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tout de bon. Terrifiée, la foule se dispersa. Suivant les rapports officiels, peut-être un peu atténués, il y eut une douzaine de morts (1). Le lendemain, le peuple de Paris parla de mille, de deux mille et même de quatre mille tués. Aïnsi. se grava, dans l’imagination des masses, le souvenir du massacre du Champ-de-Mars. L’événement ferait, trois ans plus tard, une autre victime, Baïlly lui-même, condamné pour cette répression à l’échafaud.
Cette fois, on ne pouvait accuser ni la Cour qui était impuissante ni le roi qui était captif. Désormais les suspects n'étaient plus seulement les monarchistes purs comme Maury et Cazalès, ou les modérés comme Malouet. Dans la même appellation seraient enveloppés tous les constitutionnels, c’est-à-dire toutes les idoles d’hier, La Fayette, Bailly, Barnave, Duport, Alexandre de Lameth. Réduite à la dure nécessité de réprimer, l’Assemblée, sans exercer comme on l’a prétendu « une terreur bourgeoise », déploya contre le désordre une énergie inattendue. Une information fut commencée contre les instigateurs ou complices des troubles récents. Robespierre se cacha. Danton se réfugia à Arcis-sur-Aube, puis partit pour Londres. Une loi fut rendue contre les attroupements. Les plus modérés parmi les Jacobins allèrent fonder tout près de l’Assemblée un nouveau club qui emprunta au nom du couvent où il fut installé le nom bientôt fameux de club des Feuillanis. On allait coordonner les décrets constitutionnels. Plusieurs se flattèrent que cette revision fournirait un prétexte pour fortifier un peu le pouvoir royal trop désarmé. Des pourparlers s’engagèrent à cet effet entre Malouet, Barnave, Le Chapelier (2). Attentif à ces symptômes, le ministre des affaires étrangères, M. de Montmorin, écrivait à M. de Noailles, ambassadeur à Vienne : « Les meilleurs esprits
(1) Procès-verbal lu par Bailly à l’Assemblée constituante, séance du 18 juillet 1791.
(2) MALOUET, Mémoires, t. II, p. 151 et suiv.
de l’Assemblée nationale, ceux qui jusqu’à présent y ont eu le plus d’influence, se sont réunis et se concertent avec les véritables serviteurs du roi pour soutenir la monarchie et rendre à Sa Majesté l’autorité nécessaire pour régner. » Cependant une puissance, d’abord flattée comme un moyen de règne, celle des clubs, effrayait par ses incroyables usurpations. Le 21 août 1791, le garde des sceaux, Duport- Dutertre, et après lui le ministre de l’intérieur Delessart, dénoncèrent les excès des sociétés populaires. Un peu plus tard, un décret serait rendu qui interdirait aux clubs de « mander à leur barre les fonctionnaires ou les citoyens, de contrarier les actes de l’autorité légale, de présenter des pétitions en nom collectif, d’usurper à leur profit la puissance publique »;'et rien n’égalerait la prévoyance dela loi, hormis l’audace tranquille avec laquelle elle serait violée,
Je ne note que fort en abrégé ces signes de retour, car je ne veux emprunter à l’histoire générale d’autres lumières que celles qui sont indispensables pour éclairer l’histoire religieuse. Ce repentir était sincère mais tardif. Tout conspirerait pour qu'il fût stérile.
L’Assemblée, usée comme toutes les assemblées vieilles, avait perdu l’autorité. A l’entrée même de la salle du Manège se colportaient contre elle les plus méprisants pamphlets.
L’un d’eux, distribué au milieu des éclats de rire, portait ce
simple titre : Rendez-nous nos 18 francs et f..-nous le camp (1).
Les députés avaient, de leurs propres mains, détruit ce qui leur restait d'influence. Dès le mois de mai, ils s'étaient déclarés non rééligibles. Aïnsi, au moment où la pratique des affaires leur apportait en savoir ce qu’elle leur ôtait en présomption, ils renonçaient aux fruits chèrement acquis de leur expérience, et laissaient la place à des hommes nouveaux, sûrement inférieurs à eux, qui recommenceraient en les aggravant leurs vanités et leurs fautes.
(1) BARÈRE, Mémoires, t. I, p. 319.
fout se liguant contre le bien public, quand la gauche se repentit, la droite manqua. Depuis deux années, sous le découragement multiplié des échecs, elle s’était effritée par démissions, émigrations, absences. En des accès de colère souvent motivés mais impolitiques, on la voyait sortir en masse de la salle au moment du vote, puis rentrer quand tout était consommé. Après le retour de Varennes, sous l’indignation du pouvoir royal suspendu, elle avait décidé de ne plus prendre part aux débats, hormis à ceux qui intéresseraient directement la monarchie; et l’acte qui enregistrait cette abdication avait été revêtu de 293 signatures. Le résultat fut de laisser sans appui les modérés de la gauche. Il arriva donc que la revision des décrets constitutionnels,
poursuivie pendant le mois d’août, au lieu de réparer un peu les brèches de l'autorité royale, ne fut qu’une opération vaine. D’après des calculs qui paraissent exacts, sur 650 députés qui, en 1791, siégeaient au côté gauche, 300 pouvaient être ralliés à la politique d’ordre. De leur coalition avec la droite pouvait encore sortir le salut. Il n’en alla pas de la sorte. Barnave repentant se trouva seul aux prises avec la faction de Robespierre. Et ce fut le sort du malheureux Louis XVI, après avoir été abattu par la haine de ses ennemis, d’être achevé par l’impolitique abstention de ses amis.
Cette tardive alliance n’eût pu s’obtenir au surplus qu’au prix d’une abnégation bien rare parmi les hommes. Il eût fallu que la droite cessât de voir en Barnave l’homme qui, en juillet 1789, avait excusé le sang versé; il eût fallu qu’elle oubliât la seance route récente où Thouret avait été le rapporteur du projet suspendant le pouvoir royal. Un chef autorisé eût seul pu commander cette douloureuse discipline. De chef il n’y en avait pas, mais seulement beaucoup d'hommes distingués. Cette abondance de talents secondaires était elle-même un danger, car elle multipliait les prétentions sans assurer la direction.
Je n’ai pas encore indiqué la plus grande cause d’impris. sance. Pour endiguer la revolution, 11 fallait pratiquer la politique d’union, non Seulement dans l’Assemblée, mais
dans le pays. Dans les provinces, les éléments sages ne
manquaient pas. On trouverait appui dans beaucoup de directoires qui ne demandaient qu’à être orientés vers la
modération : on rencontrerait adhésion presque unanime | dans la magistrature, généralement bien recrutée : on serait 7 secondé par la meilleure portion de la garde nationale, : excédée de corvées ennuyeuses et assoiffée de tranquillité :
beaucoup de nobles, façonnés à l’idée de leurs privilèges
perdus, apporteraient eux-mêmes à l’œuvre leur approbation résignée. Seulement ce serait un état-major sans |
troupes. Il y avait bien une armée, mais elle était scindée
en deux par une grande coupure. La grande cause de division, c’était la Constitution civile du clergé. Les catholiques fidèles formaient la majorité, non du pays peut-être, mais du parti de l’ordre. Pour la politique de modération, ül fallait leur concours, leur neutralité tout au moins; on n’obtiendrait l’un ou l’autre qu’en amendant les décrets
sur le clergé; et nul ne fonderait la paix civile s’il ne rame-
nait la paix religieuse.
À travers leurs désillusions, les Constituants discer- | nèrent-ils la plaie profonde qu’il faudrait tout d’abord guérir si l’on voulait, suivant lPexpression de Barnave, fixer la Révolution? Ici apparaît le grand malheur. Les :
artisans de la demi-restauration royale avaient été les ouvriers les plus acharnés de la Constitution civile. Ceux
qui, de très bonne foi, travaillaient à étayer l’édifice poli-
tique persistaient à saper l'édifice religieux. Le jour même
où Louis XVI fuyait des Tuileries, une loi contre les prêtres remplacés qui continuaient leur ministère sacer-
dotal ajoutait des sévérités supplémentaires à toutes les rigueurs des précédents décrets. Vingt jours plus tard, le . 11 juillet, le transfèrement des restes de Voltaire au Pan- .
: théon, au milieu de toutes les pompes officielles, fut pour les catholiques fidèles un nouveau sujet d’amertume. Le 47 juillet, à l’heure où les pétitionnaires se rassemblaient au Champ-de-Mars pour réclamer la déchéance du roi, PAssemblée homologuait l’arrêté proscripteur du dépar- tement du Bas-Rhin.
Plus tard à la vérité, pendant les mois d’août et de septembre, un peu de clémence descendrait jusqu'aux catholiques romains, et ils recueilleraient, comme on recueille les miettes de la table, l’aumône de quelques adoucissements. Trois actes marquèrent cette malveillance un peu amollie. Mais combien ne furent-ils pas incomplets, timides, disproportionnés aux fautes qu'il fallait réparer!
Le 4 août 1791, le représentant Legrand, au nom du comité ecclésiastique, du comité des rapports et du comité des recherches, sollicita l’Assemblée de convertir en loi générale l’arrêté du directoire de Strasbourg. Aux termes de la motion, tous les prêtres non assermentés seraient tenus de s’éloigner à dix lieues de l’endroit où ils avaient rempli leurs fonctions. La mesure s’étendrait non seulement aux ecclésiastiques fonctionnaires, mais aux chanoines et aux religieux eux-mêmes. Devant cet édit d’universelle persécution, les députés reculèrent, mais avec une timidité Tâche qui, n’osant repousser les rigueurs, se contentait de s’y dérober. Sur l’avis de Le Chapelier, ils renvoyèrent le projet au comité de Constitution. C'était une façon de l’écarter jusqu’à ce qu’ils se séparassent, et de laisser à leurs successeurs la responsabilité d’être à leur gré tolérants ou sectaires. Telle fut la première concession, concession toute négative et à peine digne de ce nom; car elle se bornaït à à ne rien aggraver.
A quelque temps de là, comme les Représentants travail- | Jaient à codifier la Constitution, ils décidèrent de n’y point “ faire entrer la Constitution civile. Les lois religieuses auraient à Le donc le sort des autres lois et pourraient être, comme elles,
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