‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 46 sur 65 · ST · texte numérisé non relu

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populations. Souvent le prêtre arrêté trouve, en son misé-

lendemain, le surlendemain, les jours suivants, ou soit trans-

féré à la maison des ecclésiastiques reclus. C’est encore pour lui la captivité. Du moins ce n’est pas la déportation AVEC ses terrifiantes perspectives. À quelle influence doit-il cette

arrive qu’il annule un certain nombre de ses décisions ;

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ie LIVRE VINGT- HUITIÈME | LES CULTES DISSIDENTS

SOMMAIRE 1. — Comment l'é époque où la on fut le plus proscrite fut aussi celle où le plus de formes cultuelles tentèrent de s’établir.

Il. — La LRÉOPAHANrOpIe Ce qu’elle est, comment elle se fonde: com- ;

ment elle s'accompagne de rites ; discours de Larévellière à l'Institut : comment l’association se développe : la copossession des églises ; l’ office Le

théophilanthropique. — La théophilanthropie et le catholicisme : com- . ment et pour quelles causes la théophilanthropie perd peu à peu ses ” sectateurs. “ III. — Le Culte décadaire : Les fêtes civiques instituées par la Cove ee

fructidoriens entreprennent d'imposer la religion décadaire : arrêté

tion ; comment elles sont négligées ou inobservées. — Comment les

du 14 germinal an VI (3 avril 1798); lois des 17 thermidor an VE

(& août 1798), 13 et 23 fructidor an VI (30 août et 9 septembre 1798). — Quel sera le promoteur du culte décadaire : François de Neufchâteau; ses circulaires. Lu tx “tv. — Le Culie décadaire (suite) : Le culte décadaire à Paris; le culte | décadaire dans les villes ; comment il ne réussit pas à s’établir dans les

campagnes. — Attraction et coercition : guerre au dimanche ; com- RAS

ment tous les efforts du gouvernement échouent. V. — Le Culte constitutionnel : La condition du clergé constitutionnel :

comment il est à la fois suspect et protégé. — De l’avantage que puisent. a ‘

les prêtres constitutionnels dans la disgrâce de leurs adversaires.

VI. — Le Culie constitutionnel (suite): Grégoire ; les Réunts; les évêques, les curés; le culte constitutionnel dans les départements ; impossibülité de fixer le chiffre de ses prosélytes. — De quelques embarras : pauvreté matérielle, copossession des églises : le dimanche et le décadi. 5

VII. — Le Culte constitutionnel (suite) : Vœux ardents et sincères d’un

, grand nombre pour la réunion des deux églises. — Quelles déviations

: rendent stériles les meilleurs desseins. — Projets d’entente et quels

vices essentiels ils portent en eux. — Comment, des deux parts, on prétend se pardonner.

La loi du 18 fructidor avait frappé l'immense majorité du clergé fidèle. Pourtant l’œuvre n’était point complète. En proscrivant les prêtres, on n’avait point détruit la foi chrétienne et il était à craindre qu’elle subsistât bien longtemps encore, par la survivance d’une tradition viéille autant que la France et toujours révérée.

Ici apparut bien la vigilante obstination de la politique directoriale. Vis-à-vis de la religion, les terroristes avaient procédé par coups violents ; mais en répandant le sanp, ils n'avaient guère atteint les doctrines. Sollicités par beaucoup de tâches, ils avaient dispersé leur activité. Puis le temps leur avait manqué pour rien achever. Ainsi avaient-ils passé, à la manière d’un ouragan qui creuse de ravines la surface du sol sans en pénétrer les couches profondes. — Les frucidoriens, leurs successeurs, portaient en eux les mêmes haines, mais plus savantes, plus contenues. Vivant en un monde moins bouleversé, ils pouvaient travailler avec plus de suite, à la façon de ceux qui espèrent durer. Autour d’eux s’agitaient les survivants des philosophes, tout nourris d’impiété, les savants et les letirés presque tous saturés de matérialisme, les jacobins nantis, tous persuadés que religion et monarchie étaient solidaires et tremblant de tout perdre si l’une aidait à restaurer l’autre. L’irréligion avait son conseil permanent : l’Institut; son journal presque officiel : la Décade. Toutes ces influences, à l’envi les unes des autres, pressaient sur les pouvoirs publics. Mais, en vérité, ceux qui gouvernaient avaient-ils besoin qu’on les poussât ? Dans le Directoire siégeaient les plus implacables ennemis du catholicisme : Merlin, Reubell, Larévellière.

En ces ER eie aux bo raffinées, Lidée s’ rat. fie fermit de combler le vide des anciennes cérémonies religieuses | en créant, en favorisant d’autres rites, d’autres fêtes où le peuple retrouverait les jouissances mystiques et Îles pompes solennelles qu’il avait aimées. La pensée n’était point nou velle. On la ressaisirait, on la recreuserait. Peut-être les É | masses se laisseraient-elles attirer : que si elles se montraiem | rebelles, on espérait bien que quelques esprits se prendraie à la nouveauté ; de là des incertitudes, des flottements, des | scissions peut-être ; et de ces scissions, l'antique foi sortirait affaiblie. Ha h Il arriva donc que l’époque où l’on proscrivit . plus la rs fut aussi celle où le plus de formes cultuelles solli- citérent l'adhésion des foules. En cette période fructido- rienne, on peut discerner quatre cultes distincts : un culte ue sorte de déisme qu’on désigne sous le nom de Théophilanthropie : un culte civique qui aspire à diviniser “ | l'idée de patrie, et qu’on appelle le culte décadaire : puis le cale constitutionnel, tantôt mars . Caressé même, ant

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niveau d son a mn le cale ob Mais y a-t-il vraiment quatre cultes? N’est-il pas plus exact. de dire que les trois premiers ne sont que machine de guerre contre le catholicisme et qu’on se réserve de les abandonner à leur propre faiblesse le ; jour où ils auront fourni leur He Lan est de servir | à vaincre l’antique gi

Pendant la période thermidorienne, ons systèmes avaient été imaginés qui offriraient à la France un minimum de religion. C’est ainsi qu’un député qu’on appelait Dauber-

ê mesnil avait essayé d'établir, sous le nom de ie des cd | rateurs, un culte bizarre qui aurait son clergé composé pères de famille, ses fêtes marquées par le retour des saisons, ses rites et en particulier ses rites funèbres, ses temples enfin désignés sous le nom d’asile et où brileraits en manière d’emblème, un feu sacré qui ne s’éteindrait jamais. Dans le même temps, d’autres programmes d’organisation religieuse avaient été élaborés, sous les noms de culte social, culte scientifique ou bien encore culte naturel (1). Entre toutes ces entreprises, une seule triompha de l’ indifférence publique et réussit à grouper des adeptes.

L’initiative émana d’un libraire qu’on appelait Chemin- Dupontès. En un petit livre publié vers la fin de 1796, il traça le plan d’une religion très simple, très allégée de dogmes et qui reposait sur deux notions fondamentales : l'existence de Dieu et l’immortalité de l’âme. Quiconque adhérait ne cette profession de foi serait tenu à un double devoir : envers. ù Dieu, l'hommage ; vis-à-vis des autres hommes, la tolérance et l'entr” aide. De là, par une réminiscence grecque, ie nom de Théo-anthropophilie donné au nouveau culte. Bientôt l'appellation même se modifia quelque peu et se transforme en celle de Théophilanthropie. :

Le Manuel des Théophilanthropes — tel était D nom de l'écrit composé par Chemin — ne semblait comporter que quelques pages, puisqu'il se bornait à l'affirmation de deux maximes : Dieu et l’âme immortelle. Il n’en allait point de “la sorte ; car ce culte, qui semblait simple déisme, s ’accompagnait de formes rituelles, et au pan de ressembler beaucoup à ces religions surannées qu’on aspirait à remplacer. Le théophilanthrope pratiquant était tenu ou du moins exhorté à observer un culte domestique qui consisterait chaque matin en une prière à Dieu — ou, comme on disait, au père de la nature — et, le soir, en un examen de conscience

1 Voir MaTrrez, la Théophilanthropie et le culte décadaire, p.46 et suiv.

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