‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 25 sur 65 · VER · texte numérisé non relu

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maintenant la cour du Los ou, comme on Ait, de LE À AT centrale. Plus loin, en l’un des Fu dura telle abbaye, dont on extrait pièce à pièce les matériaux, n’est plus qu'ume carrière à bâtir. Des maisons s’édifient ou se réparent ; et. j dans leur façade s’encastrent des pierres sculptées, des débris d’arceaux gothiques ou romans qui attestent Ja \ spoliation. Et les catholiques s ’étonnent d’ouir en même temps deux bruits, celui de la prière qui monte — plus libre À dl | enfin — vers le ciel, celui du marteau qui s’obstine à. détruire. Ce n’est qu’au prix d’un méritoire effort de sagesse # et de vertu qu’ils se contiennent, qu’ils oublient, qu'ilsse fixent, comme en leur lot éotine dans la pauvreté chrétienne, qu’ils se persuadent enfin qu’un seul souci domine tous les autres, celui des âmes, et ue quiconque les sauve a tout sauvé.

Grande a été la joie de la demi-sécurité reconquise. Main- tenant, par un retour bien humain, on calcule, non ce qu’on Fa a secoué d’entraves, mais ce qui subsiste encore de servitudes. Même en dehors des églises, le prêtre se sent surveillé. Aux archives, les dossiers subsistent encore : celui-ci correspond avec les agents du pape; celui-là pousse aux rétractations de serment; un troisième a annoncé avec affectation la fête de Saint-Louis ; un quatrième officie dans “un oratoire particulier en présence de trente personnes au moins (1). Ce n’est pas tout. Les desservants des paroisses sont réduits à ne noter qu'en cachette les baptêmes, les | mariages, les décès. Quiconque relève un Calvaire s'expose, | si les autorités locales sont malveillantes, à être emprisonné: | ainsi arrive-t-il en Corrèze (2). Les offrandes pour le culte, F si elles se versent à des époques régulières, doivent se dissimuler ; autrement on les considérerait comme des taxes ; et, à ce titre, elles seraient contraires à la loi. Au fronton des

(1) Archives nationales, F7, 7192, dossier 1369. . (2) Jugement du 10 pluviôse an V (Archives nationales, F9, 416).

| édifices sacrés, aucune inscription ; au dehors, nul cérémonial. — Cependant l’une des plus grandes tristesses est celle des funérailles. Jadis le prêtre accompagnait les morts jusqu’au cimetière, bénissait la fosse, et par l'appareil de ses rites rehaussait de dignité les cortèges funèbres. Maintenant, c’est aux limites du temple que le ministère ecclésiastique cesse. En interdisant le cérémonial religieux, l'autorité civile n’a

n’est plus qu’opération de voirie : tantôt, à travers la ville, les porteurs se hâtent avec une rapidité malséante ; tantôt, abandonnant leur fardeau, ils entrent au cabaret. Souvent

les pauvres corps sont déposés à l’entrée du cimetière comme on ferait d’un colis en souffrance ; et l’on attend que les cer-

pêle-mêle, tous ensemble, dans la fosse commune. Parfois des élèves en chirurgie viennent voler les cadavres. Et le

réclament le retour aux obsèques chrétiennes. 4

Aux regrets, aux tristesses, se mêlent les embarras. Parmi les prêtres, il y a les héroïques, mais il y a aussi les faibles, les intransigeants, les inconsidérés. Or, des évêques exilés

accueillies avec défiance, tant elles portent la marque des

tations des assermentés provoquent de grandes joies, mais cette Joie elle-même se tempère de quelque perplexité. Si l’on

semble que le châtiment soit bien au-dessous de la faute ; si au contraire on exige une pénitence publique, on avertit du même coup les agents du pouvoir, en sorte qu’au lieu d’avoir

un nom à la liste des suspects. Suivant les régions, les usages diffèrent, selon que prévaut la rigueur ou que domine le souci de l'opportunité. — Entre toutes les situations, la plus

rien prévu pour assurer le bon ordre et la décence : de là sont résultés les pires abus. Ce qui était accompagnement pieux

cueils soient accumulés en grand nombre pour les confondre

scandale est si manifeste que les plus indifférents eux-mêmes

marrivent que des instructions intermittentes, souvent

jugements passionnés ou des illusions de l'exil ! — Les rétrac-

ne demande au prêtre coupable qu’un .désaveu secret, il

recruté un ministre de plus pour le culte, on n’a fait qu’ajouter

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malaisée à régler est celle des acquéreurs de biens ecclésias- tiques ou de biens d’émigrés. Dans les églises ou les oratoires, il ne manque pas de prêtres qui dénoncent les propriétés mal acquises, menacent de châtiments en ce monde ou dans l’autre les injustes détenteurs ; et c’est ce qu’attestent de nombreux rapports de police, trop précis, trop circonstanciés pour qu’on puisse les révoquer en doute. Heureusement ce funeste esprit d’intransigeance est loin de prévaloir partout. Les plus avisés s’abstiennent de condamnation publique, fuient les controverses, évitent d’irriter, et se contentent, en leurs entretiens privés, de conseiller l’obéissance aux décisions futures de l’Église. Cependant il est une heure, celle de la

mort, où la terrible question se pose avec toute sa rigidité,

sans qu’on puisse l’éluder ni l’ajourner. Les écrits mtimes de certains prêtres, gardés jusqu’à nos jours, révèlent l'angoisse épouvantée qui a étreint leur conscience à la pensée de retenir ou de délier. « Comme j'aurais mieux aimé, dit l’un d’eux, mourir moi-même que de me débattre dans l’horrible torture. » Y a-t-il des instructions doctrinales qui puissent guider ? On en a gardé quelques-unes. L’une des plus notables émane de M. de Puységur, archevêque de Bourges (1). Le

prélat recommande que l’absolution soit subordonnée à une

marque non équivoque de regret et à une exhortation adressée par le mourant à ses héritiers pour qu'ils restituent dès qu'ils le pourront le bien indument acquis. Mais que sera cette marque de regrets, que sera cette exhortation sur des lèvres qui ne peuvent plus que balbutier? Les prêtres

les plus charitables — et ce sont aussi les plus sages —

s’'ingénient à surprendre un geste, un mot qui ait un air de désaveu. Tout possédés et comme suggestionnés par l'intensité de leurs propres désirs, ils se persuadent, ils arrivent à se persuader qu’ils ont vu ce geste, qu'ils ont

(1) Instruction datée de Brunnswig, 9 août 1795 (voir M. de Puységur et l’église de Bourges, par le vicomte DE BRIMONT, appendice n° 2).

entendu ce mot; et, prononçant la formule auguste, ils 4 remettent à Dieu ce que Dieu seul jugera.

En ce mélange de consolations et de perplexités, une autre cause de trouble naît de la question des serments.

Depuis le serment à la constitution civile, le pouvoir séculier a entrepris trois fais de lier le clergé par des engagements. La loi du 26 août 1792 a imposé le serment liherté-égalité. La loi du #1 prairial an III a subordonné l’exercice publie du culte à une promesse de fidélité. Enfin, la loi du 7 vendémiaire an IV à imaginé une autre forme d’adhésion qui consistait tout ensemble en un hommage à la souveraineté du peuple et en une reconnaissance de Ia république. Ces actes de soumission sont-ils légitimes? Parmi les évêques exilés, la réprobation est, générale, tant on juge la Révolution mauvaise par essence et funeste tout ce qui rapprocherait d’elle ! Seul, l'évêque de Langres, M. de la Luzerne, s’est séparé nettement de ses collègues : deux ou trois, tels que M. de Boisgelin, M. de Cicé sont hésitants; quelques autres, qui ont repoussé avec énergie le serment libertéégalité, s’amollissent quand est votée la loi de prairial. Quant au clergé demeuré en France, de grandes divergences d'opinion s’y mamfestent, et elles se traduisent par des polémiques très vives. La majorité a repoussé le serment liberté-égalité. En revanche, la promesse de la loi de prairial, surtout avec les réserves autorisées quant aux matières spirituelles par le Comité de législation, a paru acceptable aux prêtres les plus sages ; néanmoins, plusieurs ont résisté, soit par intransigeance doctrinale, soit par docilité aux suggestions venues de l'exil. Pour le serment de vendémiaire an IV, on ne s’y est soumis que fort à contre-cœur, à cause de ses termes généraux à l’excès, et aussi par répugnance pour l’adhésion absolue au principe de la souveraineté du peuple. Il y a des flottements, des perplexités, des consciences qui, par scrupule, se ressaisissent après s’être données : amsi arrive-t-il qu'à Paris, lun des deux grands vicaires

du … de nn dtn due M. De rétracte Sa soumission, tandis que son collègue, M. de Dampierre, y … persiste : le clergé prend parti pour l’un ou pour l’autre, en sorte qu’il se divise, suivant l’expression du temps, en béche- de : distes et, en dampüerristes (1).

Ilimportait que l'esprit de charité tempérât ces querelles, | | me les disputes ne fussent pas déchirement, et surtout 1 qu’ on se gardât de toute intransigeance inopportune. À cette tâche plusieurs, en ce temps-là, travaillèrent : tel . M. de Beausset, évêque d’Alais, l’un des rares prélats de: Ê+ meurés en France ; tel surtout l’abbé Émery. J'ai déjà parlé de ce prêtre. Il faut regraver sa pts ü mie; car dans l’œuvre de restauration chrétienne, il tient le premier rang. 1 ; La Révolution l’avait trouvé supérieur général du sémi- naire et de la Congrégation de Saint-Sulpice, et tout paré de sagesse, de science, de vertu. Quand la rigueur des lois avait entravé son ministère jusqu’à le rendre impossible, il s'était, non sans cruel déchirement, séparé de ses collaborateurs et de ses disciples. On a gardé les derniers conseils qu’il leur adressa : « Soyez, leur dit-il, hommes de prière, évitez loi. siveté ; usez de la plus grande discrétion dans les maisons où Jon voudrait bien vous recevoir; ne laissez échapper ni plainte ni murmure contre les auteurs de nos maux. Deux ch choses, avait-il ajouté, doivent nous remplir de consolation “4 et de joie : la première, c’est que nous ne souffrirons que pour obéir à Dieu ; la seconde, e’est qu'aucun membre de la com | pagnie de Saint-Sulpice n’a trahi sa conscience. » SAN Demeuré presque seul dans les bâtiments du séminaire (5 qu’allait oceuper le comité de la section du Luxembourg, l'abbé Émery avait recherché dans quelle voie il pourrait le mieux servir. Quelques-uns de ses prêtres étaient jadis partis pour .— afin dy fonder un séminaire. Son

PP 4) Gen le Clsé dd Frans postale Noolis € I, p- 328.

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