‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 3 sur 65 · TR TE · texte numérisé non relu

TR TE

ie ne |

testé contre les murmures de PAssemblée. Sauf le Journal des Débats inféodé au Comité de sûreté générale, tous les journaux publièrent le discours. Pour le tirage en brochure,

On eut queïque peine à trouver un éditeur, tant la crainte

paralysait ! Mais quand le manifeste (peut-on l’appeler d’un autre nom?) fut enfin imprimé, tout le monde voulut le lire. Il se répandit dans Paris, se propagea dans les départements et, par des Haduction. se vulgarisa à l'étranger. Nulle part on ne le vendit plus qu'aux abords des Tuileries ;

et l’on rapporte que les colporteurs, avec une nat ados

malicieuse, clamaient aux oreilles des montagnards qui

entraient en séance le Discours du citoyen Grégoire. Était-ce le réveil? Point encore. Tout inspirait la défiance

et en particulier le mot de liberté : car, depuis trois ans,

plus les catholiques étaient persécutés, plus on les procla-

mait libres. Bientôt deux brochures parurent, l’une de

Durand de Maillane sur les fêtes décadaires, l’autre de Baudin des Ardennes sur le fanatisme. Toutes deux affirmaient le

droit des citoyens à pratiquer leur religion sans être molestés. Le public lut, tout charmé du retour à la modération, mais tout ahuri de la témérité, et ne se persuadant pas, ne réussissant pas à se persuader qu’on pût aller à la messe sans risquer sa tête.

Et pourtant on recommence à y aller. « Le jour de Noël, par 19 degrés Réaumur, a écrit dans son journal la duchesse de Duras, j’entendis, rue Montorgueil près celle Montmartre, tout l’office, sermon, vêpres et complies (1). » C’est en des

cachettes que se pratique le culte; mais, en certains quar-

tiers, la police un peu incertaine ne sait pas ce qui vaut le mieux, s’évertuer en enquêtes ou fermer les yeux. Dans les villes de province, dans les villages, pendant ces jours de l'hiver, quelques messes aussi se célèbrent de loin en loin.

(1) Duchesse De Duras, Journal des prisons de mon père et des miennes, p. 176.

Le plus souvent, l’officiant est un prêtre très vieux qui à échappé à la réclusion par l’excès de ses infirmités, ou bien encore un prêtre très jeune, ordonné en secret depuis la Révolution et qui ne figure sur aucun état. Les prêtres constitutionnels se trouvent en des conditions moins précaires ; car, d’une façon générale, les lois sur la déportation ne les concernent pas. Dans le Loir-et-Cher, Grégoire essaye de réorganiser le culte. Saurine, évêque des Landes, Royer, évêque de l’Ain, emprisonnés l’un et l’autre comme amis des girondins, viennent d’être mis en liberté et tentent aussi de reprendre leur ministère.

Qu'on se garde de grossir ces timides émancipations. Les difficultés de communiquer, la peur mal secouée, la menace permanente des lois persécutrices, la pénurie de prêtres, tout s’oppose à une vraie reprise du culte. On surprend çà et là quelques notables symptômes de retour religieux; mais rien de coordonné dans les efforts individuels qu’inspire Vintrépidité de la foi. — Dans le département de la Haute- Loire où la persécution a fait rage et s’est prolongée même après le 9 Thermidor, voici qu’arrive un représentant très humain, le représentant Pierret. Il dénonce les hommes de sang, les élimine des charges publiques ; puis il s’enquiert des prêtres reclus, les visite, ordonne parmi eux de nombreuses mises en liberté. Sous cette influence apaisante, les fidèles se rassurent et, en certaines communes, les cérémonies catholiques reprennent. — En Alsace et en Franche-Comté, quelques prêtres se montrent, revenus à tout hasard de l'exil ; mais bien vite la plupart repassent la frontière ; car un décret du 22 nivôse (1) vient d'inviter les accusateurs publics à appliquer en toute leur rigueur les lois contre les déportés rentrés. — En Champagne, en Dauphiné, quelques traces de culte. Ce ne sont pas les contrées les plus pieuses ; mais précisément parce que le fanatisme y est moins enraciné,

(1) 11 janvier 1795.

la surveillance y est moins active, et à la faveur d’une police plus relâchée, ce qui reste de fidèles peut se réunir avec un moindre péril. — Il y a des villes, comme Arras, où il semble que tout soit mort. Mais dans une retraite profonde un vieux prêtre est caché ; il vit seul, ce qui le met à l’abri des indiscrétions ; très secrètement il baptise, il marie, il administre les mourants ; des actes de son ministère, il garde note en un petit carnet qu’il tient à jour et qu’on a très longtemps conservé. — Parfois, les cérémonies du culte caché attirent une assez grande affluence pour que l'autorité publique s’émeuve et ouvre des enquêtes. Ainsi arrive-t-il aux limites . de la Flandre et de l’Artois dans les premiers jours de 1795. Ce sont ces dossiers qui permettent de reconstituer ce qui renaît de la vie catholique. Là-bas, deux ou trois prêtres parcourent le pays. Qui sont-ils? On ne le sait pas. D’où viennent-ils? On l’ignore pareillement ; on croit seulement, sans en être bien sûr, qu'ils se sont infiltrés à travers les Pays-Bas. Ils disent la messe en de petits villages : Annezin, Wingles, Hannœulin. Dans la nuit du 10 au 11 janvier 1795, l’un d’eux arrive à Vendin-les-Béthune. Il confesse et administre une femme malade. C’est un dimanche. À une heure du matin, chez une vieille fille, Célestine Loison, il célèbre le Saint-Sacrifice. La maison est pleine et la cour aussi : quatre cents personnes au moins. Tous les rites de la liturgie s’accomplissent, même l’aspersion de l’eau bénite. Il y a un sermon et qui a pour sujet la fidélité à la religion catholique. La semaine précédente, on a parlé de la Sainte Vierge. L’un des hommes du village fait une quête pour les pauvres. Plusieurs des assistants se sont confessés et commumient. Dans la journée, le prêtre se repose un peu, visite quelques malades, puis il disparaît. Le Comité révolutionnaire de Béthune est averti. Célestine Loison est interrogée. Sur le nom, les origines, la retraite du prêtre, elle se garde de rien révéler. « C'était, dit-elle, la cinquième ou sixième fois qu’il venait dire la messe. » Comme on lui demande s'il était

assermenté ou insermenté, elle répond : « Il paraissait avoir trop de religion pour avoir prêté serment. » Elle ajoute : « Du reste, s’il l’avait prêté, je ne l’aurais pas souffert. » A la suite de l’enquête, trois personnes sont arrêtées. Le plus compromis est un cultivateur qu’on appelle François Cachart. Il est accusé « d’avoir pris part plusieurs fois à des rassemblements nocturnes et fanatiques »; de plus, il a conduit le prêtre chez des malades « à l’effet d’y exercer son métier de prêtre ». Par surcroît, il a fait « la quête pour les soi-disant pauvres »; enfin, « il est allé éveiller le peuple pour assister à ces rassemblements nocturnes et a entretenu par là l’affreux fanatisme qui dévore la majeure partie des habitants de la commune » (1).

On se débattait en ces ténèbres à peine rayées de quelques lueurs, quand survint aux catholiques un secours inattendu.

Si abattus que fussent les Vendéens, il était visible que jamais ils ne se soumettraient si on ne leur rendait leur culte. L'intense désir de pacification fit adoucir vis-à-vis d’eux | les lois persécutrices. Mais quand, dans les provinces de POuest, on eut atténué la rigueur des décrets, la nécessité | s’imposa d'étendre à toute la France le même régime plus humain. De là, et comme par contre-coup, le premier édit qui substitua à l'intolérance un commencement de liberté.

Dieu couronna de cette victoire posthume ceux qui s'étaient levés pour sa cause. Vivants, les Vendéens avaient

(1) DERAMECOURT, le Clergé du diocèse d’ Arras pendant la Révolution,

t. IT, p. 324 et suiv. (d’après l’enquête du Comité révolutionnaire de Béthune).

L lutté dans la détresse et l'impuissance ; morts, ils deviendraient, par la vertu mystique de leur sang versé, les ouvriers de la restauration chrétienne.

Cette évolution est assez mémorable pour qu’ on la marque ici en détail.

Au début de l’année 1794, il semblait que l'insurrection fût anéantie. Les restes de la grande armée avaient été détruits à Savenay. Stofflet, La Rochejaquelein avaient repassé la Loire, mais presque seuls et avec le discrédit de leurs compagnons abandonnés. Ils erraient dans le pays des Mauges, sans ressources, sans troupes, sans espérance. Au bout de peu de jours, en une embuscade obscure, La Roche- jaquelein périt. Dans le Marais, la fortune n’était guère meilleure : Charette venait de perdre Noirmoutiers ; capturé dans l’île, d’Elbée avait été fusillé. Parmi les chefs des pre- miers jours, deux seuls restaient : Stofflet, Charette, mais séparés l’un de l’autre et, pour comble de de se haïssant.

| Un peu de clémence eût ramené la paix. La seule politique . fut un redoublement de rigueur. Kléber et Marceau avaient

LAONLÆLE, 5 Tee

qu’un bourreau. Ses instructions à ses subordonnés se formulèrent en ces termes : « On emploiera tous les moyens . pour découvrir les rebelles : tous seront passés au fil de la baïonnette; les villages, métairies, bois, landes, genêts ‘seront livrés aux flammes (1). »

Les ordres étaient atroces ; les exécuteurs furent pires encore : ils s’appelaient Grignon, Cordellier, Boucret, Huché, tous généraux comme on n’en vit jamais, pillards, violeurs de femmes et assassins avec ostentation. Des colonnes furent formées que la voix publique appela les colonnes infernales. On massacra tout, les femmes, les vieillards, les enfants. L’insurrection était abattue. L’exaspération rendit à

(1) Ordre du 17 janvier 1794 (Savagy, Guerre de Vendée, t. III, p. 43).

cueilli les victoires. Le général Turreau vint qui ne fut

Stofflet vaincu des soldats. En de petits engagements, les rebelles ressaisissent l’avantage. Ils occupent Lasalle-de- Vihiers, les Gardes, Chemillé, Jallais, c’est-à-dire toute la région où, l’année précédente, la guerre civile est née. La ville de Cholet est prise, perdue, puis occupée de nouveau. Les combats se succèdent avec des chances diverses, mais acharnés et sans merci. Les forêts de Vézins et de Maulévrier sont comme le réduit de la résistance et le lieu où, en cas d’échec, on se réfugie. Tel est le pays des Mauges. Dans le Marais, Charette poursuit la lutte avec des alternatives obscures de revers et de succès. Entre Charette retranché dans les terres basses et Stofflet abrité dans les bois, un autre chef, Sapinaud, a levé et entretient quelques contingents. Dans le même temps, la chouannerie désole le Bas- Maine et une partie de la Bretagne.

Après la chute de Robespierre, les ressorts de la Terreur se détendirent. Le 29 thermidor, un arrêté du Comité de salut public prescrivit de punir les brigandages des militaires, de réprimer les actes de cruauté. Puis de nouveaux chefs furent désignés : Dumas, Canclaux, enfin Hoche qui ne commanda d’abord que l’armée dite de Cherbourg, mais qui devait devenir si fameux. Cependant la rumeur des crimes | s'était répandue. Le 8 vendémiaire (29 septembre 1794), Pun des députés de la Vendée dénonça publiquement les excès. L’indignation éclata. De colère, on décréta l’arrestation de Turreau, de Grignon, d’Huché. Les jours suivants, le représentant Lequinio, bien qu’un des plus violents parmi les Montagnards, rassembla, en un mémoire, les témoignages qui attestaient les récentes atrocités. Enfin on prépara le procès de Carrier.

Une si vive réprobation présageait une politique d’apaisement. Mais se bornerait-on à des grâces individuelles ou s’élèverait-on jusqu'au large dessein d'une amnistie? Sur ces entrefaites, neuf députés des départements insurgés formulèrent, en une adresse au Comité de salut public, le

d’une clémence qui ne UE ae exceptions ni ser ves. Ces vues généreuses prévalurent. Le mémoire était

é du 11 frimaire (4 décembre 1794). Le lendemain, un t déclara amnistiés tous les rebelles de l'Ouest, à la idition que, dans le délai d’un mois, ils do les es. Des délégués furent désignés pour se rendre dans les cipaux centres de l’insurrection et y proclamer le pardon :

sir, nas un Lilo obstacle.

ni t on c'était la da Les es s "étaient

nn C 'est-à dire du nu, ou que en aEch pi a ouannerie, les mêmes persécutions avaient engendré s mêmes colères. De Rennes, le 2 frimaire (22 nombre 1794), lun des commissaires de la Convention, le présentant Boursault, écrivait : « Je veux et je dois faire

mer la Révolution aux habitants de la ci-devant Bre-

ne ; mais je ne peux vous dissimuler que les décrets relaifs aux prêtres réfractaires sont le plus grand obstacle à mes projets. » Il ajoutait : « Si l’on voulait appliquer les lois, y aurait dans les prisons de ces divers départements de ts nes (1). » À quelque temps de là,

el ni des actes du Comité de salut public, t. XVIIE, p. 295-296). (2) Voir Savary, Guerre des Vendéens et des chouans, t. IV, p. 244. :

Donc, soit en Vendée, soit en Bretagne, rien ne serait fait si l’on n’assurait un minimum de liberté religieuse ; et quiconque aspirait à la paix publique était tenu, fût-il indifférent, fût-il même impie, de tourner de ce côté ses sollicitudes.

Les Commissaires désignés pour proclamer l’amnistie en Vendée arrivèrent à Nantes vers le milieu de décembre 1794. Ils y trouvèrent d’autres Représentants déjà accrédités dans la région : tels Guyardin et Bezard, mal dégagés des pratiques terroristes ; tel Ruelle, très ardent au contraire pour la pacification. On eût dit un petit parlement ; car, à certains jours, en l’un des hôtels de l’île Feydeau, onze députés se trouvèrent réunis. Une proclamation fut rédigée. D’assez nombreux élargissements furent accordés. Il importait d'amener à des pourparlers les chefs des rebelles. Stofflet était ignorant, grossier, dominé d’ailleurs par un prêtre intrigant, l’abbé Bernier. Charette au contraire était d'esprit moins rude et plus souple ; en outre, il était, en ce temps-là, mécontent de l'Angleterre, mécontent des princes ; enfin on se persuadait que la perspective de négociations directes avec les commissaires de la République flatterait sa vanité. Ce fut à lui qu’on résolut de s’adresser.

Le représentant Ruelle se chargea de jeter les premiers coups de sonde. Déjà il s’était abouché avec une Nantaïise d’origine créole, Mme Gasnier-Chambon, femme charitable et courageuse qui, sous le proconsulat de Carrier, s’était fort employée en faveur des suspects. Celle-ci s'était mise en quête d'agents officieux qui se rendraient au camp des Vendéens. On songea d’abord aux filles de M. de Couetus, mais elles déclinèrent la mission (1). On s’adressa ensuite à la sœur de Charette, alors cachée dans Nantes et qui mani-

(1) Denrau, Histoire de la Vendée, t. V, p. 3.

Page 1