercice ». Un soin attentif épia toutes les démarches des nouveaux pasteurs. La surprise fut grande, le scandale aussi, quand on sut que quelques-uns avaient réservé pour les clubs leur première visite, à la façon des députés qui tout d’abord remercient leurs électeurs. Au Mans, Prudhomme, pourtant modéré, s’empressa de porter ses hommages au Club des Minimes. A Laval, l’évêque Villar, non moins modéré, fut appelé, dès le lendemain de son arrivée, à présider la Société des Amis de la Constitution (1). À Grenoble, les mêmes honneurs de la présidence furent conférés à l’évêque Pouchot, qui en témoigna « sa plus respectueuse reconnaissance (2) ». L’évêque de Tulle, Brival, fit mieux : ce ne fut pas lui qui alla au club : ce fut le club qui émigra chez lui et pour quelque temps s’installa à l’évêché (3).
(1) PIoLIN, Histoire de l’église du Mans pendant la Révolution, t. I, p. 202 et 204.
(2) Journal patriotique de Grenoble, 24 mai 1791 (A. M. DE FRANCLIEU, La Persécution religieuse dans l'Isère, t. I, appendice n° XVIII).
(3) Registre de la société des Amis de la Constitution de Tulle du
La médisance s’exerçait sans remords, s’abritant sous la foi à défendre et se jugeant non péché, mais vertu. On fouilla les origines, on scruta les mœurs. Tel avait dû sa mitre aux influences de sa famille. Tel autre n’avait été élu que sur le refus d’ecclésiastiques plus scrupuleux. Très excités, les prêtres orthodoxes épiaient tout ce qui frapperait les imaginations. À Quimper, quand Expilly fit son entrée solennelle dans la cathédrale, l’air jusque-là d’une pureté admirable s’obscurcit tout à coup; les nuages s’abaissèrent comme s'ils voulaient raser jusqu'aux tours de l’église; à travers l'atmosphère déchirée, soudain le tonnerre éclata, et dans le croyant pays de Cornouailles, cette tempête dans un ciel calme parut à plusieurs un signe divin. A Poitiers, l’évêque Lecesve venait d’être nommé. II mourut subitement. C'était le Vendredi-Saint; et ce trépas tragique, au milieu du deuil de l’église, secoua comme d’un frisson l’âme superstitieuse du peuple.
La critique du vainqueur est la consolation des vaincus. On observa que l’ancien régime en mourant avait transfusé ses vanités dans le régime nouveau. Les élus avaient beaucoup raillé les ornements fastueux qui étaient portés par d’autres : on remarqua qu’à leur tour ils mettaient à leur rochet tout ce qu’ils pouvaient de dentelles, étalaient complaisamment leur croix pectorale, plaçaient leur coquetterie à faire chatoyer leur bague toute neuve en distribuant les bénédictions. — Jadis Voltaire avait raillé les évêques du dixhuitième siècle qui, par une habitude récente, commençaient à se faire, disait-il, « Monseigneuriser »: l’appellation charma les oreilles des prélats démocratiques, et parmi les ruines de tant de titres abolis, le nom de Monseigneur, gardé par un grand nombre dans l’intimité des palais épiscopaux, marquerait une prééminence qui survivrait à tous les nivellements. — On - avait beaucoup jalousé les grands vicaires d’autrefois, jeunes
29 mars et du 6 avril 1791 (Comte DE Sercnac, Scènes et portraits de la Révolution dans le Bas-Limousin, p. 196).
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prêtres souvent fats et fastueux, laissant aux autres le travail et ne gardant pour eux que les honneurs : quand on eut vu s'installer les vicaires épiscopaux, plusieurs, et non parmi les moins clairvoyants, pressentirent les prochains scandales. Les nouveaux venus s’appelaient Ysabeau à Tours, Chabot à Blois, noms déjà suspects, bientôt sinistres, et l’on regretta ceux qui n'étaient qu'inutiles. — Les évêques de l’ancien régime s’étaient corrompus par leurs richesses : il parut bientôt que leurs successeurs ne goûteraient que chez les autres la pauvreté évangélique. Bien que leurs traitements fussent considérables pour le temps, on les vit dès le premier jour solliciter, sous le nom assez humble de gratifications ou de secours, toutes sortes d’allocations supplémentaires. Celui-ci avait dû «acheter trois chevaux et, en outre, répandre de bons ouvrages » (1). Celui-là avait dépensé tout son argent pour ses voyages et son sacre. Un troisième prétextait, sans préciser davantage, les « exigences de la décoration épiscopale (2) ». Un quatrième, comme l’évêque de Cambrai, invoquait, à l’appui d’un crédit extraordinaire, l'étendue de son diocèse (3). Puis il y avait ceux qui n’étaient point satisfaits de leur installation : l’évêque de l’Ariège demandait que son palais épiscopal fût reconstruit; celui des Basses-Pyrénées qu’il fût restauré; car il était, disait-il, « démeublé et détérioré ». Ce qui transpirait de ces exigences ne laissait pas que d’égayer dans les petites villes les entretiens des « fanatiques et des aristocrates ». — Cependant, au bout de quelques semaines, on vit s’éloigner discrètement de leur diocèse, ni plus ni moins que des prélats de cour, bon nombre des nouveaux élus. Ils se rendaient à Paris, les uns pour les séances de l’Assemblée, les autres simplement pour l'intrigue. Alors on rappela, non sans à-propos, tout ce que naguère ils avaient fulminé contre la non-résidence.
(1) Archives nationales. Papiers du Comité ecclésiastique, carton 93. (2) Zbid., carton 88.
(3) Zbid., carton 87.
Cette petite revanche des opprimés serait pour les oppresseurs médiocre péril. Au fond, les évêques importaient peu : on avait peu connu les anciens, et on ne se souciait guère des nouveaux. Ces petits ridicules demandaient, pour être saisis, une culture plus raffinée que n’était celle du vulgaire. Toutes ces colères se dissiperaient en propos de salons, en badinages élégants, en petites feuilles imprimées ou manuscrites, olissées sous les portes, en chansons surtout et qui bientôt ne se compteraient plus. Ce serait une opposition, toute étendue en surface, restreinte à ce qu’on appelait alors la bonne compagnie, et qui n’atteindrait pas les profondeurs de l’âme populaire. Mais voici où résiderait le vrai danger :
Les populations des campagnes jusqu'ici n’étaient point touchées. Elles voyaient, sans déplaisir, morceler les biens des monastères, et c'était tout. À peine savaient-elles qu’il y eût une Constitution civile et surtout que cette Constitution civile pût les atteindre jamais. Là-bas, le curé n’était point toujours aimé, point toujours populaire, mais jamais il n’était indifférent ou inconnu. Si un jour, subitement, il cessait de monter à l’autel, s’il cessait de célébrer par ses rites, d’authentiquer par sa plume les principaux actes de la
. vie, la naissance, le mariage, la mort, l'événement serait grand
dans le village et la surprise aussi. Si on apprenait que le dépouillement n’était pas volontaire, et si le prêtre dépossédé descendait à l’état de suspect dans la paroisse même dont il avait été le pasteur, la surprise se nuancerait de trouble. Si ce prêtre, pourvu d’un successeur, mais encore résidant au milieu de ses ouailles, dénonçait ce successeur comme schismatique, comme séparé de l’Eglise universelle, et menaçait de damnation quiconque le suivrait, les consciences se secoueraient tout à fait, avec le frissonnement du salut éternel compromis, avec une première poussée d’irritation contre le nouveau venu, perturbateur du repos. Si l’ancien curé était aimé, si le curé nouveau était inconnu ou bien encore trop connu, l’hostilité s’accentuerait de tout ce
. que l’un inspirerait de regrets, de tout ce que l’autre éveil-
lerait de répulsion. Entre deux prédications contraires, la confiance irait à celle qu’on avait toujours entendue, et êes âmes frustes et simplistes se diraient qu’on ne saurait pécher en suivant fidèlement la voie où les ancêtres avaient marché. La puissance civile, en intervenant, intimiderait les esprits faibles, mais achèverait de buter les esprits obstinés qui s’exalteraient de la persécution même. Alors le fruit empoisonné de la Constitution civile se trouverait mûr, et alors aussi, bien loin de Paris, au fond des provinces, la résistance, la vraie résistance éclaterait.