‹ Histoire religieuse de la révolution française (volume 5)Chapitre 6 sur 45 · He AE À A ATOS UE · texte numérisé non relu

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la règle, tempérée dans ses rigueurs, courbe par degrés la nature sans la briser, où les âmes, blessées par le monde, sont recueillies comme en un lieu de retraite apaisante et enlacées dans les larges bras de la charité. Sur l’ordre de la Visitation — car c’est de lui qu’on parle ici — plane l’image aimable et douce de saint François de Sales.

Tous ces couvents répandus dans les villes, bien qu’installés parfois fort largement, sont en général pauvres ou de bien médiocre. À Besançon, les carmélites, les visitandines, les annonciades, n’ont guère en moyenne que 150 livres par tête. Dans le diocèse d’Embrun, sur trois couvents de femmes, deux sont dans la plus extrême indigence. A Pamiers, les carmélites ont, pour 18 religieuses et 3 converses, un revenu de 3150 livres. Entre les pauvres, voici pourtant les plus pauvres : dans les quartiers les plus excentriques des villes, souvent dans les faubourgs se

cachent les maisons des Glarisses. A Bayonne, elles sont 12, ont ensemble 800 livres, et ne vivent que grâce à la pension de quelques jeunes Espagnoles à qui elles donnent asile. À Besançon où elles sont 27, elles ont leur maison et deux journels et demi de terre. Pour vivre, elles travaillent à des travaux de couture et parfois tiennent une école. Puis elles prient, elles prient le jour, elles prient la nuit. Il arrive parfois qu’un somptueux carrosse s’arrête devant leur porte. C’est une mère qui leur recommande sa fille en couches, son fils à l’armée; car on les sent les propitiatrices suprêmes auprès de Jésus. Ces pieuses servantes de Dieu sont aimées, car elles sont humbles autant qu’indigentes et pour le peuple simpliste, point énervé de philosophie, leur présence est comme une bénédiction. Il en est qui resteront pendant toute la Révolution au lieu où la Providence les aura fixées, vivant en commun, ne sachant rien de ce qui se détruit, ni rien de ce qui renaît. Veuton connaître ce que les plus austères de ces saintes filles accomplissent de macérations? Qu'on lise la réponse des

elarisses de Poligny à ceux qui enquêteront sur elles avant de les proscrire : elles chantent chaque jour le grand office, à minuit les matines; toute l’année elles font maigre et jeûnent; elles ne portent pas de linge; elles vont nu-pieds hiver et été; elles gardent sévèrement la clôture; elles n’ont n1 fonds, ni revenus et ne vivent que de charités. Je me hâte, de peur que ceux qui s’indignent du relâchement des chanoines ne s’indignent une seconde fois des mortüfications des clarisses (4).

C’est en ces lieux de pénitence que s’accumuent jour par jour les réserves de vie où se retrempera l’Eglise. Au déclin du dix-huitième siècle, en dépit de magnifiques restes de vertus, tout est énervé parmi les chrétiens de France: et déjà plusieurs célèbrent le catholicisme détruit. Cependant, ceux qui, par clairvoyance de haine ou perspicacité de génie, pénètrent jusqu’aux ressources intimes et cachées de l’Eglise, ne croient pas, ne peuvent pas croire qu'ils atent encore vaincu. Un jour — c'était pendant le triomphant voyage de 1778 — Voltaire, venu de Ferney à Paris après de longues années d’une sorte d’exil, se rendit chez une femme de noble esprit et de noble cœur qu’autrefois il avait connue dans les salons et qui était alors presque agonisante. Celle-ci, en cet adieu suprême, tenta d’amollir les haïnes religieuses du grand homme. En des paroles pressantes — car elles exprimaient un vœu ardent, — timides aussi, — car elles semblaient demander grâce — elle l’exhorta à la générosité : « Soyez, dit-elle, modéré après la victoire. Vos ennemis sont à terre ». À ce langage, Voltaire, dit-on, sursauta avec un feu de colère en ses yeux de vieillard : « Non, non, dit-il, Pennemi n’est point abattu. Ce que vous voyez est un feu couvert, ce n’est pas un feu éteint ». Contre la pauvre femme mourante qui plaidait la pitié pour le christianisme abaïssé, Voltaire avait raison. Il avait raison

(1) V. Archives nationales, Papiers du comité ecclésiastique, DxKx, cartons 1-9, 12 et passim.

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en ses doutes sur sa victoire. On pourrait abattre l’Eglise privilégiée. Derrière cette Eglise toute pétrie de vanités humaines, il restait la grande armée de ceux qui gardaient la tradition de la charité, il restait surtout, dans l’obscurité du cloître, la grande armée des vierges, je veux dire celles qui adoraient, celles qui souffraient, celles qui étaient pauvres, celles qui étaient humbles, celles qui, comme Madeleine à la veille de la Passion, versaient, sans l’épuiser jamais, le parfum de leur amour aux pieds du Christ insulté. Leur prière, à la manière des anges dans la vision de Jacob, monte sans cesse vers le Ciel pour y porter la supplication et sans cesse en descend chargée de miséricorde. Là sont les vraies rédemptrices. Sur tout le reste le siècle a posé

Sa marque. Sur elles du moins pas une souillure, et la pre-

mière tache sur leur robe virginale sera, dans les jours de la persécution prochaine, celle de leur sang versé par le bourreau,

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