‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 15 sur 65 · D CT TS · texte numérisé non relu

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L'inertie, est-il besoin de la soufler® Plus on oo “ plus se révèle la répugnance à proscrire. Je consulte les doeu- ei ments conservés aux archives. En une trentaine de dépar-

tements au moins, les prêtres rencontrent dans les magis-

| l’art où excellent les paysans français, celui d’user le zèle à

trats municipaux des protecteurs et des complices. Les ù questionnaires arrivent : Y a-t-il des prêtres dans le canton, dans la commune? Combien? Ont-ils refusé le mere 210 S'ils ont prêté, l’ont-ils rétracté? En quels lieux se sont-ilk vi retirés? Quelles mesures ont été prises pour les saisir ? Les refus de répondre sont rares. J’en compte neuf dans le dépar- ja tement du Tarn, quelques autres ailleurs. Mais ici se montre

force de patiente lenteur et d'imposer leurs volontés ou plutôt leurs nolontés par une obstruction naïve et rouée, es 46 et savante. Ils commencent par se taire; aux premières lettres de rappel, ils feignent la surprise; puis, habilement ménagers de leurs moyens dilatoires, ils invoquent la dif-. … ficulté des communications, leur malo à à écrire, l'absence Hi Ë . de formules qui puissent les guider. Que si derechef on insiste, Fi ils se résignent à livrer quelque chose, mais pièce à pièce, 2 un jour le nom, un autre jour les prénoms, un troisième ; jour la résidence qui, dans l'intervalle, a eu le temps de devenir inexacte. D’autres mvoquent lou ignorance. YŸ a-t-il des prêtres dans le village? Mais ils ne le savent point, ils nele savent point du tout. Les plus hardis, les plus éclairés dédaignent ces subterfuges : dans notre commune, dans notre canton, disent-ils, nous répondons de l’ordre PRES ny. a point de trou les impôts rentrent, il n’y a point de soldats réfractaires, que voulez-vous de DRE T Ainsi parlent- | ils, et ils sont Pantant plus assurés que dans certains dépar- tements, en particulier dans le centre de la France, des péti-

tions circulent pour demander le rappel de la loi du 3 bru-

tit maire (1). Cependant, il arrive parfois que, tout à l'inverse,

(1) Archives nationales, série F9, cartons 411 et m6. SAN

ur zèle bruyant se déploie, mais si équivoque qu D: est Poi- NEA même une des formes de la complicité. À son de caisse, : on publie dans les villages qu'on va poursuivre les prêtres, = des receleurs de prêtres, tous les séides des fanatiques A que décidément on ne les tolérera plus. Dans le Pas-de- Calais, on donne un nom à ces annonces, on les appelle les tee au tambour. Lentement, dans la journée, on prépare les mandats; le lendemain on les classe, non sans s'être assuré que les victimes ont eu le temps de se eacher ; enfin les perquisitions, que, dans certains procès-verbaux, on appelle imopinées, commencent le surlendemain de bon matin. Les commissaires du Directoire — commissaires départementaux ou commissaires cantonaux — tour à tour se “A désolent, s’indignent ou se découragent. De tous côtés ils se sentent enlacés. Qui recèle les prêtres? Souvent les fone- = tionnaires eux-mêmes : aïnsi en est-il en Artois, en Bretagne, ailleurs encore. On veut interdire les offices religieux. Mais en certains départements, dans l'Yonne, dans le Doubs, F il arrive que le lieu où se célèbrent les rites catholiques n'est séparé que par un mur de la salle où siègent les administra- 4 ÿ tions; celles-ei voient les fidèles entrer et sortir, ne 4 les chants ; et, ouvertement, elles tolèrent cette renaissance du fanatisme. En un village de Franche-Comté, on médite d’arrêter un prêtre sujet à la déportation : mais c’est He municipal qui chaque dimanche monte à cheval, va luimême le chercher et, à la tête d’un rassemblement, le conduit ‘ jusqu’à la maison où se célèbre le culte. On songe à poursuivre | ; un ecclésisatique comme émigré rentré. Voici que sont produits de faux certificats de résidence. Une enquête est ouverte ; mais à qui la confier? A l’agent municipal? Il a un frère émigré. Au juge de paix? C’est lui qui a provoqué les signatures. Au greffier? II est le fils de l'agent municipal (1). Les gendarmes sont-ils du moins plus sûrs? Les plus zélés

(4) Archives nationales, AF'l, carton 388, registre 2016.

eux-mêmes servent peu: car le plus souvent ils se enent à auprès des autorités locales qui, loin de favoriser les enquêtes, s'appliquent à brouiller les pistes. Mais sont-ils tous dociles ? Dans les rapports de plusieurs d’entre eux, on devine un zèle médiocre : celui-ci invoque la fatigue ou l’excès de la besogne: celui-là allègue qu’il n’a pas de chevaux ou que ses chevaux sont déferrés. Les commissaires du Directoire ne sont point dupes et, sous les prétextes, démasquent les

semblant de poursuivre (1); de ceux de Saône-et-Loire : ils avertissent les prêtres ; de ceux du Bas-Rhin : ils sont les protecteurs des fanatiques (2); de ceux de la Loire : ils sont tout acquis aux Chouans (3).

De temps en temps quelques arrestations, et alors éclate

un jacobin du nom d’Hilaire, écrit lui-même à deux gendarmes qui se sont emparés d’un prêtre : « Cet acte civique mérite la reconnaissance de tous les vrais républicains. »

= Par surcroît, il les invite à se rendre au siège du Directoire

départemental qui « leur témoignera d’une façon particulière sa satisfaction » (4). A côté des succès, quels ne sont pas les mécomptes ! Quand les captures ont été opérées, il y a parfois des rassemblements populaires qui délivrent, ou bien

ainsi en est-il dans le Haut-Rhin, la Haute-Loire, les Hautes- Pyrénées. Il arrive aussi que, dans les maisons de justice elles-mêmes, les verrous s'ouvrent mystérieusement, poussés

divers rapports (5). » Un jour, dans le district de Ploermel,

(1) Archives nationales, AF11!, carton 398, registre 2132.

| (2) Zbid., carton 454.

(8) Zbid.

(4) De FRANCIIEU, la Persécution religisuse dans le département de l'Isère, t. III, p. 632.

complicités ; on dit des gendarmes du Puy-de-Dôme :ils font

une joie bruyante. Dans l’Isère, le commissaire national,

encore des conducteurs qui laissent échapper leur proie :

on ne sait par qui. « Les prisons sont peu sûres, lit-on en

(5) Voir DEBIDOUR, Recueil des actes du Directoire, t. Ier et II, passim.

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