‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 24 sur 65 · APR · texte numérisé non relu

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VERS LA LIBERTÉ qu’un rapport de police dénonce en ces termes : « Il a une vogue extraordinaire pour réconcilier à l'Église les prêtres apostats. Il a déjà désapostasié la majeure partie des prêtres de ce district (1). » Cependant, d’autres prêtres existent, bien plus coupables ; ce sont ceux qui ont jadis,

sous la contrainte ou la peur, abjuré leur état. En divers

départements, les Vosges, la Côte-d'Or, lIlle-et-Vilaine,

la Haute-Garonne, plusieurs d’entre eux s’adressent aux

finie, jugent l'heure venue de se montrer très fermes et

administrations locales et demandent qu’on leur restitue

leurs lettres d’ordination. « Ce n’était qu’un dépôt, prétendent-ils, et qui doit leur être rendu. » Puis ils se retournent vers leurs supérieurs ecclésiastiques. Les uns s’excusent : ils ont cédé à la pression des représentants du peuple; les autres, estimant que la Terreur est bien

parlent même « de défendre leur foi jusqu’à leur dernier soupir » (2). Le christianisme puisera-t-l beaucoup de force en ces revenants de l’apostasie? Il serait téméraire de l’affirmer. Mais ce renouveau de hardiesse en des

ve RL | | âmes naturellement débiles marque, par un signe de plus, l'influence religieuse qui se raffermit et la liberté qui se

reprend.

Elle se reprend, mais non sans à-coups. Aux espoirs radieux qui soulèvent les âmes se mêlent toutes sortes de soucis.

Quelque terrain que les catholiques aient gagné, leur sort demeure un peu précaire. Ils ont obtenu, ici des églises, là

(1) DurenquEs (l'abbé), l'Église d'Agen pendant la Révolution, p. 487. ; (2) Archives nationales, F1, carton 416.

des oratoires. S’y sentent-ils possesseurs incontestés? Une opinion règne, celle que les édifices religieux peuvent servir à tous les usages, à la manière de maisons banales où chaque locataire passe, laissant sa marque. Si l’on ne détient qu’un simple oratoire, situé à l'écart, de médiocre étendue, de distribution incommode, on peut compter qu’on ne sera point inquiété, En sera-t-il de même si l’enceinte est spacieuse, avec un aspect décoratif, en un quartier qui attire? Que les pouvoirs publics soient en peine d'emplacement favorable pour une solennité civique, une cérémonie funèbre ou bien encore pour les fêtes décadaires ; et avec une ineonscience tranquille, sans souci des autorisations ou des contrats, ils emprunteront l’église, quitte à la restituer le lendemain. Cest ce que les catholiques redoutent, et l’avenir montrera combien leurs craintes sont fondées.

À cette appréhension s’ajoute un assez vif déplaisir. On voit deux spectacles en apparence contradictoires : la religion qui renaît et l’œuvre de sécularisation qui se poursuit. Églises désaffectées, chapelles, couvents, monastères, tout achève de se vendre, de se transformer ou de se détruire.’ Cest l'exécution des lois votées, au début de la Révolution, sur les propriétés ecclésiastiques. En même temps les ventes mobilières continuent à disperser les dépouilles sacrées ; et parfois les catholiques se jugent heureux de racheter pour leur culte ce qui fut jadis leur bien. Un Français qui aurait quitté en 1789 sa ville natale et y reviendrait sept ans plus tard la reconnaîtrait malaisément. Où il cherche le couvent des Capucins, des Jacobins, des Cordeliers, il retrouve une surface à demi dégagée et de nouvelles constructions qui s’élèvent avec les vieilles pierres ; il interroge : c’est le tribunal, la gendarmerie, la prison, un hôpital, une usine. II a connu nombre de chapelles : il les, découvre encore, mais converties en magasins, avec leurs fenêtres ogivales bouchées et leur portail coupé à mi-hauteur. En un cloître, des enfants jouent : ce cloître qui bientôt lui-même disparaîtra, c'est

pu

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