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de ses cheveux blancs. Sur le cercle, elle avait gravé ces mots : « Blanchis par la douleur (1) ».
Comme le roi rentrait en prisonnier dans les Tuileries, un mot se propageait, celui de déchéance. On l’inmprimait dans les journaux, on le traçait sur les affiches, on le clamait dans les cafés, on le vociférait dans les clubs. À ce mot, les Constituants sentirent passer en eux un frissonnement de terreur. Depuis deux ans, de leurs mains imprévoyantes, ils travaillaient à détruire l’abri monarchique. Quand ils virent l’édifice sur le point de crouler, ils reculèrent dans une immense frayeur d’avoir trop réussi.
On vit alors une chose singulière : Barnave, cet adversaire implacable, devenant l’avocat de la royauté. Les comités de l’Assemblée s’étaient réunis, au nombre de sept, pour débattre la question qui naissait de l’événement de Varennes, à savoir celle de la mise en jugement ou de l’inviolabilité de Louis XVI. Ils avaient conclu à ce que les auteurs ou complices de la tentative fussent poursuivis; mais ils n’avaient pas nommé le roi et, en ne le nommant pas, le sauvaient. Ainsi la royauté se trouvait maintenue, mais un peu honteusement, par l’effet implicite d’une sorte d’arrêt de non-lieu. La discussion publique s'étant ouverte le 43 juillet, il fut visible que le projet des comités rallierait le plus grand nombre des suffrages. Les seuls adversaires furent Robespierre, Prieur, Grégoire, c’est-à-dire une infime minorité. Le reste de la gauche voulait maintenir la suspension du roi jusqu’à ce que la Constitution fût présentée au prince et acceptée par lui, mais en revanche entendait garder la monarchie et l’inviolabilité royale. Cependant il importait de grandir le débat, de relever Louis XVI audessus de la condition d’un accusé épargné mais avili, de substituer à l’image d’un replâtrage imparfait celle d’une reconciliation nationale. Ce fut Barnave qui, le 15 juillet,
(1) Madame CAMmMPAN, Mémoires, t. II, p. 150-511.
entreprit cette tâche. Ses convictions nouvelles, faites de sagesse, faites aussi de générosité, de remords peut-être, animérent sa parole d'ordinaire sèche et froide autant que lucide, et lui inspirèrent des accents que jamais il n’avait rencontrés, que jamais non plus 1l ne retrouverait. Il proclama que la Constitution, pour être bonne, devait assurer, au même titre que la liberté, la stabilité dans le gouvernement. [l repoussa le système fédératif et l’assimilation de la France aux Etats-Unis. Il montra qu’on ne répudierait Pancienne royauté inviolable que pour se livrer à des dictatures de circonstance ou d’entrafnement. La Révolution est faite, continua-t-il; il ne reste plus qu’à la fixer; car la seule aristocratie qui resterait aujourd’hui à détruire serait celle de la propriété. Le discours se termina par un touchant et grandiose appel à la modération, à la sagesse, à la paix. « Barnave, a écrit Montlosier, fut, en cette séance,sublime(1).» Et en l’entendant, on put se rappeler un mot que Mirabeau, souvent dédaigneux, avait un jour dit de lui: « C’est un jeune arbre qui pourra devenir mât de vaisseau (2). » Puis il avait ajouté comme en se reprenant : « Si on le laisse croître. »
Une minorité, insignifiante par le nombre, redoutable par la turbulence, travaillait à précipiter le courant que l’Assemblée voulait contenir. Une pétition pour la déchéance du roi fut déposée au Champ-de-Mars. Tous les citoyens , furent conviés à la signer. C’était le dimanche 17 juillet. Ce jour-là, dès le commencement de l’après-midi, l’esplanade se remplit d’une foule ardente, toute prête pour l’émeute. L'autorité se décida à sévir. Vers six heures du soir, la garde nationale, avec Bailly, La Fayette, les officiers municipaux, se porta sur le lieu du rassemblement. Du milieu des groupes partirent des pierres suivies d’un coup de feu. Les gardes nationaux tirèrent d’abord en l’air, puis
(1) MONTLOSIER, Mémoires, t. II, p. 242.
(2) Etienne DumonrT, Souvenirs, p. 248.
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