TOME IV
Un modéré, Creuzé-Latouche, donna le signal de la défection. Il mvoqua les périls de la patrie. On a vaincu, dit-il, la conspiration ; il faut savoir mettre à profit la victoire ; il faut par des mesures extraordinaires en assurer les fruits. Lecouteulx, Régnier protestèrent de nouveau, mais en paroles si décolorées qu’on y discernait. une énergie tout à bout. Es convinrent qu’un complot avait été ourdi et qu’il en fallait punir les auteurs ; ils blâmaient seulement les proscriptions en bloc qui confondaient les innocents avec les coupables. Contre ces scrupules s’élevèrent Brival, Isabeau, Bordas, tous affamés de répression. Cependant, au Luxembourg, on s’impatientait. Du Directoire, un message arriva, adressé en apparence aux Cing-Cents, en réalité aux Anciens, et d’une menace sï transparente qu'il ne laissait plus d’autre alternative que la révolte ou la soumission. On y lisait ces lignes : « Le 18 fructidor a dû sauver la République et vous. Cest aujourd’hui le 19 fructidor, et le peuple se demande où en est la République et ce que le Corps législatif a fait pour la consolider. Si vous tardez une minute à vous prononcer, c'en est fait; vous vous perdez avec la République. Le Directoire s’est dévoué ; il a dû compter sur vous ; Sinon, il faut fermer la Constitution, et dire aux patriotes que Pheure de la royauté a sonné dans la République. » Sous Finsolente mise en demeure, tout s’effondra. Il ne restait plus qu’à brusquer le vote. Que se passa-t-il au moment où il fallut homologuer Pattentat? Beaucoup demeurèrent immobiles, répugnant à livrer leurs collègues, et croyant, en s’abstenant, faire assez pour leur honneur. On a prétendu (1) que sept voix se prononcèrent contre la Résolution, quinze voix pour. C’est ainsi que l’iniquité devint loi.
(1) BarB$-MARBBoIs, Journal d’un déporté, t. Ie, p. 52. — M, DE Ba. BANTE, Histoire du Directoire, t. XF, p. 404.