‹ Histoire religieuse de la révolution françaiseChapitre 50 sur 65 · TEA · texte numérisé non relu

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(1) CHASSIN, Pacifications de l'Ouest, t. III, p. 235:

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les curés constitutionnels dont on va parler: il | par s croît les lecteurs ou orateurs du culte théophilanthrop Comme si cette abondance ne suffisait pas, surtout en un société qui se flatte d’avoir aboli tous les anciens rites, Voici que, par une initiative vouée d’ailleurs à l’insuccés, on :

gine, sous le nom de chorèges, des curés décadaires.

Pour combattre la religion traditionnelle, les philosophes ont inventé la théophilanthropie, le gouvernement a rajeuni . le culte décadaire. Le catholicisme porte en lui un mal plus grave, celui de la division. Depuis longtemps, la Constitution civile du clergé n’est plus loi de l’État, mais le schisme qu’elle a créé subsiste, fécond en malentendus, en douleurs, en périls. | On a vu, à la suite de la Terreur, l’Église constitutionne __ tout émaciée sous la peur, tout affaiblie par les désertions, . toute souillée par les apostasies. Les évêques fidèles avouent à sans la pallier, leur détresse. « Je prévois, écrit Debertier, l’évêque de l'Aveyron, que dans peu je n’aurai pas plus de cinquante prêtres (1). » On compte les ecclésiastiques de: meurés sans tache : un sur vingt dans le diocèse d l’Indre (2), quinze en tout dans celui de l’Ain (3), ailleurs moins encore : « Mon troupeau, écrit Sermet, évêque métropolitain de Toulouse, se réduit à huit ou dix bons chrétiens

(1) SABATIÉ, Debertier, évêque constitutionnel de l'Aveyron, p. 359.

(2) Lettre de l’évêque de l'Indre à Grégoire, 24 avril 1795 (PISAN,

Réperioire de l’église constitutionnelle, p. 104). 5

\ (3) Lettre à Grégoire (PIsANT, Répertoire de l’église constitutionnelke, . p. 283). Er

de la ville ou de la campagne (1). » En ces conjonctures, Grégoire a surgi, ralliant les débris épars et se refusant à désespérer. Autour de lui, il a groupé quelques-uns de ses confrères : le vieux Gratien, évêque de la Seine-Inférieure, Saurine, évêque des Landes, Royer, évêque de l'Ain, Desbois de Rochefort, évêque de la Somme. Ensemble ils ont formé un comité, dit Comité des réunis, sorte de Directoire ecclésiastique qui, sans autre mandat que son zèle et son humeur entreprenante, gouvernera pendant six années. De ce comité, Grégoire s’est constitué l’inspirateur. Courageusement, il a repoussé les indignes ; puis il a réconforté les faibles, attiré à lui les zélés. Par cette conduite, est-il parvenu, comme certains le prétendent et comme on le prétendra plus tard, à assurer à presque toutes les paroisses un pasteur? Rien ne serait plus inexact que de le croire (2). Du moins il a réussi à ranimer cet établissement tout factice de l’Église constitutionnelle qui déjà semblait condamné.

Le témoignage le plus visible de cette vitalité, ce serait la convocation d’un concile national. Depuis longtemps, Grégoire y songeait. Au mois de juin 1797, les convocations

(1) Lettre de Sermet à Grégoire, 26 germinal an III (Revue des Pyrénées, 1898, p. 104).

(2) D’après les Annales de la religion (n° du 6 messidor an V, 24 juin 1797) qui était, comme on sait, l'organe de Grégoire et de ses amis, le culte aurait été rétabli, dès la fin de septembre 1796, dans 31 214 communes. Bien que cette statistique, souvent reproduite, prétende s’appuyer sur un relevé dressé dans les bureaux du ministère des finances, je crois qu’il convient de ne l’accueillir qu'avec les plus expresses réserves ; en effet, elle ne concorde pas avec tout ce que nous apprennent les correspondances

contemporaines, les documents des archives et les publications locales, En tout cas, même en admettant qu’à la fin de 1796 plus de 30 000 édifices cultuels aient été rouverts, il serait tout à fait inexact de prétendre qu’ils l’aient été, en tout ou même en majorité, au profit du clergé constitutionnel. En combien de communes, en effet, le culte, en 1796 et en 4797, n’était-il pas exercé, non par des assermentés, mais par des prêtres fidèles qui avaient souscrit la promesse de la loi du 11 prairial an III ou qui, sans avoir souscrit cette promesse, exerçaient, par tolérance des autorités locales, — par exemple dans l'Ouest ou dans le Massif central, — les fonctions de leur ministère |

partirent. Contre le projet, plusieurs prélats ne laissèrent point que de formuler des critiques : ils objectèrent la pénurie de ressources, les distances, l'abandon prolongé des diocèses, la crainte qu’une si éclatante manifestation ne soulignât le schisme loin d’aider à l’éteindre. Grégoire tint bon. Le 15 août 1797, jour de V'Assomption, le concile s’ouvrit. Trente et un évêques étaient présents, et un nombre plus que double de délégués ; ce qui portait à un peu plus de cent le chiffre des assistants. Les séances solennelles se tiendraient à Notre-Dame et les congrégations particulières en une maison louée rue des Saints-Pêres. Pour présider, on choisit l’évêque de Rennes, Lecoz, qui était, après Grégoire, le personnage le plus important de l'Église constitutionnelle et que Grégoire aimait à promouvoir aux honneurs, en.se réservant le gouvernement.

Le concile était assemblé depuis quinze jours quand on connut le coup d’État du 18 fructidor.

Aussitôt les membres de l'assemblée se soumirent, et avec un empressement qui avait un air d'approbation. En une Instruction publiée quatre jours plus tard, ils invitérent tous les catholiques à se conformer aux décrets et à prêter le nouveau serment (1). De leur délibération, ils dressèrent procès-verbal et en envoyêrent copie au Directoire (2). Eux-mêmes, préchant d'exemple, se présentérent sans retard au bureau central de police : là ils jurèrent obéissance à Ja loi et haine à la royauté (3). Le dimanche suivant, deux.des membres du concile choisirent pour sujet de leur sermon « Pamour de la patrie et l’adhésion au gouvernement républicain » (4). Enfin, dans l’un des documents émanés de Passemblée conciliaire, nous lisons ces lignes qui rendent

(4) Znstruction du concile national sur le serment, Librairie chrétienne,

(2) Annales de la religion, t. V, p. 478.

(3) Zbid., t. V, p. 565-566.

(4) Zbid., t. V, p. 478.

‘un son étrange au lendemain a 18 AU 5€ SL gouvernement républicain est celui qui se rapproche le plus des maximes de l'Évangile ; et cette sage liberté, qui en est la | véritable base, semble propre à assurer dans l’ordre politique l’ordre même que J co CRE est venu ramener sur la terre (0 ; | rl is

La soumission était complète. Quel en serait le prix? L'analyse la plus subtile réussirait malaisément à fixer la condition équivoque, mêlée à la fois de disgrâce et de faveur, où se débattront, pendant la période fructidorienne, les prêtres constitutionnels. +

Quand ils méditent le récent décret, la terrible clarté dal du texte semble propre à dissiper toutes leurs illusions. ‘1 que est prêtre peut, s’il déplaïît, être déporté. Que s'ils s’obstinaient à douter, les faits eux-mêmes achève- raient de les confondre. Voici qu’en divers départements, les

. Vosges, la Haute-Garonne, l’Eure-et-Loir, les Deux- Sie le Cher, des prêtres constitutionnels sont arrêtés, emprisonnés, entraînés vers Rochefort. Il apparaît bientôt que Aile Concile n’a rien gagné par ses complaisances. Comme il vient de publier une lettre synodique sur l’instruction dela) nr cette lettre est saisie ; et l’évêque des Vosges, (

Les de de la religion, ce journal de l’Église conseil nelle, n’ont pas eu un mot de réprobation contre le coup d’État ; ce silence ne les sauvera’ pas et, par arrêté du {7messidor an VE, elles seront supprimées (2). Pendant ce temps, les rapports de police se succèdent, confondant pêle-mêle les ministres des deux communions : « Après tout, dit-on, les uns et les autres ne sont que des prêtres. » Oui, ce ne sont que des prêtres. Mais pour quiconque se | dégage des appréciations simplistes, quelles ne sont pas

(1) Lettre noiiue sur les moyens de rétablir la paix religieuse. (2) Les Annales réussirent à reparaître en modifiant leur titre, mais avec une existence très précaire.

les différences ! Par quelles affinités ces prêtres constitu tionnels, déclarés suspects en bloc par la loi du 19 fructidor, ne se rapprochent-ils pas des fructidoriens ! Les bénéue du coup d’État, ce sont les adversaires de la royauté: , du retour de la royauté, les prêtres constitutionnels bu tout à craindre. Les bénéficiaires du coup d'É 10 ce sont les acquéreurs de biens nationaux, naguère un peu tremblants et aujourd’ hui fort rassurés : or, les prêtres J assermentés et les acquéreurs de biens nationaux, coupables, les uns de leur serment, les autres de leur mauvais bien, sont Jiés par la solidarité de leurs souvenirs ; ils ont traversé toute la Révolution, avec la même obsession de s’assurer contre tout retour et de se prouver à eux-mêmes leur innocence, les nouveaux enrichis s’érigeant en protecteurs et le prêtre absolvant le péché. Les bénéficiaires du coup d’État, ce sont les membres des anciens clubs, maintenant ressuscités sous le nom de clubs one none à or, en ces assemblées, les anciens curés assermentés peuvent ‘reconnaître bon nombre de ceux qui jadis les ont élus, acclamés, accompagnés jusqu’à l’autel. Ce n’est pas tout. Que le régime précédent se fût affermi, et, à coup sûr, les prêtres constitutionnels auraient été peu à peu submergés dans le courant de plus en plus fort du catholicisme intégral renaissant ; maintenant, ils échappent au misérable enlisement. Plus ils réfléchissent, plus leur sort leur paraît singulier. Déportables, ils le sont, mais ils sentent que demain, après-demain au plus tard, sous la plus faible oscillation de la politique, ils pourront devenir des amis, presque des complices ; car ce minimum de catholicisme qu’ils représentent, c’est précisément le maximum que le gouvernement directorial puisse supporter.

Donc ils tentent, quoique légalement suspects, de se souder au pouvoir. Cpontlent leur grand bénéfice, c’est le désarroi des prêtres orthodoxes, dispersés les uns par l'exil, les autres par la persécution ravivée. Eux, les constitution “1

nels, ils sont, en beaucoup de lieux, seuls, et de la sorte, ils réussissent souvent à s’imposer, surtout si, ne portant pas de tache trop visible, ils inspirent encore le respect. Le même peuple qui, en 1796, en 1797, a rétabli, en tant de paroisses, le culte, veut à tout prix le maintenir. Avec quels prêtres ? Il ne sait pas toujours, il ne comprend pas bien, et souvent aime autant ne pas comprendre. Puis la multiplicité des serments a répandu une telle obscurité qu’on a fini par ignorer quels engagements sont légitimes ou prohibés. Ce qui porte au comble l'incertitude, c’est que souvent les prêtres constitutionnels affectent de traiter en confrères quiconque, parmi les ministres du culte, à souscrit l’une des promesses. En cette confusion, beaucoup de chrétiens, même excellents, s’attachent à ceux qui restent, au risque d’oublier un peu ceux qui sont partis. Ainsi arrive-t-il qu’en certaines bourgades règne une singulière paix religieuse, . faite d’ignorance, d’apathie, de piété sincère mêlée du désir de ne pas savoir. Du schisme, les fidèles ne s’informent point, et le curé, régulier de mœurs, vertueux même, a presque oublié qu’il en est demeuré le sectateur. Et tous les rites sacrés s’accomplissent, en sorte que la tradition se maintient par ceux-là mêmes qui naguère l’ont troublée. Elle se maintient doucement, en une tiédeur légèrement | peureuse, et avec un grand souci de tout assourdir. Vis- à-vis de l'autorité administrative, le curé s'applique, non seulement à éviter tout conflit, mais à déployer sa docilité. Volontiers il rend quelques petits services, par exemple celui d’aider aux actes de l’état civil ; et il les rédige en y mêlant, par un reste d'habitude, les formules religieuses que lexamen des registres permet de retrouver encore. En retour de ces complaisances, on lui laisse prendre çà et là, dans les vieilles dépouilles confisquées, tantôt un tableau, tantôt un ornement ou un reliquaire : ce qui le transporte d’aise et lui communique, aux yeux de ses paroïssiens, un grand aspect de zèle orthodoxe. Les jours s’écoulent avec

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