TÉ RELIGIEUSE
4 elles SAME 1e tout à fait ‘originales, tant on les avait méconnues! Portalis redit, répète, retourne sous toutes les formes les mêmes pensées, espérant les graver dans
les mémoires, comme on regrave les choses apprises jadis, 1
mais depuis longtemps oubliées. Puis il ajoute : les prêtres \
insermentés ne peuvent être condamnés que s'ils sont per-
documents officiels que, dans la Vendée, la se po À eux prêchent la soumission aux lois. LE Le discours se poursuivait avec un soin scrupuleux de ne jen omettre. On dit : « Les tratod insermentés sont véhémentement soupçonnés de n’avoir jamais aimé la Révolu- " tion. Soit ! mais jamais on ne s’élèvera au- -dessus de la vio- si lon s ’obstine à poursuivre les préjugés comme des crimes et à compter le nombre des factieux par celui des mécontents. » On dit : « Les prêtres fomentent la guerre ci- vile.» S'il en est ainsi, jugez-les, mais suivant les formes A applicables aux autres citoyens. On dit : « Une mesure générale est nécessaire, car les tribunaux ne sévissent pas. » Mais pourquoi ne sévissent-ils pas, sinon par le vice des F Ms elles-mêmes? Quand les lois menacent les innocents | comme les coupables, on est souvent obligé de leur préférer . l'impunité.
Portalis revenait à la résolution votée par les Cinq-Cents. Cette résolution prescrit des rigueurs inutiles ; elle prononce des peines d’une sévérité inouie; elle proscrit vingt mille Ë FU . et cela sans accusation préalable, sans déclaration de jury, sans instruction, sans preuve, sans jugement. Prêtres obstinément contre-révolutionnaires, prêtres paisibles ayant consenti la promesse, tous sont enveloppés dans le même destin. Quel ne sera pas le spectacle que celui de ces hommes eonduits de brigade en brigade jusqu'aux frontières ! Si l’un d'eux s’évade, il sera puni de mort. Puis, à la frontière, que deviendront-ils, sans ressources, sur la terre
étrangère?
l turbateurs du repos public. Mais le sont-ils? Il résulte des are
424 HISTOIR
RÉVOLUTI:
(La force, la violence, ajoutait Portalis, n’ont jamais réussi en matière religieuse. Est-ce à la fin d’une révolution qu'il faut agiter les esprits, alors qu'ils aspirent qu’au calme? Voulons-nous achever de pacifier les départements naguère insurgés, rallier à nous les départements conquis! soyons tolérants. Punissons les prêtres factieux, mais r punissons qu'eux; quant aux autres, sachons leur rendr hommage ; car la plupart se sont distingués par leur bi faisance et leurs vertus. » Et le discours se terminait P ces mots : « Il n’est plus question de détruire: il est temp 1 de fonder. Voulez-vous tuer le fanatisme? maintenez la liberté de conscience. » = Qu’aurait-on pu ajouter à ces sages, patriotiques et mémo-
rables paroles? Elles clôturaient tout naturellement le débat. Sans plus tarder, on alla aux voix, et, à la presque unanimité, la résolution du 17 floréal fut rejetée. Fo
| Les catholiques, après tant d'années de disgrâce, venaient 1 de remporter leur première grande victoire. Résolument, lun des Conseils s'était mis en travers de la persécution. La joie fut grande. Bientôt elle s’accrut, par l’espoirt que lesprit nouveau finirait par gagner les Cing-Cents euxmêmes. x | u Ceux-ci se révoltaient en apparence contre la leçon infligée | par l’autre Chambre. La révolte n’excluait pas la réflexion. Contre la politique sectaire, ils voyaient nettement le pays se dresser. Du discours de Portalis on répétait partout les | dernières paroles : Il n’est plus question de détruire, il est : temps de fonder. Et que fonderait-on de stable si l’on n'établissait d’abord la paix civile, la paix religieuse? Par
des travaux d'approche peu apparents, mais poursuivis sans
interruption, les républicains constitutionnels entamaient
l'ancien bloc. Encore quelques gains, et ce bloc commencerait à se désagréger.
Un incident marqua bientôt l’ébranlement. Le 22 fruc-
tidor (8 septembre 1796), un député obscur, du nom de Cou-
chery, osa réclamer l’abolition de cette loi du 3 brumaire
où la Convention expirante avait condensé ses haines. « Oui, je demande labolition de la loi infâme », s’écria le représentant Larivière. A cette véhémente apostrophe, toutes les
passions jacobines bouillonnèrent. Mais, en dépit des cla- meurs, la proposition, au lieu d’être immédiatement écartée,
fut, le lendemain, renvoyée à une commission. Et ce vote souligna l'influence accrue des modérés.
C'était le 23 fructidor. Pendant la nuit qui suivit, une audacieuse tentative d’embauchage, en révélant l’obstina-
. tion du parti anarchiste, montra derechef, bien au-dessus
du péril catholique, le péril social.
Babeuf et ses complices avaient été, dix jours auparavant, transférés à Vendôme pour l'instruction et le jugement de leur procès. Leurs partisans demeurés en liberté se persua-
dèrent qu’ils pourraient, en se portant à Grenelle, y provo-
quer une défection parmi les troupes qui y campaient. Dans la nuit du 23 au 24 fructidor, quatre cents d’entre eux, conduits par des chefs qui s'étaient affublés d’uniformes, se
: portèrent vers le camp, au cri : Vive la République! Vive la
Constitution de 1793 ! à bas les tyrans! à bas les Conseils! On comptait sur un régiment, dans lequel avait été versée une partie de l’ancienne légion de police. L'espoir fut vain. L’alarme avait été donnée. Les insurgés furent mis en fuite,
laissant aux mains de leurs ennemis cent trente-deux pri-
sonniers. L’échauffourée était folle. La répression fut impitoyable. Une Commission militaire fut nommée qui se réunit au Temple et, fauchant parmi les conjurés, prononça trente-deux condamnations à mort; dans les exécutions,
furent englobés trois anciens conventionnels non réélus : Cusset, Javogues et l’évêque Huguet.
Une fois de plus, la peur instruisit ceux que la justice avait laissés insensibles. Les critiques s’enhardirent contre l’amnistie du 4 brumaire qui avait exclu systématiquement les prêtres, les catholiques, et avait, en revanche, assuré l’impunité à tant de malfaiteurs. Non seulement aux Anciens, mais aux Cing-Cents, le nouveau tiers empiétait de plus en plus sur la majorité : de là des propositions ou des discours qui eussent naguère semblé inouïs. Le cinquième jour complémentaire de lan IV, on entendit Dumolard proclamer à la tribune que la République ne pourrait se consolider que st elle se fondait « sur les mœurs et la religion ». À quelque temps de là, le 26 vendémiaire (17 octobre 4796), Dubruel Duprat, Larivière vinrent plaider derechef la cause des
reclus : pouvait-on de bonne foi qualifier de conspirateurs ces vieillards, ces infirmes? Les vrais agents de complots n’étaient-ils pas ailleurs ? La justice, la pitié, la politique elle-même n’exigeaient-elles pas que les maisons de détention s’ouvrissent? Les vieux conventionnels écoutaient, n’espérant plus guère perpétuer les rigueurs, mais ardents à retarder les délivrances. Le Directoire vint à leur secours en expédiant au Conseil des Cinq-Cents des documents sur le sort des prêtres détenus. La majorité décida de renvoyer ces pièces à la Commission chargée des affaires religieuses ; et, de la sorte, sous prétexte de supplément d'enquête, on obtint un ajournement pour la clémence.
Cependant une question dominait toutes les autres : le maintien ou l’abrogation de l’affreuse loi du 3 brumaire. De l’un ou de l’autre vote dépendait la consécration ou le désaveu de la Terreur. Au Conseil des Cing-Cenis. les modérés, en très visible progrès d'influence, ne se lassaient pas de flétrir le décret funeste : c’était, observaient-ils, la peine de mort, non seulement. pour les émigrés mais pour les prêtres, non seulement pour les prêtres mais Pour ceux qui
les aient. S on à ie era eux-mêmes, ù ils ajoutaient : « Vous voulez être sévères, non barbares; : A ne voulez pas imprimer votre marque à une Joi qui ps M punit de mort celui qui donne asile à un réfractaire. » Et à cette évocation sinistre du passé, une réprobation générale éclatait. Cette explosion d’humaine pitié était de bon augure. pe Le décret du 3 brumaire ne fut pas abrogé dans son ensemble : mais, par un vote du 16 brumaire an V (6 novembre 179,6),
on en effaça la disposition principale, c’est-à-dire l’article 10 qui confirmait “ete ri He et ke na toutes
la bn fie Late en 's par L Conseil de A
cv était, pour les catholiques, une seconde victoire ; et décidément, dans la chaine de la persécution, les anneaux se F ‘desserraient. |
No: avait-il encore une législation sur les cultes? Les plus exercés des juristes n’auraient pu le dire. En effaçant ce terrible article 10 qui remettait en vigueur les lois de 4792 et de 1793, a-t-on implicitement abrogé ces mêmes e lois ou les a-t-on laissé subsister? Tout est indécis, les textes, les gloses, les pensées elles-mêmes. Le Directoire, fixé dans la jurisprudence la plus rigoureuse, s’obstine à per- PAPE la persécution. Les membres des Conseils demeurent
un peu flottants, tantôt reconquis par leurs préjugés, tantôt ‘ LE etre de fe plus généreux. Les fonctionnaires sont de plus en plus perplexes, les juges sont de plus en plus enclins à absoudre. Quant au pays, en son immense majo- rité, il n’a qu’un désir : Ia paix.
Ces menaces toujours suspendues et ces infiltrations de
plus en plus larges de tolérance, tout cela créait aux catho-
iR
raient beaucoup, à la condition d’oser beaucoup.
Ils osèrent. A travers les ténèbres, ils marchèrent vers la lumière; à travers la servitude, ils discernèrent l’affranchissement ; surtout ils feignirent de se croire libres, ce qui est souvent le meilleur moyen de le devenir.
la vitalité chrétienne du peuple de France.
croit assister à cette renaissance. RE Ë À Paris et dans les villes de province, quelques hommes de bonne volonté se rassemblent. En général, ce ne sont ni
négociants, rentiers, artisans, tous du même quartier. Un intense désir les travaille, celui de la religion à relever. Déjà, au lendemain du 9 Thermidor, au lendemain des décrets de ventôse et de prairial, ils ont conçu ce dessein que d’autres, Den plus entreprenants, ont, en certains endroits, réalisé.
sissent avec un courage qui ne faillira plus, et réclament
oratoire. — Dans les campagnes, l’inspiration est la même. On voit se réunir, en un jour de dimanche, des fermiers, des métayers, des laboureurs, des vignerons, des tisserands. __ Ce sont en général les anciens fabriciens. Si les archives de la cure n’ont pas été détruites, ils en exhument le cahier des __ délibérations et, comme si rien ne s'était passé, reprennent Séance. On possède encore quelques-uns de ces registres. L'objet principal est la reprise de l’église, puis le culte à pourvoir, les enfants à catéchiser. Il faut aussi, dans le
liques un sort précaire, mais plein d’espérances. Ils pour-
Dans l’histoire de l’Église gallicane, cette courte période À Paide des documents contemporains, on assiste, on
des pauvres à qui manquerait l'autorité, ni des riches qui éveilleraient la défiance, mais des gens de condition moyenne,
Eux, moins actifs ou moins résolus, ils ont attendu, et la loi du 3 brumaire est venue, déconcertant leurs efforts. Maintenant, plus à l’aise sous des entraves élargies, ils se ressai-
pour leur paroisse la jouissance tantôt de l’église, tantôt d’un
qui s’étend de l’année 1796 à l’automne de l’année 1797 est l’une des plus mémorables, car jamais ne se révéla mieux
conseil de fabrique, combler les vides: car beaucoup manquent ou, comme dit le procès-verbal d’une des paroisses de l’Anjou, « ont disparu dans les malheurs de la Révolution ».
On réclame l’église. L’obtient-on toujours? Il semble que les sanctuaires les plus importants sont réservés au culte constitutionnel. Même quand on réussit, la tristesse est grande par le délabrement des lieux saints et par les impiétés dont ils portent la trace. Le plus souvent la toiture laisse passer la pluie ; les vitraux sont brisés, les autels saccagés, les tentures déchirées, les confessionnaux mutilés, les statues décapitées, les croix abattues. A Saint-Roch, les portes enfoncées, les boiseries détruites attestent la bataille du 13 vendémiaire ainsi que l’occupation qui a suivi (1); et c’est dans un édifice voisin que le culte doit provisoirement s'exercer. Parfois l’autorité militaire a pris possession de la nef ou des bas côtés : telle église sert de magasin à fourrage, telle autre d’entrepôt pour les vins, une troisième est encombrée de sacs de farine, une quatrième de harnais, une cinquième de viandes salées. Doit-on s’attrister ou se réjouir? Peut-être cet emploi tout profane, en figurant un aspect d'utilité publique, a-t-il préservé le temple de l’entière destruction? Si les pierres pouvaient parler, que ne raconteraient-elles pas? A Laval, l’église Saint-Vénérand a été tour à tour salle des séances pour la Société populaire, lieu de détention pour les prisonniers de guerre, étable pour les bestiaux (2). À Béthune, l’église paroissiale a été salle de bal, salle de conférence, marché aux grains et, entre temps, siège du tribunal (3). En beaucoup d’endroits subsistent encore entre l’autel et la nef les restes de la mon-
(1) Joseph GRENTE (abbé), le Culte catholique à Paris de la Terreur au Concordat, p. 243.
(2) QUERUAU-LAMERIE, l’Église constitutionnelle dans la Mayenne au lendemain de la Terreur, p. 8.
(3) BÉGHIN, Béthune pendant la Révolution.