‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 18 sur 65 · A CON F · texte numérisé non relu

A CON F

ÿ (1) Desrpour, Recueil des actes du Directoire, p. 704. (2) ID., tbud., t. Ier, passim. \

notamment, les maisons se Dalent pour. de procession 1e la Fête-Dieu (4). SU

Sous cette résistance tenace, tout ce que Merlin porte en lui de zèle répressif déborde et bouillonne. Il faut d’abord 1 châtier les autorités complaisantes ou complices. Contre les agents noi les sévérités se manifestent par des des- titutions ; j’en note surtout en Alsace, en Franche-Comté, sen Lorraine. Les rigueurs s’étendent parfois jusqu'aux administrateurs des départements : ainsi en est-il dans l’AI- “4 lier, la Corrèze, la Drôme, l’Indre-et-Loire, l'Yonne, la 1 4 Sarthe (2). Aux biens s’ajoutent les menaces de pour- 1

suites. Cepéndant, aux yeux de Merlin, la plus grande fai- ê blesse est celle des juges. Il se fait NAT nE compte de toutes d les décisions, en homme à qui n’échappe aucun détail. 1 note les compromissions, les indulgences, les ajournements, les pitiés. Par intervalles, son courroux ne se contient plus. Un jour il écrit : « La justice se rend d’une façon scandaleuse ph dans le département du Jura (3). » Et un autre jour, parlant d’un jugement du tribunal de Strasbourg, il le qualifie de monstrueux (4). L On a menacé destitué, poursuivi les protecteurs des __ prêtres. Quant aux prêtres eux-mêmes, les lois les enlacent au point de les garrotter. Pour détruire tout espoir, il faut maintenant établir et répandre toutes les fausses maximes qui, en complétant la persécution, la coloreront de justice. Ici se déploie cette science funeste qui n’a approfondi le droit que pour le corrompre plus sûrement. Tout d’abord, le grand art est d’entretenir ou de réchauffer la profs : table calomnie qui représente tout fanatique comme un artisan de complots contre la République, comme un suppôt wi 4 royalisme : donc, nulle liberté pour le prêtre parce qu'il

. (4) Desipour, Recueil des actes du Directoire, t. Ier et II, passim. (2) 1D., cbid., {. Ier, p. 410, 419, 633, 735, 855. (3) Archives nenbnales AFU, carton 388, liasse 2016.

(4) Zbid., carton 32, liasse 112.

est conspirateur ; et pourquoi est-il conspirateur? parce qu’il est prêtre. Les philosophes du dix-huitième siècle, en leur humaine tolérance, ont proclamé que quiconque accuse doit prouver son accusation : désormais l'effort est d'introduire une pratique contraire et d'imposer au prêtre réfractaire la charge de prouver qu'il n’est pas déportable. Les mêmes philosophes se sont ingéniés à restreindre les sévérités, à vanter au contraire la clémence : une autre doctrine prévaut qui appelle justice une répartition uniforme des rigueurs. Le poison du sophisme étant ainsi dilué, on lancera contre les insermentés les gendarmes, les soldats, les gardes nationaux, tous bien avertis des dangers de la tiédeur. Dans le même temps, en chaque canton, on disciplinera pour la délation tout le vieux résidu jacobin ; car ce Merlin aime l’espionnage comme un mauvais prêtre l’inquisition, et en toutes violences, il se complaît, hormis peut-être celles qui tuent.

Je ne m'excuse pas d’avoir longtemps parlé de cet homme, tant son rôle fut à la fois considérable et funeste ! L'histoire n’est pas toujours le crime puni. L’épilogue ne sera pas le châtiment, mais la récompense et, entre toutes les récompenses, la plus inattendue. Parmi les magistrats, il en est un dont la fonction auguste est de veiller, en mainteneur suprême, à l’intégrité du droit. A cette place sera élevé l’au- ‘teur de la loi des suspects, et il deviendra procureur général à la Cour de cassation. Les despotes sont parfois de poignants ironistes et, à la manière de Shakespeare, se plaisent à des contrastes où se peint leur mépris des hommes. Ce grand contempteur de l’humanité qu'était Bonaparte ne montra jamais mieux que par ce choix combien il comptait à la fois sur sa toute-puissance et sur l’engourdissement de la conscience publique. Complices du maître, les hauts magistrats de la Cour feignirent de ne connaître de leur nouveau chef que le juriste consommé et affectèrent d’oublier le reste; ce qui leur permit de ne pas paraître humi-

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