TOME IV
disait-il, disposez toutes les âmes à s’ouvrir dans cette fête aux sentiments les plus affectueux par des scènes touchantes et par les plus simples emblèmes. L'enfant qui étend en souriant ses petits bras vers le sein qui l’a nourri, la vigne qui s’enlace au chêne et suspend des fruits sur son feuillage, le fleuve qui rapporte à la mer les eaux qu’il lui a empruntées, l’animal aimable et fidèle qui meurt en léchant la main qui l’a nourri, toutes ces images de la nature sont de très expressives allégories de la reconnaissance. Les animaux eux-mêmes en donnent des leçons à l’homme. Il n’est pas permis d’oublier le lion d’Androclès. » En ce temps-là, Barras siégeait au Directoire et, avec lui, Reubell et Merlin, non encore congédiés. Sans aucune ironie et avec une gravité sérieuse, François de Neufchâteau parlait de la gratitude qu’on devrait « aux magistrats qui prendraient pour modèles les vertus d’Aristide et de Caton » (1).
Comme les mauvaises herbes, la sottise grandit vite. François de Neufchâteau réussit à se surpasser en traçant le programme de la fête du 14 juillet et du 10 août : « Montrez, disait-il, le génie de la liberté planant sur les ruines embrasées de la Bastille, la république debout sur les éclats d’un trône brisé... Qu'on lise sur des bannières : QuaArorze JUILLET. Împatient d’une tyrannie qui avait pesé sur quatorze siècles, le peuple français se lève et invoque une Constüution. — Dix AouT. Un autre Tarquin abuse de l'autorité que lui avait laissée le peuple; de nouveaux Brutus fondent la République. — Neur TaErRmiIDoR. Des décemvirs aguent une hache sanglante, elle est brisée entre leurs mains. — Drx- HUIT FRUCTIDOR. Le royalisme se relève; il est vaincu. Orateurs, poètes, reprenez le pinceau et la lyre que vous teniez à l’époque des premières fédérations, à l’époque de la chute du trône. O jours immortels, jours d’un enthousiasme élec-
(1) Recuerl des lettres, cireulaires et instructions de François De Nevr- CHATEAU, t. II, p. 214 et suiv.
trique et universel : : Fetases. jours st raee et hi d'un
plus vif. éclat ! Administrateurs, ne reposez plus que nn RE
f . n'ayez assuré le triomphe de onu publie. Considérez les
fêtes comme le ressort le plus actif qui soit entre vos mains ù
et que leurs résultats annoncent à la Foi le règne de la morale
: et le triomphe du patriotisme (1).»
An Ces mandements civiques se fussent sans dont continués si, dans l’entrefaite, François de Neufchâteau n eût été congédié du ministère. Mais déjà il s ’apprêtait pour le
service d’un nouveau maître. Il sera, Sous un autre régime,
h Sénateur, comte, grand dignitaire his la Légion on 1
J’ajoute qu il sera par surcroît membre de r Académie fran- ‘ [un pes
nRadeoi de Neufchâteau réussirait-il à convaincre ou. le ; n’aboutirait-il qu'à préparer pour Hoi un recueil de. niaiseries mémorables ? Ce A Paris, le gouvernement disposait d'attractions : assez $ | variées pour que les fêtes civiques attirassent un grand con- cours. Un jour, on exhiba les objets d’art enlevés aux musées ou aux collections d'Italie; un autre jour, on exposa les “tapisseries des Gobelins. Pour les amateurs de musique, VPoceasion était propice d'entendre, en leurs plus beaux mor- ceaux, les artistes du Consors aioire. Souvent aussi CR ie ’appliquait à rehausser les solennités par des parades mili- cl taires. Les hommes de la Révolution avaient le sens de la pompe décorative, le génie du machinisme : et linstinct du ridicule, si éveillé dans l’affinement de Painion régime,
& Rois des lettres, circulaires et instructions de aie DE NEUF- CHATEAU, {. II, p. 289 et Suiv.
s'était fort émoussé au contact des mœurs démocratiques. Aussi beaucoup de Parisiens contemplaient sans aucune ‘ironie, mais avec une curiosité admirative, les images sym- boliques qui représentaient, tantôt le génie de la liberté planant sur les ruines embrasées de la Bastille, tantôt les torches de la vengeance poursuivant les crimes des prêtres et des rois. Le programme se complétait par des courses de à 4 chars, joutes sur l’eau, ascensions d’aérostats. Enfin, le soir F4 venu, $ ’allumaient les feux à ’artifice dont la du pee >
‘dt Le sacerdoce. — Ainsi se Chr aent les grandes fêtes. Tout JA autres étaient les décadis ordinaires, ces simples dimanches de la liturgie nouvelle. Ce jour-là, dans les églises transfor- | mées en temples laïcs, presque seuls les magistrats étaient - | présents, mornes, os s’ennuyant de leurs propres paroles qui résonnaient d. l'enceinte vide. Cette solitude ne s’an: mait un peu que par l’arrivée des futurs mariés qui, accom- pagnés de leurs parents et de leurs témoins, se présentaient devant l'officier civil : alors on s’égayait, deMaee même #k on s’égayait trop. Dans un rapport de police — et combien ä n’en trouverait-on pee de pareils? — nous lisons ces mots : « Les décadis où il n’y a pas de mariage, le temple est dé rs sert (1). » Fe En beaucoup de nie de province, comme à Paris, les grandes solennités décadaires furent entourées d’un certain éclat. Les fonctionnaires venaient par peur, les badauds par désœuvrement, les sectaires par impiété. En quelques départements de l’Ouest, les citadins affectèrent de célé- 7 brer la décade, afin de marquer par là le contraste avec les À habitants de la campagne : c’était leur façon de répondre n au royalisme et à la chouannerie rurale. Une autre cause . accrut la vogue. Sous l’ancien régime, les faiseurs de vers,
(1) Rapport du mois de vendémiaire an VII (AULARD, Paris sous la réaction thermidorienne, t. V, p. 167).
les inventeurs de nouveautés, les beaux esprits en mal de philosophie ou de rhétorique, avaient pour se produire les salons, les académies régionales, les sociétés de francsmaçons. La Révolution avait dispersé ou fermé toutes ces
assemblées. Voici que les temples civiques offraient à tous
les discoureurs un auditoire. Poètes lyriques ou élégiaques, bourgeois teintés de science ou de lettres, professeurs des écoles centrales, tous s’y précipitèrent ; et plus encore les anciens prêtres qui se désespéraient de leurs sermons inutilisés.
Les mémoires, les journaux locaux, les rapports officiels permettent de reconstituer quelques-unes de ces fêtes provinciales.
A la fête du 21 janvier, dite fête du 2 pluviôse ou de la juste punition du dernier roi des Français, on distribuait les chants d’imprécation contre les tyrans : et dans le temple, les employés, les commis, les fonctionnaires se mettaient à chanter, s’efforçant d’être indignés mais n’y parvenant pas toujours ; car plusieurs rapports les accusent de chanter avec nonchalance. et dédain, ou même de ne pas chanter du tout. Puis une procession se formait, — marche civique,
disait-on, — dont le but était d’aller replanter les arbres
de la liberté morts l’année précédente. Il y avait musique, escorte militaire, étalage d’emblèmes. Les élèves des écoles suivaient, curieux, étonnés, tandis que « les plus vertueux et les plus instruits », disait le programme inspiré par François de Neufchâteau, portaient, à titre de récompense, les efligies de Brutus, de Voltaire, de Rousseau. « Nous aurons congé demain pour la mort du roi », avaient dit la veille les enfants à leurs parents.
En d’autres solennités, le culte décadaire daignait s’éclaircir un peu. Le jour de la fête de l’agriculture, des laboureurs, vignerons, jardiniers, la tête ornée de feuillages et de rubans, s'organisent en cortège, #scortant une charrue tout enguirlandée. Durant le printemps, durant l'été, les fêtes senti-
mentales se succèdent. A la fête des époux, on déclame contre le célibat, pratiqué, disent les orateurs, par les prêtres «d’une secte trop célèbre »; après quoi, l’on vante les bienfaits de l’allaitement maternel. Pendant ce temps, les sceptiques supputent le nombre des divorces qui, d’année en année, s'accroît. A la fête de la jeunesse, les enfants des écoles viennent réciter la Déclaration des droits de l’homme, la Constitution, le catéchisme décadaire. Ils arrivent tout troublés : dans le département de l’Aube, l’un d’eux même, en son effarement, commence par le signe de la croix comme à l’autre catéchisme. A la fête de la vieillesse, les douze vieillards les plus recommandables du canton sont conduits au temple décadaire : à leurs pieds les enfants s’asseyent ; et des jeunes gens des deux sexes leur offrent tantôt des couronnes de chêne, tantôt des corbeilles de fleurs et de fruits.
Tel est Paris, telles sont les grandes villes. Qu’on poursuive maintenant l’enquête dans les campagnes : là-bas, le culte décadaire n’est plus observé du tout.
Je me figure l’agent municipal recevant en son village l'avis de se rendre en costume au chef-lieu de canton le jour de décadi. Il tourne, retourne l'invitation. Son costume ! mais il n’en à pas. Le canton! mais c’est bien loin. Cependant, il y a là-bas un représentant du Directoire — un peu plus qu’un commissaire de police, un peu moins qu’un souspréfet — qui presse, gourmande et au besoin dénonce. Donc, le pauvre agent municipal se résigne, s’habille un peu mieux que de coutume, se rend au chef-lieu. Dans la salle de l’administration cantonale, il trouve le président, le secrétaire, le commissaire du Directoire, et ne voyant aucun de ses collègues des autres communes, se repent d’avoir été trop zélé. On attend, et l’heure passe : à la file, arrivent le receveur de l’enregistrement, le juge de paix, deux ou trois instituteurs, puis un ou deux curés constitutionnels qui voudraient bien contenter tout le monde. En un silence glacé, on lit les lois, le bulletin décadaire, tandis que deux
ou on jeunes couples, venus de loin, Ateoue à qu au nom de la loi on les déclare unis. I] faut encore prendre patience. . Un ou deux discours ont été préparés qu’on ne peut changer
M car ils sont écrits — et où l’on vante l'enthousiasme civique autant que le nombre des assistants. Enfin, on pro- jf Do: cède aux mariages, et c’est la seule chose qui ne soit point inutile. Il est déjà tard. L'agent municipal regagne sa demeure, lassé, bâillant encore, jugeant la cérémonie plus Hi ennuyeuse que les vêpres et jurant qu’on ne le reprendra plus.
Et, en effet, on ne le reprend plus. Simples décadis ou grandes solennités civiques, tout est négligé. Voici la fête du 21 janvier. Elle est répulsive. D'ailleurs, c’est l'hiver, et l’on est bien au coin du feu. Voici au printemps la fête de la reconnaissance : les villageois écoutent, sans la bien comprendre, l'annonce faite à son de caisse, se demandent non sans ironie à qui ils doivent de la gratitude, et se remettent
à tailler leur vigne ou à sarcler leur champ d’avoine. Main- JE tenant le calendrier nouveau ramène la fête de tra . tout le monde est aux champs, ce qui est, après tout, le meilleur moyen de rendre hommage à la terre. En NES en août, c’est la fête de la liberté, c’est la fête de la vieillesse : mais c’est aussi la moisson. A cette occasion, les anciens du village rappellent que, sous la monarchie, di curé , montant en chaire, autorisait, pour couper le blé, le oil du div manche ; et tous de s'étonner que les apôtres de la tolérance he soient plus rigides que ne l’étaient les fanatiques. (120 Comment triompher de cette résistance, sorte de Été Me | silencieuse, légèrement narquoise, D hatinse
Il y a la manière douce, celle qui consiste en un surcroit. d’efforts pour varier, pour intensifier les attractions. A Pat un règlement publié le 18 nivôse an VII s’applique à rendre les pompes décadaires aussi éclatantes que les cérémonies de l’ancien culte. Dans les églises transformées en temples, des fauteuils seront préparés pour les autorités, et ces fau-
teuils seront « de forme due ». Sur es côtés s’é des gradins, à droite pour les militaires et fonctionnaires, à gauche pour les instituteurs et leurs élèves. Au bas des gradins s’étendront des rangs de sièges commodes pour les spectateurs. Il y aura orchestre, musique militaire, audition d’orgues, exposition de bustes, exhibition de faisceaux « d’une grandeur colossale », déploiement de gardes nationaux
qui, au lieu d’armes, porteront chacun un bâton enlacé d’une branche es Au moment des mariages, l'orchestr y préludera par des « accords doux et harmonieux ». Enfin, ee dit l’un des articles du règlement, la cérémonie se terminera pt « par une symphonie d’un mouvement vif et rapide propre à inspirer aux citoyens des sentiments généreux et fraternels » (1). — Dans les petites villes, dans les villages surtout, on n’a ni « fauteuils de forme antique », ni artistes pour interpréter des «symphonies d’un mouvement vif et rapide » Faute de mieux, on se contente d’un programme moins raffiné. Tantôt on s’évertue à répandre des hymnes civiques, composés sur des airs faciles, et que les citoyens seront invités à répéter; tantôt on se borne à prendre à gages : deux ou trois vieux ménétriers. Cependant, il arrive parfois … à que les ressources locales ou l’initiative d’un patriote géné- «4 reux permettent d’organiser des jeux publics avec prix. Alors l’empressement ne laisse pas que d’être grand. Mais le culte nouveau y trouve-t-il son compte? Le plus souvent ceux qui se divertissent le soir ont, en indévots de la religion 4 décadaire, travaillé toute la matinée. À A côté de la douceur il y a la contrainte. Quiconque est commerçant et a besoin, soit d’une autorisation de police, soit d’un délai pour ses contributions, ne sera écouté que s’il observe la décade. Une relie active s'exerce sur les fonctionnaires, et l’on compte parmi les fonctionnaires ”
(1) Reglement du 18 nivôse an VII (AULARD, Paris sous la réaction | thermidorienne, t. V, p. 299-303).
tous ceux qui sont revêtus d’un mandat public ; ainsi arrivet-il qu’une circulaire du ministre de la Justice prescrit qu’on fui signale les notaires qui n’assisteraient pas à la fête du 21 janvier. Cependant les juges répugnent souvent à grossir la tourbe des salariés qui étalent leur dévotion au temple officiel. De cette indépendance, les pouvoirs publics s’émeuvent. On rappelle aux magistrats que leur devoir est d'assister aux fêtes nationales, et d’y assister en costume, c’est-à-dire «en habit noir, manteau noir avec ruban en sautoir aux trois couleurs, et la tête coiffée d’un chapeau rond surmonté d’un panache de plumes noires ». Un état dressé en chaque département par le commissaire du Directoire signalera ceux qui seraient relaps ou impénitents (1).
Douceur ou menaces, tout se résume en un mot : guerre au dimanche. Le principal souci est de persuader au public que le repos s’appelle paresse quand on le pratique le dimanche ét patriotisme quand on s’y livre le décadi. Les jours d'anciens dimanches, tout citoyen doit s'interroger lui-même avec une double sollicitude, pour connaître les obligations qu'il doit remplir, les divertissements qu’il doit éviter. Il est tenu : commerçant, d'ouvrir sa boutique; chef d’atelier, de noter les ouvriers qui manquent ; instituteur, de tenir l’école ;: employé, de se rendre à son bureau. C’est péché de ne pas travailler, et péché plus grand de se divertir. Malheur à qui joue de la musique, se pare de toilettes, se rend aux assemblées. Malheur surtout à qui danserait. Pendant le
jour, le travail est tenu de s’afficher ; le soir, nulle attraction
joyeuse, et une inquisition qui tient pour suspect même le son du clavecin à travers les volets fermés. C'est l’austérité d’un dimanche presbytérien en Écosse ; seulement, là-bas, on veut le dimanche austère à force de le révérer, et ici à force de vouloir l’abolir. Ce n’est pas tout. La liberté dont
(1) Circulaires du ministre de la Justice du 24 prairial an VI, 14 frimaire et 4er nivôse an VII (Archives nationales, AFi11, carton 33).
On jouit — car c’est toujours la liberté qu’on invoque — impose à tout citoyen français une remarquable souplesse d’allures. Il devra obligatoirement reporter au décadi tout ce qu’il aura, non moins obligatoirement, économisé le dimanche. Ce jour-là, il devra le matin assister à l'assemblée décadaire comme jadis à la messe ; il devra y assister sans nonchalance, en une attitude silencieuse, sans maintien négligé, en approuvant où il faut. Puis, s’il y a une autre convocation dans l’après-midi, soit pour l'instruction des enfants, soit pour quelque rite supplémentaire de la nouvelle bturgie, il devra s’y rendre comme naguère aux vêpres. Après quoi, pendant le reste de la journée, il sera tenu de se montrer oisif avec ostentation, en outre aussi Joyeux, aussi épanoui que s’il ne s'était pas ennuyé du tout ; et c’est en observant tous ces commandements que, selon la théologie décadaire, il sera sauvé.
Cependant d'innombrables désobéissances amènent d’innombrables procès-verbaux. Pour qui se rappelle les audiences de la Terreur, le prétoire de la justice de paix n’a rien qui effraie, Parmi les Contrevenants, plusieurs se haussent jusqu'aux plaintes amèêres ou à l'ironie hautaine : « J’ai fermé ma boutique, dit une femme, pour obéir à la loi de Dieu. » « Je m'étonne, dit un marchand tapissier, que le gouvernement, qui ne reconnaît plus les fêtes ou dimanches, se les rappelle pour gêner la liberté des citoyens (1). » Dans les bourgades rurales, le spectacle est le même. Ce ne sont qu’enquêtes, rapports, appels à la dénonciation. « J "espère, écrit en Franche-Comté un commissaire cantonal, qu’à Paide de la gendarmerie, on viendra à bout de faire exécuter la loi (2). » Et les gendarmes, en effet, déploient tout leur zèle. « Il nous faut, mande l’un d’eux, faire de fréquentes
(1) Annales de la religion, mémoires Dour servir à l’histoire du dix-huitième siècle, t. IX, p. 450 et 455.
(2) SAUZAy, Histoire de la persécution révolutionnaire dans le Doubs, t. X, p. 324 et passim. 1e
| qu'o on ect les da voler: aux ns deu. ion vite les paysans d’atteler la charrue si c© est le dimanche ou, si c’est le décadi, de se précipiter au cabaret. Ce n’est qu’apparente soumission. Dès qu’a cessé de retentir sur le chemin le sabot des chevaux, toutes choses se remettent à leur place, suivant l’ancien coutumier de la vie. LE Dans le grand courant de révolte, les persécuteurs se sentent.
D Submergés. En beaucoup d’endroits, la lassitude suspend les
poursuites. En Vendée et dans tout le pays jadis insurgé, L on y a déjà renoncé. Là-bas, les magistrats eux-mêmes distribuent des permissions pour travailler le décadi. « Que voulez-vous, disent-ils? Le peuple est dominé par des pré- | jugés religieux qu’il ne perdra qu'avec la vie (1). » Quand d’aventure les cérémonies décadaires s’accomplissent, elles HE parfois à l’autorité de singulières surprises : c’est ainsi qu’en Boulonnais, au bourg de Samer, un jour de fête | A décadaire, l'assistance, en guise d’hymne civique, entonne dans l’église le Te Deum. Le gouvernement se désespère. D a, prèché, mais sans convaincre ; il a pontifié, mais sans con- quérir le respect ; il a essayé dar on a pris l’amuse- nn ment et laissé le reste ; il a puni, mais sans intimider. Tout désabusés, les frnctidériens s’ingénient à la recherche de nouveautés : celui-ci propose la rédaction d’un code religieux et moral que les enfants apprendront par cœur pour | le réciter chaque décadi; celui-là voudrait que les cérémonies décadaires, au lieu d’être célébrées seulement au Are chet-lieu de canton, le fussent dans chaque commune. L’une Ji des plus récentes inventions est celle d’ordonnateurs sala- | riés, mais revêtus d’un aspect sacerdotal qui, sous le nom de chorèges, seront les promoteurs, les missionnaires, les maîtres de cérémonie de la religion civique. En cette année 1799, il y a les curés orthodoxes dont on a dit le sort ;il y a
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