‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 22 sur 65 · TOME IV · texte numérisé non relu

TOME IV

le jai no road ‘ liberté tenant ce sous ses pieds les symboles du culte (1). Ke . La joie de ramener Dieu dans le temple adoucit tous les AG déboires. Avec ardeur on déblaie, on approprie et, aussi bien que l’on peut, on dissimule les traces des récentes profanations. — Maintenant il faut, pour le culte, des prêtres. On trouve des vieillards échappés Le grâce aux moe

et que | Un serment Hi a protégés pese la pros- | 5 cription. Parmi les prêtres sujets à la déportation, il en est. pe a qui ont souscrit la promesse commandée par la loi de prai- ae rial et puisent en cet acte de soumission une sorte de sécu- cu

| rité. Quant aux autres déportables qui ne peuvent se pré- Ee valoir ni d’aucun serment ni d'aucune promesse, ils se montrent ou se terrent, suivant les retours de la tolérance "a ou les remontées de la persécution ; c’est qu’en dépit des votes des Conseils, leur sort demeure plein de périls, et sauf dans UN les régions où les autorités sont visiblement complices, ils is ne célèbrent qu’en secret les mystères divins. Ces communautés de fidèles sont pauvres autant ea jadis elles furent riches. Un grand souci est de pourvoir à cette indigence. Dans les spoliations révolutionnaires, le pillage a été désordonné plutôt que méthodique ; on à sac-

cagé plutôt que volé : ainsi arrive-t-il que beaucoup de choses jugées perdues se retrouvent, à la manière de ces

débris intacts qui gisent dans les cendres d’un incendie “4 éteint. Puis des chrétiens dévoués ont racheté dans les ventes . quelques parties du mobilier sacré ; les voici qui, tout | joyeux,

(rapportent, tantôt une statuette, un émail, un ivoire, tantôt

A) \ are

: a) JEANVROT, Pierre Suzor, évêque de Tours, p. 60.61.

un reliquaire, une bible, une image sur vélin: et, de la sorte, |

commence à se regarnir, mais bien petitement encore, cette

riche maison que fut jadis l’église. Parfois la complicité un peu équivoque d’un gardien amène certaines restitutions : « fanatique au dernier degré » nous dit un rapport de po- | lice (1), répartit entre les diverses paroisses de la ville les

tableaux religieux qui lui ont été confiés. Il n’est pas non

plus sans exemple que des municipalités complaisantes laissent reprendre des livres, des missels : je note ces actes de bienveillance à Paris, en Anjou et en quelques autres

| régions. On se meuble pièce à pièce, comme ferait un ménage modeste mais bien ordonné. On n’a pas d’ornements | sacerdotaux : une femme pieuse en brodera. On manque Le linge d’autel : un « citoyen qui veut rester inconnu » en offre « à charge qu’on dise des messes pour feu son père ».

“exemple est contagieux, et un autre apporte un gobelet ainsi que quelques couverts qu’on échangera chez un orfèvre

contre un calice. Les chaises, les bancs font défaut : onles

loue en un établissement voisin. La Toussaint approche :

OS

on achète quelques tentures noires. Voici la semaine sainte :

l’un des paroissiens prête des étoffes blanches et rouges pour le tombeau du Jeudi-Saint, puis quand Pâques arrive, i

refuse généreusement de les reprendre. Cependant les bro-. canteurs qui détiennent une partie des dépouilles saintes deviennent fort attentifs. Ils ont empilé pêle-mêle, sans soin, au fond de leur boutique, comme choses surannées ou de valeur vile, les plumes des dais, les flambeaux d’autels, les crucifix, les évangéliaires ; maintenant, ils époussettent

ils classent, ils nettoient, ils restaurent. Surtout ils haussent

leurs prix, tant ils sentent que la faveur revient à tout ce que longtemps on a bafoué ou profané. Ufe Quand le temple à repris un aspect décent, on s’avise que

(4) Archives nationales, AF\i, carton 46, dossier 167.

c’est ainsi qu’à Orléans un tonnelier du nom de Laurent,

la tâche n’est qu’à moitié remplie. On a dû réparer la toiture, reiointoyer les pavés, consolider les portes; et les notes arrivent des maçons, des couvreurs, des menuisiers. En

outre, le clergé est sans ressources, et il est nécessaire

qu’on l’aide à vivre. La première impression est celle de la surprise, tant la tradition s’est gardée, d’une société religieuse dotée de biens immeubles ou alimentée par le revenu des fondations ! Bientôt on secoue la vision du passé

pour ne regarder que le présent. Ceux qui ont provoqué la

réouverture de l’église se réunissent de nouveau. Conseil de fabrique ! ils l’ont été jadis. Ils le redeviendront, avec des attributions plus actives et sous la forme d’associations cultuelles. Il faut pourvoir aux besoins journaliers sans aucune dotation permanente, car la loi du 3 ventôse les interdit : de là l’idée du denier du culte. Il s'organise et se perçoit de manières très diverses. A Paris, on établit des cotisations : la mode s’en mêle,.et si nous en croyons

lun des contemporains, « les libertins donnent comme

les autres » (1). En certaines villes, on sollicite à domi-

cile les oblations des fidèles : c’est ainsi qu’à Orléans, les rapports de police dénoncent des « femmes pompeusement parées » qui vont de maison en maison et

quêtent pour les frais du culte catholique (2). Dans les campagnes, on peut noter parfois la restauration d’une dîime

toute volontaire. Ainsi arrive-t-il en l’une des communes de l’Anjou où les anciens fabriciens établissent une perception en blé pour l'entretien du culte. Aïlleurs, une sorte de pacte intervient entre le curé et ses paroïssiens : à Saint- Donatien, dans la Loire-Inférieure, les notables assurent au prêtre, pour prix de ses services, 1 200 livres, le logement, l'entretien du linge d’autel (3). En l’une des paroisses du

(1) MazLer pu PAN, Correspondance inédite avec la Cour de Vienne, t. II, p. 47.

(2) Archives nationales, AFIN, carton 46, dossier 167.

(3) LALLTÉ, le Diocèse de Nantes pendant la Révolution, t. Ir, p. 505.

Gard, les fidèles calculent par le menu les besoins de leur pasteur en salmées de blé, en cannes d’huile, en viande, en vin, en vêtements. Puis ils se cotisent pour l’acquittement de la somme qui est de 539 livres. Le budget est modeste- N’est-il pas encore trop lourd? Si je suis bien informé, plusieurs, au bout de peu de temps, refusent d’y participer, les uns parce qu’ils redoutent « qu’on mette des garnisaires chez eux », les autres « parce qu’ils craignent de manger leur bien ».

Ce n’est pas sans quelque embarras que je poursuis ce tableau. Tout renaît en même temps par une inspiration spontanée; mais ce mouvement, par cela seul qu'il est spontané, comporte toutes sortes de variétés. Ici les fidèles se replacent sans effort dans la rainure ancienne et rapprennent avec docilité ce qu’ils ont à peine eu le temps d'oublier ; là, le bouleversement de toutes choses impose

d'innover. On observe des emportements de zèle et aussi des

retours de tiédeur. Tantôt prédomine l'influence sacerdotale, tantôt cette influence est contre-balancée par les ingérences laïques. En certaines provinces, on peut noter des manifestations très voyantes ; ailleurs le travail des âmes s’opère en un silence recueilli. Et de ces éléments divers, toute généralisation doit tenir compte, si elle ne veut demeurer incomplète ou infidèle. |

Qu'on se figure à Paris, un jour de dimanche, l’une des églises qui ont été dévolues aux catholiques romains. Nul bruit de cloche, toute sonnerie étant interdite, mais, pour annoncer l'heure des offices, un avis affiché à la porte ou inséré dans les journaux. On a essayé, comme mode de conf vocation, les crécelles ; mais la police a jugé illégal cet appel.

vi ns 84 HISTOIRE RE

IGIEUSE DE LA RÉVOLUTIO!

Plusieurs messes, et qui se succèdent avec une grande afïluence de fidèles. Quiconque assisterait à la messe parois- siale, à la grand’messe comme on disait jadis, y retrouverait, au faste près, la tranquille ordonnance d’autrefois. Au prône, nulle omission, hormis celle des publications de mariage, Pendant le sermon, on pourrait discerner, aux écoutes, deux ou trois policiers qui, dans leur rapport appellent le curé « le chef du culte » et les paroïssiens « le Spectateurs de la messe ». Le plus souvent, nulle irrévé rence, nul manquement aux lois n’est signalé, et les obser- | vateurs — ainsi appelle-t-on par euphémisme les espions … officiels — sont contraints d’avouer qu’ils n’ont rien entendu « qui soit contraire à la Constitution ». L'office se poursuit. En général, une tenue très décente, même parmi ceux qui ne sont venus que pour la nouveauté. Presque tous les usages ont été repris, sauf celui du pain bénit, parce que, dans la

disette des vivres, beaucoup se jetaient sur les corbeille et s’eflorçaient de saisir plusieurs morceaux. Le jour de la Toussaint, en l'église des Minimes, la cérémonie s’est pro- | longée : c’est qu’un prélat, M. de Barral, ancien évêque de Troyes, administrait le sacrement de Confirmation. A la sortie, beaucoup de curieux, beaucoup de mendiants aussi, tous attirés par le souvenir de l’aumône chrétienne et insistant, dit-on, jusqu'à l'importunité. — “Capandant d’autres sanctuaires s’ouvrent à la dévotion des fidèles : ce sont les oratoires, On en trouve en tous les quartiers, mais en particulier autour de Saint-Sulpice ou de Saint- Jacques-du-Haut-Pas. — Ce n’est pas tout. En un assez grand nombre de demeures particulières, ont été aména- 1 gés de petits oratoires privés. Le décret du 7 vendémiaire an IV n’y autorise qu’une assistance de dix personnes, outre les habitants de la maison. Mais, tantôt on trans- gresse la loi, tantôt, par la succession de plusieurs messes, | On admet aux divins mystères un plus grand nombre de | fidèles. Ceux qui officient en ces lieux sont le plus ns

Une seule chose est changée, — une seule, mais qui bientôt

de la vie religieuse qui renaît.

Alsace, dans les régions montagneuses de la Franche-Comté, du Dauphiné ou de la Savoie, beaucoup de prêtres. C’est

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des prêtres déportables qui ont refusé la promesse ou bien encore qui sont recherchés par la police comme fanatiques dangereux. Là, le culte garde un aspect de culte caché; ik car, à travers la liberté renaissante, subsiste l'intolérance.

transtormera tout, — c’est que désormais, s’autorisant des Fe votes des Conseils, les persécutés osent contester aux pros- “4 cripteurs le droit de persécution. | px

Telle est à Paris, au moins sous ses formes les plus extérieures, la reprise du culte. Dans les départements, l'aspect diffère de région à région suivant le nombre des prêtres, le tempérament du peuple, et le courant plus ou moins intense Ÿ

Qu'on regarde vers l’est de la France. En Lorraine, en ("

que, sur les indices d’une politique plus humaine, beaucoup de déportés, fixés en Suisse ou au bord du lac de Constance, se sont infiltrés à travers la frontière. Ils sont rentrés fur-

tivement, timides jusque dans leur audace, ne sachant pas 10

bien ce que leur réserve de mécomptes ou de consolations

la terre natale. D'abord ils se sont cachés, disant la messe | ‘dans une cabane de pâtre, dans une maison écartée. On a appris leur retour; vers eux $e sont tendues des mains

amies. Au déclin du jour, des paysans, des bourgeois sont LAS venus, avides de se décharger de leurs fautes et d’en obtenir le pardon. Nul bruit de poursuite, nul indice de recherche ou de délation. Alors ces hommes, depuis si longtemps hors ft Ja loi, se sont affermis dans leur espérance. Ils se sont hasar- | dés en plein jour. « Dans une grange, écrit l’un d’eux, nous osâmes chanter, à l’exposition du Saint-Sacrement et à la bénéarction. » On leur indique les malades ; ils vont les visiter ; aueune embüûche sur le chemin, mais des visages joyeux qui les reconnaissent et les saluent. Cependant, une association de fidèles a réclamé tantôt l'église, tantôt un oratoire.

nu Is s’y glissent; ils y célèbrent d’abord une messe basse, ensuite une messe chantée. La chaire est là qui a été dégra- 4 dée, non détruite ; ils y montent, commencent d’un accent un peu tremblant, puis s’affermissent au son de leur propre voix. Un jour, ayant rencontré des enfants, ils les ras- . semblent, leur parlent de Dieu, et ne les congédient qu’après

avoir décidé de les réunir de nouveau. Un autre jour, avec

quelques feuilles volantes, grossièrement rattachées, et qu’on

tuent le registre paroissial. Et voici que, grâce à eux, tous les

mariages, administrent les Mourants, bénissent les cercueils. I y a bien quelques alertes : un jour on a vu les gardes nationaux ; un autre jour on a entendu ou cru entendre sur

rapports se rédigent qu’on retrouve aujourd’hui aux archives. On y lit que les prêtres sont tout-puissants, que dans tel canton d’Alsace, comme le canton de Benfeld, le culte s’exerce publiquement, qu’à Guebwiller les insermentés ont deux grandes églises, que le jour de la Saint-Blaise, en un

la messe (1). Mais les autorités locales sont indécises. Qui

Merlin qui commandent les rigueurs ? Les Conseils qui, sans abroger expressément les lois de persécution, les ont désavouées? À tout hasard, on consulte les juristes : ceux-ci demeurent eux-mêmes perplexes. Ne sachant que résoudre, pressentant une ère nouvelle, une législation nouvelle aussi, ils conseillent d’attendre ; en effet, le plus souvent on sur- soit, et le sursis, c’est la prolongation de la liberté. ÿ

En Alsace et sur la frontière de l'Est les prêtres rentrent. . Dans la région cévenole, c’est-à-dire le Velay, la Lozère, la

(1) Archives nationales, AF11, carton 454.

peut au premier signe anéantir ou dissimuler, ils reconsti-

fragments du coutumier chrétien se rejoignent et pour ainsi dire se ressoudent. Ils confèrent les baptêmes, cèlèbrent les

la route les chevaux des gendarmes. Et en effet quelques

lieu de pèlerinage près de Dalhenheim, dix prêtres ont dit

doit-on écouter? Le Directoire et le ministre de la Justice

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Haute-Auvergne, beaucoup ne sont pas partis. Même aux jours les plus sombres, ils se sont efforcés de poursuivre leur ministère. Quelle n’est pas aujourd’hui leur confiance! La profession d’une même foi, l'endurance des mêmes périls, le même ferme propos de fidélité, les mêmes habitudes de vie simple et rude, tout les a unis au peuple. Et maintenant ils secouent toutes les entraves. Les dénonciations apeurées qui arrivent au Directoire révèlent leur empire : on y lit que les réfractaires officient partout ; ils ne disent pas seulement des messes basses en des oratoires plus ou moins secrets, mais des grand’messes ; il y a sermon ; il y a chant, orgue, sonneries de cloches même; souvent les magistrats sont présents. Ainsi parlent les délateurs, et ils ne savent pas tout. Au mois de juin ont été célébrées, en une commémoration intime mais plus fervente qu'aucune solennité fastueuse ne le fut jamais, les fêtes jubilaires en l'honneur de Notre-Dame du Puy; et il n’y a pas une cabane de la montagne où ne se soit allumé un cierge pour la Vierge miraculeuse. L’ambition n’est pas seulement de maintenir la foi, mais de la perpétuer. Même au plus fort de la Terreur, des jeunes hommes se sont rencontrés qui aspiraient au sacerdoce. Maintenant ils cherchent qui les consacrera à Dieu. L'évêque du Puy, M. de Galard, est à Saint-Maurice, dans le canton du Valais. Au jour de sa fortune, on lui reprochait d’être hautain, mais l’épreuve l’a enveloppé de piété et d’humilité. C’est vers lui que les jeunes gens se dirigent. Avant de leur conférer les saints ordres, le prélat leur adresse ces seules paroles : « Je ne veux d’autre preuve de votre vocation que votre dévouement à accomplir le voyage qui vous a conduits jusqu'ici. » Les nouveaux prêtres reviennent en leur pays, à pied, par des chemins détournés, attentifs à éviter les mauvaises rencontres ; car l’accalmie n’est pas telle qu’il n’y ait danger — et même danger terrible — à revenir de l’étranger après avoir visité un évêque émigré. C’est seulement quand ils ont franchi les limites du Velay

qu'ils osent avouer le but de leur voyage et leur caractère sacré. Aussitôt on s’empresse, on sollicite leurs secours spirituels, et à tel point qu'ils doivent, d’après le témoignage de l’un d’eux, demeurer cinq heures au confessionnal. Puis tout le monde les entoure d’attentions et leur offre des vivres. Cependant, quand ils demandent un gite, on se trouble, on balbutie, on se dérobe. C’est qu’on se rappelle l’horrible loi sur le recel, les sentences plus horribles du tribunal du Puy ; et à ce souvenir, un petit frissonnement de peur secoue ces vaillants montagnards inaccoutumés à trembler (1).

Les provinces de l’Ouest se sont naguère soulevées pour leur foi. Comment ne tiendraient-elles pas une place à part entre toutes les populations fidèles? Par malheur, une grande pénurie règne : celle des prêtres. Ceux du Poitou ont été déportés en Espagne, ceux de Bretagne en Angleterre. Parmi ceux qui étaient restés, beaucoup ont été noyés, fusillés, massacrés, guillotinés. Plusieurs se sont mêlés à la chouannerie ; car là-bas le clergé a deux ennemis : les jacobins ardents à le calomnier, les royalistes ardents à le compromettre. Donc, un grand aspect de paroisses abandonnées et, au centre du bourg, l’église portant sur ses murailles calcinées les traces, à la fois misérables et saintes, de la récente lutte pour Dieu. Mais partout où le culte se rétablit, la foule se porte. Des signes non équivoques marquent l’ardeur de la dévotion publique. Vers la fin de l’été 1796, on voit, dit un rapport de police, des paysans qui se rendent nu-pieds au lieu où des calvaires ont été autrefois plantés : ils en rassemblent les débris et longuement demeurent agenouillés sur l'emplacement profané (2). Tel est le spectacle dans le

(4) Voir Archives nationales, AFU1, carton 46, AFI, 454. — Pfara, Conférences sur les martyrs de la Révolution dans le diocèse du Puy, p. 181 et Suiv. — GonNET, Essai sur L'histoire du diocèse du Puy-en-Velay, P. 189 et passim. — RIOUFFOL, la Révolution de 1789 dans le Velay, passim.

(2) Lettre au Directoire, 4er fructidor an IV (LaLLré, le Diocèse de Nanies pendant la Révolution, t. Er, p. 496).

« La pieuse fainéantise trouvera toujours des prosélytes (2).» ns Cependant un zèle tenace pour le service de Dieu suggère, en l’absence du curé, tout un cérémonial laïque. A Herbignac,

savent chanter, il chante l’Zniroït, le Kyrie, le Gloria; lt en français l’épitre, l’évangile ; il annonce les fêtes, les abstinences, les jeûnes ; il célèbre les baptêmes (3). Parmi les

uns, plus profonds ou se croyant tels, loin de s’attrister, se à

laïc, on l’encourageât : on pourrait, disent-ils, s’y mêler, le

viendrait, la trouverait confisquée au profit d’autres que lui.

VERS is LIBERTÉ RELIGIEUSE

Bocage ou la Loire-Inférieure, tandis que, de l’autre côté du É fleuve, à l’époque du pèlerinage annuel, de longues files ! toutes recueillies s’acheminent vers Sainte- pa d’ Auray (D. Comme au pays cévenol, plusieurs, en dépit des périls à peine conjurés et peut-être à cause de ces périls, aspirent au sacerdoce : « Je vous préviens qu’il se fait en Vendée beaucoup d'élèves en prêtrise », écrit l’agent national de Clisson au commissaire du ac Et celui-ci de répondre : : «Ce Fi qui se passe dans votre canton pour la fabrique de nouveaux 1e prêtres se pratique en beaucoup d’autres. » Puis il ajoute:

un tailleur d’habits récite dans l’église les offices ; on note une coutume pareille à Saint-Nazaire, à Escoublac. En

Poitou, il arrive en certaines communes que le plus ancien at

de la paroisse préside aux prières publiques : avec ceux qui

patriotes, le plus grand nombre s’alarme ou s’irrite. Quelquesréjouissent. Ils voudraient que, loin de combattre ce cute

dénaturer peu à peu, y introduire par degrés les enseignements républicains; de la sorte, tout doucement, sans éclat, par transformation habilement ménagée, on déposséderait l’église dans l’église même ; et le prêtre, quandilre-

On se lasserait à marquer, tant elles sont variées, Is 7 formes de cette renaissance.

(1) Émile SAcærerT, le Morbihan et la chouannerie morbihannaise sous le Consulat, t. Ier, p. 221.

(2) LazrrÉ, le Diocèse de Nantes pendant la Révolution, t. Ir, p 515.

(3) Mémoires de Mgr Brumauld de Beauregard, t. I, p. 174: 1

En certaines paroisses isolées et loin des grands centres, le culte reprend à petit bruit, avec une double complicité, | celle des populations qui favorisent, celle des autorités qui feignent d’ignorer. Un prêtre a reparu. Était-il astreint ou non au serment constitutionnel? A-t-il prêté le serment

au contraire soustrait à tout engagement? Les lois quise sont

que souvent on ne distingue pas bien; et peut-être, tout compte fait, aime-t-on autant ne rien savoir. Si le prêtre peut compter sur quelque ami sûr, il rouvre l’église, et avec une audace tranquille ; car, en ce temps de législation équi-

communes — par exemple dans le Calvados (4) — où le presbytère n’a pas été aliéné. En veine de hardiesse, le nouveau venu s’y établit. Le lendemain, il y transporte quelques meubles ; le surlendemain, il commence à tailler les arbres, à tondre la haïe, à bêcher les plates-bandes ; et à le voir installé en ces lieux comme chez lui, on ne doute point qu’il n’ait le droit d’y être. Et voici que, sans étalage, sans clandestinité non plus, tout se recommence par une sorte d’ac-

teste non plus. Chose digne de remarque ! C’est le plus souvent dans les pays de foi un peu molle qu’on note ces discrêtes restaurations : en effet, dans ces régions, le fanatisme étant moins allumé, les tu sont moins en éveil : de là une chance, celle que la pieuse usurpation passe inaperçue.. Aïlleurs Pérou s’accomplit d’une façon plus insensible encore. Qu’on se figure une commune dont le curé a, en 1790, prêté le serment constitutionnel. Il a continué ses fonctions, sans que ses paroissiens, d'esprit peu averti, remarquassent un changement. La Terreur est venue. Il

{1} Archives nationales, F9, carton 410.

liberté-égalité ou souscrit la promesse du 11 prairial? S’est-il

surajoutées les unes aux autres ont créé une telle confusion

voque et obscure, le meilleur moyen de conquérir la sécurité, c’est de paraître ne rien craindre. Il ne manque pas de

cord tacite que personne ne proclame, que personne ne con-.

s’est terré : puis, à la première accalmie, il a reparu. Or, il se trouve que, sous la lumière des grands crimes, il s’est ravisé, a reconnu ses fautes, s’est secrètement rétracté. Ses paroissiens ignorent son désaveu ou, s’ils le connaissent, se gardent de rien ébruiter. Aux yeux de Pautorité, il n’est

point suspect, étant jugé prêtre civique et purgé de fanatisme.

Donc, il continue le culte, très décemment sinon héroïquement, et désormais en parfaite orthodoxie comme en parfaite sécurité. Cependant on remarque qu’il devient fort discret sur les événements de la Révolution, qu’il ne parle plus du tout de l’évêque intrus, qu’il accomplit des pénitences inaccoutumées, qu’à la messe il prie très spécialement pour le chef de l'Église. Et un jour, un jacobin le dénonce au Directoire départemental parce que, dit-il, aux oraisons habituelles une autre oraison s’est ajoutée « pour le citoyen italien qu’on désigne sous le nom de pape ».

A travers ces restaurations un peu vulgaires, percent de beaux gestes héroïques. Il y a des régions presque privées

de prêtres : tel le département du Nord. Ce n’est pas qu’en ces :

lieux se soit attiédi l'esprit de foi. Bien au contraire il est demeuré très vivace. Mais les déportés de ces contrées ont été rejetés par les progrès de nos armes de la Flandre belge au pays wallon, du pays wallon aux bords du Rhin, des bords du Rhin jusqu’au fond de la Westphalie ; et la patrie est trop loin pour qu’ils puissent tendre vers elle autrement que par leurs vœux. En cette pénurie, quelques-uns, assumant sur leurs épaules toute la charge, se font apôtres, à tous risques, y compris celui de la vie. Tel apparaît, pour ne citer que celui-là, un religieux du Hainaut, ancien moine de l’abbaye de Maroilles, qu’on appelle Dom Benoist Lempereur. Depuis plusieurs années, il parcourt le pays, toujours recherché — car il est, dit-on, d'un fanatisme invéréré — et toujours introuvable. I1 va de village en village, à pied, par tous les temps, couchant dans les maisons isolées, dans les granges, parfois sur la terre nue, attentif à ne compromettre que lui-

même et accomplissant toutes les fonctions de son ministère. De ses infatigables labeurs, il tient note, non pour lui-même, car il n’a que Dieu en vue, mais pour que ses feuilles, recueillies un jour, soient pour la contrée qu'il évangélise le vrai registre de catholicité. Ainsi retrouvera-t-on, inscrits par lui, trois cent quatre-vingt-douze actes de baptêmes, de mariages, de sépultures. Cependant la récompense approche, qui sera le martyre. Le dernier acte dressé par lui porte la date du 13 vendémiaire an VI (1). La révolution du 18 fructidor s’est accomplie. Le religieux est saisi ; il est déféré à une commission militaire : le 4 brumäire an VI (2) il est jugé, condamné à mort et le même jour exécuté.

En cette reconstitution toute Spontanée mais un peu confuse de la vie religieuse, quelques-uns souhaiteraient d'établir des règles fixes. Ils ambitionneraient de discipliner, pour les rendre plus fécondes, les forces qui se répandent inégalement de tous côtés. Ces hommes sont les délégués que les évêques ont, soit en quittant la France, soit par des lettres datées de l’exil, préposés à l'administration de leurs diocèses. Les uns s’efforcent de rétablir Pancienne hiérarchie, les autres s’ingénient à répartir de leur mieux entre les pa roisses le personnel disponible. Plusieurs enfin méditent Le réorganiser en dehors des voies communes. Craignant que les sources mêmes de la croyance n’aient été atteintes, ils jugent qu’il faut évangéliser la France comme on ferait d’un pays neuf : de là l’idée, non de recomposer de suite le ministêre paroissial, mais d'envoyer partout des missionnaires.

On retrouve à diverses époques et en divers diocèses, particulièrement en ceux de Saint-Claude (3), du Mans (4) et d’Autun (5), les traces de ces pensées. Dans les anciens dio-

(4) 4 octobre 1797.

(2) 25 octobre 1797.

(3) SicaRD, l'Ancien Clergé de France, t. III, p. 472-474.

(4) Proun, l'Église du Mans pendant la Révolution, t, III, p. 366 et suiv.

(5) Abbé Muaver, Recherches historiques sur la persécution religieuse dans l'arrondissement d’ Autun pendant la Révolution, p. 224 et suiv.

cèses de ann et de Saint- Omer, le ds se Prada :

trois préfets de mission sont créés qui résideront, le premier

RCE VERS LA LIBERTÉ RELIGIEUSE Se

au bourg de Dohen, le second au village d’Amettes, patrie

du bienheureux Joseph Labre, le troisième à Boulogne. Has

seront secondés par des auxiliaires qu’on désigne sous le —

‘ nom de desserviteurs et qui évangéliseront chacun quelques villages. Pour assurer le secret des communications, on con-

vient de noms supposés (1). Il ne semble pas que le projet

| ait reçu une complète réalisation. Mais, dans le même temps, À

au diocèse de Lyon, cette œuvre d’apostolat trouvait son |

qu

plein développement.

des grands vicaires, l'abbé Linsolas, exerçait une influence dominante. Le souvenir de ce prêtre est demeuré longtemps dans la mémoire des Lyonnais. Il rebutait par son extraordinaireintransigeance ; il attirait par l’ardeur de son zèle et

À su

les élans de sa foi. Aux j jours les plus terribles de la persécu- ALI ER F tion, il avait sans pâlir affronté la mort. Volontiers ceux qui dE

6 tremblaient se tournaient vers lui, comme on se tourne vers l'homme qui, dans la profondeur des ténèbres, tient le flam-

garderaient dans le peuple Pimage du Christ outragé. Quand

une sécurité précaire remplaça les extrêmes rigueurs, l’idée

parut bonne à reprendre et à développer. Le diocèse de Lyon, outre la grande ville dont il était le centre, comprenait

toute la région montagneuse du Forez. C'était une contrée

pieuse. L’ambition de l'abbé Linsolas fut qu’elle devint une contrée sainte. Il était homme de vouloir et même de vouloir

impérieux jusqu’à la violence, mais avec un si constant exemple d’austérité et de labeurs que sa vie même semblait une perpétuelle exhortation au sacrifice. Il divisa le pays en

(1) DERAMECOURT, le Clergé du diocèse d'Arras pendant la apr di ne t. III, p. 379 et suiv.

| Là-bas, en l’absence de l'archevêque, M. de Marbeuf, l’un

beau. Le régime de la Terreur durait encore quand il avait 4 imaginé une corporation de missionnaires qui, à tous risques,

missions comprenant chacune une quarantaine de paroisses. A la tête de chacune de ces circonscriptions, il plaça un chef de mission qui serait muni d’un adjoint et qui Correspondrait avec les grands vicaires. Chaque chef de mission aurait sous sa direction des missionnaires. Au-dessous, on s’appliquerait à trouver dans chaque village un chef laïc qui assemblerait les fidèles, notifierait les prescriptions de l’Église, veillerait de son mieux au maintien et à la propagation de la foi. Ce chef laïc serait secondé lui-même par des catéchistes. Il y aurait les catéchistes sédentaires chargés de visiter les malades, de secourir les pauvres, d’instruire les enfants. Il y aurait les Catéchistes précurseurs, sortes d’éclaireurs qui visiteraient d'avance les communes, en sonderaient les ressources et guideraient les premiers pas du prêtre quand celui-ci S'y aventurerait. Il y aurait enfin les catéchistes ambulants qui accompagneraient les missionnaires dans leurs courses, leur ménageraient des retraites sûres, leur Prépareraient, en cas de péril, les moyens d’évasion (1). On eût dit un plan de conquête spirituelle pour un pays idolâtre. Combien fut fécond ce travail d’émprise sur les âmes, nous le savons par les résultats ! En l’automne de 1796, l'abbé Linsolas partit pour visiter ses missions. Il fit la route à pied, missionnaire Juimême, et plus austère qu'aucun d’eux. Il Parcourut cinq missions et en vit toutes les paroisses. À l’entrée de chacune d'elles, les principaux habitants venaient au-devant de lui; puis ils l’accompagnaient au départ jusqu'aux limites du village. Il séjourna à Montbrison, à Gumières, à Crémeaux, à Roanne, à Sainte-Agathe. Quand, en plein hiver et insoucieux des intempéries, il eut terminé ses courses, il conçut la noble ambition d’inventorier ce que lapostolat inauguré par lui avait conquis d’âmes à Dieu. Done une statistique fut dressée, de laquelle se dégage une constatation tout à fait

(1) Durreu, Tableau du diocèse de Lyon pendant la Révolution, p. 335- 4:

extraordinaire, inouïe : sur une population de cent mille habitants que comprenaient les cinq missions visitées par l'abbé Linsolas, plus de quatre-vingt mille observaient fidèlement les pratiques du catholicisme. Quant aux autres, loin qu’ils y fussent contraires, ils assistaient par intermittence aux offices et marquaient volontiers leurs sympathies religieuses. Deux mille seulement étaient classés comme impies, capables de persécuter (1).

En ce travail de réédification, un trait domine, c’est la facilité à apprendre. Au premier appel de la mémoire, le Christianisme réapparaît tout entier, comme si jamais on ne l’avait abandonné. |

Tout, jusqu'aux indices les plus minces, atteste le réveil. En beaucoup de lieux, les croix abattues sont relevées. La passion jacobine a imposé aux voies publiques des noms impies, étranges ou ridicules : la rue des Préjugés-Vaincus, la rue Marat, la rue Mucius Scævola. Pour le peuple, Marat est trop connu, et vraiment Mucius Scævola ne l’est pas assez. Par un retour d'habitude plus fort que toutes les prescriptions, on revient tout doucement aux anciennes désignations : ici la rue des Sœurs-Grises, la rue du Calvaire, la rue de la Fontaine; là, la rue des Clarisses, la rue de l’Évêché, la rue des Pénitents. Dans les foires, on recommence à parler des louages de la Saint-Jean, des baux de la Saint-Michel, des prisées de la Saint-Remi. Le

(1) Durreu, Tableau du diocèse de Lyon pendant la Révolution, p. 470-471. Voir aussi, sur l’abbé Linsolas, mais avec un peu plus de sobriété dans l'éloge, un article de l’abbé VaneL (/’ Université catholique de Lyon, mai 1910).

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