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le plus prudent, le plus zélé pour la réunion des catholiques de France. Concertons surtout les moyens d'obtenir une réunion si désirable. Il ne s’agit point de rien conclure, mais d’aviser ensemble aux mesures de sagesse qui peuvent préparer les voies. » Et le prélat finit en ces termes : « Venez, messieurs, à une assemblée de frères qui vous tendent les
bras (1). » En dehors des documents épiscopaux, combien
ne noterait-on point d'articles, de brochures, pleins de for mules émollientes, et dont on n’est point en droit de suspecter la sincérité !
Quel serait le résultat de ces appels? Quel serait le fruit de ces opportunes pensées? Un élan de fraternité vraie eût précipité l'union. Tout serait perdu si la passion raisonneuse ou l’humeur combative s’interposait à travers les efforts pour la paix.
J'ai lu beaucoup de ces brochures. La plupart se rapprochent par un trait commun : à travers les meilleures résolutions de sagesse et de droiture se glissent les suggestions
de l’amour-propre, attentif à refouler tout aveu. Par suite,
une curieuse et lamentable déviation ramène, en cours de route, vers le schisme ceux qui semblent avoir pris la plume avec le dessein de le désavouer. Le commencement est, en général, excellent. Tout est grave, débonnaire, pacifique. On parle de fraternité; on invoque les textes de l'Écriture sainte et, avec une extrême abondance de citations, les pères de l'Église. Quiconque lit les premières pages se sent plem d'espoir. Il en est de ces brochures comme de ces journées où il fait beau trop matin. Comme on se réjouit des lueurs grandissantes, voici que se forment les premiers nuages, C’est la passion qui commence à obscurcir la claire vue des choses. Elle s’insinue plutôt qu’elle ne fait irruption, et les formes de langage ne s’altèrent que par gradations presque insensibles. On persiste à parler de paix, quoique déjà en phrases
(1) Annales de la religion, t. V, p. 310-311. %
moins bénignes. Ce qui était doux devient doucereux. Puis un peu d’aigreur s’introduit à travers la bienveillance qu’on se pique encore de pratiquer. Bientôt l'ironie s’éveille. Les réfractaires sont appelés « les bons prêtres »; et sur « les bons prêtres », on ne laisse pas que de décocher quelques traits fort acérés. En cette déviation, on s’excuse soi-même : ce n’est pas de la critique, maïs de la correction fraternelle, non seulement inoffensive mais presque vertueuse. Cependant, on verse le fiel, à petites gouttes d’abord et en le mélangeant d’eau bénite. L'esprit de modération fait une dernière résistance, puis, perdant pied, capitule sous les assauts redoublés de la passion. Une ou deux pages encore : puis lamertume s’étale, l’orgueil aussi. Visiblement on n’a pas tort; même on a raison, et si quelqu'un devait se rétracter, ce seraient « les bons prêtres ». Ainsi arrive-t-il que la même brochure qui commence en homélie finit en mvective. Dans la tradition révolutionnaire, il n’est point d’édit d’oppression qui ne débute par une fanfare de Hberté. En toute cette polémique religieuse, on observe une pareille profanation des mots. Tout commence par la charité, et on Pinvoque, qui sait? de très bonne foi peut-être ; puis dans le retour offensif de l’orgueil immaîtrisé, on la déchire d’autant plus que, de son masque, on s’est le plus paré.
Le pire est que cette charité divine ne se retrouve guère davantage sous la plume ou sur les lèvres des insermentés: Ils portent en eux l’intransigeance de leur bon droit autant que leurs adversaires l’obstination de leurs erreurs. De l’exil les évêques émigrés veulent ignorer leurs successeurs ; que s’ils en parlent, c’est le plus souvent avec un mépris souverain : « Le sieur Raymond », dit M. Dulau d’Allemans, évêque de Grenoble, en parlant de celui qui l’a remplacé. En France même, les lettres des constitutionnels demeurent Sans réponse et parfois sont renvoyées sans qu’on les ouvre. Les plus courtois font observer que les différences essentielles de doctrine forment à tous pourparlers un obstacle absolu.
one les propos, tout achève daigrir Le rai dictée, LL | dédain, bo tout se mêle. On ne tarit point en moquerie sur ces gere a disent la messe « ee le sens de Ja REve
flage, Pau eo ut ir ridicule? Les à no doc sains sont traités de « tripots »; on parle de « la boue épis copale de l’église assermentée » A Toulouse, sur l'évêque métropolitain, un pamphlet circule intitulé « Sermet lim posteur ». Et ceux qui parlent de la sorte, non seulement ne s’excusent pas, mais se glorifient. N'est-ce pas détruire ù l'erreur que de démasquer ceux qui la propagent (1)? Quels plans d’entente eussent réussi en cette disposition des âmes! Pourtant plusieurs des évêques constitutionnels s'étaient appliqués, à leur manière, à préparer les préli- minaires d’un traité de paix. Cest ainsi que Debertier, l’évêque de Rodez, l’un des plus sages parmi les prélats de la nouvelle Église, avait proposé que tout un projet de cons- titution ecclésiastique fût soumis au pape, bien que, disait il, «sa sanction ne fût pas nécessaire ». D’après ce projet, F tous les ie constitutionnels se retireraient de leur: NA siège pour n’en reprendre possession que s'ils étaient réélus ; SLA puis on procéderait à des élections générales. Si quelqu'un |. des évêques émigrés était choisi, une demande serait adressée au gouvernement pour qu'il lui fût permis de rentrer et de se réinstaller dans ses fonctions (2). — Le concile de 1797 avait rassemblé les pensées éparses et élaboré une sorte de compromis entre l’ancien clergé et le clergé nouveau : dans d les diocèses, dans les paroisses, où il n’y avait qu’un seul évêque ou us seul curé, cet évêque ou ce curé serait maintenu dars ses fonctions; que s’il y avait deux évêques ou deux curés, le plus ancien serait reconnu, mais sous la
(1) Annaies catholiques, t. III, p. 98, 368 et passim. (2) Lettre de Debertier à Grégoire, 22 juin 1795, citée par labbé SABATIÉ, Debertier, évêque constitutionnel de Rodez, p. 359.
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Ÿ éserve des droits de l’autre qui serait appelé à lui succéder. Ce projet d’arrangement, destiné à être soumis au pape, avait été adopté le 24 septembre 1797 et signé par 31 évêques et 67 prêtres (1). VS 2 PLU Pouvait-on espérer par ces combinaisons le retour à lPharmonie? Ce même concile qui tendait à ses rivaux — : c'était l'expression consacrée — l'olivier de la paix, continuait la guerre, même en parlant d’union. « Chez nos adver- Saires, disait. amèrement Grégoire, nous avons souvent trouvé des lumières sans droiture ou de la droiture sans lu- “À mières (2). » L’arrangement lui-même offrait un aspect déri- 3 soire, tant il comportait d’exclusions! À la différence du 4 projet de Debertier, l'assemblée conciliaire écartait, comme inexistants ou ne comptant pas, tous les évêques ou prêtres résidant hors de France. En outre, elle éliminait tous les écclésiastiques qui n’avaient pas fait la promesse de soumission. Que restait-il au clergé fidèle en ce simulacre de : réunion? Ce n’était pas tout. On voulait bien, « par amour de 4 la paix », ne plus parler de la Constitution civile ; Maison en ressuscitait les règles dans l’acte même où l’on paraissait ÿ renoncer; Car on maintenait, comme base fondamentale FR de la discipline gallicane, l'élection des évêques par le clergé À et par le peuple, leur confirmation et leur institution -# par le métropolitain (3). Vis-à-vis du Saint-Siège surtout, régnait une disposition équivoque, faite d’hommages et de réticences, de soumission et de révolte, de vénération et d’impertinence. La plupart souhaitaient la réconciliation, mais sans rien vouloir de ce qui la rendrait sincère, efficace, durable. De l’organisation d: l'Église gallicane, on se décla- rait satisfait. Quant aux brefs pontificaux qui avaient con-
(1) Décret de pacrfication proclamé par le Concile national de France, imprimerie chrétienne, p. 33-41. \
(2) Compte rendu, par le citoyen GRÉGOIRE au Concile national, imprimé Par ordre du Concile national, p. 28.
(8) Décret de pacification. p. 9, 10, 16, 32, 33. | (ES
damné la Constitution civile, on les proclamait apocryphes ; que si, d'aventure, ils étaient réels, on ne voulait pas douter qu'ils eussent été surpris par ruse ou mensonge à la religion
du Saint-Père ; ce qui revenait à dire, ou que le pape était :
en enfance, ou que ses paroles n’avaient aucun rapport avec sa pensée. | |
Plus on scrute les âmes, plus apparaissent, à travers tous les projets d’arrangement, les divergences. Les mots sont
différents, les idées plus encore. Les constitutionnels parlent
de fusion, les insermentés de soumission : les premiers, même travaillés par des remords secrets, affectent les dehors d’une conscience tranquille ; les seconds se persuadent que possédant la vérité, ils doivent exiger que l'erreur se confesse elle-même. C’est contre cette dernière interprétation que se dressent tout à coup, redevenus de conciliants révoltés, les constitutionnels. De déviation en déviation, la plupart d’entre eux, même parmi les bons, sont arrivés à se persuader qu’en acceptant la constitution civile, ils n’ont cédé ni à l’ambition ni à la crainte, ni à un goût téméraire de nouveauté, mais au contraire ont adopté le seul remède efficace pour renouveler, pacifier, réformer l’Église de France. À cette pensée fixe, ils s’attachent, ne se croyant pas, ne voulant pas se croire coupables, et arrêtant durement le repentir sur leurs lèvres. Dans le plan de pacification, élaboré par le concile de 1797, nous lisons ces lignes : « Vainement nous demanderait-on un désaveu plus ou moins formel de notre conduite. Nous sommes assurés de n’avoir fait que notre devoir. Que l’on ne prétende pas nous assujétir à des rétractations. Eh! ne serions-nous pas dans le cas d’en exiger nous-mêmes (1)? »
Je m’arrête à ce mot. Chacun des deux partis prétendait accorder le pardon, ce qui était le plus sûr moyen de ne
s'entendre jamais. Cette union qu’un acte d’abnégation gé-
(1) Décret de pacification, p. 12, TOME IV. 21
néreuse eût rétablie sans secousses, un acte d'autorité l’imposera. Déjà l’homme a surgi, prédestiné pour tout régler. C’est à lui qu’il appartiendra de détruire le schisme. Il le détruira, mais à la manière d’un conquérant qui, désespérant ou dédaignant de concilier, prescrit de force l’oubli, interdit toute discussion, mêle dans les mêmes honneurs ceux qui se sont combattus, et, ayant commandé de tous côtés le silence, nomme ce silence la paix.