‹ Histoire religieuse du département de l'Hérault (volume 2)Chapitre 13 sur 60 · L*ACTE CONSTITUTIONNEL · texte numérisé non relu

L*ACTE CONSTITUTIONNEL

temples et autres lieux qu'ils entendent destiner à l'exercice d'un culte religieux quelconque^ sans être soumis à autre surveillance que celle des officiers de police. Déclare que cette faculté ne peut s'étendre aux églises nationales dont la vente a été ordonnée et qui ont été fermées, lesquelles ne pourraient être employées à l'exer cice d'un culte que par les citoyens qui en seraient devenus propriétaires ou locataires » (1). — « La joie fat grande à Montpellier et dans tout le département », dit Soulier (2). Et Duval-Jouve ajoute : « Les fanatisés crurent voir dans cette mesure le signe de leur triomphe sur la Constitution. Ils se rendirent dans les églises en portant des branches de laurier, en outrageant les patriotes qu'ils rencontraient, et un notaire, Devès, dut être arrêté pour ses provocations insultantes. Les troubles furent plus sérieux à Béziers ; à Lunel, le sang coula et le Directoire dut s'y rendre avec la force armée » (3).

VIIL — On allait bientôt s'occuper du renouvelleirient annuel de la moitié de la Municipalité, en conformité à la loi des 14 et 28 décembre 1789. A cette occasion le maire de Montpellier fit la proclamation suivante :

« Citoyens, la raison, la loi et l'intérêt commun réclamoient la liberté des cultes. La raison ! 11 est absurde de forcer à croire, il est criminel de forcer à agir contre sa croyance. La loi! Émanée de la raison, pouvoit-elle ne pas sanctionner ce que la raison inspire ? L'intérêt commun ! Il est juste d'accorder aux autres la tolérance et la paix dont on a besoin soi même. La liberté des cultes a donc été proclamée. Jouissons de ce bienfait, sans tumulte,

(i) Procès-verbal des séances du Directoire du départ, de l'Hé^ rault.

(2) Les Loisirs, etc., 1. 1, p. 286.

(8) Montp, pendant la RévoL, 1. 1, p. 193.

HlST. RSLIO. DB L*UiRAULT. — T. U. 13

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sans excès et s'il se peut même sans orgueil. Uélas ! pourrions-nous en avoir dans les objets qui nous divisent, dans ces objets qui nous rappellent des malheurs si atroces, des souvenirs si humiliants ! Que notre joie, que notre orgueil consistent à nous rapprocher. Nous voyons dans notre culte les différences vraies ou supposées qui nous séparent ; voyons-y les grands rapports qui nous unissent. Le même hommage rendu au même Dieu; une morale, nécessairement une, et qui convient à tous les devoirs qui nous sont communs; une sanction divine qui les consacre. Parmi tant d'oppositions qui nous divisent, heureux de trouver dans l'Évangile un asyle qui nous appelle et qui nous rallie, réfugions-nous dans ce port assuré; il nous sauvera des orages. Ecoutons les leçons, suivons les exemples que l'Évangile nous donne ; partout il recommande Tunion entre les citoyens, l'obéissance à la loi, et l'amour de la paix. L'union c'est le besoin de tous; l'obéissance, c'est le devoir de tous ; la paix, c'est le bonheur de tous. Péné Irons-nous de ces maximes ; les sacrifices qui plaisent à Dieu sont ceux que nous faisons aux hommes. Sacrifions à la paix, au bien général, et ce que nous ferons pour la patrie, amis, soyez-en surs, nous l'aurons fait pour la religion. Persuadés, citoyens, que ces sentiments patriotiques et religieux ne cesseront de vous animer, et qu'ils dirigeront votre conduite, nous gouttons déjà la paix qu'ils assurent. Que notre attente ne soit pas trompée ! Méfiez-vous de toutes suggestions perfides qui tendroient à troubler la paix, sous le voile d'une religion qui les désavoue, et ne nous forcés point à déployer une sévérité qui nous répugne. Nommés par tous, pour protéger la loi contre tous, nous remplirons avec peine, mais avec une fermeté inébranlable les devoirs qu'elle nous prescrit; la moindre provocation, la moindre insulte, de quelque part qu'elle vînt, et quel qu'en fut le prétexte, seroit sur le champ et rigoureusement punie; la paix, la

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tranquillité générale l'exigent et nous sommes faits pour les deflfendre contre toute atteinte » (1).

IX. — La proclamation municipale arrivait d'autant plus à propos que, le jour même de l'ouverture du scrutin, devait avoir lieu l'application de la loi du 9 septembre, sanctionnée le 12 du môme mois, et relative à la nouvelle circonscription des paroisses de la ville de Montpellier (2). Cette loi était ainsi conçue : « L'Assemblée Nationale, après avoir entendu le rapport de son Comité ecclésiastique, décrète ce qui suit : — Art. 1^^. Il y aura dans la ville, faubourgs et territoire de Montpellier six paroisses. — Art, 2, Celles de Saint-Pierre, de Saint-Paul (ci-devant Sainte-Anne, laquelle sera transférée dans l'église des ci-devant Trinitaires), de Notre-Dame, de Saint-Denis, de Saint-François (dans l'église des ci-devant Récolets), et celle de Celleneuve. — Art. 3. Les paroisses de Saint-Hilaire, de Montels, de Montaubérou et de Juvignac sont et demeurent supprimées et réunies savoir : Les paroisses de Saint-Hilaire et de Montels à celle de Saint-Denis; la paroisse de Montaubérou à celle de Saint-François, et la paroisse de Juvignac à celle de Cellenéuve. — Art. 4. Sont néanmoins conservées comme succursales, pour être desservies par un vicaire à résidence, les églises de Montels, de Montaubérou et de Juvignac. — Art. 5. Sont également conservées, mais comme simples oratoires, les églises de Sainte-Anne et des ci-devant Pères de la Mercy, pour le service divin y être célébré les dimanches et fêtes par un vicaire de la paroisse » (3),

(1) La Pijardiêrb, pag. 521.

(2) Id., p. 550.

(3) Arch. municip. de Montpellier, série PI, 1 et P, 5, a. Période de Transilion,

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X. — Il faut avouer que le Corps municipal avait été bien mal inspiré lorsqu'il avait choisi, pour l'application de la nouvelle circonscription des paroisses de la ville, le jour môme où devait se faire l'ouverture des collèges électoraux. 11 savait que les deux partis désignés sous les noms de « Pouvoir exécutif » et de a Conire^Pouvoir » s'observaient depuis longtemps, et que procéder simultanément à une opération politique et à une opération religieuse, c'était les mettre en présence et préparer une lutte. C'est ce qui ne manqua pas d'arriver. En effet, le lendemain lundi, à la réunion des électeurs, au bureau de la Merci, des coups de feu sont tirés par des soldats. L'assemblée se disperse, on bat la générale dans la ville ; le désordre augmente ; les troupes de la garnison sont sous les armes. Le mardi, après un meurtre commis, à ce qu'on dit, par un garde national, cinq ou six personnes sont tuées et plusieurs autres blessées ; et la tranquillité publique ne peut être rétablie qu'après plusieurs jours de troubles (1).

XL — Le Conseil du Département, ayant à s'occuper du choix d'un local pour l'établissement d'un Séminaire pour le Diocèse de l'Hérault, délibéra que cette maison ecclésiastique serait placée à l'évôché, dont les bâtiments seraient agrandis. Le rapporteur fait valoir les considérations suivantes :

« Messieurs, comme citoyen de Béziers, vous m'avez chargé devons présenter mes idées sur l'établissement du Séminaire du département que le Directoire de votre district propose de faire dans la maison des Lazaristes de cette ville ; je dois aussi vous faire connaître la nécessité

(1) Cf. Journal hebdomadaire du département de l'Hérault, n» 8, samedi 19 novembre 1791 ; —Récit historique des événements arrivés à âfontp., les i3, ii et 45 nov. i79i, publié par le Corps municipal, - Imp. nation., 12 pages in-lS ; — Soulier^ 1. 1, p. 2SM6.

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et les avantages de garder cette maison pour y établir un hôpital. Comme simple individu, je suis fâché d'émettre un vœu contraire à celui énoncé par notre district; comme administrateur public, toutes les considérations particulières et locales doivent disparaître à mes yeux ; et j'espère, Messieurs, qu'après la lecture de mon rapport, soumis à votre examen, vous reconnaîtrez combien peu j'y ai tenu. Je ne serai pas éloquent, je tâcherai d'être clair et laconique.

» L'évêché de notre département est situé sur les remparts de la ville de Béziers et au sud-ouest dé celle-ci. La maison, au contraire, des Lazaristes, est à peu près au nord-est de cette même ville, hors de ses remparts, dont elle est assez éloignée : cette maison est bâtie sur les bords droits de la ligne de poste de Béziers à Montpellier ; l'air qu'on y respire est pur. L'hôpital est situé sur la partie basse de Béziers et à son sud-est. La partie haute de la ville et les terres de l'Esplanade qui y est contiguë, en dominent le sol à tel point que la salle des malades y est dans une humidité habituelle et pernicieuse ; cette maison n*est exposée qu'au seul vent du sud-est, dangereux et malsain. Si cette courte description des lieux est claire, si elle ne laisse dans votre esprit aucun soupçon, aucune incertitude, vous vous représenterez aisément combien est vaste l'intervalle qui sépare l'évêché de la maison de Lazaristes, puisque ce n'est rien moins que rentier sol de la Cité et une partie du dehors qu'il faut traverser pour aller à l'une ou l'autre de ces demeures. La situation malsaine de ^l'hôpital doit aussi vous rester parfaitement connue, et je ne doute pas qu'elle ne vous intéresse.

» La loi ordonne de rapprocher les Séminaires des évôchés, de les réunir, s'il est possible : Si vous confirmez le vœu du Directoire du district de Béziers, il me paraît que vous seriez eu contradiction non seulement avec la

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lettre, mais encore avec l'esprit de la loi. Vous aimez trop la nouvelle Constitution pour que vous y donniez la plus légère secousse. Quelle doit avoir été l'intention des législateurs lorsqu'ils ont ordonné la réunion de ces deux objets î Je crois l'apercevoir, et il paraît qu'ils se sont proposé deux fins : l'une morale et politique, l'autre physique tenant à l'économie.

» D'abord, c'est le rétablissement des mœurs, sans lequel il n'y a pas d'énergie, et sans laquelle la Constitution ne peut être défendue avec succès. Ces législateurs éclairés n'ont pas ignoré combien était grande l'influence des prêtres sur les mœurs du peuple, et combien les mouvements des uns et des autres méritaient d'être calculés et dirigés ; ils ont donc reconnu la nécessité de faire des prêtres vertueux, instruits et patriotes, pour assurer le calme et la durée à notre Constitution. Le ci-devant régime de la discipline ecclésiastique n'était nullement propre à la fin qu'ils s'étaient proposée ; il est inutile de répéter combien le clergé était déchu de son antique vertu. Pour le ramener et pour le rendre utile à la nouvelle Constitution, il était nécessaire de rétablir l'ancienne discipline de l'Eglise, sous laquelle les évêques, alors simples et modestes, vivaient en commun avec leur clergé ; ils sont parvenus, ces législateurs, par des lois sages, à bannir pour toujours le scandale et le désordre qui s'étaient successivement introduits dans les maisons épiscopales ; ils ont réformé la discipline extérieure de l'Eglise, ce que n'avaient pu faire les Conciles, notamment celui de Trente. Gardons-nous, Messieurs, de contrarier des vues aussi sages. Les jeunes élèves destinés au sacerdoce, directement surveillés par leurs prélats, réunis pour ainsi dire en masse sous l'inspection publique, rempliront avec plus de zèle et d'exactitude les devoirs de leur état ; la pratique austère et constante des devoirs et des exemples qu'ils seront obligés de suivre sous les yeux de leur évé^ue,

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sous ceux du public, leur donnera l'habitude et Theureux préjugé de la vertu. Â son tour, le prélat, comme chef, sera obligé d'édifier. Ainsi les uns et les autres se serviront de frein mutuel ; ils s'identifieront avec les vertus civiques et morales ; dès lors, leur influence, leurs instructions, ne seront plus une contradiction manifeste avec les lois de l'empire, comme nous avons le malheur de réprouver; enfin, puisqu'il faut des prêtres, puisque surtout il en faut au peuple, comme il fallait à celui de Rome du pain et des fêtes, tâchons de les rendre les moins mauvais que possible ; le peuple à leur égard sera toujours le peuple, et, s'il est mal instruit, il donnera pour eux dans les deux genres opposés, et vous n'ignorez pas combien les secousses populaires sont nuisibles aux états les mieux constitués. Mais lorsque vous serez parvenus à former l'éducation morale et politique des prêtres, soyez assurés de celle du peuple et comptez sur la prospérité morale de l'empire ; mais je crois que vous ne pourrez guère y parvenir qu'en réunissant les élèves à la prêtrise sous l'inspection immédiate de l'évêque et du peuple. Si vous sépariez par de grandes distances le séminaire de l'évêché, vous porteriez non seulement atteinte à la lettre de la loi, mais encore vous manqueriez le but qu'elle s'est proposé.

» Vous rendriez aussi pénibles et dégoûtantes les fonctions journalières des jeunes élèves pour la prêtrise qui doivent aider et assister aux offices des cathédrales ; en effet, vous sentez combien, pendant les pluies, les gelées et la chaleur du jour, il serait dur de faire un trajet aussi considérable pour se rendre à l'église cathédrale; par ce moyen, l'évêque serait d'ailleurs peu à portée de consulter les directeurs du séminaire, et il naîtrait de toutes ces difllcultésle relâchement et l'indiscipline; l'état des prêtres deviendrait alors l'état le plus dangereux pour la i^ociété, â cause de son influence.

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» Des vues d'économie ont aussi réveillé l'attention de nos législateurs en cette matière ; ils ont bien connu que les maisons des ci-devant évêques, si elles n'étaient pas appropriées pour élever des Jeunes ecclésiastiques, du moins leur sol était ordinairement assez vaste pour y élever sur le débri de leur orgueil les fondements modestes d'un édifice destiné à l'humilité et à l'instraction. Il est assuré qu'il faut un logement pour le séminaire ; ainsi, de deux choses l'une : ou vous vous servirez du sol de l'évôché, ou vous achèterez une maison propre à cet usage. Si vous suivez ce dernier parti : 1* il faut faire une grande dépense primitive; 2^ il restera à la charge du département deux bâtiments considérables à entretenir, ce qui me confirme toujours dans l'idée où j'ai été d'unir le séminaire à l'évêché; il est vrai qu'il faudra y bâtir pour le rendre propre à l'usage que vous lui destinez; mais avec les sommes que vous dépenserez pour l'achat d'un autre logement, vous pourrez aisément approprier le premier, et il vous restera toujours l'avantage de n'avoir qu'un seul et unique bâtiment, ce qui est un objet considérable d'économie.

» C'est pourquoi je proposerai au conseil d'arrêter : 10 que le séminaire sera placé à l'évêché ; 2* qu'il sera procédé de suite à un plan, coupe, profil et devis estimatif très circonstancié et détaillé de tous les objets de dépense nécessaires à Téxécution de ce plan; 3<> que ce projet consistera à bâtir l'aile gauche en entrant, et l'aile à droite, s'il est possible ; qu'on élèvera d'un étage de plus le logement entier de l'évêché, pour, sur les plans projetés et devis, être statué par le conseil ce qifil appartiendra. »

Le conseiller de Béziers parle ensuite de l'hôpital situé en un lieu malsain : il voudrait le transférer dans la maison des Lazaristes ; mais comme le sort de ces religieu}; n'est pas encore décidé par TAssemblée législative,

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et comme il y aurait de grandes diflcoltés à les déposséder présentement, il propose d'attendre. Sur quoi on délibère que le Séminaire sera placé à révéché (1).

Mais il fallait du temps pour organiser toutes choses : les élèves ecclésiastiques, avec les professeurs, le. cuisinier et le portier, furent provisoirement logés dans la maison des ci-devant Capucins, où ils se trouvèrent fort à l'étroit. L'évéque et son conseil demandèrent une augmentation de chambres; l'Assemblée administrative du département fut d'avis qu'il n'y avait pas lieu de délibérer à ce sujet» attendu la translation qui devait se faire dans la maison épiscopale (2).

XII. — L'Assemblée législative avait arrêté (29 novembre) que les prêtres « réfractaires » seraient tenus de prêter le serment civique, sous peine d'être privés de tout traitement ou pension, réputés suspects de révolte contre la loi et de mauvaises intentions contre la patrie. Comme tels, ils devenaient responsables des désordres qui se produiraient autour d'eux et passibles de la déportation. Aussitôt ces dispositions connues à Montpellier, l'Assemblée administrative du déparlement délibéra de faire dresser et imprimer trois tableaux : Le premier contenant les noms et indiquant le traitement des prêtres assermentés ; le deuxième le nom des anciens fonctionnaires publics qui avaient refusé le serment ; et le troisième les noms des anciens membres des ci-devant chapitres et communautés religieuses qui n'avaient pas prêté ledit serment (3).

(i) ProcèS'Wrbaux, etc.; Séance du 3$ novembre i79i, Col\ro, rapporteur,

(2) Procêê'verbaux, elc. ; Séance du i2 décembre i79i, t. i, p. 3U.

(3) Ces tflbleaux^ dont la rédaction demanda du temps, ne puront être imprimés que le 4 mai suivant» Comme ils sont du plus haut

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Le conseil de l'Hérault alla plus loin; voici en effet ce que nous lisons dans les Procès-nerbauœ^ sous la date du 14 décembre 1791 : « Le Conseil du Département, Considérant que la vigueur de la Société consiste dans le maintien de la Constitution qu'elle s'est donnée; que l'unité dans la profession des principes est essentielle à sa prospérité ; que tout ce qui demeure en dehors d'elle s'oppose par le fait à la prospérité publique et devient suspect ; que les Corps administratifs se trouvent spécialement chargés de veiller à sa durée en assurant l'honneur, la vie et la propriété des citoyens ; — Considérant enfin qu'en fait de système politique, il ne. doit être aucunement question, de divagations théologiques; mais qu'au mépris de tels principes et sous le voile de la religion, nombre de particuliers se sont immiscés de travailler le bon peuple et notamment le sexe dévot et crédule ;

intérêt pour notre Histoire religieuse et qu'ils sont devenus en quelque sorte introuvables, nous les reproduisons à nos Pièces j'ustifico' lives N** VII, YIII et IX. Nous ferons cependant remarquer que ces hstes sont assez fautives : certains individus y sont portés deux fois ; exemples : Montagnol, curé de Saint-Martin de Londres, y figure d'abord pour une pension de 1500 livres et un peu plus loin pour une pension de 1200 I. — Martin^ curé de Puissergnier, est inscrit deux fois ; pour une pension de 1600 1. et pour une autre de 1500 I. — Bois, figure au district de Béziers, comme ex-dominicain et curé de Puéchabon pour 350 I., et au district de Lodéve comme curé de Puéchabon, ci-devant dominicain, pour 1200 1. — Fausses désignations : deux curés à Alignan-Ie-Vent, savoir : Giniès, avec une pension de 1200 1. et Abbat avec une (pension de U90 1. — On a porté sur les listes des assermentés, un grand nombre de prêtres qui avaient rétracté un serment, fruit d'une surprise ou d'une faiblesse momentanée : tels que Coulon, curé de Nébian, Vivarès, curé de Vias, et Aymal, curé de Gardonet, dont la rétractation avait précédé la confection, ou tout au moins, la publication des tableaux ofGciels. Mais ce qui ne s'explique pas c'est d'avoir porté comme assermentés des prêtres déportés, par les ports d'Aiguesmortes et d'Agde, tels que Castelviel, curé d'Agonés; Fanjaud, curé de Campagnan; Aitruc (Jeanjt curé 4e Qabrials, ^t Reynes, curé cju Gros,

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qu'il est résulté de cet oubli des principes constitutionnels beaucoup de maux que l'amour de l'ordre et la soumission à la loi auraient pu prévenir : — Arrête qu'à compter do ce jour et jusqu'à nouvel ordre, tous trésoriers payeurs de pensions et de secours en faveur des ecclésiastiques insermentés ne pourront leur en faire le payement que d'après un certificat en bonne et due forme des ofllciers municipaux de la commune où ils font leur résidence habituelle ; servant à attester que lesdits particuliers sont de vie paisible, ne troublent ni directement ni indirectement Tordre public, et qu'il n'est d'autre suspicion contre eux que celle de n'avoir pas prêté le serment civique » (1).

XIII. — Entraînés par cette exagération des principes de la Constitution, les administrations secondaires ne pouvaient que suivre le mouvement. Elles comprenaient cependant qu'il fallait procéder par degrés presque insensibles pour arriver à faire disparaître « les divagations théologiques ». Il suffit pour s'en convaincre de voir quelles sont à nos archives municipales les rubriques de classement données aux papiers de l'époque révolutionnaire : « Période de transition, Eglise constitutionnelle. Prestation de serment » ; vient ensuite le « culte de la Raison » (2), c'est-à-dire la destruction du catholicisme. A notre avis, l'étiquette officielle Période de transition est admirablement bien choisie ; lisez l'article : Liberté des opinions religieuses dans le Compte-rendu du Directoire au Conseil du Département de l'Hérault^ le 16 novembre 1791. Voici comment il débute : « La liberté des opinions reli-

(1) Cet arrêté fut cassé comme contraire à la loi constitutionnelle et attentatoire à la souveraineté du peuple, par une proclamation du Roi (21 mars 1792), transcrite en marge sur le Reg. des Delib. de l'Assemblée administrative du Départ, de l'Hérault.

(2) Recollement des Arch, de la ville deMonIpellier, par Tarchi- Ifiste Daniel Gran^.

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gieuses a été souvent pour nous un sujet d'inquiétude. En réfléchissant combien il était difficile de déraciner des préjugés nourris dès Tenfance, et que l'aveuglement perpétuait encore, nous avons cru devoir temporiser. Vous avez senti que rimagination ardente des peuples méridionaux exigeait des délais et des ménagements avant de lui arra^ cher le bandeau de la superstition. Il nous a semblé que le passage trop précipité d'un culte trop exclusif à une liberté indéfinie pouvait être dangereux; nous y avons préparé les esprits par degrés. D'abord nous avons adopté l'AiTêté du département de Paris, du 11 avril dernier, qui permet V exercice des différents cultes ^ mais qui soumet leur établissement à des formalités légales. Nous avons ensuite, par un Arrêté du 31 octobre, consacré la liberté absolue de tous les cultes^ pourvu que leur exercice ne trouble point l'ordre public; c'est à ce principe constitutionnel que tient le repos de l'empire ; il n'y a que celte tolérance civile qui puisse prévenir le retour des guerres de religion, qui nous ont été si funestes... — Tous ces orages s'évanouiront insensiblement^ et le règne de la tolérance s'établira sur les bases solides de la Raison et de la bienfaisance ». — Est-ce clair? Opinions religieuses, préjugés, aveuglement, bandeau de la superstition! Pour remédier à tant de maux, temporiser ! éviter le passage trop précipité ; préparer les esprits par degrés ; permettre d'abord Texer. cice des différents cultes, puis consacrer la liberté absolue de tous les cultes, pour arriver... au culte de la Raison, ou en d'autres termes à la suppression de toute Religion I

XIV. — Nos populations catholiques ne voulaient pas de cette marche hypocrite et rétrograde ; elles tenaient le front haut, comme les cœurs. La ville de Lunel mérite à ce sujet une mention toute particulière. Des plaintes diverses et nombreuses étaient fréquemment portées aux corps administratifs contre sa municipalitô et transmises

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au procureur général syndic du département, par le procureur syndic du district de Montpellier, chargé de les réunir en dossier. Ces pièces indiquées étaient au nombre de 52, lorsque survînt une déclaration du corps municipal de Lunel. n résultait de toutes ces pièces que la majorité des habitants de cette ville était éloignée et ennemie des principes de la Révolution française, si bien que la loi importante sur le serment des prêtres n'avait pu être publiée ou ne l'avait été «c que d'une manière honteuse » ; que les excès contre les prêtres et les fonctionnaires publics assermentés étaient multiples et portés au comble; que tous ces délits étaient journaliers et qu'ils n'avaient jamais été réprimés et punis (1).

XV. — Un nommé Cairel, mortellement atteint dans les funestes journées de novembre, dont nous avons parlé quelques pages plus haut, finit par succomber à ses blessures. Le 5 décembre, comme on procédait à sa sépulture, le convoi funèbre traversa le carrefour dit des Quatre coins de la Barralerie^ à sa sortie de l'église paroissiale Sainte-Anne. Au moment où passait le curé constitutionnel Bellugou, retentit dans les airs un vigoureux cacaraca. On ne sembla pourtant pas y faire grande attention. Mais au retour de la cérémonie, des gardes nationaux, qui avaient assisté en nombre à l'enterrement, entrèrent chez la demoiselle Sauvaire, revendeuse de faïence, montèrent au deuxième étage et, après s'être saisis d'un coq placé sur une fenêtre, dans une cage, entraînèrent la fille à la maison commune. Le lendemain elle était envoyée au tribunal correctionnel, prévenue d'avoir dressé cet animal emplumé à chanter à volonté, pour tourner en dérision les patriotes et les prêtres assermentés qui accompagnaient le convoi. L'accusée, interro-

(1) Arch. de THérault, série L, 348, Eiai des pièces relatives à la municipalité de Lunel, 17 décembre i79I,

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gée sur la plainte, répondit qu'il y avait une quinzaine de jours, on avait fait présent à sa sœur et â elle de deux coqs ; que celui qui lui était échu en partage étant fort maigre, elle s'était avisée de le mettre en cage, pour l'engraisser. — Le coq, lui fait-on oberver, n'est pas un animal si rare qu'on puisse le mettre en cage, sur une fenêtre! — Oui, répond-elle; mais si je l'avais laissé libre dans mon magasin, j'aurais eu peur qu'il ne casse mes marchandises. — Soit; toujours est-il que les lois de police défendent de rien mettre sur les fenêtres!

— Un témoin appelé, certifie que le chant du cacaraca ne venait pas de la cage ; mais bien de l'intérieur de la maison ; une voix très forte partant du deuxième étage, contrefaisant le coq et se faisant entendre jusqu'à la « Descente de Saint^Pierre », Un autre témoin parle des deux coqs des filles Sauvaire qui se répondaient. « Le tribunal, convaincu qu'on avait averti l'accusée d'enlever le coq qui pouvait occasionner des malheurs, et qu'elle n'avait tenu aucun compte de cet avertissement, la condamne à deux jours de prison et à 6 livres d'amende. » Et le coq î — Un juge ayant proposé de le confisquer au profit de l'hôpital, il fut observé que les malades auxquels on donnerait du bouillon provenant de cet animal ne tarderaient pas à devenir aristocrates.

— « Qu'on le décapite, s'écrie un assistant, parce qu'il a chanté dans une intention coupable. » Aussitôt, un garde national saisit le bipède criard, lui trancha la tête d'un coup de sabre et, pendant « qu'un sang impur abreuve »... le parquet, le courageux défenseur de la patrie foule aux pieds le cadavre du réactionnaire et... sa cage !I! (1)

(1) Soulier, 1. 1, p. 289. — Cette aventure a inspiré le poète lan« guedocien F.-R. Martin, lequel a publié Lou proucès d'un Gai, dans le vol. qui a pour titre : Fables, conles et autres poésies patoises, p. 82 ; - Montp., Renaud, an XHI, 1805, in-8%

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